‹ Histoire de la littérature canadienne [microforme]Chapitre 12 sur 52 · HOUSE · texte numérisé non relu

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pratique, Le son du métal réveille les plus belles inspira

tions. Le prosaïisme de la vie réelle donne le bras, avec un sins-wène tout cavalier, à la légère donzelle de l'imagination qui s’honore de ce rude et grossier dameret. Bref, il en est des progrès littéraires comme de tous les autres : il faut l’encouraswement.

“ Le sentiment poétique d’un peuple, a dit un critique, cette force intime, cette puissance personnelle qui donne l'enthousiasme et qui le dirige, veut un centre d'action et un

but: que ce soit la religion, la gloire ou la liberté, peu im-

porte, mais avec un levier, il faut un point d'appui.”

Notre point d'appui sera l'Indépendance du Canada, et notre but, la domination, par les idées, sur le continent. Voilà notre tâche et notre gloire future.

Les grands événements provoquent les talents et amènent

Maur la scène littéraire des peuples les favoris des muses

LC'est pourquoi l'époque qui suivra sera plus illustre en lit-

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térateurs que celle qui est passée. Cette ère nouvelle sera marquée par une grande manifestation d'idées et de sentiments.

En attendant que ces heureux résultats puissent se manifester d’une manière sensible, étudions la première période

Ade notre jeune littérature. Je trouve en elle quelque chose

de grand, de majestueux et de naïf tout à la fois. On le sent, elle est inspirée tout d'abord de la religion et de la patrie. C'est toujours de la sorte que les peuples ont commencé à chanter. La poésie héroïque et sacrée a présidé à l'enfance de toutes les nations. Dans la poésie canadienne, il y a quelque chose de grand en ce qu'elle s’est in<pirée des beautés grandioses de l'Amérique, de noble en ce qu'elle aconte les souffrances et les privations de ces courageux colons qui défrichèrent le sol de l'Amérique, tenant la pioche d'une main et un mousquet de l’autre; naïve, parce qu'elle a

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toute la simplicité et la bonhomie admirables de nos pères; patriotique, quand elle rappelle leurs exploits gigantesques; religieuse, quand elle parle du missionnaire, ce pionnier avancée de la civilisation américaine, Il faut remonter à l'arrivée du colon français en Amérique pour trouver les premiers germes de cet art divin, implanté sur notre sol au milieu des tribulations et des souffrances. Les colons l'emportèrent de France, la patrie des betles-lettres, et, dans

leurs généreux projets, ils s'emparèrent du sol en faisant |

résonner l'écho des forêts vierges de leurs chants patriotiques, Au milieu des souffrances, des misères, des fatiwues,

des privations, des dangers, des guerres, des surprises, nos

pères ne perdaient pas leur caractère spirituel, enthousiaste #

et amoureux de la gaie science: ils chantaient! Une partie de ces chants a été recueillie par un de nos artistes, M. ERNEST GAGNON ; ils forment une mosaïque, vénérée autant

pour sa vétusté que pour ses couleurs originales. Nos longs

hivers, nos cimes couronnées de neige, les ondes du $t.|

Laurent, nos sites superbes, nos coteaux fleuris, les plaisirs de la table et ceux de l'amour, tel était le thème varié de ces chants. Au milieu des bois, entourés de sauvages et de

bêtes fauves, en proie à la faim, aux fatigues, exposés à la

rigueur du climat, les premiers colons se laissaient aller à

leur humeur poétique et gauloise. Durant le jour, ils

chantonnaient des refrains en faisant des abattis: le soir,

ils rimaient des couplets ou contaient des contes en faisant

la guerre aux moustiques qui bourdonnaient à leurs oreilles. La poésie à donc veillé au berceau de notre enfance.

‘Avant que des idées grandes et puissantes, dit Isidorek

Lebrun (1), soient venues à monotone s’usait dans la superstition et dans Pabsolutisme,

la France, lorsque la vie

cherchant, par des plaisirs frivoles, à se débarrasser comme

de pensées coupables, des plus généreuses inspirations, la!

chanson érotique et bachique fut en grand honneur. Lesk

Canadiens répètent incessamment nos anciennes ballades.

(1) Tableau des deux Canadas.

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L'enfance est bercée aux airs normands: point de festin, au village, sans des rondes françaises ; et, à la ville, les toasts manqueraient de solennité, si chaque convive n’accompagnait le sien de couplets de sa composition.”

