D IA
ont jailli du cœur comme les pleurs jaillissent des yeux. C’est ici que je reconnais le vrai poète et c’est ainsi que je J'aime et l’admire. C’est simple, c’est habile, c’est touchant,
c'est grand, c’est triste, mais c’est résigné !
« Pour la gloire du poète, je voudrais qu'il écrivit toujours ainsi, et qu'il laissât à Victor Hugo le style irrité qu’il lui emprunte, mais le poète s’indigne et s’enflamme, etdansun style échauffé, il deverse l’injure et le mépris sur notre peuple et sur ses chefs. À ses yeux nos hommes politiques
les plus remarquables sont des brigands, et le peuple canadien est un pauvre imbécile qui se laisse traîner dans la fange. Quant à lui, il est le YHRSRUE farouche suscité par Dieu pour flageller les coupables.”
… Ainsi, d'après M. Routhier, il y a deux parties distinctes dans La voix d'un Exilé ; l’une qui s'épanche à vous en sentiments tristes au souvenir de la patrie et sur les malheurs de l’exilé, l’autre qui s’exhale ainsi :
Moi, j'ai rempli ma tâche et ma main s’est lassée. Presque seul contre tous, la manche retroussée, J'ai cravaché ces gueux de notre honte épris ; Et, bousculant du pied cette meute hurlante,
J’ai, farouche vengeur, à leur face insolente, Craché les flots de mon mépris !
Infructueux efforts! Châtiments inutiles !
Sur leurs fronts aplatis comme ceux des reptiles,
Mon bras a buriné le nom de leur forfait ;
Je les ai secoué comme l’onde une épave ;
Et j'ai, tout ruisselant des éclats de leur boue, di Cloué ces monstres au gibet |
Ainsi, d’après M. Routhier, cette seconde partie ne vaut pas la première. Pourquoi ? La forme fait-elle défaut ? La rime n'est-elle pas aussi riche, le vers aussi plein, la tournure aussi poétique ? C’est évidemment l’idée qui déplait à M. Routhier. Pourquoi ? Probablement parce qu il plait à Monsieur le critique d'entretenir des opinions politiques étrangères à celles de M. Fréchette. Je conçois qu'il aurait été plus agréable à M. Routhier et à ses amis d’être aux petits soins avec M. Fréchette ; mais du moment que le
poète S indigne contre un état de choses ; que cette. indi- d
gnation ne dépasse pas d'ailleurs les bornes du naturel et du . à
bon goût, il ne reste Pie pour le juger d’après les saines. 1 notions de l'esthétique, qu'a examiner si son vers est riche, 4 harmonieux, noble, si sa pensée est digne, son accent vrai. !
Or, la versification se soutient d’un bout du poème à l’autre : M toutes ces strophes se valent, ou à peu près, soit qu’elles re- 4 tracentun sentiment tendre,soit qu’elles exhalent une plainte M amére. Je crois qu’il serait difficile, à tout critique impartial, de juger Fréchette autrement et j'en appelle à tous # ceux qui ne veulent pas voir à l’aide des lunettes de notre M politique. | L
M. Fréchette avait composé, durant son séjour à Chicago |
un poëme—Les Fiancées de l'Outaouais, un opéra en cinq actes et une comédie : tout a été consumé dans le grand feu
de Chicago, pendant que Fréchette était en Canada,
En résumé, Fréchette est le plus grand poète que nous M ayons, j'entends celui qui a le plus reçu de la nature. L'art b et l'étude ne feront qu’accroître encore cette facilité éton- 1
nante. En cultivant son talent il deviendra sans égal.
Lemay a plus de douceur et de souplesse, parcequ'il à travaillé et vingt fois remis sur le métier son vers et sa pen- | ‘À sée. Crémazie a plus d’élévation et de dignité, parcequ’il a 4 plus vieilli. Mais Fréchette a plus de chaleur, plus d’onc- M
tion, plus d'enthousiasme, plus d'imagination, et autant «
d'inspiration. C’est encore un jeune homme et du premier
coup il s’est élevé bien haut. Aujourd’hui, dans la poésie lyrique il à plus de rivaux que d'égaux : il est le primus inter pares. Crémazie a des élans qui vous transportent et des accents qui vous étonnent ; il domine par la hardiesse de sa 4
pensée et une succession d’images frappantes. Son inspira- «
tion est puissante,si je puis m’exprimer ainsi: elle s’alimente à un feu qui brule plutôt qu’il n’éclaire. C’est le grondement de la foudre, les éclairs de la tempête, le sourd mugissement de la vague en furie. C’est un génie sauvage mais puissant, qui se rapproche plus de Dante que de Pétraque, plus de 4 Shakespeare que de Pope. C’est un autre Salvator Rosa : £.
