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C'est en 1833 que Isipore LEBRUN publia à Paris son livre: Tableau statistique et politique des deux Canadas, 1 vol., in-8.
On trouve dans cet ouvrage une grande variété de rensei-
&nements qui cependant n’ont pas attiré à cette époque l’attention de la France. Il s’y trouve beaucoup d'erreurs d’ap- . préciation, L'auteur n’avait fait que passer parmi nous et dans ce court espace de temps, il n’a pu étudier à fond notre société. Plusieurs de ces erreurs ont eté relevées par L’ABBE MAGuIRE dans une brochure intitulée; Clergé Canadien vengé par ses ennemis, par Vindex, Québec, 1834.
Dans son Tableau, Lebrun étudie le Canada sous ses différents aspects, sa position géographique, sa condition écono- - mique, sa richesse territoriale, le gouvernement, les institu- … tions publiques, l'éducation, etc. Quelque nombreuses que - soient les erreurs de faits, de chiffres, et d’appréciations, l’au- » teur a cependant droit à l’estime des canadiens pour cette contribution, Aujourd’hui le livre de Lebrun ne peut guère . servir parceque sa statistique n’a plus d'actualité. L'auteur était en son vivant rédacteur de la Revue encyclopédique de Paris.
Qui peut entreprendre quelque chose de plus grand et de plus utile qu’une colonie, disait un homme remarquable du siècle de Louis XIV.
C’est une étude en tout point digne du publiciste que celle. "2 qui démontré, par le secours de l’histoire, l'élévation des nations par l'établissement de puissances coloniales. (C'était le désir légitime qui animait la France au XVIIe siécie dans. les efforts qu’elle fit pour établir dans l'Amérique une Nouvelle-France destinée à perpétuer la mission, les idées, les tendances et la race de l’ancienne, à devenir un comptoir sûr : pour satisfaire aux besoins du commerce et de l’industrie, recevoir le surplus de la population et préparer, petit à petit, sur le continent américain, de ce côté ici de l'atlantique, une … puissance prépondérante, appelée à faire respecter le drapeau … de la France. Ce dessein noble etélevé s'était réalisé,et Les rois | de France allaient enfin profiter des sacrifices qu’ils s'étaient
imposés, eux et la nation, ponr parvenir à ces fins. Au com-
mencement du XVIIIe siècle la France possédait toute l’Amé-. à
rique du nord jusqu’au Mexique sur l’atlantique et jusqu’à la Californie sur le Pacifique, sauf une bande assez étroite, limi- M
tée en arrière par les Apalaches et les Alleghanys, partantde la Floride et remontant jusqu’à la Baie de Fundy et qui formait la colonie de la Nouvelle Angleterre ; le golfe du St. Laurent, le Canada, les lacs intérieurs, toutle bassin du Mississipi. et du Missouri, le Nord-Ouest, l’Orégon et tous les territoires
au nord de la Californie et du Mexique, les Antilles, plus de la moitié de St. Domingue, St. Vincent, Tobago, St. Barthe-\
lemy, la Martinique, la Guyane, les Iles Malounes, etc.
Hélas ! qu’est-elle devenue cette immense puissance colo- 4 niale de la France en Amérique ? Où est la cause de cette décadence et de cette ruine ? Demandez le aux systèmes er-
ronnés, aux idées fausses qui présidèrent à la direction des
colonies: à la mauvaise administration qui en fut la conséquence, à l’insouciance et à l'incapacité de la cour de Ver- $ sailles. En voulant perpétuer sur cette terre d'Amérique le ; système autoritaire etautocratique qui présidait dans leur roy- 4 aume les rois de France et leurs gouverneurs en Canada enle- 4 vèrent à la population l'énergie vitale et la vie sociale dontelle, L: avait si grand besoin. Ne prenant aucune part au mouvement ‘4 avaitqui devaitanimer le corps social, ne contrôlant en rien les k intentions des officiers du roi, le peuple devait nécessairement rester indifférent aux progrès et à l'avancement de la colonie. 4 La vitalité d’un peuple dépend de sa participation à ses propres affaires. Il n’a réellement de lien national qu'en autant qu'il a la liberté de se gouverner lui même, de discuter ses 4 dépenses, de contrôler par des voies constitutionelles les actes À
de ses mendataires. Et voilà pourquoi dans l’espace de quelques années l’œuvre de Richelieu et de Colbert s’en est
retournée en ruine. Quel contraste frappant avec les origines
ñ des colonies anglaises et des colonies françaises ! Treize an- 4 nées s'étaient à peine écoulées, depuis que les premiers colons
anglais s'étaient établis dans la Virginie, qu'une assemblée représentative vint perpétuer parmi eux les traditions de la
Eopre
. mère patrie; deux cent cinquante ans s'écoulèrent avant que
les canadiens purent bénéficier des avantages de ce système politique. C’est la liberté et le sentiment de la responsabilité populaire qui font la puissance et la force des nations : les colonies françaises se sont trouvées dans une situation contraire par l'intervention exagérée et la tutelle excessiv de l'Etat. |
Cependant cette poignée d'hommes de la race latine jetés sur les bords du St. Laurent, a pu rester française en luttant avec énergie contre l'élément vainqueur après les luttes de 1755. Et le Canada, ce magnifique joyau de la couronne d'Anbleterre, demeure comme une accusation vivante contre
. inertie de Louis XV et l’autocratie de ses aïeux.
