CHAPITRE I. LA RESTAURATION
phrase si bien faite couvre de telles sottises. Telle que la voilà, elle parut triomphante, et Tapplaudisseïftent universel dont fut accueilli ce beau bavardage oratoire, montre les goûts et la culture, TinsufOsance et Ja politessa de ce monde élégant dont Temple était la merveille, et qui, comme Temple, n'aimait de la vérité que le vernis.
Ce sont là les mœurs oratoires et polies qui peu à peu, à travers Torgie, percent et prennent Tascendant. Insensiblement le courant se nettoie et marque sa voie, comme il arrive à un fleuve qui, entrant violemment dans un nouveau lit, clapote d*abord dans une tempête de bourbe, puis pousse en avant ses eaux encore fangeuses qui par degrés vont s'épurer. Ces débauchés tâchent d'être gens du monde et parfois y réussissent. 'Wycherley écrit bien, trèsclairement, sans la moindre trace d'euphuïsme, presque à la française. Son Dapperwitt dit de Lucy, en périodes balancées : « Elle est belle sans affectation , folâtre sans grossièreté , amoureuse sans impertinence. » Au besoin il est ingénieux, ses gentlemen échangent des coraparaisms heureuses. « Les maîtresses, dit l'un, sont comme les livres : si « Tdus vous y appliquez trop, ils vous alourdissent, « el 10 is rendent impropre au monde ; mais si vous € en usez avec discrétion, vous n'en êtes que plus pro- « pre à la conversation. — Ouï, dit un autre, une
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82 LIVRE III. L'Age classique.
« maîtresse devrait être comme une petite retraiteà la « campagne, près de la ville, non pour y demeurer « constamment, mais pour y passer la nuit de temps « en temps. Et vite dehors, afin de mieux goûter la « ville au. retour M » Ces gens font du style, même à contre-temps, et en dépit de la situation ou de la condition des personnages. Un cordonnier dit dans Etheredge : « Il n'y a personne dans la ville qui vive « plus en gentilhomme que moi avec sa femme. Je ne « m'inquiète jamais de ses sorties, elle ne s'informe « jamais des miennes; nous nous parlons civilement « et nous nous haïssons cordialement *. » L'art est parfait dans ce petit discours : tout y est, jusqu'à l'antithèse symétrique de mots, d'idées et de sons; quel beau diseur que ce cordonnier satirique ! — Après la satire, le madrigal. Tel personnage, au beau milieu du dialogue et en pleine prose, décrit « de « jolies lèvres boudeuses avec une petite moiteur qui « s'y pose, pareilles à une rose de Provins fraîche « sur h branche, avant que le soleil du matin en ait € séché toute la rosée •. » Ne voilà-t-il pas les gra-
1. Mistresses are like books; if you pore upon them loo much, they doze you, and make you unfit for company; but if used discretly, you are the fitter for conversation by them.
 mislress should be like a lit lie country retreat near the town; not to dwell in constanlly, but only so a night, and away, to taste the town the better when a man returns.
2. There is never a man in the town lives more like a gentleman \vith bis wife than l do. I never mind her motions; she never enquires into mine. We speak to one another civilly, hâte one another heartily.
3. Pretty pouting lips, with a iitUe moisture baDging on them,