CHAPITRE I. LA RESTAURATION
^antilhomme irascible parle aussi bien que le plus élégant des écrivains*. Aussi bien l'inventeur est un écrivain ; si, par verve et par esprit de société, il a voulu divertir autrui et se divertir lui-même, il n'a pas oublié les intérêts de son talent et le soin de sa gloire. Il a du goût, il sent les finesses du styl«, le mérite d'une image nouvelle, d'une opposition frappante, d'une insinuation ingénieuse et calculée. Il a surtout de l'esprit, un prodigieux esprit de conversation, l'art de garder, de réveiller toujours l'attention, d'être mordant, divers, imprévu, de lancer la riposte, de mettre en relief là sottise^ d'accumuler coup sur coup les saillies et les mots heureux. Enfin, il s'est formé depuis sa première pièce, il a acquis l'expérience du théâtre; il travaille et rature; il essaye ses diverses scènes, il les récrit, il les agence; il veut que rien ne suspende l'intérêt, que nulle invraisemblance ne choque le spectateur, que sa comédie roule avec la précision, la sûreté, l'unité d'une belle machine. Il compose de bons mots, il les remplace par de meilieurs^il aiguise toutes ses railleries, il les serre comme un faisceau de dards, et met de sa main au dernier feuillet : « Fini, grâce à Dieu. — Amen !» — Il a raison, car l'œuvre lui a coûté de la peine ; il n'en fera