Ce sont ces idées que M. E. RAMEAU entreprend de démontrer dans son livre intitulé: La France aux colonies, Etude sur le mouvement de la race française hors de l'Europe ou les français en Amérique, Acadiens et Canadiens, in-8, 1859, pp.
- XXIV-160-350; ce volume se divise en deux parties: 1o. Acadiens; 20. Canadiens. L'objet principal que l’auteur a en vue est le tableau du développement progressif de Ia population et des faits qui s’y rattachent: C’est avant tout un
- travail méthodique de chiffres et de statistiques. Tous les recensements, tous les tableaux de statistiques en rapport avec l'accroissement de la population, le commerce, la valeur de la propriété, l'immigration, l’'émigration, etc, y figurent. Il suit les acadiens et les canadiens dans leur origine et leurs développements comme force sociale. L'auteur a de belles pages sur l'avenir des groupes français jetés en Amérique» comme la France en Europe, pour commander le mouvement des idées et enseigner la supériorité de l'idéal sur la matière. Des notes savantes accompagnent les chapitres, ce qui fait du livre de M. Rameau un ouvrage souvent consulté par ceux qui veulent approfondir une question d'histoire. TL’auteur s'efforce dans tout le cours du livre de démontrer le faux système d'administration qui a fait perdre à la France toutes ses colonies. A ce point de vue ce travail est véritablement une œuvre patriotique pour la France.
Comme étude de l'accroissement de la population et du 8 1 mouvement de la colonisation en Amérique par l'élément |
français, je crois que rien de mieux n’a encore été publié,
Les données de M. Rameau sont savantes, variées, substan-
tielles, philosophiques même. Il s'élève à la hauteur du pu’
bliciste étudiant une grave question sociale. C’est pourquoi
son livre vivra et sera longtemps consulté, On ne peut lire-
sans admiration le dernier chapitre, qui traite de l'avenir «
moral et intellectuel des canadiens en Amérique. Le Canada au point de vue économique, par Louis SrrAUSs :
paris, 1867 pp. 280, renferme des tableaux de chiffres, accompagnés de commentaires pour expliquer ces dnnées : puisées dans les documents officiels et les ouvrages des écono- «
mistes canadiens jusqu’à 1867. L’auteur consacre une partie de son travail aux renseignements géologiques. Il décrit les terrains qui renferment des minéraux et classifie les dif-
férentes espèces de minéraux. La partie industrielle com- M prend plusieurs chapitres ; les relations de commerce avec
Pétranger sont également exposées avec clarté. Ajoutons à cela des notions sur l’histoire, le climat, la population, la géographie, l’agriculture, la marine, les forêts, le budget et l'organisation du gouvernement. C’est, comme on le voit, un guide sûr entre les mains des industriels et des commerçants
européens. Ce livre est une bonne action ; il contribuera x
certainement à accroître les relations commerciales inaugurées avec l’ancienne mère patrie depuis 1855.
M. E. B. O’CarLAGAN a publié, en 1856, à Albany : Documents relative to the colonial History of the State of New York, procured in Holland, England and France, en 10 vol: in quarto.
On trouve dans ce travail un grand nombre de documents
relatifs à notre histoire. »
Le major WaRBurroN publia en 1849, à Londres, The con- *
quest of Canada, en 2 volumes.
Parmi les documents historiques les plus rar. au point vue de l’histoire politique, il faut mentionner la corres- 4 | pondance des gouverneurs anglais, entr’autres : SIR FRANCOIS ‘04 B. Heav. À narrative of his admistration , the Emigrant etc.
Dr.
Lorp DurHAM, son Rapport; LorD SYDENHAM, Memoirs of his life with a narrative of his administration in Canada, par P. Pouzerr ; Lorp CHarLes MercALrE, Life and corresponde nce, par J. W. Kaye ; Le comte d'ELGIN, Conditions and prospect of Canada, 1854, etc.
M. H. Buiss à publié un ouvrage intitulé : Statistics ofthe trade, industry and ressources of Canada ; Londres, 1833 ; Rogerr F.GourLay, General introduction to the statistical accounts of Upper Canada, compiled with a view to a grand system of emignation, Londres. 1822 ; S. W. Hunter, Panoramic guide from Niagara falls to Quebec, Boston 1853, CAKE SMYTH, Sketches in the Canadas, Londres, 1839; W. H. BARTLETT, Canadian secretary, 2 vol. in 4 Londres, 1842 ; Le Canada pittoresque, Paris 1857. MM. $. Her1oT, Hucx GRAY, SANSOM, Howison, Macouacarr, MaGrRATH, TuURGUSSON, Moonte, PRESTON, BONNYCASTLE, RICHARDSON, JAMES B. BROWN, Husron, ete. ont laissé des relations plus ou moins véridiques de leur passage au Canada.
