partie de l’histoire du Canada. Auprès de sa nation’ cet aus
teur est en grande faveur, et cela se comprend. Le premier volume renferme toute la discussion du parlé-
ment anglais à propos de la constitution de 1791, discussion
qui a été empruntée à Cobett. Les autres volumes ne pèchent pas non plus par trop d'originalité.
Christie est aujourd’hui un livre oublié, on ne le consulte
que rarement, Comme œuvre d'agrément on ne saurait le
lire parce qu'il a été remplacé par des auteurs plus at
trayants; comme œuvre de consultation, il est encore
incomplet. Le style n’est pas chatié, il est diffu, sans prétention, mais aussi sans vernis ; il appartient à un autre âge. Il s'adapte cependant à l’histoire plus qu'a tout autre genre
d’écrits.
Cet auteur avait publié précédemment à son histoire trois Mémoires qui entrèrent plus tard, avec quelques modifications et de nouveaux développements, dans son ouvrage
historique. Lie premier est relatif à l'administration de Craig et Prévost (1807-1815); le deuxième, relatif à l'administration de Drummond et de Sherbrooke; le troisième, relatif à l'administration de Dalhousie et de Burton (1820-1828).
Christie reste comme le représentant de son époque; c’est un type qui caractérise la tenacité, le fanatisme aveugle et égoiste de son parti.
Dans l’antomne de 1845, un jeune prêtre français vint frapper à la porte du Séminaire de Québec. L'hospitalité lui fut donnée et il passa l'hiver dans la capitale: c'était L'Agpe Brasseur De BourBoura. De retour en France, il publia une Histoire du Canada, de son Eglise et de ses Missions, en deux volumes. |
Disons le de suite, l'Abbé Brasseur n'est pas l'écrivain
Consciencieux, digne et modéré. Il n’a ni l'impartialité, ni les connaissances suffisantes. La plupart de ses meilleures - pages, il les a empruntées à Charlevoix, à Smith, à Garneau, à Montgomery Martin, etc. ‘“ Au jugement de quiconque connait | tant soit peu l’histoire du Canada, dit l'abbé Ferland, (1) ce travail est tellement défiguré par les omissions, les bévues » grossières, les appréciations fausses, que pour celui qui n’a . déjà étudié l’histoire de notre pays, il est impossible d'y déméler le vrai d'avec le faux. Les dates sont souvent jetées de hazard, les faits dénaturés, les hommes jugés avec une par- - tialité qui dénote la légèreté et la mauvaise humeur. Irécrivain protestent Smith, adversaire acharné de la race fran- çaise et du catholicisme, s’est montré moins injuste envers le clergé et le peuple catholique du Bas-Canada que M. Bras- . seur de Bourbourg, dans la seconde partie de son ouvrage. . Aussi, cette œuvre mérite-t-elle, sous ce rapport, d’être accueillie avec joie par ceux qui haïssent les Canadiens Français à cause de leur religion, de leur.origine et de leur langue ; pour les amis de la vérité et de la justice, c'est un . travail qui ne fait honneur ni au cœur ni au jugement de J'auteur.”. |
L'auteur omet entièrement de parler de d’Iberville qu
occupe cependant une place importante dans l’histoire du Canada. Il ne dit pas un mot de la Mission du Séminaire | de Québec. Il place Trois Rivières a 60 lieues de Québec. . Pour lui, l'abbé Salignac de Fénélon personnifie l'évèque de ce
(1) Observations, etc. p. 6.
nom etles canadiens ont été honteusement défaits à St. Denis, lors de la rébellion de 37, etc. Les dates en grand nombre sont fausses et les erreurs de géographie et de topographie pululent. L'histoire religieuse est également estropiée. Son idée fixe, la voici: ‘le peuple, le clergé et tous les citoyens du Canada sont des lâches qui ont eu peur de faire valoir des droits acquis en vertu de la conquête de leur pays par l’Angleterre. Lesévèques du Canada depuis la conquête viennent passer, l’un après l’autre, devant l'écrivain qui les habille à sa guise. Il traite ces hauts dignitaires avec un sans gène qui dénote le gamin de la plume. Ajoutons encoro à cela qu'il emprunte aux écrivains sans leur donner crédit, Le. style vaut mieux que Île fond : il est souple, coulant, presque toujours chatié. La phrase rappelle l’hômme de lettres.
