‹ Histoire de la litterature canadienneChapitre 26 sur 66 · BUS · texte numérisé non relu

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cation, C'est pourquoi sa période est mieux découpée, son vers plus chaleureux, sa pensée plus forte, ses convictions plus profondes : il atteint parfois à l'élévation, Je ne vas pas jusqu'à dire qu'il a l'inspiration, ce qui n’est donné qu'aux grands poètes ; or, Garneau n’est qu’un bon prosateur. Ses chants poétiques n’en demeurent pas moins un reflêt très populaire de notre passé. |

Le poëte qui représente le mieux la période de temps qui sépare 1837 de 1850 est Josepx Lenorr. Il naquit à St, Henri, près de Montréal, le 25 septembre 1822, et mourut à Montréal, le 3 avril 1861.

Ses dispositions poétiques se manifestèrent de bonne heure: on eite de lui des vers composés au collége qui ne déparent pas ceux qu'il à écrit à un âge plus avancé. Il fut admis au barreau en 1847, et après quelques années de pratique il fut attaché au département de l'éducation. Il contribua pendant longtemps à la rédaction du Journal de l'Instruction Publique. Un grand nombre de ses poésies sont disparues de nos jours, avec les journaux qui les contenaient ; quelques unes d'elles ont été recueillies dans le Répertoire National et la uche Littéraire. Il est regrettable que la mort ait enlevé à Lenoir le temps d'exécuter une promesse faite depuis longtemps à $es amis : de publier un recueil de ses poésies.

Je n’ai pas l'intention de citer toutes les poésies de Lenoir : elles sont trop nombreuses et elles offrent toutes leur genre de beauté. Dansle Huron mourant, il nous montre le sauvage sous un autre jour, et la description des “ grands bois ” est un chef-d'œuvre de hardiesse et de génie. La fête du Peuple sera toujours lue avec plaisir, parceque l’auteur a bien rendu l'expression du sentiment qui anime les enfants de la patrie en ce Jour mémorable. Dans Le génie des forêts on voit se dresser, menaçant et terrible, cet esprit qui animait les peaux rouges dans leurs luttes sanglantes contre nos pères. Le poëte à emprunté la lyre enchanteresse de Lamartine pour chanter Graziella, cette charmante élégie digne du ciel d'Italie. La richesse des images et la vivacité des tons ne sont égalées que par l'harmonie du vers dans Dayelle, cette fan-

SIGRUE

taisie orientale qu’on dirait écrite sous le ciel parfumé de l'Orient. Le roi des Aulnes est une charmante ballade imitée de l’allemand de Gœthe. ZLa mère Souliotte ne le cède pas en beautés à Dayelle : il y a là des flots d'harmonie. Voici le sujet de cette touchante élégie. C'était au temps du célèbre Ali de Tebelen, pacha de Janina. l’armée Turque avait envahi les défilés des montagnes de Souli. Son approche avait contraint un grand nombre de femmes de ce pays de se réfugier sur un pic élevé. Là, on dit qu’elles se prirent à chanter des chants de fête, et qu'une fois l'ennemi en vue, elles se précipitèrent, elles et leurs enfants, du sommet du rocher, pour éviter de devenir les esclaves des Ottomans.

Lenoir a une imagination brillante, Son vers est harmonieux et en certains endroits l'inspiration vivifie sa poésie et la rapproche des meilleurs morçeaux des grands maître. Il tient plus de Lamartine que de Hugo; il a plus de grâce et

de charme que d'énergie et de hardiesse ; il peint mieux les

passions douces que Îles passions violentes. C’est avant tout un poëte chatié et coulant.

Après Lenoir, la critique aime à citer le nom de l’honorable P. J. O0. CHAuvEAU. Il brille à la tête des poëtes secondaires qui apparurent durant cette décade (1840-1850 ) Chauveau débuta dans le monde littéraire par des essais poétiques. Devenu plus tard romancier, homme d'état, ministre, nous aurons occasion de létudier de plus près ; car la poësie n’a été pour lui qu'un passe-temps, et j'en suis* convaineu, le titre sur lequel il compte le moins pour arriver à la postérité. La plupart de ses poésies furent publiées dans Le Canadien et recueillies plus tard dans Le Répertoire National. On trouve encore des essais de sa verve dans Le Castor, Le Fantasque, La Revue Canadienne, Le Journal de L'Instruction Publique, et les Soirées Canadiennes. Ses occupa. tions comme homme public ne l’ont pas empêché de vouer un culte particulier aux muses. Ses principales pièces en vers sont: À Albion, l'Insurrection, Adieu à Sir John Colborne, l'Union des Canadas. Les joies naïves passent pour sa meilleure pièce de poésie, “c’est, dit l'abbé Casgrain (1) une

(1) Critique littéraire, Opinion publique, vol, ITI, 397

Date Le

fraîche composition, qui exprime une pensée enfantine en vers simples et naturels, avec des sentiments délicats et touchants. En résumé, nous croyons que M. Chauveau n’a pas méconnu son talent en se livrant de préférence à la prose. Il aurait pu devenir avec le temps et l'étude un versificateur ingénieux, très habile même: mais son astre ‘en naissant ne l’a pas fait poète.”