PR er
. il Jui faut la sauvage grandeur de la nature, les rocs escarpés
de la montagne ; il ne connaït pas la plaine. . C’est tout le contraire pour Lemay. Peintre admirable de
la vie champêtre et de la nature douce et paisible, il roucoule des airs mélodieux et suaves sur un chalumeau agreste.
Sa poésie est paisible et calme comme le ruisseau de la
… vallée, imagée comme les coteaux en fleurs, riante comme les
campagnes au mois de mai. Il n'a pas cette hardiesse de
. pensée, ces images frappantes qu’on rencontre dans Crémazie : il soupire constamment et ses plaintes suaves et harmoni-
… euses vous chatouillent l'oreille comme les sons expirants
.d une musique dans le lointain. C’est le poète du sentiment, … le Lamartine du Canada, le roi de l’idyle. Il ne connaït pas
k l'entrain de Fréchette, ni sa chaleur ; il est moins passionné … ou plutôt il ne cultive que les passions douces. Il est la ten- “ dresse même. La femme aime mieux Lemay, l’homme
| préfère Fréchette et Crémazie.
La pompe et l'éclat, l'enthousiasme et la chaleur vous frap-
… pent dans Fréchette. La prosodie est parfaite. Il ne manque rien au vers ; il est coupé, harmonieux, plein d’emphase et de couleurs brillantes : il saute aux yeux tant il éblouit. Sa poésie ressemble à un feu d'artifice où les fusées, lancent
. dans l’espace des feux de mille couleurs. Toutes les nuances
de l’arc-én-ciel sont là C’est encore un riche diamant artistement travaillé, dont le vif éclat embrouille la vue. Mais
: tandis que Lemay vous parle sentiment, Fréchette remue les
passions fortes du cœur humain. C’est bien là le fouet de Victor Hugo qui vous torture en tous sens. La colère, la Dire, la vengeance, l’amour de la patrie, il broie ces couleurs disparates sur sa. riche palette et il en obtient un . mélange dont seul il à le secret. Tantôt il pleure et s’atten- \drit : sa voix est triste et plaintive, elle caresse et gazouille ; tantôt il éclate et menace :* c’est alors l’ouragan qui déracine » tout ce qu’il rencontre sur son passage. Parfois sa pensée se
| … retrempe dans un souvenir d'enfance, une scène de la vie de
. bohème, alors il redevient aimable et gai, charmant, naturel, Er de grâce et de naïveté. Moins profond que Crémazie,
il est plus souple et plus varié: Il n’a pas encore atteint l'élévation de l’auteur du poème des Morts, mais avec les années et par l'étude et la méditation il surpassera tous ses
rivaux.
Mapame Cusxina a contribué à la rédaction du ZLitterary 4 Garland et du Snow Drop; elle a laissé un poème dramatique «
intitulé : Æsther. | Lx Rev. H. FAuULKNER DARNELL, (1831,) est connu par ses poésies originales, Songs of the Way publiées en 1862.
Levi ADam, (1832,) avocat, de $t. George d'Henryville, a M laissé des poésies comiques contenues dans le Répertoire à i
National, et signées JEAN BAPTISTE.
MapamEe H. BAyLey a fourni au Museum (1832-34), des 1
contes, des morceaux de poésie et des mélanges littéraires. Le Rev. J. A. Ricxey a contribué par ses nombreux écrits
à la rédaction du Ladies Repository, du Waverly, (Boston), du 4 Transcript et du New-Era, (Montréal), du Sun, du Church et
du Record, (Halifax). Il a laissé un volume de poésie, Poems, Montréal, 1857, 12mo.