“ Nos souvenirs populaires,” écrivait en 1833 un Canadien distingué, “nos contes de vieilles, nos chansons, nos proverbes, nos superstitions, tout en nous est normand ou breton. Les contes de la mer bleue, du merle blanc, etc. ; les chansons : Dans les prisons de Nantes, À St. Mülo, C’est la belle Françoise, A Rouen, etc. ; les histoires des jifollets, de la chasse galerie, du lutin qui fait trotter les chevaux, etc., ces contes, ces fadises là me font plaisir à entendre. C’est quelque chose que les Anglais ne savent pas, quelque chose par quoi nous sommes distincts des Ecossais. J'ai beaucoup vécu, quoique jeune, avec les aïeux de la génération actuelle et avec leurs bisaïeux, an moyen des récits des vieillards: je me ferais, au besoin, généalogiste des migrations les plus reculées de la population du pays. ‘Je vois donc avec regret que nos contes s'oublient, que nos vieux dictons cessent d’être entendus du peuple : c’est autant d’effacé de notre nationalité.”

La chanson, la romance, la lésende, les contes, voilà done le véritable fondement de notre littérature. Ajoutons à cela quelques mémoires ou relations et nous aurons une idée de la littérature à cet âge héroïque.

La première période de notre histoire, la domination française, offre bien peu de matériaux à l'historien littéraire,

Les premiers colons savaient mieux manier la pioche que la plume. Cependant, cette première partie de notre histoire n'est pas sans offrir quelques considérations. Nous pouvons suivre du moins les efforts des colons pour généraliser l'édu-

cation et les obstacles sans cesse renaissants qui s'opposèrent à ces généreux desseins,

Les premiers Récollets qui foulérent le sol du Canada, arrivèrent, au nombre de quatre, en 1615. IIS furent les premiers éducateurs du peuple dans la religion et les lettres. —Ils établirent des écoles primaires, où ils enseignaient à lire et à écrire, à Montréal, Québec et Trois-Rivières.

Les Jésuites arrivèrent dans la colonie en 1625. Ils fondèrent un collége classique à Québec en 1635. “ Québec n'avait encore que cent habitants, remarque Isidore Lebrun, quand les Jésuites y élevèrent un collège, et les sauvages euxmêmes eurent plus d'institution que les Limoussins et les Champenois” (1). Garneau observe, de son côté, que “le jésuite RÉNÉ pe Rerraur, fils du marquis de Gamache, jeta les fondements du collége de Québec, en 1635, dans l’année même que Champlain expirait.” (2).

En 1635, le R. P. LALLEMANT commença les premières écoles régulières pour la jeunesse française de Québec, et le P. LEJEUNE se chargea, ou plutôt, continua de faire l’école aux petits sauvages résidant à Québec et dans les environs.

La sœur BourGgois jeta, à Montréal en 1659, les fondements de cette congrégation, qui fut si utile au pays pour l'éducation des jeunes filles. ‘L'éducation des garçons, remarque Grarneau, fut abandonnée entièrement à la direction du clergé, qui fut le seul corps enseignant, à peu d’exception près, avec les religieux, sous la domination française. Le gouvernement ne s’oceupa jamais de cet objet si important, si vital. Soit politique, soit désir de plaire au gacerdoce en lui léguant l’enseignement, il laissa le peuple dans l'ignorance; car alors, il faut bien'le reconnaitre, les clergés, comme les gouvernements sous lesquels ils vivaient, considéraient l'instruction populaire comme plus dangereuse qu'utile. Le Canada fut encore moins exempt de ce préjugé funeste que plusieurs autres pays. Il n’y fut jamais question de plan général d'éducation; il n’y eut jamais d'écoles publiques dans ces paroisses qui restèrent plongées dans les ténèbres ; et chose inouie, l'imprimerie ne fut introduite en Canada qu'en 1764, ou 156 ans après sa fondation.

‘ Les maisons d'éducation, nécessairement peu nombreuses, étaient en général confinées aux villes. Les séminaires de Québec et de Montréal, ouvrirent des classes pour les enfants. Les Récollets firent aussi l’école dans leur monastère, Mais

(1) Tableau statistique et politique des deux Canadas. (2) Histoire du Canada.

