‹ Histoire de la litterature canadienneChapitre 59 sur 66 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Science.

La science et les pays fennes. —Nos premiers savants.—L’absence de capi= : taux.— Science orale.—Science écrite.—Sciences naturelles :—L'abbé Provancher.—Sir Logan.—Dawson.—Dr. Crevier.—Billings.—L'abbé Brunet.—Bearnston—L'abbé Moyen—Bagg.—Lemoine—Sterry Hunt —Mme. Shepperdi-Baillargé.—Fleming.—Ashe, etc.—Médecine Grant.—Hington.—Le guide pratique des sœurs grises.—L'Union médicale, etc.—Agronomie :—F. Perrault.—Evans.—Dr. Larue.—J. Perrault.—Smith—Ossaye.—L'abbé Pilote.—Dawson.—Anderson.—" Thibault ete.—Enseignement :—L'Abbé Holmes.—Dr. Meilleur.—Vas. lade.—L'abbé Ducharme.—Mgr. Langevin.—Suzor.—L'abbé Maguire— Sancter.—L'abbé Marcoux.—L'abbé Odelin.—Constantin.—Les frères, Desaulniers.—L'abbé Bellecourt.—L'abbé Maïlloux, etc.--Apologétiques —Mgr. Larocque.—Mpgr. Laflèche.—Mgr. Bourget.—Fulford.—Jenkins L'abbé Guillaume.—Le P. Braun.—Mathieson.—Roe, etc.—Résumé.

Dans toutes les sociétés bien organisées le progrès se. manifeste par le développement des sciences, expression de l'idée du Vrai, cette semence divine que Dieu a jeté dans ue l'âme des créatures raisonnables. -

Dans un pays jeune où toute l'énergie de la population € es0 appelée à vaincre les obstacles qu’opposent la nature et 4 éléments, la culture des sciences est nécessairement négligée. L C'est l’impérieuse nécessité qui formule cette loi. Mais aussitôt que les premiers besoins du corps sont satisfaits, l'esprit, toujours inventif et toujours avide de connaitre et d'apprendre, fait des efforts pour reprendre le temps perdu. 1 La plus grande comme la plus noble ambition de l’homme est de se donner les jouissances qui satisfont l'infelt 11 travaille àg’obtention de ce bonheur avec l'énergie qu'il 110 déploie pour sustenter son existence corporelle. C’est pour lui une question de vie ou de mort ! À

Pendant longtemps nos pères, ces preux de la forèt, qui À

ænfonçaient avec un bras d'acier la hache dans la cime des arbres, n’ont pu cultiver que les bons sentiments de leur cœur. Grands dans leur ignorance parcequ'ils se sont trouvés dans des circonstances difficiles, ils doivent regarder d’un œil d'envie, du séjours bienheureux qu’ils habitent, leurs descendants qui, tout en se préservant des écarts de l'esprit, se sont instruits pour mieux connaître Dieu et l'aimer davantage Le Canada n’est pas précisément.ce qu'on peut appeler un pays instruit. L'éducation n’est pas encore assez généralisée, la classe pauvre est ignorante, ou l'éducation qu'elle reçoit est insuffisante. Mais ceux qui ne savent pas lire et écrire font exception, tandisque c'était tout le contraire autrefois. Je puis A que la génération qui pousse rendra des points à celle qui s’en va. | Ici les véritables savants peuvent se compter. Cela se comprend. Bien peu de personnes, joignant au goût de l'étude une position indépendante et les aptitudes nécessaires,

