livre qu'on peut proposer comme modèle, ils ne marquent pas et vi
les dernières limites que peut atteindre le genre romantique, dével
Mais le grand mérite de l’auteur est d’avoir fait avancer d'un un la
pas la littérature nationale et de marquer une ère nouvelle, l'obsc
non seulement à cause du mérite implicite de l'ouvrage mais sont |
surtout à cause des bons résultats produits par son apparition. cier 1
C'était un magnifique exemple donné à une foule d’imitateurs qui fe
qui-entrèrent dans la mème voie. C’est aussi ce qu'exprime touch
fort délicatement l’auteur à la'fin de sa préface : ‘ Notre but rellen
principal, dit-il, est de donner quelqu’essor à la littérature l'ima,
parmi nous si toute fois il est possible de la tirer de son état Vo
de léthargie. Nous nous consolerons volontiers des critiques M. D
si l'humilité de notre nom peut taire comprendre à nos jeunes à la li
amis qu'ils sont plus capables qu'ils ne le pensent.” aurait
Les Fiancés de 1812, on le reconnait à une simple lecture, canad
sont l'œuvre d’un jeune homme. L'auteur n’était qu'étudiant On a
en droit à l’époque où il le composa. On y trouve des endroits (1848
faibles, des imperfections de style et des tours hardis que le du Ca
1 bon goût réprouve, des incorrections de langage et l'ex- bre d’ | pression de quelques sentiments faux, excusables du reste à de la
LE. cause de l’âge de l'écrivain encore peut initié aux mystérieux expres H | replis du cœur humain. Ces défauts cependant sont rachetés peu t
Mie par l’ensemble des qualités. admir
| Fi La deuxième partie surtout est de beaucoup la meilleure ; moins ‘ on voit que l'auteur s’est perfectionné même dans son pre- pages
Re à mier travail, ce qui indique‘de la facilité et du goût. L'his- être p É toire de Gustave est écrite avec entrain, chaleur et passion. M.
y En certains endroits le romancier s’efface derrière le mora- DAUX ( | À liste. L'intrigue peut être mieux conduite, les incidents peu- large FE vent être plus variés sans cesser d’être moins vraisemblables. qu'il 8
Gonzalve, le héros du livre, agit par honneur ; Alphonse par tout le
devoir; Louise est le type de la femme honnète, amoureuse, tous sq
F fidèle et constante ; Alpina est passionnée, infidèle, faible, et raient cependant toujours aimante et toujours attachée ; Gustave con- que, d
livres
pas un nt pas itique.
r d’un uvelle, e mais rition.
ateurs prime tre but srature on état itiques jeunes
lecture, tudiant ndroits s que le et l’exreste à térieux achetés
illeure ; son pre-
L'hispassion.
e morats peublables.
bpnse par oureuse, aible, et ave con-
serve un certain lustre de noblesse en arrivant presqu'aux derniers degrés de la dégration ; St. Felmor résume dans son âme altière toutestles mauvaises tendances de l'homme haineux et vindicatif. Mais la passion dominante que l’auteur a voulu développer, c’est l'amour. 11 lui prête, en certains endroits, un langage vraiment lyrique. Les défectuosités du plan et l'obscurité dans l’intigue et dans la marche des événements sont les deux grands défauts du livre. On voit que le romancier n'avait pas arrêté son canevas avant de le remplir, ce qui fait que les intrigues, quelqu'unes d’entre elles du moins, touchent à l’invraisemblance. Elles ne ressortent pas naturellement du récit. Mais j'y vois déjà une grande facilité, de l'imagination et de la sensibilité.
Voué entièrement à la pratique de la profession d'avocat, M. Doutre n’a pu, depuis cette époque, consacrer ses talents à la littérature nationale. C'est une véritable perte car il aurait pu élever un monument superbe à la gloire des lettres canadiennes.
