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empires, nous ne découvrirons rien qui constate l’existence d’une œuvre littéraire. Cependant, la plupartde ces hommes, eomme tous les enfants de la forêt, étaient doués d’une imagination ardente, d’une âme quelquefois élevée, de sentiments souvent nobles et distingués. Ce n’était pas, non plus, l’abgence complète de sujets ou de tableaux qui manquaient à leur imagination. L’immensité des mers qu'ils parcouraient en tous sens, le calme des forêts avec leurs beautés grandioses et leurs sites pittoresques, l’enthousiasme qui régnait dans chaque peuplade à l'approche d’une guerre, l’exaltation que: faisait naître l'espoir d’un prochain triomphe, les cérémonies d’un culte extérieur à la fois simple et original, la pompe et l’apparât avec lesquels on ehômait ceux que l’on appelait les martyrs du devoir, les héros de la patrie, les demi-dieux de la contrée; la faveur, le respect et l'aristocratie qui entouraient toujours ceux que le sort désignait pour chefs dans une entreprise;—tous ces divers sujets pouvaient être des causes de succès, devenir les thèmes variés de leurs chants et créer, chez eux, une littérature nationale. Mais ce progrès. était impossible.
Chez une population rare, nie sans rapports SOCIaux, sans commerce industriel et intellectuel, la poésie ne peut germer ni produire de fruits.
Mais le besoin d'un rapprochement social se fait-il sentir ? aussitôt le contact opère des merveilles : la vaillance militaire: se ranime, le goût devient plus délicat, l’esprit moins rare et l'âme plus sensible. Le langage s’épure en se réglant, et la manière de dire les choses prend une forme plus consistante, plus durable. L'époque des croisades en est une preuve.
La marche de l'esprit humain, une des plus capricieuses, est, en même temps, remplie de grands enseignements. Cette pensée, cette lumière, ce fiat lux, naît tout à coup dans l’Inde, la Chaldée, la Chine et l’Asie Mineure; illumine les grands empires des Babyloniens, des Assyriens, des Phéniciens et des Egyptiens; apparaît dans la Grèce, avec le brillant siècle de Périclès ; se transporte à Alexandrie, qui s'illustre par sa fameuse école; s’érige, de là, dans le forum
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romain, avec le siècle d’Auguste; se perd, dans l'Occident, au VIle siècle pour s'envoler à Constantinople; brille chez les Orientaux jusqu’à la Renaissance italienne; puis, s’étouf fant définitivement en Orient, éclate chez toutes les nations de l’Europe: au XIVe siècle, en Italie, au XVIe, siècle, en Espagne, au XVIIe siècle, en Angleterre et en France, au XVIIIe siècle, en Allemagne; et, s’affaiblissant en Europe, en quelques endroits, court illuminer l'Amérique au XIXe siècle. Il semble, à cette marche invariablement vacillante de la pensée humaine appliquée à la civilisation, que le Créateur, disposant de tout avec nombre, poids et mesure, a, dans
les immuables décrets de sa pensée, disposé qu’avec prudence et modération du quantum des lumières, au-delà duquel les compréhensions de l’homme doivent s'arrêter. Peut-être aussi, cette marche des faits, en rappelant à l’homme que dans l’histoire des peuples, comme dans celle des individus, il y a des moments de croissance morale et intellectuelle, succédés par des époques de ténèbres et d’ignorance, a-t-elle été, dans l’intention de Dieu, de lui rappeler son impuissance, son incapacité et la faiblesse de sa raison. Qui ignore que la civilisation la plus avancée touche à la barbarie par certains points: les Romains, sous les Césars, n’avaient-ils pas leurs circles et leurs esclaves ? Qui n’a pas remarqué que les atrocités ont été d'autant plus raffinées qu’elles prirent naissance à une période plus éclairée: témoins, ce perfectionnement dans les engins de destruction et ces sanglantes guerres qui ontarrosé de sang le sol de l’Europe depuis le commencement de notre siècle ?