ont pu se livrer entièrement à la découverte des secrets 7 recèlent les sciences abstraites. Le plus souvent ces 8avants ont consacré leur vie aux devoirs pénibles du professorat, (C’est là qu'ils se sont formés, Absorbés par cette tâche, il n'ont pu trouver de loisirs pour produire. Aussi, leur réputation est elle, en général, toute de tradition. On parle des talents transcendants de M. A., des connaissances de M. B., des facultés rares de M. C., mais où sont leurs œuvres ? Que laissent-ils derrière eux ? Comment la postérité les connaitra-t-elle ? La plupart du temps ces louanges sont iméritées : il y a tel homme qui dans sa profession se place légal de Bichat, Toullier, Say ou Storry ; ses conseils sont des “oracles, ses avis des axiomes de sagesse, ses succès de pratique une gloire- véritable. Mais encore, qui le saura, “qui l’affirmera dix ans après sa mort? La postérité ne re- Cueille que ce qui prend ‘une forme sensible : le livre est l'expression des idées de l’homme, le canal au moyen duquel 1 communique avec les générations. L'auteur vit avec son

œuvre et le succès du livre rejaillit sur l'écrivain ; tous deux wW

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ne forme plus qu'un seul tout inséparable, comme deux morceaux de cire fondus dans un même moule. ©

C’est pourquoi le devoir du critique est de ne s'attacher qu'à ce qui à une forme, un corps. Un livre est une création. Le critique oublie l’homme et juge l'écrivain qui se personnifie dans sa création. Toute provenance littéraire ou scientifique est à l'écrivain ce qu'est le fruit à l'arbre ;. c'est la marque qui fait aimer l’un ou méestimer l'autre.

Sans aller plus loin je rends donc hommage à tous ces noms illustres dans l’enseignement, à ces citoyens distingués qui se sont dévoués pour l'avancement intellectuel de Ia jeunesse canadienne. La plupart ont droit à un juste tribut d'éloges. S'il n’ont pas dépensé des flots d’encre pour con. fier leurs connaissances au papier, ils ont fait mieux à une époque où l'ignorance avait besoin d’être combattue jusque dans ses plus grossiers retranchements. Ils ont communiqué leurs connaissances de vive voix à leurs élèves. Le loisir d'écrire n’a pà venir que dans un temps où la parole ne restait pas sans écho, ni ne manquait de sujets habiles pour s’en servir.

Si nous n'avons pas de savants dont les noms aient eu beau. coup de retentissement à l'étranger, il ne faut pas en conclure que notre littérature est veuve de ces graves personnages, Non, l'époque qui commence nous en fournira plusieurs; plus qu’on le croit généralement. J 'aperçois dans chaque branche de l'arbre social des boutures qui promettent de belles fleurs et d'excellents fruits. Advienne le temps de la floraison et celui de la maturité, et. en cela comme en beaucoup d’autres choses notre pays ne restera pas en arrière des autres nations.

Toutefois, ne soyons pas pessimistes, recueillons ce que | nous avons. Nous en formerons un bouquet qui ne déparera pas le jardin littéraire de notre jeune pays. Tous ceux qui S’occupent de sciences naturelles ou exactes, dans la médecine, dans l’enseignement, dans l’éducation, dans l’agronomie, dans la religion, trouveront ici une place. |

L'ARBE PROVANCHER a rendu des services incalculables à

Ma science en Canada. La Flore Canadienne, Le Traité élémen- Maire de botanique et Le Naturaliste Canadien sont des ouvra- “ges qui le placent au nombre des savants et des littérateurs de notre pays. Ces œuvres sont de nature à attirer les regards de l'Europe savante sur le Canada.

… Dire ce qu'il a fallu de travail, de patience et d'énergie à “auteur de la Flore Canadienne pour parfaire cette œuvre que “je peux appeler colossale, est chose qui se conçoit facilement “lorsque nous jetons les yeux sur ces deux volumes remplis “de mots techniques et de considérations savantes. Cet “ouvrage, qui est de beaucoup le chef d’œuvre du savant abbé, “contient la description de toutes les plantes des forêts, “Champs, jardins et eaux du Canada. Et qui aurait songé Mavant l'apparition de ce livre que notre pays put offrir à Moœil du naturaliste plus de 800 spécimens de plantes “différentes, originaires à notre sol ? Chaque plante est classée “à la place que lui indique la science, avec son nom botanique, “ses noms vulgaires, français et anglais; indiquant son par- “Cours géographique, les propriétés qui la distinguent, le mode de culture qui lui convient, etc.