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les Jésuites étaient ceux qui, par leur état, devaient se placer à la tête de l’enseignement et lui donner de impulsion. Ils furent moins heureux en Canada qu'ailleurs ; leurs classes furent, de tout temps, peu considérables; on n’y comptait qu'une cinquantaine d'élèves du temps de l’évêque de St, Vallier, Aucun d'eux n’a laissé un nom dans les lettres. Contents d’une cer‘aine mesure de connaissances suffisantes pour le courant des emplois, ils n'ont produit, en aucun genre de science, des hommes profonds; il faut mème convenir qu'il y avait peu de secours, peu de livres et peu d'émulation: Le gouvernement se donnait bien garde de troubler un état de choses qui rendait les colons moins exigeants, moins ambitieux et par conséquent plus faciles à conduire, car l'ignorance et l'esclavage existent toujours ensemble. Telle est, en peu de mots, l’histoire de l'éducation en Canada durant le premier siècle et demi de son existence; c’est la page la plus sombre de nos annales ; et nous en sentons encore los pernicieux effets.”

En 1722, M. de VaupreuIz établit huit maisons d'école, en différents endroits du pays, pour contribuer à l’enseisnement avec les Jésuites, les Récollets et les Frères des écoles chrétiennes.

Le séminaire de St. Sulpice de Montréal fat fondé en 1647, par les prètres de l'Ordre de St. Sulpice de Paris.

in 1663, MGR. LAVAL, premier évèque du Canada, fonda le séminaire de Québec, désigné alors sous le nom de Missions étrangères, et en 1668, il établit le Petitséminaire ou Collége de Québec, qu’il confia aux soins des membres du séminaire de Québec pour aider à donner l'éducation classique à la jeunesse du Canada. Dans les commencements, l'instruction

j qui se donnait dans cet établissement se bornait à apprendre

aux élèves à lire, à écrire, le catéchisme, les prières, le chant grégorien, le service des autels, ete.; et les classes françaises et latines allaient chez les Jésuites, où les jeunes gens termi. paient leurs cours d’études classique, après quoi, ils revenaient faire leur cours de théologie au Grand séminaire, où allaient

à l'établissement de St. Joachim, apprendre l’agriculture on des métiers (1).

Lesélèves du séminaire de Québec continuèrent à aller chez les Jésuites jusqu’en 1759. Il est sorti du collége de Québec des sujets distingués dans toutes les sciences, dans les professions libérales et le clergé : quinze évêques ont reçu l'instruction dans cette maison.

Le collége de Montréal, qui est une fondation du séminaire, date de 1773. Ce collége prit d'abord naissance au presbytère de la Longue-Pointe, sous la direction de Messire J. B, CURATEAU DELA BLAISERIE; puis institué dans le château de Vaudreuil, bâti en 1723. Mais le château de Vaudreuil, ainsi que l’église des Jésuites, érigée sur le mème terrain en 1692, étant devenus la proie des flammes en 1803, le collége de Montréal fut bâti en 1804, à l'endroit où nous le voyons aujourd'hui et fut ouvert à la jeunesse en 1806. Parmi les anciens élèves de cette maison, on cite l'historien MicHeL Brsaup, le juge O’SuzLivAN, l'Hon. D. B. Vi@er, l'Hon. Huaues HENEY, MicHEL-PIERRE VIAU, V. G,, CHARLES Du- CHARMES, fondateur du collége de Ste. Thérèse, N. DUFRESNE, membre de St. Sulpice, M. P. MIGNAULT, fondateur du collége

de Chambly, ENras McDonaALD, pendant 40 ans professeur

au collége de Montréal, J. Bre. Sr. GERMAIN, archi-prètre, fondateur de l'académie de St Laurent, le COMMANDEUR VIGER, premier maire de Montréal, JEAN JACQUES LARTIGUE, premier évèque de Montréal, et M. A. DANSEREAU, ancien curé de Lachine. Onze évèques sont sortis de cette institution, Jusqu'en 1790, on n’enseignait pas encore la philosophie en Canada. Le premier professeur de cette science fut M. IanacE LECLERC, professeur au collége de Montréal. L’'Hon. D. B. ViGer fut un des premiers élèves de ce professeur. Les réclamations des Canadiens avaient attiré l’attention des ministres anglais. On résolut de faire une enquête sur les affaires de la colonie. Lord Dorchester était venu avec des ordres à ce sujet. Trois systèmes de gouvernement

(1) Dr. Meilleur, Mémorial de l'Education, 49.

