‹ Histoire de la littérature anglaise, Volume 3Chapitre 93 sur 271 · CHAPITRE I. LA RESTAURATION, K · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. LA RESTAURATION, K

pétille, éblouit, monte d'un élan au plus haut dt». Tempyrée politique et littéraire, semble se fixer parmi les constellations, et, pareil à une fusée éclatante, aboutit vite à l'épuisement. Rien ne lui avait manqué; il avait tout atteint, de prime-saut, sans effort apj)arent, comme un prince qui n'a qu'à se montrer pour trouver sa place. Tout ce qu'il y a de plus exquis dans le bonheur, de plus brillant dans l'art, de plus élevé dans le monde, il l'avait pris et comme par droit de naissance. Le pauvre jeune homme inconnu, traducteur malheureux d'un sophiste grec illisible, et qui, à vingt ans, se promenait dans Bath avec un gilet rouge et un chapeau à cornes, sec d'espérances et toujours averti du vide de ses poches, avait gagné le cœur de la beauté et de la musicienne la plus admirée de son temps, l'avait enlevée à dix adorateurs riches, élégants, titrés, s'était battu avec le plus mys- UGé des dix, l'avait battu, avait emporté d'assaut la curiosité et l'attention publiques. De là, s'attaquant à la gloire et à l'argent, il avait jeté coup sur coup à la scène les pièces les plus diverses et les plus applaudies, comédies, farce, opéra, vers sérieux ; il avait acheté, exploité un grand théâtre sans avoir un sou . improvisé les succès et les bénéfices, et mené la vie élégante parmi les plaisirs les plus vifs de la société et de la famille, au milieu de l'admiration et de l'étonnement universels. De là, aspirant plus haut encore, il avait conquis la puissance, il était entré à la Chambre des communes, il s'y était montré l'égal des premiers orateurs, il avait combattu Pitt, accusé Warren

Hastings, appuyé Fox, raillé Burke, soutenu avec éclat, avec désintéressement et avec constance, le rôle le plus difficile et le plus libéral; il était devenu l'un des trois ou quatre hommes les plus remarqués de l'Angleterre , régal des plus grands seigneurs , l'ami du prince royal, môme à la fin grand fonctionnaire, receveur général du duché de Cornwall, trésorier de la (lotte. En toute carrière il prenait la tête. « Quelque « chose que Sheridan ait faite ou voulu faire, dit lord « Byron, cette chose-là a toujours été par excellence la « meilleure de son espèce. Il a écrit la meilleure comé- « die, r École de médisance; le meilleur opéra, la Duègne « (bien supérieur, selon moi, à ce pamphlet popula- « cier, V Opéra du Gueux) ; la meille.ure farce, le Cri- * tique (elle n'est que trop bonne pour servir de petite « pièce) ; la meilleure épître, le monologue sur Garrick. « Et, pour tout couronner, il a prononcé ce fameux « discours sur Warren Hastings, la meilleure haran- « gue qu'on ait jamais composée ou entendue en ce « pays. » Toutes les règles ordinaires se renversaient pour lui. Il avait quarante-quatre ans ; les dettes commençaient à pleuvoir sur lui; il avait trop soupe et trop bu ; ses joues étalent pourpres, son nez enflammé. Dans ce bel élat il rencontre chez le duc de Devonshire une jeune fille charmante, dont il s'éprend. Au premier aspect, elle s'écrie: * Quelle horreur, un vrai monstre I » Il cause avec elle ; elle avoue qu'il est fort laid, mais qu'il a beaucoup d'esprit. Il cause une seconde fois, une troisième fois, elle le trouve fort aimable. Il cause encore, elle l'aime, et veut à

Page 1