Cette histoire embrasse l'ensemble des évènements depuis l'origine de la colonie jusqu’à la rébellion de 1837.
LEON GINGRAS naquit en 1804. Fut ordonné prêtre en 1831. Devint professeur de belles-lettres au Séminaire de Québec. Visita l’Europe et la Terre Sainte en 1844 Prit'M ses degrés de docteur en théologie à Rome. Retourna en Europe pour cause de santé et mourut à Paris en 1860. M. l'abbé Gingras qui avait visité l’orient en observateur et en homme de lettres, en rapporta une foule de souvenirs qu’il consigna dans un ouvrage en deux volumes, intitulé: ZL’Orient ou Voyage en Egypte, en Arabie, en Terre Sainte, en Turquie et en Grèce ; 1847, pp. 472-556. in-8.
IT avait visité l’Europe, maïs ce n’était pas le continent européen qu'il avait l'intention d'étudier spécialement et de décrire. Les trésors de l’Europe ne sont point cachés; ce n’est pas une page inconnue. Sillonné en tous sens par des voyageurs de tout âge, de toute nationalité, de tout caractère, touristes ou philosophes, les impressions de leurs voyages ont été publiées. Quel monument a échappé à l'œil scrutateur de l’archéologue ! Quelle merveille artistique n’a pas été visitée par l’homme de l’art! Ou est la nation de l’'Europe, fut-elle la plus insignifiante, qui n’a pas été peinte, . étudiée, et démontrée dans une foule d'ouvrages sur les
mœurs, les institutions, le climat, etc; le public depuis longtemps a profité de ces travaux.
Mais l'Orient avec la splendeur de son passé, la stérilité de son présent et les conjectures qu’elle fait entrevoir pour l'avenir, l'Orient avec la poésie de l'antiquité et le souvenir classique que réveille son nom et ses monuments, l'Orient n'est pas encore connu suffisamment sur cette terre - d'A mérique. IL’Orient seul a donc occupé la pensée de l’auteur dans ses voyages. C’est pourquoi il prend ses habits de semaine, ses bottes à l’écuyère et, les manches de son habit retroussées jusqu’au coude, il déterre, dans la poussière des siècles, les faits héroïques, les exploits glorieux,les institutions anti-homériques; on le voit dans sa course s’arrêtant à chaque pas, parceque chaque ‘pouce de terre cache un héros: Sfta wator, heroem ealcas, Il appelle à son aide les armes du sevoir humain que les travailleurs de la pensée ont déjà dé- . posés dans le grand arsenal de la science. L'histoire, la géo- . graphie, la biographie, la statistique arrivent à la rescousse du pauvre voyageur souvent égaré dans le sablonneux désert oriental.
L'abbé Gingras n’a certainement pas voulu écrire un ou- vrage de science. Il ne s’annonce pas comme orientaliste profond. Je ne sache pas non plus qu’il ait eu la prétention de placer son nom à côté de celui des Jones, des Duperron et des Bournouf. Il ne s’aventure pas dans les obscures … régions de la littérature sanscrite, et il ne met point son esprit à la torture pour assoir des théorèmes sur les ruines h de l’orient. Il n’a jamais songé à marcher derrière Volney h ou même à le réfuter. Son livre est avant tout anecdo n tique. Il ne néglige pas la peinture de mœurs. J’aimerais que ses tableaux fussent plus piquants, les détails caractéristiques en plus grand nombre, l'étude des institutions plus saillante, plus profonde ; que la question d’orient surtout fut = approfondie et que l’enseignement qui sort de tout cela fut » marquant, décisif, manifeste. Le grand intérêt que le » monde civilisé prend aujourd’hui à l'Orient provient des conjectures que font les penseurs sur la solution de cette grande
et insondable question de l’avenir du monde oriental et de l'influence de la civilisation européenne sur lui. Tout de même, j'admettrai que certains caractères m'ont paru digne. ment tracés: je reconnais là le bédouin tel que la nature l'a fait, avec ses passions, 68 sentiments, son genre de vie; je di reconnais aussi le cauteleux Mehemet Ali que l'Europe a ï longtemps représenté comme le créateur de la civilisation en
Orient. N
L'auteur n’a pas toujours su éviter le défaut commun à la … plûpart de ceux qui écrivent des aventures de voyages: ah minutie et l'ennui des détails. Cependant c’est un défaut que le lecteur agrée assez bien. En lisant un journal de Voyage on veut tout savoir et pour peu que le charme du style vous ». entraine, vous vous disputerez plûtot que céder le pas au bon goût littéraire, souvent sévère et pas du tout capricieux. Je dois ajouter que la variété des détails, la multiplicité des | faits historiques que l’auteur énonce, les souvenirs anciens 6b toujours nouveaux qu’il évoque font excuser les défauts de style et le laisser à désirer de la forme. ee.