. JOHN BREAKENRIDGE, Avocat de la Province Ontario, a pu- A blié un volume de poésie de 330 pages intitulé : The Crusades
and others poems. Ses poésies sont distinctives, il y règne un esprit martial et chevaleresque convenable au sujet. Un des
plus beaux morceaux qui soient sortis de la plume de ce
poète est intitulé : Napoléon Bonaparte and the French Revolution. |
Le Rev. Go. JonasarmaT MounTain, fils du premier M
Evêque protestant de Québec, mourut en 1863. Il est remar-
quable par ses nombreux écrits en prose. Songs of the ‘1
. Wilderness, being a collection of poems, est un volume de com-
positions classiques qu'il publia à Londres, en 1846.
AuGusrA BazDwyn à écrit dans le Zitterary Garland et le M Family Herald plusieurs pièces de poésie qu’elle a ensuite
réuni en volume (1859).
Ajoutons à tous ces noms Miss Mary-ANnN Molver, d'Ot- “4
tawa, M. Lerr, Mur. ELronor LEPROHON, qui a laissé, outre
ses romans, quelques pièces de poésie dignes de sa réputa-
40 A eee Er A AE PAP 0 à | MS op a tion ; Mr. DEWART, connu surtout par ses Selections de poésies canadiennes ; M. GAME, plutot connu par son nom de plume THE Lorne FARMER ; Miss HARRIET ANNIE WiLxins, bien connue par ses poëémes : The Holy Branch et The Acacia ; Le Rev. J. READE, WiLciAM KirBy, Apam Kipp, auteur du livre de poésie intitulé: The Huron Chief and others poems, Montréal, 1830, pp. 216, in 89 ; F. G. LanrGan, admiré pour ses ballades canadiennes ; Mrs. More également connue en Angleterre et en Amérique ; DANIEL CarDy, LE Rev. WizziAM McDonEeLL, Jon F. McDonezz, éditeur du Quebec Morning Chronicle, et L’ABBe Denis, ancien directeur “du Collége de Montréal, auteur de la description de l’incendie de Montréal, (1852).
Outre les poètes contemporains que nous avons déjà cités, nous pouvons encore mentionner quelques noms qui honorent la muse canadienne. Ce sont pour la plupart des jeunes “sens de talent et d'avenir qui, je l'espère, ne se laïisseront point décourager par les ronces du chemin. La profession littéraire est bien ingrate, mais je conseille l'espérance à ces mouveaux-nés des muses. Un avenir meilleur leur est ré- -servé. Je les engage à suivre le chemin que des devanciers leurs ont si noblement tracé. En littérature, comme en toute chose, on arrive au sommet de la gloire qu'après avoir “tenté bien des efforts. Celui-là sera l’heureux vainqueur qui ‘aura supporté le poids du jour et les fatigues de la lutte. Les succès sont généralement en rapport avec les sacrifices. Plus le péril a été grand et plus la gloire qui orne le front du vainqueur est éclatante. En vieillissant, le talent se mürit et s’éprouve. Si j'avais un dernier avis à donner à nos jeunes poètes, ce serait celui-ci: en écrivant vous travaillez “pour le compte et le crédit de votre pays ; efforcez-vous “d'éviter les défauts dans lesquels ont pu tomber vos devanciers ; suivez-les dans la voie qui les à rendu grands à vos “yeux, ne méprisez pas les sujets canadiens ; ambitionnez à l'originalité, évitez limitation et essayez-vous dans les compositions de longue haleine. Travaillez plutôt pendant longtemps un sujet favori, mais donnez à vos poésies un corps
ce par la bonne opinion littéraire et j'ai salué comme bons, 4 . poètes tous ceux qui, a nous, sont reconnus comme tels.
