livre, ils ne forment pas partie de son intrigue, ils ne sont
pas la bâse de l'intérêt qu’elle prétend exciter; en un mot,
elle ne s’en sert pas. « Douée d’une grande connaissance du cœur humain, Mme
Leprohon sait puiser dans la vie domestique des tableaux aÿ À trayants, pleins de bon goût et de délicatesse, qu'elle drain
matise avec une puissance remarquable. Elle possède fort bien le talent de ménager l'intérêt et de le faire grossir Jus:
qu’au dénoûment sans blesser l'unité de temps ou l’unité den
lieu. Si quelquefois elle force légèrement le naturel pour
satisfaire les besoins de son intrigue, et s’écarte un peu de Ia vraisemblance des choses ou des éventualités probables ets
ordinaires, on le lui pardonne facilement, grâce à l’habileté,
avec laquelle elle profite de ces licences et au bon parti
qu’elle tire des situations ménagées peut-être un peu
forcément.
« Mme. Leprohon possède à un haut degré le talent des personnages ; elle donne à ses héros des caractères tranchés,
. distincts, dont elle présente tous les traits sous des couleurs
vives et bien marquées. Vous ne confondrez jamais un des acteurs de son drame avec un autre, et jamais aucun d'eux . ne sortira du caractère, du rôle, du genre qu’elle lui aura assignés ; jusqu’au bout de son livre, elle maintient chacun de ces personnages égal et semblable avec lui-même. Je ne
dirai pas que ces caractères ne s'écartent jamais du naturel
. que vous avez pu concevoir, et de la manière d’être ordinaire . des hommes tels que vous avez coutume de les voir. Mais
… c'est là l'affaire de l’auteur; comme elle tire les événements
. et les aventures de son récit de sa féconde imagination, elle
a AE
a sans doute aussi le droit d’y prendre ses personnages tels Ve
… qu’elle les veut, ou tels que les requièrent les nécessités du . drame et les exigences des situations qu’elle invente. D'un autre côté, le droit vous est acquis de trouver invraisemù blables les acteurs que l’auteur vous présente.
“Il y a beaucaup de cœur et de sentiment dans les œuvres
de Mme. Leprohon. Grâce à cela, sa fécondité intellectuelle
lui à fait concevoir une foule de scènés très-heureuses, dont
n quelques-unes causent, par leur vivacité, de véritables émo-
tions au lecteur sympathique. Les caractères contradic-
… toires qu’elle oppose souvent avec bonheur les uns aux autres … produisent des situations qui, sans avoir toujours le mérite … de l'originalité, ont souvent celui d’être palpitantes d'intérêt, … de lier vivement l'attention et la bienveillance du lecteur, de
“grossir le nœud de l'intrigue, d’exciter limpatience du
dénoûment, et cela sans invoquer les mauvaises passions,
Dors Le" Sen ne HeRS té
sans fatiguer le cœur du lecteur, sans émouvoir douloureuse-
ment sa sensibilité, ni affecter ARTE sont imagination. D noutes ces scènes, toutes les situations dans lesquelles l’autour place ces personnages, brillent toujours par une délicatesse exquise de sentiment etde langage. La conversation, les remarques et les réflexions sont remplies d’un tact et
: d une noblesse qu’on ne rencontre pas partout. (1)
Armand Durand est une production plus faible queles pré-
. (1) Revue Canadienne, vol I. 442.
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cédentes. Le plan est plus défectueux; le héros vient trop* tard et disparaît trop tôt. L'auteur consacre cinquante pages: pour la mise en scène. Durand, en sortant du collège, étudie le droit ; il est deshérité par les manœuvres de son frère: cadet, fruit d’une seconde alliance. Désolé, il unit son sort à une jeune personne belle mais frivole, qui assombrit sa vie domestique. Anrès la mort de sa femme, il épouse Gertrude de Beauvoir qu’il a longtemps aimé en secret et qui est. la nièce d’un seigneur canadien. Voilà, en abrégé, le cadre: dece roman. Le caractère d’' Armand est bien tracé, il est toujours en harmonie avec ses attributs. Celui de Gertrude. est moins réussi, il ne se soutient pas, mais ces imperfections, sont rachetés par plusieurs qualités ; le style est pur, coulant,. aisé, vif, suivant que le demande Île récit.
Ne vous êtes vous pas extasié parfois, dit l’abbé H. KR. CASGRAIN, devant le sublime panorama de notre grand fleuve, quand, par un beau soir d'été, bien calme, il reflète dans le miroir limpide de ses grandes eaux, le superbe turbam
des Laurentides ? T'elle est l’idée que nous nous formons de: «
la LeGenpe. C’est le mirage du passé dans le flot impres-
sionnable de l'imagination populaire; les grandes ombres M de l’histoire n'apparaissent dans toute leur richesse qu'ainsi M
repercutées dans la naïve mémoire du peuple.
L'abbé Casgrain naquit à la Rivière-Ouelle en 1831. II est le fils de feu l'honorable Charles Casgrain, chef d’une des
plus anciennes familles du pays. Après avoir fait de bonnes …
études classiques au collége St. Anne, puis au Séminaire de Québec, il se livra en 1853 à l'étude de la médecine et entra
dans l’état ecclésiastique. Il est aujourd’hui vicaire de la ca-
thédrale de Québec.