MAxIMILIEN BrBAuD occupe un large espace dans la littén rature du Canada. Il a perpétué le souvenir littéraire de son illustre père, Michel Bibaud. Il contribua à la rédactions des Mélanges Religieux et fonda l'école de droit du collégen Ste Marie. 3
M. Bibaud a laissé un ouvrage remarquable par l’érudition À et l'originalité, je veux parler de la Biograghie des S 1qamoss illustres de l'Amérique Septentrionale. Üette biographie est précédée d’un index de l’histoire fabuleuse et mytologiquon de l'Amérique. L'auteur à dû feuilleter bien des ouvrages et des manuscrits pour compiler ces notes d’un caractère tout particulier et sur un sujet qui n'avait pas encore été traité ex professo. pL
Il ne faut pas douter que les peuples sauvages de l'Amérique peuples qui avaient atteint un certain vernis de civilisations de grandeur et de célébrité, aient joué, la plûpart d'entre eux, un rôle important dans le grand drame de la vie sociale sur ce continent. Il ne faut pas douter non plus que chacune
ide ces nations nomades, vivant au grand air, jouissant d’une liberté et d’une indépendance absolues dans les forêts grandioses de l'Amérique, a vu sortir de son sein des hommes éminemment doués par la nature. On rencontre chez ces ‘hommes dépourvus de l’art, toutes les passions bonnes ou mauvaises que la créature humaine apporte en naissant. Les uns comme Kondiaronk ou le Rat, Garrangulé, l'Ulysse de l'Amérique du Nord, Téganissoré, Cannehoot, SedeKamatie, Adharatah, Saguova, se sont illustrés dans l’éloquence et la “diplomatic: la ruse, c’est la diplomatie de l’homme des bois; d’autres, comme Tecumseth, chef des Shaouamis, le Bonaparte de l'ouest, Ponthiac, le dictateur des Outaois, Métanco, surnommé le roi Philippe, le Mithridate fougeux de l'Amérique, Uncas, illustré par le “beau roman de Cooper: Le dernier des Mohicans, qui conquit toutes les forèts du Connecticut, La Chaudière-Noire cet iroquois hardi qui, en bloquant Michilimakinac, tient tout le (Canada en échec, ces guerriers indiens unissaient à la har- ‘diesse, à la bravoure, à l’indomptable fougue, les talents du tacticien et du stratégiste. |
M. Bibaud a donc écrit un livre fort original et très ïinstructif. L'histoire particulière de ces sachems illustres éclaircit certains détails de l’histoire de l'Amérique. Elle raconte les luttes gigantesques de l'homme civilisé contre l’homme de la nature; elle fait réfléchir le philosophe qui, » du fond de son cabinet, examine de nos jours ces restes de “tribus autrefois de grands peuples. C’est ainsi que les na- » tions barbares disparaissent de la scène du monde comme Autrefois les nations civilisées au débordement social de l'Europe du nord sur l'Europe du midi. Et cette destruction » des indiens se continue de nos jours pour satisfaire à l'ambition » des gouvernements. On dispute au sauvage jusqu’au dernier » coin de terre où il vit, on pénètre dans la solitude des bois - et chaque jour on recule, au nom de la colonisation, les N limites du domaine indien. Sans doute que les exigences de la colonisation et l'essor du progrès des nations civilisées » font oublier ces calamités. Au point de vue social et humà-
pitaire on dit: la destruction des races indiennes sur cette terre d'Amérique était un faitinévitable, un mal nécessaire puisque, entières dans leurs mœurs, leurs coutumes et leur esprit, elles n’ont pas voulu accepter le joug européen qui n'était pourtant qu’une transformation de la liberté dont elles jouissaient ; mais au point de vue individuel, le drame de la colonisation américaine offre des scènes sanglantes et indignes des sociétés modernes. Encore aujourd’hui les gouvernements oublient trop souvent les égards qu'ils doivent à l'humanité. Laiïissons ces races s’éteindre d’elles mêmes avec le temps, évitons toute, agression, fournissons leur un peu d’espace à côté de nous, un coin de bois et un peu d’eau pour la chasse et la pêche. Ayons pour une race antique qui va. s'éteindre le respect qu’on donne aux morts, et l’indulgence que les races modernes réclameront lorsque leur dernière heure aura sonné à l'horloge du temps. Ilen est temps encore : peuples instruisez vous | M. Bibaud a voulu