à C’est un fait bien constaté que la poésie préside au berçeau de tous les peuples, y germe, grandit avec eux, de même qu’elle s’affaiblit avec leur décadence. “Il n’a pas été donné aux choses humaines, a dit un écrivain remarquable, de s’arrêter à un point fixe. HLorsqu'elles sont parvenues à leur plus haute perfection, ne pouvant plus s'élever, elles descen. dentet, par là même raison, quand elles sont descendues à leur plus bas période, quand le désordre est arrivé à ses derniers
excès, elles remontent bientôt vers un état meilleur et
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vont ainsi du bien au mal et du mal au bien.” C’est aussi la marche de la littérature. Suivant la marche de la civilisation, elle grandit avec les peuples pour décroître avec eux. Le temps où florissaient à Athènes et à Rome les Belles-Lettres, fut à juste titre appelé l’âge d’or de ces peuples. Car dans ces heureux temps, les sciences et l’industrie, la gloire, les honneurs et les lois ont marché de pair avec les beaux-arts. Et il en est ainsi pour les diverses littératures européennes. La France a brillé d’un éclat très vif sous le règne de Louis-le-Grand. IL’Italie. n’a eu qu’une grande époque littéraire, qu'une seule Renaissance. L'Espagne n’a jamais été si florissante que sous les règnes des trois Philippe. En Angleterre, la reine Anne vit la littérature arriver à son apogée, de concert avec l’industrie nationale. L/Allemagne .et les autres nations du Nord, plus tardives dans leurs développements et leur consolidation, brillèrent d’un éclat inattendu au XVIIIe et au commencement du XIXe siècle.
Ceci nous amène à remarquer trois époques distinctes dans l'histoire littéraire de chaque peuple : les commencements, l'apogée et le déclin de sa carrière.
Comme toute chose créée, la littérature naît, grandit et décroit. C’est là le grand acte de tous les jours, l’histoire de tous les êtres.
Rude et grossière dans les premiers âges, sacrifiant la forme au fond, la première période se sent de l'ignorance et de la barbarie du temps où elle prend naissance. Cependant, malgré sa rudesse et son âpreté, on ne peut s'empêcher d'admirer les efforts qu’elle fait pour prendre des proportions plus larges. Les conceptions sont rares, à la vérité, maïs elles ont le double mérite de la spontanéité et de l'originalité. Les traditions nationales se transmettent par des chants enthousiastes, religieux et patriotiques. Les écrits admirables de Moïse et les inspirations sublimes de David, chezles Hébreux, les œuvres d'Homère, d'Alcée et de Terpandre chez les Grecs, les premières créations dramatiques chez les Romains, le moyen-âge pour la France et les autres littératures européennes sont des époques et des œuvres remarquables, parce
qu’elles rappellent les efforts constants d'une littérature naissante mais pleine d'espérance et de vitalité. Dorénavant, elle prendra des proportions plus gigantesques. Marchant avec la civilisation, elle va désormais produire des fruits savoureux, s'élever bien haut, planer en maîtresse, et finalement s’affaiblir, en certains wenres du moins. En littérature, comme ailleurs, les propensions et les facultés du jeune âge et de la vieillesse s’exercent différemment. Aussi, quelle différence énorme entre les commencements d’une littérature qui grandit et sa fin qui disparait. Le première est vive, naturelle, impétueuse; on admire les nobles efforts qu’elle fait pour s'élever: comparaisons hardies, images neuves, tableaux riants, elle ne dédaigne rien qui pourrait lui servir dans son essor. Si elle est imparfaite dans sa forme, il faut en demander la raison à des causes extérieures, à la rudesse du langage, à l'ignorance et à la barbarie du temps.