Cet écrivain s’occupa de bonne heure de littérature
et d'archéologie. Outre sestravaux historiques, que j'ai déjà mentionnés, il écrivit plusieurs articles pour nos publications littéraires. Malgré la pénible et cruelle infirmité qui le
prive presque de l’usage de la vue, il n’en continue pas moins …
ses chers travaux littéraires et ses études favorites. Les Légendes Canadiennes, ouvrage en prose poétique, parurent em
1861. Elles se composent de trois récits légendaires: Le Tableau de la Rivière-Ouelle; Les Pionniners et La Jongleuse. Ce sont d’intéressants récits d'aventures arrivés dans les premières années de la colonie, écrits dans un style coloré et élégant. Dans la première légende l’auteur décrit le tableau agreste et enchanteur, et les poétiques beautés qui ornent la rive sud du St Laurent; dans les deux autres, il raconte les scènes dramatiques qui prirent naissance avec
. les origines de la colonie ; les trois forment un groupe … plein de charme et de poésie dont la valeur, dit un de ses - biographes, sera toujours bien appréciée par ceux qui con- « naissent nos belles paroisses de la rive sud du St. Laurent, … au-dessus de Québec. Elevé dans un de ces sites grandioses,
au sein d’une famille chrétienne et d’une”société distinguée, M. l'abbé Casgrain a gardé un touchant souvenir et des belles
scènes champêtres et des récits émouvants qui ont amusé son enfance. Un voyage en Europe, qu'il fit plus tard, "comme il le raconte dans une sorte de prologue à sa dernière
. légende, lui a révélé à lui-même toute la valeur littéraire de “ses souvenirs et l’a engagé à'les écrire. Ce sont là d’heu-
reuses circonstances, tout au profit de notre littérature qui s'est enrichie par là d’un bien aimable volume.
La Jongleuse, une vieille histoire du passé, comme l’auteur l'appelle, retrace un de ces actes d’atrocité si familiers aux sauvages de l'Amérique, contre les missionnaires. L'auteur
peint sous des couleurs très-poétiques ce caractère fanatique “particulier à l’indien. La lésende s'appuie et se soutient …d’un fait historique que l’abbé Casgrain a fait ressortir au
milieu d’une foule de détails féeriques. Une large part du récit est consacrée au merveilleux, à la superstition, à l’hallu- Cination, aux esprits, aux revenants ; le tout est enveloppé de cette teinte diaprée et gazeuse qui rappelle les chants d’Ossian et les vagues rêveries de l’Orient. Avec un incontestable talent l’auteur des Légendes Canadiennes retrace les joies de l’enfance, les plaisirs et les souvenirs de la vieillesse, les mœurs canadiennes, la gravité silencieuse de nos forêts, les coutumes indiennes et les habitudes des anciens colons.
bopoit
Ce livre se rattache plus auroman qu’à l’histoire ; c'est avant 4 toutet surtoutune œuvre d’imaginationet d’exhubérance litté- “ raire. Dès son apparition, l’auteur fut acclamé le Château. briand du Canada. En effet, il y déploie une imagination si vive, si colorée, si enthousiaste qu’on croirait lire les. se. émouvants et somptueux épisodes de Réné et Athala. ; On ne peut s'empêcher d'admettre, malgré ce qu'en ont … pu dire certains critiques malveillants, que les Légendes con-. tiennent de fort belles pages. Le style est ciselé avec un art infini. Je sais bien que la pompe et l'éclat nuissent par- 4 | fois à la clarté de la phrase et à la précision de l’idée, ques à les figures de la rhétorique jouent un rôle au détriment dem la simplicité et du naturel. Un”style simple est toujours charmant et surtout, en certains genres, il est d’une indispen-\ sable nécessité. Mais c’est aussi une belle qualité qu'écrire en style fleuri et imagé. Et ce talent ressort eve lorsqu'il s’agit d'une œuvre d'imagination. (Conçoit-on une“ légende avec des dehors roides, froids, sévères, avec une | forme sèche et aride? Voyez Fénélon dans son Télémaque, comme ilse sert de toutes les figures de la rhétorique, dem tous les tours poétiques! Son sujet, cependant, se prêtaith moins que les légendes au pinceau du coloriste. Je suis biens prêt à avouer que ce livre de M. Casgrain est la moins parfaite \ de ses productions. Mais cela se conçoit facilement, l’auteur. pe en était à son début ; et, ce premier essai honore un talent si.
précoce, une imagination si impressionable. Mais que dan le but de critiquer et d’accuser systématiquement des Zoïles\ malveillants et billieux entassent des citations et des extraits, qu’on souligne des mots et qu’on fasse ressortir les défectuo-u sités du style et certains vices d'expression, la critique con À sciencieuse et honnête ne s’y laissera pas surprendre. Elle,
les Th vivront d A parce qu'elles plaisent à L'HAIR gination, au cœur, à l’âme, ensuite pe qu'elles ont inaue à guré un genre qui a contribué, plus qu'aucun autre, à former ' le fonds d'originalité de notre littérature.