faire revivre plusieurs noms, déjà illustres parmi nous, en les consignant dans son Dictionnaire historique des hommes illustres du Canada et de l'Amérique. Ce livre, véritable panthéon canadien, a beaucoup de mérite, D'abord c’est un hommage rendu à nos illustrations dans la littérature, l’éloquence, la philosophie, l’enseignement, la politique, la guerre,ete. Ensuite,c’est un travail précieux sous le rapporthistorique. L'histoire se retrouve partout. Souventun petit détail, un fait de peu d'importance en apparence, jette une grande lumière sur un événement et même sur une époque. Il y a peu de colonies où il a été écrit autant que sur le Canada: c'est la preuve que les événements ont été féconds, variés et grands. Aussi, doit on encourager de toutes nos forces cette étude, doit on diriger les tendances de la jeunesse vers le côté si vaste de notre champ littéraire. L’archéolog'ie canadienne n’est encore qu’à son début. Il faut de toute nécessité arracher au passé qui s'enfuit tout ce qui se rattache à nous. Nous ne pouvons que gagner à cette étude, car en apprenant à nous mieux connaître, à apprécier plus justement notre passé religieux, militaire et littéraire, nous
arrivons devant le présent, et en face des autres nations civilisées, avec la satisfaction d’avoir joué un rôle dans l’histoire de l'humanité. Enfin, nous apprenons aux peuples et aux individus à nous respecter parceque nous sommes déjà vieux | M. Bibaud à apporté son contingent dans cette noble tâche, Si les dictionnaires, les encyclopédies d'Europe n'’enrégistrent pas nos célébrités, commençons par leur en donner l'exemple. Je loue donc l’esprit d'initiative de M. Bibaud, mais je blâme l'ordre et le plan de son livre. Généralement il y à beaucoup à recueillir dans les ouvrages de cet écrivain, mais nous ne pouvons nous rendre compte au premier abord de ce qui nous en éloigne, puis vous vous apercevez qu'ils manquent d'unité et d’uniformité dans le plan. Le tout est jeté pèle-mêle, laissant au lecteur le soin de débrouiller ce cahos où tant de bonnes choses sont renfermées. J'aurais |L voulu que le dictionnaire fut fait comme les autres diction- . naires, avec indication alphabétique et synthétique. Mais | rien de tout cela! ça n’a pas plus l’air d’un dictionnaire que le premier livre venu.
Passons aux Institutions de l'Histoire du Canada, où autrement, Supplément aux travaux sur l'Histoire du Canada, livre remplit, parait-il, de documents inédits. [ci encore, désordre et confusion dans le plan, mais abondance et richesse de matières. Voici ce que en disait M. E. Chevalier dans La Patrie : “Le nom de M. Bibaud rappelle plusieurs traités historiques, dont quelques uns, entre autres les ‘Sagamos Tllustres ne manquent pas d'importance. M. Bibaud jeune appartient à l'école des historiographes qui préfèrent le genre ancien au genre moderne. “L'histoire, dit-il, au début de son livre, est le récit des événements dignes de mémoire. Elle est racontante ét non discutante” Après ce préambule, on s'attend naturellement à voir M. Bibaud raconter une série quelconque d'événements dignes de mémoire"
| Point, L'auteur, tout en déclarant la guerre aux historiens
philosophes tombe lui même en pèche de discussion. Bien lui en prend toutefois; il remet au jour une foule de docu-
ments qui établissent que l'Amérique était connu avant la découverte de Colomb; puis, il se livre à une discussion sur les aborigènes du continent, Un autre défaut dont M. Bibaud est coutumier, c'est de farcir ses œuvres de citations. Les citations trop fréquentes effrayent le lecteur et empèchent de voir le travail de l'auteur. En général M. Bibaud ne sait pas disposer ses matériaux; avec une instruction immense, des études sérieuses, il arrive difficilement a composer un bon livre. Le talent de la classification lui à fait défaut. En lisant ses œuvres on dirait d’une bibliothèque mise sans dessus dessous par un écolier. Qu'il adopte une méthode, qu’il songe longuement à son idée, qu’il en trace le canevas avant de se décider à écrire pour l'impression, et nous sommes assurés qu’il rendra des services éminens à 12 république des lettres franco-canadiennes.”
