‹ Histoire de la litterature canadienneChapitre 22 sur 66 · ANNE · texte numérisé non relu

ANNE

voyage du Père Charlevoix, fait en Amérique dans les années 1720, 21, 22. Cette relation, qui est sous forme de lettres adressées à la duchesse de Lesdiguières, est contenue dans les volumes V et Vle. Dans l'introduction, l'auteur fait une savante dissertation sur l'origine des aborigènes d'Amérique, question fort controversée par les philologues de l’époque.

Le journal est fort attrayant en ce qu'il touche à des questions de détails qui vont bien à ce genre de relations. T'auteur parle au long des coutumes, du caraétère, de la religion, des mœurs et des traditions des habitants de la colonie. Il ne néglige pas non plus la partie descriptive. Plusieurs pages sont consacrées à l’histoire naturelle, embrasgant les différents genres, animal et végétal, avec carte des rivières, lacs, montagnes, plans de ville, fortifications, etc. Ces données ne se rapportent pas au Canada seulement, elles ont encore trait à la Louisiane, au Cap-Breton, et autres pays où l'auteur à voyagé.

Je n'ai pas l'intention de faire une appréciation étendue des œuvres du Père Charlevoix. Qu'il me suffise d'ajouter que c’est un bon vieux chroniqueur, causant familièrement avec son lecteur, parlant un langage pur et assez recherché. M'est d'avis que Charlevoix devait passer pour un bon littérateur parmi ses contemporains. Il prend son temps, raconte avec force détails, parsème sa narration de réflexions qui annoncent le moraliste derrière l'historien. IL a d’ailleurs beaucoup de connaissances. Ses études sur les arbres, plantes, animaux indigènes, l’indiquent suffisamment. On peut à bon droit l'appeler le Froissart du Canada. Son histoire de Ia Nouvelle-France a servi plus que tout autre ouvrage aux historiens Canadiens pour ce qui se rapporte à la domination française. Je ne crains pas de dire qu'il a connu le Nouveau Monde mieux que n'importe quel européen de son temps. Ses voyages lui ont facilité cette connaissance. Pour peu qu'on lui suppose de la bonne foi, de l'intégrité, de l’impartialité, il avait toutes les chances d'écrire un bon ouvrage. Il avait conçu un grand projet d'histoire du Nouveau-Monde, embrassant tous les pays de l'Amérique. Cette idée n’a pas été rise à exécution.

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Le Père Charlevoix à fait un œuvre consciencieux ; il y a beaucoup de travail, beaucoup de recherches: il a vu de lui-même et il a consulté tous les auteurs qui, de près ou de Join, ont parlé de l'Amérique. On voit qu’il a fait du Nouveau. Monde le but de ses travaux.

CHARLES LEBEAU, avocat, a écrit: Aventures, ou voyages curieux et nouveaux parmi les sauvages de l'Amérique Septentrionale, dans lequel on trouvera une description du Canada, avec une relation très particulière des anciennes coutumes, mœurs et usages de vivre des barbares qui l’habitent, et de la manière dont ils se comportent aujourd’hui. 1778, 2 vol. in-120, avec figures.

On ne s'accorde pas tous sur le mérite de cet ouvrage. M. De Foulette dit que “c’est un pur roman.” L'auteur de la Bibliothèque des voyages assure que “ nul autre ne nous a fait - aussi bien connaître les mœurs, les usages, le régime intérieur des trois nations les plus considérables du Canada, les iroquois, les hurons, les algonquins. Il relève soigneusement les inexactitudes, et même les altérations de la vérité qui se trouvent dans quelques relations, et particulièrement dans celle du baron de La Hontan.”

Tels sont, en résumé, les principaux écrivains français qui se sont occupés du Canada sous la domination française. Ces travaux n'ont plus à nos yeux l'importance qu’on leur attribuait autrefois, malgré qu’ils soient toujours là pour décrire les antiquités américaines et les origines de la colonie. Mais à part ce mérite, qui n’est pas petit à la vérité, ils n’offrent plus le degré d'intérêt qu’on leur attribuait il y a un siècle et demi. C’est à peine si on s’en sert pour la consultation, et tout au plus, servent-ils comme autorité pour appuyer certains faits non entièrement dégagés des obscurités du passé. Nos historiens canadiens ont puisé dans ces travaux tout ce qui pouvait être pris en y ajoutant les connaissances qu’ils avaient acquises dans leurs recherches auprès des archives publiques. ÆEn sorte que leurs livres remplacent entièrement les anciennes relations. De plus, les écrivains de la déminatinr fränçaise ignorent, pour la plupart, la manière de clagsor les événemänts, de les appré.

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cier, de rechercher les causes et d’analÿyser les époques. Ils se contentent de narrer simplement le fait dans un ordre méthodique et restreint, sans artifice dans l’arrangement des matières et sans pompe dans leur langage. Ils ne s'élèvent pas à la hauteur du moraliste, et leurs appréciations n’atteignent pas ce côté philosophique qui distingue l’école contemporaine. Ce sont de modestes annalistes qui n’entendent point sortir de leur rôle. C’est pourquoi la lecture de ces mémoires est généralement ennuyeuse, abstraction faite de la vérité historique qui ne manque jamais d’attrait pour les esprits sérieux. | ,

Parmi les causes qui ont contribué à développer le mouvement littéraire en Canada, il faut mentionner en première ligne les associations littéraires. Ces sociétés n’ont jamais eu qu'une existence éphémère; mais, de période en période, elles se sont renouvelées, sous un nom ou sous un autre, grâce à l'initiative de quelques amis des lettres et des sciences. Il me parait donc opportun de constater ici ces efforts et ces sucCës.

D'après Lebrun, Québec possédait un Cercle littéraire en 1779, mais ce devait être l’association de la bibliothèque, observe M. Max. Bibaud. (1). La société littéraire et historique de Québec fut fondée en 1824. Une autre société fut créée en 1827. Depuis 1829, la première s’est réunie à la seconde qui a renoncé à son titre. Cette société reçut annuellement une allocation du gouvernement. Elle fut bientôt en mesure d'acheter et d'augmenter journellement un musée,une collection de minéraux et des documents relatifs aux antiquités canadiennes. En 1829 il parut un premier volume des Transactions de cette société. Plusieurs autres volumes furent publiés par la suite, sous le même titre. De nombreux mémoires lui furent adressés, et des essais intéressants et instructifs furent lus en présence des membres et du public en général. Elle s'occupa moins de poésie que d'histoire et de sciences naturelles. Afin de réveiller le zèle

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