A tous ces noms illustres je pourrais bien ajouter ces brillants littérateurs [français qui, visitant l'Amérique en ama- teurs et en touristes, en ont emporté un souvenir agréable. Ils ont consacré quelques pages bien pensées à notre patrie qui les a accueillis avec déférence lors de leur passage au milieu de nous. Naturellement leur récit de voyages n’a aucune prétention, ils ont couché sur le papier, quelque fois à la hâte, des notes prises ici et là, souyent fournies par le hazard ou par des personnes incompétentes. Mais on ny trouve rien de malveillant, et leurs publications ont donné à l'Europe instruite une bonne idée de ce coin de terre qu'on appelle Canada et qui fut autrefois la Nouvelle-France. Parmi ces écrits ou récits anecdotiques de voyages, je citerai Promenade en Amérique, par AMPERE ; Lettres sur l'Amérique: par Marre et les articles si bien écrits et si bien pensés par DEQUIBUSQUE, LaARocme-HERoN et quelques autres. À ces écrivains, qui ont su comprendre notre patrie, le Canada est reconnaissant |
Il importe que le Canada se mette au courant de toutes
les publications étrangères qui peuvent l’intéresser au point de vue de son histoire. Loin de nous l'intention égoiste d’exclure de notre littérature des travaux qui ne peuvent que l’honorer. Notre reconnaissance est donc acquise à tous ceux qui, à l'étranger, veulent bien diriger leurs études sur ce coin de terre que nous habitons. Mais nous leur souhaitons la sincérité et l’impartialité dans leurs appréciations qui souvent pèchent sur ce côté, probablement à cause de leur éloignement du théâtre des actions ou des faits qu'ils veulent raconter. Je les mets en garde contre toute exagération et je les prie de s'inspirer à des sources pures de tout esprit étroit et mesquin; ils trouveront des guides sûrs en s'inspirant aux grands travaux du Canada, car l’école historique contemporaine à donné des preuves non-équivoques du sens large et éclairé qui l’anime. | |
Cette école s’est élevée à une hauteur qui la met sur un pied d'égalité avec les historiens contemporains de n’importe quel pays. Sa méthode est dans tous les cas supérieure à celle de l’école de la domination française. Elle recherche les causes qui ont présidé aux événements, parsème la narration de réflextions justes et sages, donne des développements aux sujets, dramatise pour ainsi dire le récit, peint les mœurs de la nation, étudie ses usages, approfondit la vie sociale sous toutes ses faces, au point de vue des faits comme au pointdevue des idées, porte sur les hommes publics un jugement
tantôt sévère, tantôt élogieux, la plupart du temps véridique.
Ce n’est pas que l’école actuelle soit entièrement exempte de certains préiugés, d’une certaine timidité : il y a des choses qu'elle n’ose pas dire, qu’elle semble craindre de dire, qu’elle dit dans une édition et qu’elle efface dans une seconde, comme si elle suspectait un ennemi caché et secret qui serait prêt à l'étouffer si elle disait toute la vérité.
L'histoire n’est pas un plaidoyer, c'est le récit irrépressible et impartial des événements qui ont eu lieu. L’historien doit reproduire, comme fait le peintre pour son tableau, l’image fidèle de l’époque dont il est le rapporteur. Ce n’est pas lui qui fait remonter la responsabilité à l’auteur de l’acte
ou du crime ; ce n’est pas lui, historien, qui a inventé l’acte ou imaginé l’auteur ; une circonstance de faits, appartenant au dossier de l’histoire, est là par la force des cheses, et l’historien n’est que le greffier de l’histoire. Il doit recueillir tous les documents et les Yfaits avec une scrupuleuss et froide exactitude, sans tenir compte de ce que les contemporains peuvent penser ou dire de ces documents et de ces faits. Un parti politique ou une coterie religieuse, qui se formalise de ce qu'un historien rapporte fidèlement un fait ou un document, prouve qu’il a honte du passé, qu'il ne veut pas que la postérité le connaisse où le rappelle. IL niera un fait patent, admis de tous, pour se faire une histoire destinée à tromper les masses. N’est-il pas vrai hélas ! qu'on a tenté, en certains endroits, de substituer le roman, une histoire de convention, à l’histoire véritable ? Il n’est donné à personne d'effacer de la mémoire des hommes ce qui s'est fait dans le passé pour y substituer un passé que l’on voudrait rendre utile à une èause dont l’objet apparent est plus respectable que le but caché.
Avec les années la jeune école canadienne se débarassera des langes grossiers qui retiennent encore son essor. Elle apparaîtra alors libre et dégagée dans sa démarche, semblable à la déesse de la fable, avec une trompette à la bouche pour dire la vérité et toute la vérité.