Ajoutons à tous ces ouvrages historiques des travaux moins importants, également dus à la plume féconde de M. Bibaud, jeune. Le charlatanisme dans l'histoire ou revue critique de Vhistoire du Canada par F. À. Garneaur (1855), critique outrée où l'auteur se montre grand éplucheur de mots; Tableau historique des progrès matériels et intellectuels du Canada, (1858) pp. 50; Tableites historiques canadiennes, (1859) pp. 39; Les Machabées canadiens, (1859) pp. 22; La confédération du sud, (1869) pp. 119. Napoléon I et Napoléon III, paralléle historique, (1860) pp.22 ; Opuscules, (1857) pp. 70; Catéchisme de l'Histoire du Canada, (1853). M Mémoires et documents inédits (1872.) |
La plupart de ces brochures ne sont plus lues. Elles n'ont fait que naître pour dépérir misérablement. M. Bibaud affiche une prétention qui coudoie le ridicule; dans ses derniers écrits il fait la cour au pédantesque et aux théories paradoxales et tout cela, je crois, dans le but de paraitre original. Son meilleur écrit sera toujours le premier qui est sorti de sa plume: Les Sagamos lustres. Je parlerai plus, loin de ses Commentaires qui laissent voir les mêmes qualités à côté des mêmes défauts.
JEAN CHARLES TACHE naquit à Kamouraska en 1821. Fit
ges études au Séminaire de Québec, étudia la médecine, fut pendant quelque temps attaché à l'hopital de Marine, siégez dans l'assemblée législative de 1847 à 1857; représenta le Canada à l'exposition universelle de Paris en 1855, et à celle de Loudres en 1867, fut membre du comité des inspecteurs de Ja prison, et demeure présentement député ministre d’agriculture et des statistiques. À beaucoup contribué à la presse canadienne par plusieurs essais. Rédigea le Courrier du Canada de 1857 à 1859. Est un de nos meilleurs publicistes, M. Taché a considéré le Canada sous le point de vue économique dans son Æsquisse sur le Canada. Son but était de réunir, dans un court espace, les renseignements les plus “utiles sur la condition passée et l’état actuel ne notre pays. Nommé Commissaire du Canada à la grande Exposition Universelle tenue à Paris en 1855, M. Taché avait pour mission de faire connaître notre patrie à l'étranger en distribuant gratuitement son livre publié aux frais de la province. L'Esquisse sur le Canada est un livre encore plein d’actualité, les statistiques, les tableaux, les parallelles y figurent en grand nombre. Après avoir donné Îles renseignements géographiques et jeté un coup d’œil sur les principales époques de l’histoire du Canada, l’auteur passe aux renseignements géologiques et météorologiques, aux productions naturelles et manufacturières, aux voies de communication, aux institutions politiques et civiles, à l'éducation, au culte, aux finances, aux canaux publics, aux arts et à la littérature. . Comme on le voit, la matière est abondante et l’auteur dans quelques centaines de pages a dû condenser tous ces sujets, . Le style est clerc, serré, historique en un mot. L'ensemble de l’ouvrage fait ressortir une grande variété de détails et de … faits capables de donner une haute opinion de notre province à l'étranger. M. Chs. Robin dans son histoire de l'exposition niverselle parle ainsi de M. Taché et de son livre: “M. J.C. » Taché a déployé dans l’accomplissement de son mandat un L Lyéle et une activité vraiment méritoires; on peut dire qu’il a popularisé le Canada en France, qu’il l’a fait aimer en Île faisant connaître par les publications pleines d'apropos, qui