C’est encore à cet époque que remontent les poésies de J. G. BARTHE, auteur du Canada reconquis par la France ; on les trouve pour la plupart dans le Répertoire National. Il n’a n’a ni la pureté classique de Lenoir, ni le goût étudié de Chauveau, ni l’enthousiasme de Garneau, mais il a de l’imagination: Les règles de la versification sont trop souvent mises de côté et l’idée se noïe dans un déluge de mots. Je voudrais trouver l'accent poétique, je n’aperçois que le clinquant

littéraire. Plusieurs de ses poésis se rapportent aux évène-

ments politiques d'alors; l’auteur appertenait à cette phalange de jeunes patriotes qui, avides de liberté, soupiraient dans l'attente de jours meilleurs. Les poésies de M. Barthe ne se démentent pas: elles sont toutes l'interprète d’un sentiment national ou patriotique.

Autour de ces astres principaux tournaïent plusieurs planêtes ; c'étaient F. M. DÉROME, poète en vogue à cette époque; RÉAL ANGERS, S. SOULARD, ROMUALD CHERRIER, CHARLES DaAousr, P. GARNOT, P. G. Huor, J. T. LoRANGER, Cas. LEvESQUE, CHARLES LABERGE, et quelques autres. Ces noms nous conduisent jusqu’à 1850. |

La première pièce de poésie que j'ai lue, de ma vie, portait la signature de A. Marsais. C'était vers 1855, et c’est à peine si, à cette époque, je savais bégayer un article de

journal. Quoique jeune la passion des journaux s'était em- parée de moi et je lisais avec avidité, dans une campagne reculée, le soir au coin du feu, les produits que nous apportait chaque jour la malle de Montréal. Or, à cette époque, Marsais faisait les délices du lecteur canadien, bon enfant <t mauvais juge en matière littéraire. Son recueil de Romances et Chansons venait de paraitre et provoquait partout un

mirage capable d'éblouir les moins crédules. L'auteur reri-

plissait des colonnes de journaux et de sa magique baguette dé poëte il créait avec une fécondité étonnante des in provis L.

sations aussi variées de genres que de sujets.

Mais son règne est antérieur à 1850. J’invite les amateurs

à feuilleter les liasses de journaux de 1840 à 1850 ; ils

Fr

retrouveront, ensevelis sous la poussière de l’oubli, les chants M

lyriques de Marsais. Il est le roi de la poésie durant cette: décade, sinon pour la pureté, la fraicheur et l'éclat de sa.

vérsification, mais pour la profusion de ses essais 6t la M

variété de ses créations. Depuis lors, le vieux chantre que’

tout le monde à connu et qui promène aujourd’hui un regard »

fier autour de lui, proteste contre cet engouement littéraire | saluant de nouveaux dieux. Sa voix est devenue moins reten- M tissante à mesure que le désert s’est fait autour de lui et s&

muse reste muette pour enregistrer un énergique protet

contre le vulgaire acharnement de ces nouveaux Prométhées

qui, sans pudeur et sans vergogne, sont apparus juste à: E temps pour lui dérober un encens acquis par de douloureux …

efforts d'imagination.

Marsais n’est pas un poéte dans le sens propre et large: M

du mot: il n’a ni l'inspiration qui immortalise, ni l'élévation .

qui soutient; c’est peut-être un poétereau. Il a de la fécon”.

dité et de l'imagination; ce n’est pas même un bon versifi- …

cateur : la prosodie l’accuse de maïnts attentats contre ses

wègles sévères. Mais il est certainement un type dans notre

histoire littéraire. Voilà pourquoi je n’hésite pas à le placer

ici, au plus grand étonnement peut-être de ses voisins. Cette: \ place, il la mérite, non pas je le repète à cause de son talent

de poéte: je le juge très médiocre; mais j'invoque en sa. #

fiveur une fécondité qui ne s’est jamais démentie, une verve restée jeune sous une couronne de cheveux Din Je com-

pare les chants de Marsais à ces meubles antiques, vestige’

d’une époque'éloignée, grosse de souvenirs, que les antiquaires" placent dans leur salon pour faire contraste avec une fashion plus moderne. à.

La poésie, pour Marsais, semble avoir été un besoin de:

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