On a encore de lui une légende intitulée : Le frère et la sœur (1848), Le concours de Boucherville (1851), Les sauvages du Canada (1852), Les chartes du Canada, et un grand nombre d'essais lus à l’Institut Canadien. Ces écrits marquent de la facilité et de la vigueur ; la diction est coulante, riche, expressive, L'idée est dominante, L'auteur recherche un peu trop l’antithèse, on reconnait de suite un disciple et un admirateur de Victor Hugo. M. Doutre n’en demeure pas moins un des meilleurs écrivains du Canada Il y a des pages dans son plaidoyer de la cause Guibord qui peuvent être présentées comme modèle de style.
M. Doutre a été intimement mêlé à la rédaction des journaux du parti libéral depuis 1848. Il a contribué pour une large part à la rédaction de l'Avenir et du Pays. C’est là qu'il s’est réellement formé, Ses écrits sur la politique ont tout le mérite qui convient à ces sortes de productions. Si tous ses articles de journaux pouvaient être réunis ils formeraient plusieurs volumes, pleins d'idées, de bon sens, de logique, de lucidité, et de sentiments nobles et patriotiques. Les
rares loisirs que la pratique de sa profession lui a laissés, ilf les a sacrifiés à la défense de son parti. Si l’on en excepte l'Hon. L. A. Dessaulles qui, lors de son passage dans le journalisme, fournissait des arguments à tout son parti politique, M. J. Doutre n’a peut être pas de rivaux dans la polémique. En feuilletant les files de l'Avenir et du Pays on peut indiquer du doigt tous les bons articles qui sont sortis de sa plume. Sa réputation comme pisse n'est pas superfaite ; il l'a méritée par un travail continu et efficace, C stun homme qui a noblement gagné ses épaulettes dans la lutte de la vie.
J1 y a quelque vingt ans M. P. J. O. Caauveau publiait son roman de mœurs canadiennes, Charles Guérin, ouvrage qui parut d'abord en partie dans l’Album de la Revue Canadienne et qui fut publié en entier vers 1853.
Jusqu'alors la réputation littéraire de M. Chauveau se bornait à ses essais de poésie, petite pièces détachées qui indiquent de la facilité mais qui ne marquent point, comme je l'ai dit aillenrs, un talent véritable pour la poésie. En consacrant ses loisirs à la prose, l’auteur de Charles Guérin a suivi une pente naturelle. Il a toutes les qualités qui font les bons littérateurs et si les préoccupations de la politique ne l’eussent pas détourné de cette voie il aurait conquis par sa plume une place plus élevée que ne pourra jamais lui donner l'histoire lorsqu'elle le jugera comme homme d'état.
Charles Guérin est un livre qui peut s'analyser brièvement, parce que l’auteur s’est plutôt efforcé de peindre que de raconter. Il n’y a là, dans ces trois cents pages, aucune de ces aventures, de ces intrigues, de ces invraisemblances, de cette profusion de personnages et de types qui font le caractère distinctif des romans du jour. ‘ Ceux, est-il dit dans la préface, qui chercheront dans Charles Guérin un drame terrible et pantelant.....seront bien complètement désapointés. C'est simplement l’histoire d’une famille canadienne contemporaine que l'auteur s’est efforcé d'écrire... C’est à peine s’il y a une intrigue d'amour dans l'ouvrage : pour bien dire, le fonds du roman semblera à bien des gens, un prétexte pour quelques peintures de mœurs...”
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brièvere que aucune lances, font le st-il dit érin un tement @ CAna- POseseee vrage :
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Deux frères, deux adolescents, Charles et Pierre Guérin, assis, “ le dernier soir des dernières vacances,” sur les bords du St, Laurent, causent de leur vocation réciproque, L'ainé, Pierre, a des goûts pour les voyages, il rêve de faire fortune par de là les mers ; Charles se sent porté vers l'état ecclésiastique. La nuit est belle, le paysage splendide, L'auteur en profite pour faire une longue description, fort bien touchée, Pierre part pour un long trajet, Charles reste seul avec sa mère et sa sœur. Il se décide à étudier le droit ct se rend à Québec dans ce dessein.
