‹ Histoire de la litterature canadienneChapitre 23 sur 66 · MORE · texte numérisé non relu

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des membres, on proposa des prix à eeux qui présenteraient les meilleurs travaux. En 1830, le président de la classe d'histoire naturelle, M. Josepx S. KEY, disait dans une circulaire : ‘“ Les ressources, les richesses naturelles de ce pays étendu ne sont connues qu'imparfaitement. Le champ ouvert à l'observation est immense car il comprend tous les objets que nous offre la nature animée et inanimée. Ici on a découvert un calaire facile pour la taille et qui se durcit promptement; là, de la pierre meulière. Les couches de chaux, les lits de gypse fourniront des engrais. Les minières de fer abondent, et peut-être les mines de charbon et de sel de roche. On trouvera dans ce pays depuis les plus grands quadrupèdes jusqu'aux insectes les plus petits. La société recevra également avec la plus vive satisfaction, toutes les observations qui lui seront adressées sur les végétaux. Des plantes qui, dans leur état de nature sont très pernicieuses, soumises à une culture bien entendue, perdent leurs principes délétères, deviennent palatales. Aïnsiilest présumable, que le riz sauvage (Zezania aquatica), qui n'est à présent qu'une ressource accidentelle pour les aborigènes, sera par la suite une source abondante d’aliment, et qu'ilrivalisera dans ces froides latitudes avec son analogue des tropiques.”

Plus active dans ses commencements, cette société offrait, en 1828, des médailles pour des observations météorologiques, géologiques, pour la fabrication de la potasse, l'Ichtyologie des lacs et des rivières, pour les perfectionnements agronomiques, pour les procédés d'extraction d'huiles, etc. A cette époque encore, elle couronnaïit un poëme français: Le siége de Missolonghi et un poëme anglais: The canadian Harp, dû à la plume de M. W. HawLew, de l'Isle aux Noix.

Cette société, comme on le voit, était appelée à jouer un beau rôle en Canada. Elle a certainement contribué à développer le goût des sciences et elle a rendu des services signalés à notre littérature, à notre histoire, et à nos industries. Mais on pouvait attendre davantage, avec les capitaux qu’elle disposait et l’encouragement qu’une si belle œuvre recevait de partout. (Cependant un malheur est venu

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fondre sur elle et a dû nécessairement arrêter ses progrès: je veux parler de l'incendie des Chambres du parlement en 1849, qui la ruina presqu'entièrement et qui entraîna la perte de la bibliothèque (1600 volumes), des manuscrits et archives relatifs à notre histoire, ainsi que le cabinet d'histoire naturelle. C'était le plus ancien musée qui ait existé en Canada. Il avait été collectionné par M. Prerre CHASSEUR, et classé selon l’ordre des trois règnes par le Dr. Meizzeur. M. FARIBAULT, savant de distinction, est peut-être le canadien-français qui a fait le plus pour cette société qui compte parmi ses fondateurs des hommesillustres, entr’autres: Le comte de DazHouste, Sir FRANCIS BURTON, le Dr. WiLKkie, le juge SEWELL, ANDREW STUART, M. Roy, VALLIERES DE ST. RÉAL, l’hon. M. SHEPPERD, etc.

La Société Historique de Montréal, fondée en 1858, fut définitivement organisée l’année suivante sous la présidence de M. Jacques Vicer. Elle a publié plusieurs documents importants à l’aide des fonds annuellement votés par la législature pouf son soutien. Parmi ses fondateurs on voit l’Hon. juge BEauDry, MM. R. BezLEMARE, L. H. A. Larour, G. Bay, etc. Plus que tout autre M. L’ABBÉ VERRAULT a contribué à assurer son succès.

La Société d'Histoire naturelle est spécialement destinée à la profession médicale. Son musée est assez remarquable, mais sa bibliothèque de peu d'importance. Elle reçoit annuellement une allocation du gouvernement. Deux médailles ont été décernées par cette société, l’une à M. SHEPPERD, de Québec, pour un essai sur les arbres forestiers et l’autre à M. le CoLoneLz Cover, de Cobourg, P. O., pour un écrit sur la culture du chanvre. En 1830 elle proposait des prix pour ‘un aperçu rétrospectif du climat du Canada, pour la description des bois de haute futaie, avec leur emploi en médecine et en industrie, pour un essai littéraire ou scientifique, enfin pour l'ouvrage de l’année jugé le meilleur.” Il me semble pourtant que ces sociétés, favorisées par la législature, encouragées fortement par les amis des sciences, devraient répondre plus efficacement au rôle qu'elles se pro-