Mais la plus saillante distinction que lon puisse établir entre ces deux époques, est, sans doute, l'interprétation différente des sentiments religieux et nationaux dont la littérature se fait touiours l'écho. En poésie, comme en toute autre chose, on croit avant de douter. Voilà pourquoi la littérature, dans ses commencements, est toujours profondément religieuse et-nationale. La nécessité pour l’homme de se mettre en rapport avec la divinité par des chants de louange et d’action de grâce, l'amour qu'inspirent les institutions nationales et les sentiments patriotiques sont des causes infaillibles de suécès pour une littérature qui débute. |
Qi nous considérons la littérature à son déclin, nous voyons que les conceptions de l'imagination ne sont pas les mêmes. Les sombres couleurs philosophiques viennent s’unir à Pindifférence religieuse et souvent à un goût corrompu et faux. Ses tableaux sont surchargés, plus mélancoliquement sombres, plus languissants. On y rencontre bien de grandes idées, beaucoup de variété, des conceptions profondes, des raisonnements substils, mais rien de naïf, peu de naturel, encore moins de simplicité. Depuis la Renaissance des lettres grecques et latines, c’est-à-dire depuis le commencement
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de l’époque du bel âge dela littérature européenne, bien des changements se sont opérés Les phases les plus glorieuses ont été parcourues. Mais, depuis le siècle dernier, la littérature, au lieu de continuer à décroître, a pris une tendance nouvelle, si l’on en juge dû moins par la multiplicité des productions et l'accueil qui leur est fait.
Car la poésie ne peut mourir. “ Langue instinctive et mystérieuse, dit Fleury, elle continuera à faire l'amour des âmes sensibles, la consolation des âmes souffrantes, le lien sympathique entre la terre etle ciel. Elle pourra se renouveller et briser ses vieux moules comme elle l’a déjà fait de quelqu'un, elle devra suivre les progrès des mœurs, des sentiments et des idées; mais de même qu'on la vit à genoux, au début des choses, porter à Dieu la prière émue de l'humanité, de même on la verra pousser le dernier cri de douleur sur les débris du monde quand Dieu le brisera.”
. Epurer le goût, former le cœur, polir l'esprit, orner la mémoire, développer l'intelligence, agrandir la sphère des idées, apprendre à parler agréablement, à bien écrire et à penser juste : tels sont, en peu de mots, le but et l'avantage de l'étude de la littérature. Ce n’est pas tout : elle prête son secours aux sciences abstraites ; elle en rend les principes plus clairs et les vérités plus sensibles. Elle sait présenter les choses les plus communes sous des dehors qui plaisent et flattent. Servante dévouée de l'imagination, elle se prête à tous ses caprices, donne un tour approprié aux sujets que l’on traite.
Le savant doit être en même temps homme de lettres. Il ne suffit pas de concevoir, il faut exécuter. Et comment le faire si la littérature ne vient à son aide avec sa précision et sa clarté. Rien doncde plus convenable et de plus utile à
l'homme.
La poésie, chez tous les peuples, a formulé la première l'admiration, la volonté, les désirs et le besoin d'expansion du cœur de l’homme. C’est ce que l’histoire delalittérature nous découvre. Les cantiques et les hymnes de louange, adressés au Dieu d'Abraham, chez les Hébreux; la lyre d'Orphée et les oracles sibyllins, chez les Grecs; les inscriptions, les pre-
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mières mythologies, les constitutions des anciens rois de Rome, étaient écrites en vers. Quand le poëte eut chanté ‘ ses vers, il les récita; l’éloquence prit, dès lors, une forme plus sensible.
