‹ Histoire de la littérature canadienne [microforme]Chapitre 14 sur 52 · PR · texte numérisé non relu

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les causes. Il nous faudrait un systè,ne académique appelé à jouer, au Canada, un rôle analogue à celui que remplissent, aux Etats-Unis, les institutions de ce genre. Il ne fant plus tant chercher à former des hommes pour les professions libérales qu'à inculquer à la jeunesse le génie des affaires; en un mot, il nous faut beaucoup plus d'arpenteurs, de mécaniciens, de mathématiciens, de banquiers, d’économistes, ete., que d’hellénistes ou latinistes, que d'avocats, médecins ou notaires. Les écoles normales de Québec et Montréal suffisentelles? Non. Que la majorité de nos maisons d'éducation aient uu système pratique plutôt que théorique et classique, et nous nous en trouverons mieux, Loin de moi la pensée de retrancher toutes études fortes et savantes. Ce que je désire, c’est un progrès dans le sens de l’éducation moyenne; car ce genre d'éducation est destiné au plus grand nombre, C'est là ma pensée.

En 1852, le Séminaire de Québec consacra des sommes extraordinaires, avec une générosité qu’on ne saurait trop apprécier, à la fondation d'une immense maison pour le perfectionnement des études libérales, réalisant ainsi les plans du comité sur l'éducation, mentionné plus haut, L'Université- Laval possède quatre facultés : théologie, droit, médicine, arts, — elle compte plus de trente professeurs, dont quelques-uns ont été appelés de France.

“ L'exécution de tous ces travaux,” dit M. Taché (1) “a exigé plus de 300,000 piastres (1,500,000 Liv.) et ceux qui visitent ces immenses constructions sont tout surpris de ce qu'on à accomplis en si peu d'années.”

“€ L'Université-Laval,” remarque M. Rameau, “fruit d'une grande pensée, doit en effet devenir une grande chose: elle peut être le centre du mouvement intellectuel au Canada, et par conséquent la pierre angulaire de cette puissance propre que nous désirons pour les Canadiens ” (2).

IL est désirable que de si magnanimes efforts soient cou-

(1) ÆEsquisse sur le Canada.

(2) La France aux colcnies, p 265

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ronnés de succès; mais il ne faut pas se le dissimuler, l'Université-Laval pour des raisons multiples n'offre pas, par le nombre de ceux qui fréquentent ses classes, le caractère des grandes institutions universitaires. Québec n'est pas et ne pourra jamais être le centre des progrès intellectuels en Canada. Cette destinée semble réservée à Montréal, Cette dernière ville, étant le centre des affaires, le siéwe dx commerce de toute la Province, on pourrait dire de toute la Puissance, rassemble dans son sein la majorité de la jeunesse active, pensante et instruite du pays. C'est pourquoi la question de l'établissement d'une Université à Montréal n’est qu'une question de temps; je l'espère du moins.”

Observons, avant de clore cet aperçu historique de l'instruction en Canada, que les divisions et les haines politiques ont beaucoup contribué à retarder les progrès intellectuels. Si, au lieu de chercher noise et querelle à son voisin, chacun de nous se fut occupé à chercher le véritable remède à nos maux en popularisant l'éducation, l'ignorance n'aurait pas de si profondes racines.

“ Au milieu de ces chicanes de partis,” écrivait un littérateur français (1), “sous le poids de ces coups de vent politiques, qui prennent un caractère grave, beaucoup de cana diens sont restés fidèles aux pacifiques autels des muses. J'en ai connu plusieurs qui se consacraient, avec une religieuse patience, à l'étude de leurs anciennes annales, qui s'estiment heureux quand, après une longue et consciencieuse investigation, ils arrivent à corriger l'erreur d’un historien, à rechitirer une date, à reconstituer un fait. J'en ai connu d'autres qui se livrent avec une innocente candeur aux douces joies de la poésie. Comme ils n’ont point de théâtres et de lecteurs assez nombreux pour encourager les grands travaux, ils ne se hasardent ni dans les vastes espaces de l'épopée, ni dans les orageux défilés de la tragédie. Iumbles jardiniers du Parnasse, ils cultivent, à l'écart, l'aiguillon de l'épigramme, la fleur du madrigal, les rameaux éplorés de l'élégie.”

Q) Marmier, Lettres sur l'Amérique.

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