‹ Histoire de la litterature canadienneChapitre 34 sur 66 · CAT · texte numérisé non relu

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Comme poésie fugitive, la Belle Meunière est, à mon sens, Sur la Rivière a des strophes M

la meilleure pièce du recueil.

charmantes, c’est du Béranger. La vieille chanson me rappelle les antiques ballades de la chevaleresque Espagne ou les légendes dorées des brumeuses contrées du Nord ; toute la Bretagne est là, naïve et croyante, rèveuse et np Pompeux dans les Fils du St. Laurent, le poète pleure dans Le Tombeau du Marin.

Le style de Sulte se rapproche plus de la chanson que de l'élégie ou de la tragédie. On s’apperçoit que ses

instincts ou ses études l'ont porté plus vers Béranger, ne

Pierre Dupont et Désaugiers que vers Hugo, Lamartine ou Auguste Barbier. Par fois cependant on croit saisir

comme une strophe de Musset qui rase d’une aile légère

quelques pages amoureuses des Laurentiennes.

Mais le sentiment qui domine dans le livre, qui perce à chaque page, qui se trouve dans chaque strophe : c'est l'amour de la patrie. C’est pourquoi ses poésies sont essentiellement canadiennes. HEntendez-vous la voix du missionnaire prêchant la parole de Dieu aux peuplades indiennes ; entendez-vous la cognée du bûcheron faisant la guerre à la forèt; voyez-vous ce peuple de hardis colons ouvrant le sein de la terre pour y jeter la semence féconde ; entendez-vous le clapottement des flots du Saint Laurent et voyez-vous, là-bas, cette barque coquettement perchée sur la crète des vagues, aux voiles blanches comme la corolle du lis, c'est la nacelle du pêcheur ; cet écho que la nuit vous apporte, c’est la chanson sonore du rude nauton-

nier ; cette suave odeur, elle s'exhale de cette meule de foin, “” richesse du vendangeur ; cette fumée qui se déroule en spi-

rale au-dessus de votre tête, c'est l’âtre de cette agreste chaumière que vous voyez là-bas, suspendue au sommet de la

colline comme un nid de vautour dans l’angle d’un rocher ; et

ces bruits de tambour, ces clameurs retentissantes, ce cri de guerre qui s'échappe désespéré et sinistre de ces braves poitrines, c’est..." horreur ! c’est le dernier effort de la patrie succombant sur le rocher de Québec et sur les plaines

d'Abraham! Ah ! lisez tout cela, et votre âme se retrempera au feu du patriotisme et de l’amour national. Il y a là une ébauche de notre histoire ; c’est la poésie de notre passé : c’est pourquoi l’auteur vivra.

- “Kulte chante, dit M. Routhier, le Canada et ses beautés, ses droits et ses devoirs, ses douleurs et ses espérances, Il “évoque le passé et en célèbre toutes les gloires ; il rappelle le présent et en traduit les lecons ; il s'élance vers l'avenir et -flatte nos rêves d’or. C’est un hymne qui se répète, et dont “les échos vont sur tous les sentiers réveiller le patriotisme endormi.” (1) |

“ J'admire le naturel, la facilité et la simplicité à la fois élé- ‘gante et gracieuse de Sulte ; mais je cherche en vain l’enfhousiasme et l’élévation : je trouve à la place la gaieté et le “bon sens. Il n’a ni la vigueur lyrique de Fréchette ni la douceur ineffable de Lemay, ni même l’onction patriotique de Crémazie, mais en revanche, sa poésie est plus pétillante, “sa phrase plus claire et plus égale, son esprit plus franche- “ment gaulois, L’ode sera toujours son domaine favori ; la chanson, la meilleure expression de son talent; l'idyle, le “plus beau bouquet de son jardin Éttéraire : sa muse aime à voltiger de fleur en fleur, elle butine en folâtrant, elle se “déplairait à revêtir les longues envergures qui conviennent “aux grands genres, à l'épopée ou à la tragédie.

… M. Sulte semble abandonner depuis quelque temps la poésie pour la prose. S'il réussit en poésie je crois que son talent de prosateur est encore plus sérieux, c’est pourquoi je lencouragé dans cette voie là. Il laissera dans ce champ “une réputation plus durable.