donner à vos ailes la force qui vient de l'étude des ro de la méditation du beau, vous planerez en maîtres dans unM atmosphère qui vous donnera avec la gloire,cette monnaie du. poète, la considération, ce besoin du citoyen. =: 4 Parmi ceux qui s’essaient aujourd’hui dans nos revues je citerai MM. CHarues Ouimer, J. A. Porsson, W. Cxrpman,« A. Gzogenski, E. TremBLay, Z. MayranD et L. M. DARVEAU.N Je termine ici cette liste de nos poètes. C’est,on le voit,w une mine riche et féconde. Je n'ai fait qu'entrouvrir cesw trésors de beautés, laissant au lecteur le soin d’en constater avec plus de loisir les richesses. Je n'ai pas voulu citer. 1 aucun extrait, car je prétends que c’est une façon pet prati-. J que de faire connaître un écrivain. Quel livre n’a pas sesw endroits faibles et ses pages parfaites ? D'ailleurs, il m aurait fallu consacrer à cet usage plusieurs pages que je réserve à une autre fin. Les productions canadiennes sont à la portée de tous, on. les trouve dans toutes les bibliothèques. Il mew suffisait donc d'indiquer, par le titre, les endroits les mieux à notés et les plus estimés. | 4 Je n’ai pas la prétention de croire que cette revue de no8 4 œuvres poétiques est complète. J'ai dû nécessairement ou- 1 blier quelques noms et je crains même que certains articles de choix n'aient pas été portés à cet inventaire. Mais je mew flatte au moins d’avoir mis en regard ceux qu’une réputation. « légitimement acquise a porté au faite de notre Parnasse lite téraire. Je n’ai point innové ; au contraire, j'ai généralement" suivi dans mes humbles et modestes jugements la tradition. Je constate qu'il existe entre elle et moi un accord assez parfait. Je n’ai fait que sanctionner un néons porté d'avan-
Cette condescendance n’a pas été cependant jusqu’à sacrifier la vérité à la flatterie, le bon goût à l’uniformité et je me. € suis efforcé avant tout de m’inspirer aux véritables sources | ! de l'esthétique. ‘4
D 0 ton
La critique est une science nouvelle parmi nous. A part quelques articles bibliographiques publiés dans les Journaux et les Revues, faits plutôt dans le dessein d’accuser réception de l'ouvrage que dans un but d'examen, il
. n'existe pas encore une véritable tribune d’où parte les ensei-
gnements d’une critique indépendante, sobre, modérée et impartiale. Hélas ! que de fois on a sacrifié la vérité qui est
. toujours dure à dire, au charmant plaisir de flatter les hom- . mes et leurs œuvres ! Rien de dangereux comme ces vilains
petits coups de pinceaux qui vous drapent un écrivain des vains oripaux de la gloriole. Outre qu’ils ont poureffet de lan-
… cer devant le public le-nom d’un homme avec une note fre- . latée, ils gâtent encore le bon goût et détruisent les véritables
notions de l'esthétique. Le critique est un juge sévère qui
+ pose en censeur au milieu de ses concitoyens ; c’est une tâche hardie qui rapporte plus de déboire, de haine, d'envie,
de jalousie que d'honneur et de profits réels. Le lecteur à pu sans doute remarquer dans la liste des
: poôtes dont je n’ai fait, pour ainsi dire, que citer les noms,
certains écrivains dont la vie et les travaux se rattachent à
» l'histoire littéraire du Haut-Canada, En effet, je n'ai pas
“ voulu passer ces noms sous silence, puisqu'ils honorent si
hautement lalittérature Anglo-Canadienne. La Confédération Canadienne reliant ensemble les membres autrefois épars de ce grand corps qu’on appelle aujourd’hui la Puissance du Canada, j'ai dà rendre complètes mes notions sur la littérature Anglo-Canadienne en dépassant les limites de la Pro. vince de Québec. D'ailleurs, appelés comme nous le sommes, à ne former qu’un seul et même peuple, à cimenter
… cette union par tous les liens qui sont en notre pouvoir, la
Province de Québec ne saurait rester étrangère aux provin-
. ces-sœurs en matières littéraires. Il importe autant que
nous soyons connus dans chaque état particulier, qu'il
… importe à ces états d’être bien appréciés chez nous. Depuis
1867, nous ne formons qu'un seul grand corps vivant de la
même vie constitutionnelle, jouissant des mêmes droits civi-
ques, astrant aux mêmes devoirs sociaux, Sur notre dra- K
| to FOSS n 104 e É % +, 4
Un re” 1
peau national nous ne lisons plus qu’un seul mot: CANADA. :3 C'est pourquoi, en dedans des limites qui sont assignées par les changements constitutionnels de 1867, nous n'avons …
En.