… Plus de 400 gravures ornent l’ouvrage et en font un livre irréprochable. A la fin du second volume se trouve un “vocabulaire des termes techniques et une table analytique Lrésumant en quelques pages tout le travail de l’auteur, et offrant au lecteur une grande abréviation à ses recher- Lches.

“ La Flore fait suite au Traité élémentaire de botanique, publié “en 1858. Dans ce dernier ouvrage l’auteur pose les principes. “et dans les premiers il les mets en pratique. La brièveté et “la concision avec lesquels les principes de la science y sont énoncés, mettent ce petit traité au premier rang parmi les Mouvrages élémentaires dans cette branche. L'auteur divise Mon sujet en trois parties principales, se rattachant à la struc- Mure organique, aux propriétés physiques, aux lois de la mvyévétation, à la classification et à la nomenclature des Mplantes. L'auteur a rempli cette tâche avec soin et méthode. La connaissance profonde qu'il avait de son sujet a contribué “à rendre ce traité précieux.

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Dans le Verger Canadien il s'agit surtout des arbres fruitiers, de leur culture, de leur perfectionnement, de leur propagation, enfin de la conservation de leurs fruits. L'objet de l’auteur, qui est un amateur pratique du jardinage, est de faire connaître les fruits qui peuvent être cultivés avec succès dans notre climat. Sa longue expérience de ces questions lui.a permis de modifier les prescriptions données par les meilleurs ouvrages français, anglais et américains. C’est donc un manuel pratique, spécialement adapté au Canada, que M. l'abbé Provancher à écrit avec un soin tout particulier. | |

Le savant floriste continue sa tâche dans le Naturalistew Canadien, publication mensuelle, fondée en 1868, qui forme déjà cinq volumes. Cette revue scientifique s’est soutenue, grâce à l'énergie et à l’esprit large, éclairé et entreprenant, de l’auteur. Espérons que ses généreux efforts seront récompensés, que les sciences naturelles se vulgariseront ici. M. Provancher est considéré comme le véritable promoteur de cette belle étude de la nature. Il est devenu l’oracle du pays chaque fois qu'il s’agit de trouver une solution à ces questions insolubles à la plupart d’entre nous. Un phénomène inaccoutumé vient-il nous embarrasser, que la presse est unar nime à en appeler directement au savoir du modeste abbé qui, avec la meilleure grâce du monde, se hâte de l'expliquer. C'est un témoignage aussi flatteur que mérité, Le Naturaliste\ Canadien, je l'espère, continuera encore à répandre parmi les : rangs de la société canadienne, le goût des études sérieuses et des travaux d'histoire naturelle et des sciences abs: traites. 14

Nous avons encore de cet auteur un Æssai sur les insectes et les maladies qui affectent le blé. 1857, pp: 38, et Tableau. chronologique et synoptique des principaux faits de l’histoire du Canada, tout civile et politique que religieuse, depuis sa découverte. jusqu'à nos jours, avec les synchronismes de l’histoire de France, d Angletèrre et de l'Eglise, 1859, pp 100. .

Sie Wincram Enmonr Loaan a dirigé l'exploration géologique dn Canada depuis 1842. La réputation qu'il s'est

acquise dans cette étude, ses connaissances variées, la faci- Mité avec laquelle il écrit sur des sujets scientifiques, l’amabilité de ses manières, la simplicité de ses goûts et les services qu'il a rendus au pays lui donnentun rang distingué parmi nos célébrités contemporaines. Tandis que Garneau “et Ferland inauguraient chez nous les fortes études histobriques, ce savant infatiguable ouvrait un champ vaste et nouveau à l'étude de la géologie, Avant luiles MM. Bou- “chette s'étaient signalés par leurs travaux géographiques, “Mnais la science géologique proprement dite ne comptait que peu ou point d’adeptes en Canada.