…. Les écrits en prose de M. l'abbé H. R. CAsGRAIN ont, aux yeux du critique, plus de mérite et d'importance que ses “poésies. Cet auteur est poète, mais il l’est plus en prose “qu’en vers. Les Miettes Poétiques sont un petit recueil de vers dont il a fait une édition intime. Le Manoir et Le portrait “de mon Père en sont les meilleures pièces. On y trouve des

À (1) Les Caussries du Dimanche, p. 241.

que le mouvement, l’entrain de la véritable poésie: Oen

. Séminaire de Nicolet. En 1864 il fut admis à la pratique de J

strophes ones Dalles Le Canotier est plus estimé « qu “4 Le Coureur des bois et que l'épitre À ma sœur. Ona encore | de lui une traduction en vers du poème de Byron, Le Chà teau de Chillon.

Nous n'avons que quelques poésies de M. ACHILLE Fra cHerre, frère de Louis H. Fréchette. Mais ces essais suffi: sent pour prouver le talent de l’auteur des Martyrs de la Foi en Canada. Le sujet de ce poème avait, comme on le sait,” été proposé par l’Université Laval pour un de ses cORCotE 1 M. Fréchette le traita avec beaucoup de talent. On remar-\

poème porte pour épigraphe ces mots du Génie du Christia-\ nisme : “Mais aussi quels hommes que les Brebœuf, les | Lalemant, les Jogues, qui réchauffaient de leur sang les sillons glacés de la Nouvelle-France.” | 1

Le talent de M. Fréchette s’affermira davantage par l'étu-i de. Cet essai l'a cependant placé d’un seul bond au rang deu 4 nos meilleurs versificateurs. | ‘1

Il ne reste plus, pour clore cette liste déjà longue, au’à parler du plus grand poète lyrique qu’ait produit le Canada} 4 Louis Honor FRECHETTE.

M. Fréchette naquit à Lévis, en 1839. Il fit de bonnes À études au Séminaire de Québec, au collége Ste. Anne, et au \

la profession d'avocat. Ses premières poésies lyriques datent de 1864. C’est de cette époque qu'il contribua pour une. bonne part à la collaboration de nos revues littéraires : Les. Soirées Canadiennes, Le Foyer Canadien, La Revue Canadienne," L'Opinion Publique. En 1861, il fut appelé à la rédaction l À du Journal de Québec et en 1865 il fonda Le Journal de Lévis De 1866 à 1870 il demeura à Chicago où il s’occupa active ment de politique et de journalisme. Depuis son retour au k Canada nous le voyons lutter dans le comté de Lévis contre! 4 ses adversaires politiques. Deux fois battu, le poète quil semble assez se faire à la vie pratique et qui d’ailleurs a tous. les talents de l’homme d'état, reparaîtra de nouveau sur la scène aux prochaines élections. C’est pour lui une question de temps : il arrivera. R

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M. Fréchette a dramatisé l’histoire de Félix Poutré, ou | J’Echappé de la potence, épisode de la Révolution Canadienne de 1838. Tout le monde a lu ce petit drame ou du moins a. assisté à une de ses représentations, soit à Montréal, soit à Québec. C’est plein de verve et d’ésprit, Le premier volume de poésie de M: Fréchette est intitulé … Mes Loisirs. Il a été publié à Québec en 1863. pp. 204, in-8°. | … J’emprunte à M. Basile Routhier, (1) la critique qu’il a … faite de ce volume. Cette critique est un peu outrée, un peu . acerbe, …. ‘Ceux qui chercheraient dans Mes Loisirs, un enseigne- … ment quelconque, ou la démonstration d’une grande idée, ne : «seraient pas satisfaits, et n’arriveraient pas à la fin du volu- | ï me. Ce sont des poésies sans suito, sans lien naturel, jaillies “spontanément et sans effort de l'imagination du poète dans F les diverses circonstances où il s’est trouvé placé. Ce sont des descriptions où le poète se fait peintre, et prodigue ses. “couleurs avec une richesse merveilleuse ; des narrations où le contenu n'intéresse pas toujours, nr son inépuisable fécondité ; ; des confidences qui n’ont que l’apparence de l’in- …timité, et qui laissent totalement dans l'ombre tous les mystérieux replis du cœur humain que les poètes ont mission d'éclairer.