qu’une même littérature. FT Cependant, on comprendra que je me suis surtout attaché aux écrivains de la Province de Québec. 4 I1 ne m’appartenait pas de feuilleter l'histoire littéraire de la Nouvelle-Ecosse ou du Nouveau-Brunswick avant 1867; M et, comme depuis cette date, il n’a pu se produire dans ces provinces qu'un nombre limité d’écrits dignes de figurer dans « ce livre, j'ai laissé de côté les provinces-maritimes pour ne m'occuper que de lanôtre. Si j'ai suiviune marche différente « par rapportaux poètes ontariens, c’est qu'ils se font toujours. 1 l'expression du sentiment national et qu’il convenait d'extraire de leurs écrits des résumés capables de donner une haute idée de notre littérature nationale. 470 La nature des relations politiques qui existaient entre le Haut et le Bas-Canada avant la Confédération explique encore | la présence des poêtes ontariens dans ce recueil. Mais on | ne saurait à l’avenir s’écarter de cette règle : la littérature canadienne comprend, depuis l’époque de la Confédération, les productions littéraires des différentes provinces qui font partie du pacte fédéral. 4 La marche de la poésie parmi nous est facile à suivre. D’abord timide et puérile, elle ne se manifeste que par quelques | essais de courte haleine qui ne sont, pour la plupart, que 4 l'expression d’un sentiment gai et jovial de la part de nos ancôtres; ce sont des chants, grossiers de forme, mais où | brille en certains endroits l’étincelle du génie poétique ; des chansons que nos pères rimaient à un festin de table; des. épigrammes, des odes, des satyres où dominent le gros bon : | ‘sens et parfois même des mots d'espiit dits en des vers médiocres : QUESNEL et BIBAUD sont les meilleurs représensentants de cette époque primitive. La muse canadienne en vieillissant, en se fortifiant, s’adonna à de nouveaux genres. Or s’essaya dans la poésie lyrique; ce sont des chants patriotiques où dominent le sentiment national et.
Doit 18h
l’histoire de la lutte que nos pères eurent à soutenir dans les parlements pour revendiquer nos franchises politiques : GAR: 4 NEAU s'est fait l'interprète de cette seconde période. Puis}! à mesure que l'éducation se répandit parmi nous, avec l’a grandissement de la population et la culture des arts et des sciences, le champ de la poésie fut cultivé par de nouveaux jardiniers qui s’essayèrent dans l’élégie et la poésie lyrique en général: LENOIR et CHAUVEAU occupent les premières à places dans cette troisième période. De 1850 à 1860, plusieurs écrivains de talent apparurent à la fois ets Il ent par … la variété de leurs chantset l'éclat de leur talent, entr’autres: . Cremazte et Kiser. De 1860 à 1870 les Molléurés pages que nous ayons ont été écrites par FRecHETTE, LEmMAy et » SULTE. "S Jusqu'à l’époque actuelle, nos productions poétiques n’ont été que de petits ballons d’essai lancés dans le public pour - tenter la popularité. C'étaient de petites pièces, souvent écrites’ | avec talent, portant l'emprunte du génie poétique, mais de: . ces compositions de longue haleine, de ces travaux qui éprou: vent les aptitudes en mettant à contribution des sujets d'une haute portée, nous n’en avions pas. Depuis quelques années, nous avons pu jouir de quelques travaux d’une portée plus sérieuse, et encore, en faisant l'inventaire des richesses poétiques du Canada, le critique ne peut citer parmi les créations de cette sorte que fort peu d’écrits remarquables. A part le poème de Trois Morts de Crémazie, La découverte du zanada, l Hymne Nationale et l Evangeline de Lemay, La voix d'un Exilé de Fréchette, Les Martyrs de la foi en Canada de Prudhomme, je ne vois pas d’autres compositions d’une por: tée étendue, capables de donner une haute idée de notre te rature.
Je dois faire remarquer que plusieurs de ces compositions m'ont dû le jour qu'à la faveur d’un encouragement tout spécial : je veux parler des concours de poésie à l’ Université Laval.
… Je laisse la parole au Rev. M. A. NanTez qui explique, > dans une page bien pensée, l’origine et l'influence favorablé . dé ces concours.