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posaient lors de leur fondation. Aïnsi, que sont devenues ces lectures publiques que devait donner mensuellement la Société d'Histoire Naturelle de Montréal, en échange des octrois de la législature. Je ne sache pas que l’on fasse autre chose que le rapport annuel, ce qui équivaut à une pure formalité

En 1828 fut organisé, à Montréal, le Mechanic Institute qui compta peu de canadiens-français, à notre grand désavantage. En 1831, l’Institut des Artisans fut fondé à Québec. La Chambre des Arts et Manufactures est d’une date plus récente. Rien de plus propre que ces institutions pour répandre parmi le peuple le goût des arts et des connaissances pratiques.

Je n’ai pas l'intention de passer en revue toutes les sociétés littéraires qui ont été établies parmi nous depuis ces dernières années. Outre le peu de progrès qu’elles ont fait;

à cause de leur division et de leur influence partielle, je présume que notre époque doit offrir au critique quelque chose de plus complet à étudier. Il me semble cependant que je manquerais à mon devoir si j'omettais de parler de l’Institut Canadien de Montréal, institution qui eut des ramifications dans plusieurs endroits de la Province. Cette société littéraire a contribué plus que toute autre à épurer le goût et à agrandir l'esprit. Il n'entre pas dans mes vues, et le cadre de cet ouvrage ne le permet pas d’ailleurs, de faire l’histoire des luttes religieuses de cette institution. Je passe l'éponge sur cette phrase. Je me contenterai de relater ses commencements. C’esten 1844, au sortir de l'insurrection de 1837-38, que surgit cette société, fondée par quelques jeunes gens nourris à l’école du passé. Ils prirent pour devise altius tendimus. Ils apportèrent un fond commun de libéralisme et de dévouement à!la cause du progrès; ils se réunirent dans une étroite masure de la rue St. Jacques, et là, se constituèrent en société'sous le nom d’Institut Canadien, afin, comme ils le déclarèrent à la première séance ‘ de chercher la force qui nait du travail commun, de s’instruire et de s’habituer à la parole au moyen de la discussion.” Le butetl’objet défini, ces jeunes gens, au nombre de deux

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cents, jadis isolés et presque inconnus les uns aux autres, inaugurèrent, les premiers, le système des con.:érences publiques, et des discussions libres sur tous les sujets politiques et littéraires. Ils affirmèrent la liberté d'examen et la tolérance religieuse la plus complète. Dix années passèrent. La salle étroite, basse, pauvre, de l’Institut-Canadien, était

devenue une tribune publique, d’où jaillissaient les idées

réformatrices les plus propres à perfectionner nos institutions. Treize d’entre eux étaient maintenant des députés au parlement canadien. Réunis, côte à côte, ils formaient cette petite phalange hardie qui attaquait tous les privilèges, tous les vices de l'organisation sociale et politique. On parle encore aujourd” hu de la jeunesse de 54. Quelque soient les déboires, les insuccés et même les fautes de quelques uns d'eux, on ne peut s'empêcher de reconnaître leur mérite et le concours patriotique qu’ils ont apporté au soutien de l'état. C’étaient de bons serviteurs et leur zèle comme leur amour pour la patrie ne seront jamais amoindris aux yeux de l'historien impartial. Toute la jeunesse intelligente de l’époque faisait partie de l’Institut-Canadien : c'étaient MM. A. À. DoRrION, JosepH PAPIN, JOsEPH DouTRE, Eric Dorrow, WiLFrRiD DorioN, CHARLES DAousrT, CHARLES LABERGE, Li. À. DESsAULLES, LABRECHE-VIGER, R. LAFLAMME, C. KF. Papr- NEAU, E. PAPINEAU, M. PREVOST, J. JoBin, etc.

Après la Cession du Canada à l’ Angleterre, l'immigration anglaise, favorisée par les gouverneurs, vint, jusqu’à un certain point, entraver les progrès de la littérature nationale. La langue des vainqueurs finit par exercer une véritable influence dans les affaires ordinaires, et l'attention des canadiens fut de plus en plus dirigée vers elle sans cependant céder en rien des prérogatives que nous accordaient les traités de capitulation. De ces deux idiomes, également parlés en Canada, naquit deux littératures distinctes: la littérature franco-canadienne et la littérature anglo-canadienne. Nous les étudierons toutes deux parcequ'’elles nous concernent également.

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