r Belle, gentille, joyeuse, parfois grave et solennelle, l’éloquence des premiers âges se ressent de la poésie et n’en est que l’imitation. Peu à peu, elle forma des genres à elle seule. Elle comprit le rôle important qu’elle était appelée à jouer parmi les humains, En devenant le premier des arts elle remplit la terre de son nom. Mais l'éloquence ouvre ses trésors à un nombre si restreint de mortels que la poésie semble primer sur elle. Cela prouve que les poëtes sont plus communs que les orateurs. Je suis donc loin d'admettre la maxime de Cicéron: nascuntur poetæ, fiunt oratores. L'art ajoute beaucoup à l’orateur, mais il lui faut, surtout, une qualité indispensable ehecun Or cette inspiration, ce feu sacré vient de la nature:
# On ne peut se lasser d'admirer les effets que produit : pue tous les jours. On la voit derrière tous les théâtres. La chaire s’en sert pour démontrer les grandes vérités qu’elle enseigne; le barreau la met au profit de l'accusé, de la veuve , et de l’orphelin; on l’emploie dans les séances académiques ! pour gagner un succès; le guerrier veut-il enthousiasmer ses soldats et s’assurer de la victoire, l’éloquence viendra à son secours. Veut-on commander aux masses, apaiser la colère des peuples, implorer leur pitié, la tribune se dresse, un homme y monte. Il est calme au milieu de la tempête. On le fixe du regard : il fait signe de la main. Le bruit s’apaise peu à peu; à peine quelques chuchotements. Il parle: le ‘silence règne, D'abord, la voix de l’orateur est douce et plaintive : il relève les esprits, les accorde. Quoique sous l’empire des passions, l’orateu les cache. Il est calme dans son début, Pas un mot ne le trahit. Peu à peu, il entre : dans son sujet, fait passer les sentiments qu’il éprouve dans . l'âme de son auditeur et, finalement, le fait abonder dans son sens. Alors, il en jouit; sa voix devient plus éclatante. Il frémit, et l’auditoire frémit. Il pleure, et la multitude éclate
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en sanglots. Il menace du regard et de la main, et lassemblée menace du regard et de la main : l'auditoire est fasciné, le triomphe est complet.
C'est surtout à la tribune que l’éloquence semble manifester, avec plus de succès, la puissance invisible qui la distingue. / “La tribune,” dit Berryer, “est le champ de bataille des ‘intelligences. Ilnyena point de plus grand, ni de plus noble. L’éloquence politique où parlementaire comprend, en effet, les discours que les hommes, appelés à gouverner l'état, prononcent sur les affaires publiques. C’est celle dont l'influence paraît la plus importante et la plus glorieuse. On la voit dominer les grandes assemblées, présider aux délibérations du peuple, éclairer les conseils du sénat; elle règle les finances ; elle fait la paix et la guerre; elle décide du sort des nations ; elle juge les empires ; c'est elle qui fait les lois et qui proclame les doctrines sur lesquelles s’affermissent les sociétés humaines. Elle tonne contre les lâches qui trafiquent du sang et de la misère des hommes: elle défend la patrie ; elle venge l'humanité. Mais cette éloquence, par un triste privilége, a le pouvoir de détruire les choses qu’elle vient d'élever. Elle brise et consacre la tyrannie ; elle fonde des cités et disperse des empires ; elle éclaire les peuples et corrompt les sociétés. Don bienfaiteur et fléau terrible de la Divinité, elle se joue des vérités et des mensonges ; elle tonne contre les impiétés de la terre, elle fait voler en éclat les autels sacrés :(faire le bien, tel est son objet ; faire le mal, tel est souvent son effet.” } / Ce hardi coup de pinceau suffit pour démontrer la force de ce levier puissant, qui remue les masses en les faisant passer des convulsions du désespoir aux sentiments exagérés d'une gaieté folle.