ont été répandus par ses soins, Son Æsquisse sur le Canada est une de ces œuvres qui, dans un pays comme le nôtre, atteignent leur but. C’est un ouvrage concis, nourri de faits ne un tableau animé de ces contrées fertiles, pitto- … resques, où battent bien des cœurs français.” #4 Voici de qu'en disait un autre écrivain français. (1) “ Ce livre de M. Taché contient une foule de renseignements aussi utiles que curieux, surtout ce qui touche à la géographie et à la configuration physique du Canada, à sa constitution géologique ete....ce livre dont le but est d'appeler l'immigration vers le Canada, où les bras manquent au travail, sera consulté avec fruit par tous ceux qui auraient le désir de quitter l'Europe et d'aller s'établir sur les rives du fleuve St. Laurent, dans ce pays hospitalier qui ressemble à la Nor- « mandie et qui s’appela longtemps la Nouvelle-France.” Au reste M.J.C. Taché est un de nos meilleurs littérateurs. On a encore de lui: Motice historiographique sur la fête célébrée à Québec le 16 Juin, 1859, jour du 200me anniversaire de l'arrivée de Mgr. de Laval en Canada (1859) pp. 72, Le Canada et l'Exposition Universelle (1856); une bonne satyre politique, La Pléiade Rouge, (1854) pp. 24; une tragédie bouffe en vers, Le Défricheur de langue; de la Tenure Seigneuriale en Canada, et projet de commutation, suivi de tableaux relatifs aux fiefs etSeigneuries du Bas-Canada, (1854) pp. 82; Des Provinces de l'Amérique du Nord et d'une union fédérale, (1858). pp. 252; et d’autres travaux littéraires contenus dans les Soirées Canadiennes, que j'aurai occasion d'apprécier dans le » chapitre suivant. 4 JOSEPH GUILLAUME BARTHE naquit sur mer, à bord d’un navire commandé par son père, en 1818. Après avoir fait ses études au collége de Nicolet, il étudia la médecine, puis le droit. Dans sa jeunesse il se livra à la poésie. Rédigea L'Aurore des Canada s, de 1839 à 1845. Fut membre de l’assemblée législative pour le Comté d’'Yamaska, de 1841 à 1845. Fut ensuite nommé Greffier de la cour des app Is, poste
(1) E. Gallien,
quil conserva pendant quatre ans. Durant un séjour de 3 années à Paris, il contribua à la rédaction de la Gazette de France.
En 1855, deux hommes de mérite, doués de bons talents littéraires, se rendaient à Paris et là y publiaient chacun un ouvrage Nues très lus à cette époque, et qu’on ne rejette pas tout à fait de nos jours. Ils poursuivaient la même tâche pour arriver au même but: renouer le Canada à la France par des liens, d'intérêts communs, rappeler à l'ancienne mère patrie que ces quelques arpents de neige, dont parlait Louis XV, étaient devenus une puissante colonie, engager l'Europe émigrante à se diriger sur ces plages hos- …pitalières. Ces deux écrivains étaient MM. Barthe et Taché, ct ces deux livres: Le Canada reconquis par la France et ml Fsquisse sur le Canada.
M. Barthe a du talent, c’est incontestable, son livre lenseigne et rappelle une foule de choses: il fait l’apo- Lihéose du canadien et du français. Suivant lui ces deux êtres, ces deux hommes, ce descendant et ce père, doivent s'unir par les liens utiles du commerce, de l’industrie et de la politique, surtout de la littérature et des beaux+arts, parcequ'ils sont déjà unis de cœur et de sentiments. Le titre que M. Barthe a donné à son ouvrage serait peut- “être de nature à créer quelque méprise sur son caracmtère ;—méprise dans laquellé parait être tomlé M. DeCa- . rondel qui en à écrit la préface; mais quand on l’a parcouru, on comprend que la conquête que la France pourrait faire du Canada, dans l'esprit de l’auteur, n’est autre que celle de nous rallier au progrès moral et littéraire qui rayonne de ce centre de civilisation.