“Ce sont des odes au vol parfois majestueux, quelquefois + sublimes, le plus souvent pleins de grâce et d'harmonie, où les “ grandes images remplacent les idées absentes, et où l’on s’a- “perçoit que la rime a souvent précédé la pensée. Ce sont des chansons, des romances, dans le genre tout à fait moderne, c'est-à-dire, dont la musique peut être belle, mais dont la à poésie, sauf quelques rares exceptions, n’a pas d'autre qualité qu une certaine plénitude sonore qui remplit toujours l'oreille “mais qui n'atteint pas jusqu'au cœur.

D « L'expression est toujours riche, le vers est presque toui ours beau, la période est bien arondie, et enchassée dans une

ie Ha:

". (1) Causeries du Dimanche, 218.

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ponctuation goignée. C’est joli, c’est brillant, c'est mélo= dieux ; mais le lecteur, tout en se laissant bercer par cette. | harmonie, e S’étonne du plaisir qu’il prend à ne rien voir | # “4

“Le génie poétique s'y révèle à chaque page; mais ce génie n’est pas mûr et n’a pas été suffisamment nourri. L'an | teur a cru qu'il était suffisant d’être né poète ; il s'est trom= pé. Il lui fallait étudier avant de produire, amasser des richesses avant d’être prodigue. ; « L'intelligence humaine, si belle qu’elle soit, a toujours besoin de culture ; c’est un terroir plus ou moins fertile, mais encore faut-il y déposer une semence, si l’on veut qu'il pro duise de bons fruits. Autrement une végétation parfois luxuriante, mais inutile ou dangereuse, s’y développe libre-\ ment ou en épuise la sève. Ce qui manque donc à l’auteur de Mes Loisirs, c'est la matürité, et l’on peut appliquer à son œuvre ce vieil axiome de droit: “ La forme emporte lew fond. ‘4 «Mais hâtons-nous de le dire, à côté de ces faiblesses, il yM

a des tours de force étonnants et des pages admirables. Le» poète s'élève et se soutient quelquefois à une grande hauteur, di et les chants qui s'échappent de sa lyre sont d’une rare, # beauté.” 4 Chr on le voit, M. Routhier reproche deux défauts à la poésie de M. Fréchette : l’absence d’idées et le manque d’étude. Et d’abord, il faut remarquer que Mes Loisirs sont une collection de pièces détachées, de petits poèmes, des rs tions de courte haleine. %

tèmes dans ces petits chants lyriques. L'auteur aurait méconnu le genre sil en avait agi ainsi. M. Routhier veut il dire que ces petits poèmes détachés les uns des autres! 4 sont vides d’idées et de sens. Cette prétention est évidemment insoutenable, car enfin le poète dit quelque chose ; Ce qu'il dit peut se lire, se disséquer, s’analyser. Ce n’est pas à roide, ni sec, ni sérieux comme de la prose, mais la forme

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j s'applique au sujet et c'est beaucoup. Je découvre plutôt 1à le mérite du poète qui donne à sa pensée un costume

familier aux grands versificateurs. Quant à l’autre reproche, il n’est pas mérité non plus d’une manière absolue. Je crois qu'il est faux de dire que Fréchette est étranger à l’étude des classiques. C’est un talent sinon mûr encore, du moins capable de produire de beaux fruits. Sa manière est celle des FRE maîtres, et à l’âge de Fréchette on écrit comme lui qu'après avoir enrichi sa mémoire et fortifié son imagination qu’à l’aide des chefs-d’œuvre des bons poètes. N'eut-il étudié que Musset, Lamartine et Hugo, ces trois rois de la poésie au XIXe siècle, que ce serait suffisant pour former des aptitudes aussi naturelles que les siennes.

| Je reconnais bien que notre poôte n’appartient pas à la gran- . de école du XVIIe siècle, du moins ses poésies ne le démon-

trent pas et elles se rapprochent plus de notre temps. Mais qu’on me prouve qu'il a tort d’être un brillant disciple de

… Victor Hugo. Mes Loisirs ont donc tout le mérite qui peut

caractériser des pièces de poésie de ce genre. Il y a de

: jolies pages, des vers d’une harmonie, d’une richesse et d’une pureté qui font oublier la faiblesse de quelques compositions

hâtives qui marquèrent les premiers débuts de l’auteur. Ily a de la chaleur et de l'enthousiasme, de l'ampleur et de la richesse : la grande partie de ces poésies sont parfaites de forme, pleines de beaux sentiments et d'idées nobles.