Le père de Sir W. Logan, un loyaliste de vieille roche, int se fixer en Canada lors de la déclaration d’Indépendance “des Etats-Unis, en 1776. Son fils, qu'on peut surnommer le MOuvier du Canada, naquit à Montréal en 1798. Le jeune MLogan fut envoyé en Ecosse à l’Université d'Edimbourg pour “y faire ses études. Après quelques années employées dans “e commerce, Sir Wiliam se livra à ses travaux favoris, “étude du globe. Nommé en 1829 gérant d’une compagnie “pour l'exploitation des mines de cuivre, dans la Province “de Galles, il publia peu après un mémoire très érudit sur les mines de charbon du Pays de Galles, ouvrage qui lui valut “une mention honorable de Sir Henry de la Bèche, un des “éologues les plus distingués de l'Angleterre. = I] revint en Canada en 1841 où il utilisa ses connaissances Muéologiques en publiant des mémoires remarquables sur “les richesses minérales de la Nouvelle-Ecosse et de la Penn- Méylvanie. Son étude sur l'accumulation de la glace dans le Mleuve St. Laurent mérita les éloges les plus flatteurs de l& Mpart de George Stephenson, l’immortel ingénieur du Pont Wictoria, qui se plaisait à redire qu'il avait trouvé dans ce Mravail des données précieuses par lui utilisées pour la “construction des piliers qui soutiennent ce viaduc impo- Msant.

… Nous devons à Sir W. Logan la fondation de l'exploration h géologique. C’est son œuvre capitale, et c’est pour nous une Mœuvre éminemment nationale. Le résultat des travaux de

cette association sont savamment SPORe dans les rapports de la commission depuis 1847 jusqu'à 1870. \ . M. Logan a fait faire un pas immense aux sciences géologiques en Canada. Ses théories, souvent combattues par les académies des sciences de Londres et de Paris, ont fini par l'emporter, et le nom du savant canadien se place à côté des Murchison, qe Lyell, des ue des Humboldt, etc:

Les principaux ouvrages du savant géologue sont d’abord les Rapports géologiques (Reports of the Canadian Geologicul Survey) aunombre d’une vingtaine de volumes ; Geology of, Canada, embracing the result of all explorations, between 1858 and 1863; pp, XXVII-983, in-8; Canadian organic Remains ; 1865, pp. 157 in-8; Atlas and map to accompany the geology of Canada, 1863, pp. 42, in-8 ; Palæozoic fossils, by E. Billings. Fa, G. $., Palæontologist to the survey, 1865, pp 426, in-8. Esquisse géologique du Canada. Pour servir à l’intelligence de la carte, géologique et de la collection des minéraux envoyés à l'Exposisn tion Universelle de Paris, 1855, par MM. Logan et Sterry Hunt, pp 100, in-12; un semblable ouvrage pour l’Exposi tion Universelle de Londres ; 1862, pp 88. Ajoutons à cela un nombre considérable d'articles scientifiques écrits dans le Canadian Journal, le Canadian Naturalist et les Transactions of the Geological Society, de Londres.

Parmi les hommes de mérite qui, en Canada, continuent la tâche de Sir W. Logan, il faut mentionner MM. Murray, Sterry Hunt, Billings, Michel et Selwyn. |

Jon WizLiam Dawson, naquit en 1820. Principal de l'Université McGill. Est connu comme médecin et comme géologue ; il jouit d’une réputation américaine et ses op. nions font loi sur la plupart des sujets qu’il a écrit. Le nombre et l'importance de ses travaux scientifiques nous donnenb une haute idée de ses talents etde son amour du travail ; aussi M. le Principal est-il, aux yeux d’un grand nombre de ses ad: mirateurs, l'homme le plus versé dans les connaissances géologiques et d'histoire naturelle que nous ayons en Canada. La Nouvelle-Ecosse, lieu de sa naissance et séjours de ses

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