‹ Histoire de la littérature anglaise, Volume 3Chapitre 95 sur 271 · CHAPITRE I. LA RESTAURATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. LA RESTAURATION

viser, de jouir et de s'épancher, un homme est tenu de se mettre en garde; la vie ne se mène point cfomme une fête ; elle est une lutte contre les autres et contre soi-même; il faut y considérer l'avenir, se défier, s'approvisionner; on n'y subsiste point sans des précautions de marchand et des calculs de bourgeois. Quand on soupe trop souvent, on finit par ne plus pouvoir dîner; quand on a les poches percées, lesécus s'écoulent; rien de plus plat que cette vérité, mais elle est vraie. Les dettes s'accumulaient, Testomac ne digérait plus. 11 avait perdu sa place au Parlement, son théâtre avait brûîé ; les huissiers se succédaient, et les gens daloi avaient depuis longtemps pris possession de sa maison. A la fin, un recors arrêta le mourant dans son lit, voulut l'emmener dans ses couvertures, et ne lâcha prise que par crainte d'un procès : le médecin avait déclaré que le malade mourrait en route. Un journal fit honte aux grands seigneurs qui laissaient finir si misérablement un pareil homme; ils accoururent et déposèrent leurs cartes à la porte. Au convoi, deux frères du roi, des ducs, des comtes, des évoques, les premiers personnages de l'Angleterre portèrent ou suivirent le corps. Singuher contraste, et qui montre en abrégé tout ce talent et toute cette vie : des lords à ses funérailles et des recors à son chevet. Son théâtre y est conforme : tout y brille, mais le métal n'est pas tout à lui, ni du meilleur aloi. Ce sont des comédies de société, les plus amusantes qu'on ait jamais faites, mais ce ne sont guère que des comédie? de société. Imaginez les demi-charges qu'on improvise

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vers onze heures du soir dans un salon où Ton est intime.- Sa première pièce, les Rivaux^ plus tard sa Duègne et sou Critique, en regorgent et ne renferment guère que cela. Il y en a sur la voisine, mîstress Malaprop, une sotte prétentieuse qui emploie les grands mots à tort et à travers, se sait bon gré de si bien placer les épitaphes devant les substantifs, et jure que sa nièce est aussi méchante qu'une allégorie sur les bords du Nil. Il y en a sur le voisin, M. Acres, un Fier-à- Bras improvisé, qui se laisse engager dans un duel, et, amené sur le terrain, pense à Teffet des balles, se représente le testament, l'enterrement, Tembaumement, et voudrait bien être au logis. Il y en a sur un domestique pataud et poltron, sur un père colérique et braillard, sur une jeune fille sentimentale et romanesque, sur un Irlandais duelliste et chatouilleux. Tout cela défile et se heurte, sans trop d'ordre à travers les surprises d'une intrigue double, à force d'expédients et de rencontres, sans le gouvernement ample et régulier d'une idée maîtresse. Mais on a beau sentir le placage, l'entrain emporte tout ; on rit de bon cœur ; chaque scène détachée passe bouffonne et rapide; on oublie que le valet pataud a des répliques aussi ingénieuses que Sheridan lui-même *, et que le

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