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Somme toute, l’Zntendant Bigot est un progrès sur François de Blainville. Espérons que celui qui suivra, car l’auteur paraît infatiguable, rencontrera l'approbation unanime. Si j'avais un conseil à donner à l’auteur je lui dirais: n’abandonnez pas les sujets canadiens ; vous avez commencé par là, finissez par là. Vos œuvres d'imagination bénéficieront de tout l’attrait qui se rattache à l’histoire du Canada.
L' Opinion Publique publie actuellement un nouveau roman de M. Marmette, intitulé : Le Chevalier de Mornac.
M. N. LecenDpre publie dans l’Album de la Minerve un roman de longue haleine qui promet d’être fort intéressant. Je ne puis pas naturellement porter un jugement sur ce travail, attendu qu’il n’est pas encore terminé ; mais le peu que j'en ai lu me fait bien augurer pour le reste. M. Legendre ‘a un talent solide et ses aptitudes sont variées. Je l’engage à persévérer dans la littérature, sa place y est certainement marquée. Son style est coulant et sa phrase ne manque ni de souplesse, ni d'un certain apparât qui n'exclut ;pas pourtant la clarté du récit. Sa méthode me paraît un peu simple et il ne fait pas naître l'intrigue de l’intrigue elle-même. Il glisse sur les événements et ne sait pas causer., Mais je m'arrête ici. J'ai peur d’avoir trop dit: j'avais promis de ne pas juger le roman de M. Legendre: Sabre et Scalpel. Nous avons dans tous les cas un beau roman en vue. L'auteur est nne précieuse acquisition pour la littérature canadienne.
Les femmes qui se sont livrées aux travaux intellectuels, parmi nous, forment une rare exception. À peine, dans toute la liste de nos écrivains, rencontre-t-on quatre ou cinq. noms féminins. À la tête de ces exceptions se place Madame Leprohon ; elle laisse plusieurs ouvrages qui dénotent de la facilité ; elle est même parvenue à se former un genre à elle ; elle a son style et elle réussit fort bien dans les petites esquisses de mœurs canadiennes. Ses connaissances littéraires sont variées ; on sent un écrivain au courant de toutes les productions modernes.
Madamoiselle CHAaNoN marche sur les traces de Madame Leprohon. Elle a peu écrit, mais le peu que nous avons de
sa plume suffit pour indiquer un véritable talent littéraire. Les fiancés d’outre tombe ne sont, sans doute, qu’un ballon d’essai destiné à courtiser l'opinion publique. Aussi la critique sera-t-elle facile, coulante, je dirai galante, à son égard? Je ne prétends pas ranger cette petite nouvelle au nombre de nos grands romans; c’est une esquisse assez pâle, un dessin peu varié, où les couleurs ne rehaussent pas assez l’ensemble des traits, un tableau chétif pris dans notre grand et magnifique passé; c’est plutôt un petit croquis esquissé à la hâte, une aquarelle champêtre quel’imagination folâtre et rêveuse
de l’auteur a caressé du bout de son aile. Mademoiselle
Chagnon peut faire beaucoup mieux ; son petit roman permet
de l’espérer. Son style est châtié, il coule de source AD TEL E. là l’étoffe d’un nouvelliste, Avec de la pratique et l'habitude d'écrire, car c’est en forgeant qu’on devient forgeron, —elle mettra plus d’intérèt dans son récit, fortifiera l'intrigue, donnera du mouvement au tableau, élargira le plan, fournira de nouveaux décors à la scène, aux caractères plus de relief, aux passions pius d'intensité.
J'ai bien aimé le langage figuré qu’elle met dans la bouche
de ses personnages indiens ; c’est le langage de la nature: il est aussi riche, aussi imagé, aussi grandiose que la nature
vierge et champêtre du nouveau monde. Les fiancés d'outre tombe sont un récit où l'intrigue est presque nulle, mais où le
bon côté retrace la férocité du peau-rouge, le dévouement du missionnaire de la Nouvelle-France, la précocité de la naïve
enfance de l’indienne, la valeur guerrière del’homme blane: c'est historique, c’est national, c’est même patriotique. Je prédis un succès pour la seconde nouvelle qu’il plaira à l’autour livrer au public. |
Nous devons à la plume de Madame IsABELLA CAMBELE, de Québec, une chärmante Nouvelle intitulée The Inner Life, Rough and smooth, or Ho! for the Australian Gold Diggings (1865); à ABENEzER ÜLEMo (1831-1860), The life and adventures of Simon Seek ; or Canada in all shapes (1858), Canadian Homes, or the mystery solved, légende qui à été traduite en français par M. E. H. Chevalier ; à J. N. Duauer, Le véri-
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; L ob E table petit Albert, ou secret pour découvrir un trésor (1861) pp. 143 ; au Dr. Water Henry, Trifles from my portfolio (1839) en 2 volumes.