Fréchette reçut de partout les encouragements les plus flatteurs ; Lamartine et Victor Hugo l’applaudirent et la Tribune Lyrique de Paris écrivit ce qui suit :

“ Ce qui fait la grandeur de la littérature française, c’est son extension, cause de sa diversité. Paris seul n’a pas en-

…. fanté ses plus illustres représentants. Idiôme exhubérant de

vitalité, notre langue produit à ses extrémités des œuvres

* d'une vigueur que son centre ne dénierait pas. Partout où

un cœur français bat, partout où une âme française pense,

soyez assuré qu’une plume tendre ou énergique surgira. Chambéry n’a-t-il pas produit les deux de Maistre ? Genève,

Jean Jacques Rousseau ? Constantinople, André Chénier ?

L'Isle Bourbon, Parny ? Aussi, est-ce sans ; étonnement q nous voyons aujourd’hui le Canäda, cette France nouvelle restée si française malgré la domination étrangère, donner 1 jour à des écrivains dignes en tous points de sa glorieuse HÉMORQIE ! M “Je n’en choisirai qu'un entre cent, parce qu'il est jeune, . tout à fait supérieur, et que son beau génie mérite de faire “4 jaillir sur sa mère-patrie un rayon de gloire. Louis H. Fré-” \ chette, né à Québec, au milieu des forêts vierges du Nouveau Monde, bercé par cette vigoureuse nature que la folie de l'homme n'a pas encore épuisée, fait vibrer avec une à puissance qu’il semble emprunter aux grands bois et aux incommensurables savanes de son pays, cette helle langue de M

Louis XIV qui a conservé là-bas, sur un sol nouveau, sr 1

sa majesté rajeunie de la fécondité d’une terre qui vient de jaillir à peine des flancs de l'Océan.” Après avoir cité L’ Iroquoïse, le journal français ajoute : À ‘“ Nous aurions pu citer vingt pièces de vers aussi belles, e aussi énergiques, aussi purement écrites que celle-ci : nous l'avons préférée, parce qu’elle jette quelque jour sur les mœurs M sauvages de ces fiers enfants de l'Amérique du Nord.” Parmi les principales pièces de ce recueil, je citerai : 4 Hommage au Chevalier Falardeau, Le Premier de l'an 1861, Allelna, l'Envoi, La Charité, Le Héros de 1760 et L’ Trois 4 J'admettrai maintenant que Mes Loisirs sont l’œuvre le plus 1 médiocre des travaux de Fréchette. La plupart de ces poésies ont été écrites il y a déjà longtemps, mais ces imperfections disparaîtront dans la seconde édition "As est actuelle- « ment sous presse. ‘à Les précieuses qualités de M. Fréchette se sont manifestées M d’une manière éclatante dans La voix d'un Exilé. Ces poésies 4 | marquent la seconde phase de son talent. Après avoir lutté . pendant longtemps contre les abus de l'administration, con- 4 tre les préjugés de ses concitoyens et les jalousies d’une 1 certaine presse, vaincu enfin dans cette grande lutte, Fré- M chette crut devoir se retirer du champ de bataille et, nouvel M Achille, retraiter à l’Exil Hermitage de Chicago. Mais 1 1 1