Le caractère d'un peuple se peint toujours dans sa poésie. C'est là qu’il faut chercher la nature des sentiments qui ont dominé à chaque époque. Ainsi, l’histoire de la littérature nous montre l’Inde avec sa poésie matérialiste, vague et diffuse comme les idées philosophiques qui ont germé dans la patrie de Confucius. C’est le contraire qui domine en
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Grèce. Tout y est joie, gaieté, ivresse des sens. Quel culte ne sait-on pas rendre à l'esprit! Grave et sévère à Rome, la muse latine l'emporte sur la lyre archaïque par son unité. L’élégance et la pureté de la phrase dominent à Athènes, la concision et la clarté distinguent la poésie des Romains, Elle est croyante au moyen-âge, où elle emprunte une force sauvage et inculte. Dante descend avec elle dans les enfers, et Pétrarque, porté sur ses ailes, escalade la hauteur des cieux. Religieuse, fière et patriotique en Espagne, elle est imagée, majestueuse et pleine de sentiments d'honneur. La poésie anglaise a de la grandeur mais elle est froide et réaliste. Beaucoup de variété, beaucoup d’excentricité.
Le XVIe siècle, en France, vit naître une littérature classique incomparable. Grave dans les commencements, gracieuse dans le moyen-âge, elle devint satyrique, frondeuse, libertine, légère et comique dans les derniers siècles. La poésie allemande est mystique. On y rencontre ce goût rêveur de l'allemand pour la nature. De nos jours, elle est devenue savante. Folâtre et pleine d'images en Italie, on sent qu'elle a été favorisée d’un soleil tout méridional. En Amérique, elle porte ce caractère juvénil mais déjà pratique, qui la fait ressembler aux institutions sociales aû milieu desquelles elle a pris naissance.
De nos jours, la littérature personnifie des systèmes particuliers de philosophie : en Angleterre, c’est l’individualisme ; en France , le scepticisme ; en Allemagne, le panthéisme.
* La littérature européenne, à notre époque, n’est pas toujours ce qu'elle devrait être : elle pourrait être plus croyante, plus idéaliste; elle prend des licences dans la forme et s'inspire d'idées nouvelles, étranges, trop radicales peut-être. Je ne suis pas de ceux qui voudraient le réveil des idées sombres du moyèn-âge ; je veux que le livre se fasse l’écho des principes démocratiques, mais de cette démocratie honnête, chrétienne, laborieuse, capable d’inspirer la confiance avec Ia stabilité. Il faut également éviter la licence: Ia permission
de tout dire a fait naître l’idée de tout démolir. C’est pourquoi les écoles se sont succédées les unes aux autres avec une
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rapidité inouïe; l'amour du nouveau s’estemparé des hommes, ( le vertige a fait place à la réflexion, et au nom de la raison, : on a invoqué des théories que la raison elle-même condamne. ! Mais je crois au réveil des littératures nationales de l'Europe, Sans doute que la loi de croissance et. de décroissance, dont j'ai indiqué la marche, se fait sentir en thèse générale ; mais il ne faut pas appliquer cette loi au mouvement général de la littérature, qui suit journellement et pas à pas, la marche de la civilisation. Or, il est absurde de supposer que nous reculons ; le monde intellectuel travaille, marche, apprend, approfondit, analyse, pense, agit, raisonne; il écrase tous ceux qui tentent d’enrayer sa marche; il ne va pas de mal en pis. Dieu n’a pas voulu qu'il en fut ainsi. Il à fait l’homme faillible, mais il l’a rendu perfectible. Je pense que nous n’avons que fort peu à envier aux époques passées. Il n’est pas un seul travailleur intelligentqui veuille échanger la part de bien qu’il a faite dans notre siècle à celle qu’il aurait été appelé à faire avant les temps modernes. C’est une manie malhonnête et injuste que de rougir de son siècle, En littérature, notre siècle a été, à peu près, ce qu'il devait être quant à la marche générale des idées, l’enseignement du goût, le culte des choses pratiques et la profusion des lumières dans les différentes classes de la société. ® Je caractère du XIXe siècle, dit M. Artaud (1), doit être de tout faire marcher à la fois sans rien exclure: il doit accueillir en même temps les applications pratiques avec les spéculations de la philosophie, les résultats positifs de l'industrie avec le goût de l'idéal dans la poésie et dans les arts.
(1) Etudes critiques de Littérature.