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son existence, C’est un homme qui ne parle jamais sans rimer, qui a fait de la rime le petit sanctuaire de ses rêves : dorés, le piédestal de son ambition et une retraite paisible où se concentre les douces émotions d’une conscience satisfaite,
C’est sa prose à lui, sa maniére de causer, de rire, de pleurer ;
c'est aussi peu harmonieux que de la prose et c’est obscur
comme de la poésie. Ses défauts pésent plus que ses qualités
et n'était la manie de se croire poëte, et le sentiment de ce
besoin, cet homme n’aurait jamais écrit en vers.
Je ne citerai rien de Marsais, toutes ses poésies se valent. S'il réussit en quelque chose, c’est dans le genre descriptif. Il est le chantre des localités. Il a décrit nos belles campagnes et nos panoramas agrestes. Mais avant de le quitter, je désire saluer le déclin de ce citoyen respectable et de ce poëte chêtif qui a survécu, comme Corneille, à s& propre gloire et à l'indifférence de ses contemporains. J’enregistre en sa faveur un mérite réel: celui de s'être fait, à travers les ans, l'écho du sentiment poétique du peuple canadien à une époque stérile en grands littérateurs. |
Il manquerait à ce travail un nom bien populaire si j'omettais de parler de Istnore Béparp, l’auteur de la chanson nationale: Sol canadien, terre chérie. Bédard naquit à Québec en 1806 et mourut à Paris en 1832. Il a beaucoup écrit dans la presse cannadienne, particulièrement dans Le Canadien, journal dont son père, l'Hon. Pierre Bédard, était propriétaire, En 1850 il fut élu membre pour l'assemblée législative. Il siéga à peine une session, sa santé l'obligeant d'entreprendre le voyage d'Europe Il n’en revint point et
: fut enterré dans le cimetière Montmartre.
“ À son départ du pays, dit Etienne Parent, il n'avait : guère pu que.faire concevoir les plus belles espérances. On allaït se disant que les principales qualités du père allaient revivre dans le fils, et cela seul faisait le plus bel éloge qu’un jeune homme put mériter. Cependant la mémoire de Isidore vivra aussi longtemps, dans la Nouvelle-France, que celle de Rouget de l'Isle dans la vieille France. Le jeune Bédard a laissé quelques couplets qui ont eu le mérite de
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emporter, dans la faveur publique, sur tous nos autres
-chants patriotiques, très nombreux pourtant et l'œuvre des
“talents les plus distingués parmi notre jeunesse lettrée. Ce “n'est pas que la partie littéraire de ces couplets ne prête un jpeu à la critique, et que sous ce rapport ils ne soient inférieurs à quelques unes de nos chansons patriotiques ; mais, Bédard, mieux qu'aucun de ses concurrents, malgré la négligence du style, sait trouver le chemin des cœurs et faire vibrer la fibre nationale. C'est, il est vrai, ce qui fait le poëte, le reste est du versificateur. Avec le temps sans doute, notre jeune Dopte aurait apporté plus de soins et de goût a ses compositions.”
Le plus beau titre de M. À. Geein-LATOrE à la littérature canadienne est sans contreditson Jean Rivard. J'en parlerai plus loins Ce prosateur distingué s’est occupé de poésie dans sa jeunesse.
Gérin-Lajoie est né à Yamachiche le 4 août 1825. Il fit de brillantes études au collége de Nicolet et fut admis au Barreau en 1848. Dans l'intervalle, de 1845 à 1847, il rédigea la Minerve avec beaucoup de talent et d’aptitudes. En 1852 il fut nommé traducteur à l'assemblée législative et plus tard bibliothécaire du Parlement fédéral. Il fut un des collaborateurs les plus aimésaux Soirées Canadiennes, au Foyer Canadien etc. Son Catéchisme politique, ou Eléments du droit public et constitutionnel du Canada, mis à la portée du peuple, fut publié à Montréal en 1851.
Le talent poétique de Gérin-Lnijoie se pure dans tous ses écrits en prose ; c’est un véritable artiste dans l’art d'écrire. Doué d’une brillante imagination, d’une âme sensible, de sentiments nobles et élevés, c’est encore un citoyen honorable, un beau caractère et un écrivain supérieur.