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s'étaient succédés dans la colonie dans l’espace de 2€ ans, à partir de la cession en 1759, Mais ces gouvernements, dif: férents de noms, se ressemblaient tous sous le rapport tyrannique et autoritaire. Le conseil législatif fut divisé en plusieurs comités chargés de s'enquérir de l’état de la justice, de la milice, des chemins, de l’agriculture, de la population, du commerce, de la police, de l'éducation, et de faire rapport séparément sur la matière qui lui était confiée.

La commission de l'éducation, formée en 1789, était présidée par M. W. Sir. Composée de neuf membres, elle ne contenait que quatre canadiens : MM. DE Sr. Ours, DE LERy, Bay Sr. GEeoRGE, Durréf.

“ Les travaux du comité de l'éducation étaient plus importants pour l'avenir du pays que ceux des autres comités. Il n'existait, en Canada, aucun système général dans l’instruction publique. Il n’y avait d'écoles que dans les villes. Les campagnes en étaient totalement dépourvues, à moins qu'on veuille donner le nom d'écoles aux leçons répandues par quelques moines mendiants dans leurs tournées rurales, ou à la réunion de quelques enfants par un curé ami des lettres, qui leur enseignait les premiers rudiments de la grammaire.

“ Les Jésuites faisaient faire un bon cours d'étude dans leur maison de Québec ; et c'est de leur classe que sont sortis les canadiens dont l’histoire appartient aux premiers temps de nos annales. Mais cet établissement n'existait plus; et sans les séminaires, qui changèrent en partie le but de leur institution pour venir en aide à l'éducation, le flambeau de la science se fut entièrement éteint parmi nous. Mais les ins. titutions destinées aux garçons et dues au dévouement et à la munificence ecclésiastique, ne pouvaient répondre qu'aux besoins des cités. Le reste du pays demeurait toujours dépourvu de moyens d'instruction. Le Séminaire de St. Sulpice, à Montréal, entretenait depuis son établissement, une école gratuite, où il assista jusqu’à 300 enfants. La fabrique de cette ville avait encore un collége assez fréquenté, où l'on enseignait les belles-lettres depuis 1773, et l'on commençait

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à enseigner le géographie, l’arithmétique et l'anglais. Les propriétaires venaient de s'adresser à l'évêque de Québec pour avoir un professeur de mathématique et de philosophie. Le Séminaire de Québec rendait alors, comme il le fait aujourd'hui, des services éminents aux lettres. Voici ce qu'en dit l'évêque de Québec, qui fut interrogé par le comité : ‘ Le Séminaire se soutient de ses revenus, dont l'emploi est soumis à l'inspection de l'évêque, qui, chaque année, examine les comptes de dépenses et de recettes, ainsi que l'acquit des fondations. Cette maison n'est obligée, par ses titres, qu'à former de jeuues ecclésiastiques. Cependant, depuis la conquête, le Séminaire s’est chargé volontairement et gratuitement de l'instruction publique. Outre la théologie, on y enseigne les humanités, la rhétorique, la philosophie, l'arithmétique et toutes les branches des mathématiques, Ilen est sorti et il en sort tous les jours des sujets habiles pour toutes les sciences, dont ils ont la clef, et capables de faire honneur à leur patrie. Témoins M. de Léry, M. de Salaberry, M. Cugnet, fils, M. Deschesneaux, sans compter un grand nombre d'ecclésiastiques qui se distinguent dans notre clergé.”

“ Le comité passa ensuite à l'éducation des filles. Les Sœurs do la Congrégation de Montréal et de Québec tenaient plusieurs écoles dans les villes et dans les campagnes, où elles se multipliaient. Les religieuses Ursulines et de l'ITôpital Général enseignaient aussi à Québec et aux Trois-Rivières.

“ Après avoir recueilli tous ces matériaux, le comité présenta son rapport et proposa d'établir:

“19 Des écoles élémentaires dans toutes les paroisses ;

‘29 Des écoles de comté, où l’on enseignerait l’arithmétique, les langues, la grammaire, la tenue des livres, le jaugeage, la navigation, l'arpentage et les branches pratiques des mathématiques,

“39 Enfin, une Université pour l’enseignement des sciences et des arts libéraux, formant une corporation composée des

juges, des évèques catholiques et protestants, et de seize ou vingt citoyens notables qui se renouvelleraient à la majorité des voix.” (1)

(1) Garneau, Jistoire du Canada, vol, IT, p. 63.

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