«Tes vingt années qui viennent de s’écouler nous ou donné les prémices d’une littérature nationale. Ce doitêtre pour tous un sujet de joie etde légitime orgueil; car, quelles que « soient les destinées de la race française en Amérique, qu'elle M ait pour mission, ainsi qu'on la écrit, de diriger le mouvement général des idées, ou qu’elle demeure sans influence, isolée et comme perdue au milieu des autres races, toujours ik sera glorieux pour nous, Canadiens, de n'avoir pas laissé à - dégénérer, sur les bords du St. Laurent, ce noble esprit fran- A œais que l’histoire nous présente, voué, dès l’origine, au culte D. de la poésie et de l’éloquence. 10
& D'ailleurs la création d’une littérature nationale répon- 4 dit à un besoin de notre société. Séparés de la France à une L. époque où la France elle-même se séparait. de Dieu, nous % avons grandi loin d’elle et sans passer par ses révolutions, en M smivant les lois de développement que la providence nous M avait marquées, en gardant les vues, les traditions, l'esprit 4 de foi et les vertus sociales de nos pères. La France qui ah perdu ces biens, ne peut done nous fournir tout l'élément de À aotre vie intellectuelle. Il nous faut aussi une littérature propre, qui soit l'expression de nos idées etde.nos mœurs, et u qui puisse à son tour réagir sur elles. Aujourd’hui que tout lé monde sait lire et veut lire, on voit de suite quelle peut À être la force d’une telle littérature pour défendre le peuple 4 gnnadien contre l'influence des idées nouvelles, et pour lui 4
gœnserver son caractère primitif de simplicité et de gran-
deur. :
& Mais bien des obstacles s'opposent aux progrès des M lettres en Canadà; et le moindre n’est pas, sans doute, cette répugnance que l'on éprouve généralement pour le travail sérieux de l'écrivain. On lit beaucoup parmi nous, mais on, érit le moins possible ; sauf, une vocation spéciale et bien. rare ; il n’y a guère que le devoir ou le besoin impérieux gui puisse déterminer à prendre la plume. . Il résulte de 1à qu'une foule de talents se perdent ignorés, où du moins ne vont jamais jusqu'au bout d'eux-mêmes. La cause du mal æt facile à savoir: c’est qu’il est plus précieux et plus doux #4
de lire que d'écrire, selon l'expression de Talleyrand ; - l’un n’est qu’un plaisir sans fatigue, l’autre demande un effort qui coûte à la nature; et cet effort est plus pénible encore dans un pays comme le nôtre, où le plus souvent on est obligé de prendre sur ses loisirs le temps que l’on consacre à la culture des lettres.
“IT faut done stimuler l'écrivain. Mais quels seront les mobiles assez puissants pour éveiller ou rappeler à euxmêmes des talents qui s’ignorent ou s’oublient ? Il n’en est pas d'autre que l’intérêt et la gloire. La gloire peut suffire, mais du moins faut-il la donner assez grande, assez belle pour - qu’elle puisse tenter et satisfaire une légitime ambition.
. “C’est dans cette pensée que nos compatriotes d’origine
britannique fondaient en 1864, un concours annuel de lit térature anglaise à l'Université McGill. ‘Il était réservé à l'Université Laval de réaliser pour nous cette heureusæ idée.” (1)
Ces paroles rendent toute ma pensée. L'Université Laval a contribué pour sa bonne part à créer le bon goût littéraire. Les concours se sont succédés et ils ont produit, sinon
nos meilleures compositions poétiques, du moins ils ont donné à nos poètes uneoccasion des’essayer dans les grands genres et sur de vastes sujets. Ils n'embrassent encore qu’une branche des lettres, mais il est facile de prévoir qu’on oftriræ des primes pour la prose, et que la poésie tendra la main à . ses sœurs, l’éloquence et l’histoire.
Les Compositions adressées au jury nommé par la Faculté des Arts de l’Université Laval pour l'examen des pièces on$ été, à chaque concours, très nombreuses. Les concurrents n'ont pas fait défaut. Les différents rapports du jury constatent un grand nombre de concurrents, ce qui promet beaw coup en faveur de la fécondité de nos poètes. Nul doute que ces écrits préparés avec soin méritent les honneurs de l’im-
pression. Malheureusement, à part les quelques poèmes . couronnés, les autres compositions n’ont pas été livrées à ls
(1) Revue Canadienne. IV pp 773.