Parmi les compositions poétiques de Gérin-Lajoie, on cite Le jeune Latour, tragédie en trois actes. Cette pièce a été composée au collége de Nicolet et représentée aux exercices littéraires de cette institution, en 1844. Le sujet est historique etj'emprunte à ? Histoire du Canada de Bibaud la partie historique qui en fait le fond. Pendant que les anglais se rendaient
eu
“maîtres de Québec et du Canada, le capitaine Daniel, de Dieppe, les chassaïit au port aux Baleines, sur les côtes de la Gaspésie, et un jeune officier nommé Latour leur résistait au ‘Cap de Sable, le seul poste à peu près, qui restait aux français dans l’Acadie. Le père de ce jeune officier, qui s'était trouvé à Londres, pendant le siége de Larochelle, et y avait épousé en secondes noces, une des filles d'honneur Jde la Reïne, avait . promis au gouvernement anglais de le mettre en possession du poste où commandait son fils, et sur cette promesse, on lui donna deux vaisseaux de guerre, sur lesquels il s'embarqua avec sa nouvelle épouse.
Arrivé à la vue du Cap de Sable, il se fit débarquer, et alla seul trouver son fils, à qui il fit un exposé magnifique du crédit dont il jouissait à la cour d'Angleterre, et des avan-
» tages qu'il avait lieu de s’en promettre. Il ajouta qu'il ne - tenaitqu’à luide s’en procurer d'aussi considérables ; qu’il lui apportait l’ordre du Bain, et qu’il avait pouvoir de le confirmer dans son gouvernement, s’il voulait se déclarer pour sa Majesté Britannique.
La surprise du jeune commandant fut extrême : il dit à son père qu’il s'était trompé, s’il l'avait cru capable de trahir son pays ; qu’il faisait beaucoup de cas de l'honneur que le roi d'Angleterre voulait lui faire, mais qu’il ne l’achèterait pas au prix d’une trahison ; que le monarque qu’il servait était assez puissant pour le récompenser de ses services ; et qu'en
tout cas, sa fidélité lui tiendrait lieu de récompense.
Le père, qui ne s’était pas attendu à une pareille réponse, retourna aussitôt à son bord. Il écrivit le lendemain à son fils, dans les termes les plus pressants et les plus tendres ; mais sa lettre ne produisit aucun effet. Enfin, il lui fit dire qu’il était en état d'emporter par la force ce qu'il ne pouvait obtenir par ses prières ; que quand il aurait débarqué ses troupes, il ne serait plus temps pour lui de se repentir d'avoir rejeté les avantages qu’il lui offrait, et qu’il lui conseillait,
comme père, de ne pas le contraindre à le traiter en ennemi.
Ces menaces furent aussi inutiles que l'avaient été les
sollicitations et les prières. Latour, le père, en voulut venir
sie
à l'exécution : on attaqua le fort, mais le jeune officier se défendit si bien qu’au bout de deux jours, le commandant anglais qui n’avait pas compté sur la moindre résistance, et qui avait déjà perdu plusieurs soldats, ne jagea pas à propos de s'opiniâtrer d'avantage à ce siége. Il le déclara à Latour, père, qui se trouva fort embarrassé: comment en effet retourner en Angleterre, et s’exposer au ressentiment d’une Cour qu’il avait trompé. Quant à son pays natal, il ne pouvait songer à y entrer, après l'avoir voulu trahir. Il ne lui restait d’autre parti à prendre que de recourir à la générosité de son fils : il le pria de souffrir qu’il demeura auprès de lui; ce qui fut accordé.
Tel est le sujet de la tragédie. Comme on le voit, le fond se prête àde grands développements. L'auteur pouvait mettre en jeu des passions diverses, l'amour de la patrie, l’attachement filial, le sentiment du devoir, le remords du traître, etc.
On reconnait l’œuvre d’un jeune homme dans la tragédie du jeune Latour. Il y a des beautés de détails, beaucoup même ; mais la charpente du drame ne semble pas assise sur des bases solides. Le plan n’a ni l'ampleur, ni les dimensions des grandes tragédies de Corneille ou de Racine, de Schiller où de Goëthe. L'auteur n’a pas donné assez d'extension à son thème. Les scènes ne sont pas assez variées et les tableaux sont trop uniformes. Peut-être que, voulant écrire une tragédie pour les exercices littéraires du collége, l’auteur a dû modifier son plan à la scène. Quoiqu'il en soit, il y a l'indice certain d’un talent précoce.
En 1845, Gérin-Lajoie publia une magnifique pièce de poésie, intitulée: Salut aux exilé, dans laquelle il acclame le: retour des exilés de 37. On lui doit un autre chant bien populaire: Le Canadien errant. C’est encore une composition de collége. Un jour, ditun de ses biographes, durant le grand silence de l'étude, il entendit gronder le canon de Saint- Denis et de Saint-Austache; les cris lointains de la révolution de 1837 parvenaient jusqu'à son oreille. Les victimes de. l’échafaud pendaient à la corde fatale; et il vit passer sur le fleuve les déportés canadiens qu’on trainait enchaînés sur la