Brillants écrivains que nos romanciers,littérateurs de mérite, tour à tour gais et aimables, graves et solennels, conteurs à la fois naïfs et émouvants, qui laissent errer leur imagination vagabonde dans les riantes régions de notre histoire et qui ornent des riches couleurs de leur palette le frontispice du temple de la littérature canadienne. Eux aussi ont droit à cette louange que le critique consciencieux sait discerner à propos. Ils ont contribué, pour une bonne part, à donner aux lettres canadiennes le fonds d'originalité qu’elles peuvent revendiquer. Travailleurs honorables, ils ont écrit à une
époque difficile, sans espoir de rénumération pécuniaire, cul-
tivant l’art pour l’art lui-même.
On le voit, on le sent, ils appartiennent tous à la même
école et le sentiment qui les a formé d’abord et qui les a
guidé ensuite leur est commun à tous. Leur manière est la même, ou à fort peu d'exception près. Si l’on excepte De. Boucherville, et Marmette qui marche sur les traces de ce dernier, ils se complaisent dans les beautés de détails, loin
du tracas et des incidents tragiques. Leurs récits se ressem-
blent par la simplicité et le naturel, développant, de pré-
férence, des passions douces aux passions violentes. Ils
‘butinent de fleur en fleur et de pré en pré, comme Bourassa
et Gérin-Lajoie. Le bonheur domestique et champêtre est
‘pour eux la plus haute expression du bonheur sur la terre. Nil'éclat des cours, ni le tumulte des villes, ni la pompe des grands n’attirent leurs regards. Le thème de leur composi-
tion est canadien : il reflète l’image limpide de la vie cana-
dienne. Jean Rivard ne désire rien tant que la prospérité de son village et les joies de la famille ; Charles Guérin borne son ambition à la mairie de son canton après avoir ‘ambitionné, dans sa jeunesse, la toge de d'Aguesseau ; Jacques et Marie s’en vont planter leur tente dans la petite Cadie, où le bonheur domestique peut seul éloigner d’eux le souvenir ‘des malheurs de la dispersion.
Le talent de Bourassa, de Gérin-Lajoie et de Chauveauw se ressemble, et je ne sais à qui donner la palme. Le premier à certainement reçu davantage de la nature ; nul n’a sa délicatesse et son goût exquis et, n'étaient certaines faiblesses de liaison entre les différentes parties du livre, je ne lui connaitrais pas de rivaux. Gérin-Lajoie se soutient mieux, et comme Bourassa, il a, à un haut degré,le sentiment des beautés de la nature. Tous deux sont artistes et poètes. Sans être brillante et pompeuse leur prose à tout le charme d’un chant « de rossignol au printemps, d’une fleur des champs su milieu des ronces. J’admire l’exquise délicatesse de l’un et le naturel charmant de l’autre. Ils sont pour la prose ce qu'est Lemay pour la poésie: des amants passionnés de la nature champêtre et des douces joies de la vie domestique. Ils modulent leurs pensées sur un instrument rustique qui soupire des accords éoliens au gré de leurs désirs. Chauveau est plus brillant, mais moins naturel :il est plus littérateur qu'artiste: Il pose. Sa phrase est polie et travaillée. Il doit un peu sa réputation au fait d’avoir ouvert la liste de nos romanciers et d’être, pour ainsi dire, le père de l’école nouvelliste. Le talent de Madame Leprohon la rapproche assez de ces trois écrivains. Elle recherche, elle aussi, les scènes de la vie domestique et les épisodes de la vie canadienne.
Mais lorsqu'il s’agit de s'élever au-dessus du roman de mœurs, de dramatiser un récit, de le varier par l'intrigue, les incidents, les aventures chevaleresques et les situations difficiles, je n’hésite pas à acclamer DeBoucherville. C’est suivant moi, de tous nos écrivains, celui qui se rapproche le plus de l’idée du genre, qui en embrasse le mieux l’ensemble et. les détails. Il intéresse : ce mot rend toute ma, pensée et fait tout son éloge. Sous le rapport de la conception du plan et de l'exécution du récit, il n’a pas de rivaux. Marmette peut l’imiter, mais ne l’égale pas. Mais l’auteur de l’Intendant Bigot à une belle qualité, celle de puiser dans l’histoire du Canada le sujet de ses romans. Faucher de St. Maurice finira peut être par arriver jusqu’à DeBoucherville, s’il veut s’en donner la peine. J’admire la flexibilité de son
talent et les ressources de sa beïle imagination. Supérieur à eux tous pour la richesse du coloris, l'abbé Casgrain semble préférer les écrits historiques aux pures inventions de la fiction. Je n’ai pas le courage de le déconseiller. Conteur aimable et peintre de mœurs, DeGaspé à dans sa spécialité ‘de causeur une supériorité assurée. L’esquisse de mœurs compte un interprète sûr et parfait dans la personne de Taché. Mieux que personne il à saisi le côté essentiellement canadien de la vie sociale en Canada. Ses écrits sont imprégnés de cette odeur locale qui sent le terroir canadien à cent lieues de distance,