1 | he
publicité. Je sais qu’en certains endroits on ‘a réclamé contre YUniversité Laval qui, dans les règles du concours, s'est réservée la propriété exclusive des manuscrits adressés au ; jury. (1) Cette disposition est certainement désavantageuse … | æn ce qu’elle prive l’auteur du fruit de son travail et le publie … du plaisir de juger lui-même, par la comparaison des essais, 1 ke mérite particulier à chaque littérateur. (2) 4 . Les concours ouverts par l'Université Laval ont commencé : en 1867. Le sujet proposé était la Découverte du Canada thème fécond d’inspirations poétiques. Douze pièces de poésie . ont été présentées à ce concours. M. Lemay obtintla médaille d'or, M. Fiser la médaille d'argent, M. Roururer la médaille « de bronze et M. Prun’Hommeg la mention honorable. L'année È guivante eut lieu le second concours de poésie française. Le 4 sujet qui fut proposé se lit comme suit : Les martys de la foi É au Canada. M.Prup'Homme qbtint la médaille d'argent. M 11 fut le seul poète couronné à ce concours. Le rapport du. f jury en explique la raison. ‘“ Quelque travaux, il est vrai, 4 par un mélange de beautés et de défauts, n’ont pas paru au 1 jury mériter une distinction.” Cependant il faut constater Ê qu'il y avait des poèmes qui “n ‘étaient pas sans mérite.” 1 Dans tous les cas il y avait choix, et par conséquent on à. trouvé, à bon droit, arbitraire, cette façon d'entendre les chances d’un concours. On vous refuse la médaille d'argent M parceque vous n'avez pas d'adversaires assez puissants et
on vous refuse la médaille de bronze ou la mention honorable M at
RE votre poésie pèche en certains endroits. Que | n’eussiez-vous eueilli du coup tous les lauriers de l’Hélicon t'4 On conçoit que l’Université Laval a grandement nui au | succès de ses concours qui manquent d’ailleurs de se renou- M veler annuellement comme par le passé. 8 Le troisième concours, ouvert en 1868, avait pour sujet :
LA
(1) Art. V. Toutes les pièces envoyées deviendront la propriété de’. k Faculté des Arts. à (2) La Faculté des Arts a réclamé ce droit après la publication, dans la Revue Canadienne, d’une pièce de poésie de M. A. Fréchette, Les à martyrs de la foi en Canada. Vide : Rev. Can. V. 810. É
Hymne national pour la fête des canadiens-français. M. Lemay obtint la médaille d’or.
Je pourrais bien ajouter à cela la belle fête littéraire du 17 juin 1873 donnée à l’occasion du deuxcentième anniversaire de la découverte du Missisipi par Joliet et le Père Marquette. JL'université Laval a réuni ce jour là l'élite des talents littéraires de la ville de Québec pour chômer plus dignement cette date mémorable. Une cantate fut composée pour la circonstance par MM. Lemay et Fiser et des poésies sur la découverte du Mississipi furent lues par MM. FR£cuerre et Rouraier. Ces compositions seront publiées avant peu, nous en avons du moins la promesse. En présence du travail accompli, on ne saurait s'empêcher d'entretenir les plus belles espérances et de formuler des sou- . haits ardents pour le succès des lettres canadiennes. J’entrevois pour l'avenir littéraire du pays de beaux jours et j'ose croire que cette espérance et ce désir se réaliseront. Je le À répète, nous ne sommes peut-être pas éloignés du temps où | un nouvel état de choses politique, parvenant à changer les conditions économiques du pays, devra entrainer à sa remorque toute une révolution dans le mouvement littéraire. Ce qui a manqué parmi nous, ce ne sont pas les écrivains, ni les hommes de talent, ni les riches natures, ni les beaux caractères, ce sont les capitaux, ou autrement l’encouragement. L'homme de lettres n’a pu vivre du travail de sa plume, c’est pourquoi il a rejeté loin derrière lui sa plume et son pinceau . pour se faire maçon. Mais à mesure que les positions indé- » pendantes se formeront, que l’aisance sociale renaïtra, que l'éducation pénétrera dans les diverses classes de la société, dès lors les poètes salueront ce nouvelaurore qui leur apportera, … avec la gloire, la récompense matérielle de leur travail.