Une partie considérable du livre révéle le motif qui l’a » principalement inspiré. Dans le cours des négociations quil avait entamées, pour établir quelques rapports entre » l’Institut de France et nos socié'és littéraires, qu'il désirait placer sous la protection et la tutelle de ce COrps savant, - M. Barthe avait eu à lutter contre l'oubli presque total de
lequel était tombée cette ancienne colonie française, et toute M
la portée de son ouvrage tend à rémémorer les faits historiques qui nous concernent, à décrire les principaux traits de notre existence, depuis la cession du Canada à l'Angleterre, et à faire connaître la condition actuelle du pays, au point de vue géographique, topographique, politique, manufacturier, agricol, commercial, industriel et littéraire.
Cet ouvrage est partagé en trois parties ; dans la premi-, ère, l’auteur passe en revue Îles principaux incidents de notre vie coloniale, depuis la conquête jusqu'à ce jour ; la seconde donne, dans un coup d'œil, la description topographique, industrielle, littéraire, géologique, ete, du pays: et Ja troisième contient les documents et lettres échangés entre l'auteur, les membres et officiers de l’Institut de France et PInstitut Canadien.
On comprend que la première partie est exclusivement politique. Elle passe succinctement en revue Padministration des différents gouverneurs qui nous ont été imposés par l'Angleterre depuis la cession, en faisant saillir les évènements dignes de remarque. L'auteur a su rendre justice à ceux d’entre nos gouverneurs dont l'humanité a donné quelque relâche aux persécutions dont nos compatriotes ont si longtemps été les victimes; et il a flétri avec non moins de justice ceux qui se sont fait une mission de vengeance et de cruauté, dans l’accomplissement des instructions du bureau colonial. |
Tout en faisant le compte des vacillations et des fautes h aussi bien que celui du mérite et des bonnes œuvres des hommes qui ont participé activement au maniement de Î& chose publique depuis l'Union, M. Barthe fait toucher du doigt la réalisation des prédictions contenues dans le rapport de Lord Durham,—prédictions qui faisaient anticiper les tra» W hisons dans lesquelles. tomberaient nos hommes politiques, | en essayant de faire fonctionner le gouvernement responsable,
La partie politique de ce livre emprunte une importance et un intérêt qui auront toujours leur actualité, du fidèle tableau qu’il retrace de notre vie politique pendant quinze äns,. L
… J'ai lu attentivement le Canada Reconquis. Il y a des | pages que j'ai aimées ; d’autres qui m'ont paru plus pâles. | J'ai crû rencontrer aussi des Opimons outrées. Le souvenir de 1837-38 rendait l’auteur injuste, en certain endroits. On voit Muque l'écrivain mêlait sa cause à celle du pays. Ce qui n’em- …pèche pas le livre d’être remarquable dans son ensemble. Je Mupourrais bien faire avec droit un autre reproche : l'écrivain ….se complait trop dans la phrase. Il craint les anglicismes et les barbarismes, il s’en excuse à bon droit. Mais il y a plus; ily | a chezlui commeune passion qui le porte à phraser et à poser,
fil y à du redondant et du boursouflé. C’est aingi qu’il nous Mira avec un grand sérieux mélancolique: “ que sa pensée | | méditative l’isolait avec ses deux enfants qui jouaient à | «pigeon-vole, sous le regard paternel, près de la tour du domaine et du bosquet qui l’ombrage.” Etil y enade pires. …L'oreille est flattée par les sons, mais l’esprit cherche le sens —ävant de le découvrir.
‘à Je sais que l’ouvrage à été critiqué, calomnié même; mais dun autre côtéilaété loué. Voici ce qu'en dit M. H. Fabre: [Un livre travesti et calomnié par un homme d'esprit qui { * n'avait que de l’esprit, qu’il faudrait mettre à sa place, c’est Pile Canada reconquis par la France de M. Barthe.. Cette [œuvre éloquente a couté à son auteur une grande dépense | de talent. - Un goût sévère aurait dû sans doute restreindre, | - dans une certaine mesure, les prodigalités d'imagination, | » mais il fallait un talent abondant pour répandre ainsi tant de 1 “richesse sans les compter. Un écrivain économe de $es
idées, bien rangé dans ses phrases, aurait tiré plusieurs 0 de ce seul ouvrage. Il y a dans Le Canada r'ECONGUIS, | de belles et amples idées, une verve, une imagination exumbérante, des paysages éloquents. Mais les côtés excessifs
IRL 4 ; < È ; ont effacé les bons cotés et mis l'ouvrage à la merci d’un