De portnit avec lui, dans son âme de poète, tous les souvenirs ‘de cette lutte et toutes les péripéties affreusesde ce drame où “les agitations de la politique, les ennuis du journalisme et les misères de la profession trouvaient place. Le poète ne pouvait contenir plus longtemps le flot d’indignation qui 1soulevait sa poitrine. Aïgriet mécontent, pleurant de rage “ses illusions brisées, il saisit son luth, cet instrument puissant “qu'il avait déposé un moment pour servir son pays. Les “paroles d'amour se glacent dans sa bouche, les sentiments “tendres n’ont plus d’écho dans son âme, et sous son ongle … farouche on ne sent plus frémir que des cordes d’airain. A lui maintenant le fouet de la vengeance ! Arrière implacables “adversaires, il va vous appliquer le fer rouge à l'épaule et “vous mordre jusqu'au sang | … Le poète passe en revue toute la cohorte des adversaires “de son parti politique. Il flagelle du même coup le ministre ct l’humble employé public, le chercheur de places et le haut “dignitaire. Il les inoride de tout le mépris qu'il professe pour des scélérats. Il n’épargne personne, il frappe d’estoc et Mde taille. La bouche pleine de fiel et de sarcasme, il fait une “razzia complète de cette camarilla de politiques qui s'intitu- “lent conservateurs. Sans doute que l'expression n’est pas toujours châtiée, polie, modérée; sans doute que la parole est “brève, tranchante, animée, passionnée, sombre : mais elle est “ rarement injuste. C’est pourtant le reproche que l’on adres- … se à l’auteur de La voix d'un Exilé. On a appelé ces chants - la voix du désespoir, de la trahison, de la calomnie, pendant . qu'ilsétaient l'expression même du patriotisme couroucé. Où “sont les grandes haines contenues, où sont les sentiments “d'indignation qui s’adoucissent en paroles mielleuses ? La colère parle-t-elle deux langages ? tient-elle dans sa main nerveuse une rose Ou une épine, un hochet ou une badine, un paï rapluie ou une épée ? Cette expression sauvage, ces sentiments de courroux, ces strophes énergiques, ces iambes sé- “ vères, ceux à qui ils étaient adressés, les méritaient-ils, oui ou " non ?... Ce n’est pas la question à décider. Il me suffit de constater, comme critique, que la poésie s'inspire et se

… Fe GE AE

D'ailleurs la satyre politique Es dr genre à part. Se admet les écarts de la diatribe etune crudité de langage qui permet à la muse de bondir, de se cabrer, de prendre le mord aux dents pour distribuer des ruades et des éclaboussures à ceux qui lui barrent le chemin. Les Châtiments de Victor Hugo ont fait l'admiration même de ses adversaires. À La voix d'un Exilé forme une brochure in-8, de dix-huit pages et se divise en trois parties intitulées : Première, deu xième et troisième année, Ces trois parties.se ressemblent assez par la forme et par l’idée : les dernières ne sont que la con L tinuation de la première. Mais à côté de ces invectives se trouvent des strophes du plus touchant lyrisme. C’est un souvenir de la patrie absente, une larme qui vient mouiller law prunelle du poëte et qui adoucit l’amertume de sa voix, une pensée qui rappelle les joies de l'enfance et les émotions domestiques, une idée qui fait pleurer l’exilé, qui fortifie le“ penseur et qui donne l'espoir au patriote. L Mais :

O0 ruisseau gazouillant, Ô brises parfumées, Accords éoliens vibrant dans les ramées, Soupirs mélodieux, sons suaves et doux, Trémolos qui montez des frais nids de fauvettes, Voluptueux accords qui bercez les poètes, Chants et murmures, taisez-vous |!

Oui, vous tous, objets tendres et chéris qui rappelez la. | patrie et qui pouvez un momentdétourner le sentiment du poète, changer sa haine en pitié, sa douleur en une mélanco-« à lie douce, sa voix puissante en plaintes stériles, taisez-vous à À Le poète a passé l’époque des illusions, cette douceur ne va plus à son âme froissée : il a besoin de g’énivrer de toute la Re: colère qu’il ressent contre ceux qui ont fait les malheurs de. la patrie. Il faut rugir avant de pleurer. ‘ Plusieurs fois, dit M. Routhier, j'ai relu ces vers, jamais sans attendrissement. Ils versent dans l’âme une douce mélancoiïie et remettent sous les yeux les plus chères images du passé. Il semble qu'une larme a tombé sur chacune de ces strophes etqu ‘elles ;

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