Dans le voisinage de 1a famille Guérin demeure un certain Wagnaër avec sa fille, Melle. Clorinde. Ilest veuf. Convoitant les biens de Mme. Guérin, il demande sa main mais échoue dans son entreprise. Alors il intrigue pour faire marier Charles à Clorinde. Cette dernière se prête à ces intentions ; elle fait visite à la sœur dans le but de rencontrer le frère, ils se voient, s'aiment |!
Dans le bureau de son patron Charles a une humeur maussade, fait des vers au lieu de lire Pothier, puis ennuyé de la vie s’en va à la campagne en compagnie de Jacques Lebrun, venu par hasard au bureau de son beau frère, l'avocat Dumont.
Ici, nouvelles amourettes. Lebrun a une fille; Charles noue de nouveaux serments avec Marichette, charmante brunette qui a été élevée au couvent mais qui, à son retour dans la famille, a repris les travaux rustiques sans répugnance. Charles s'amuse tant qu’il peut ; c'est là qu'il assiste à ces partis de tire, à ces bals de campagne, à ces courses dans les bois, à ces fêtes dans les érablières et aux cabanes à sucre, Mais il est forcé de retourner soudainement dans sa famille. Il revoit Clorinde et la charmante intrigue si bien qu’il oublie Marichette.
Le romancier introduit ici un nouveau personnage, l'avocat Henri Voisin, l’homme qui voulait faire son chemin coûte que coûte, Ce muscadina des intentions sur Clorinde. Voyant Charles lui barrer le chemin, il jure de le perdre. Il ourdit si bien ses trames que Charles est ruiné par des emprunts et des endossements que la famille est obligée de solder pour
sauver l'honneur des Guérin, La misère entre dans cette maison jadis à l'aise. Le patrimoine paternel y passe. Mme Guérin ne peut survire à tous ces désastres, elle en prend une maladie et meurt. Pierre revient sur la scène, il a été fait prètre dans les missions étrangères, Le patron Dumont meurt à son tour ct laisse une partie de sa fortune à Charles qui finit par épouser la fidèle Marichette. Louise Guérin s’unit au Dr. Guilbault, ami de Charles, et Clorinde prend le voile.
Charles Guérin, le héros du livre, personnifie cette jeunesse bouillante, enthousiaste, aventureuse, indécise, irrésolue, pleine d'illusions, en un mot telle qu’elle sort de nos maisons d'éducation. C'est l'imagination qui le guide et il est malheureux par oubli de ses devoirs. IT y a dans sa nature quelque chose d’étrange, d’indéfini, de vague ; il y a du mondain et aussi un reste de bons sentiments qui finirent par le fixer et le ramener à la sagesse après qu'il les eufongtemps|# combattus. Un dégoût prononcé pour les choses utiles et sérieuses, une passion précoce pour le far niente lui font perdre des avantages précieux : de là remords, lutte entre sa “aison et ses tendances perverses. Mais à côté de l'étudiant en droit il y a l'étudiant en médecine, Jean Guilbault, caractère aimable, jovial, dévoué, honnête, aux convictions profondes. Charles Guérin se nourrit de fictions, il passe les plus belles années de sa vie dans une espèce de rêverie poétique incompatible avec les travaux sérieux ; Jean Guilbault, au contraire, n’agit que d’après les données de sa raison, il prend le monde tel qu’il est et va droit au but. Voisin est le type de l’avocat à la conscience élastique. Sa grande ambition était une clientèle payante, et que d’intrigues, de ruses malhonnètes, de bassesses pour y parvenir !
Les caractères de femmes sont bien tracés ; il y a du naturel. Louise et Muarichette ne vont pas jusqu’à tomber en pamoison si un refus ou un incident quelconque viennent briser leurs espérances. Si leur amant les abandonne, elles reçoivent ce choc très froidement et s'en consolent comme elles peuvent. Fidèles, constantes, elles ne désespèrent pas et trouvent à la fin la réalisation de leurs vœux.
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Le tout se termine de la meilleure façon du monde, an profit de la colonisation du pays. Tes devx couples vont s'établir dans une charmante paroisse des townships, desservie par l’abbé Pierre Guérin.
L'ouvrage, au point de vue littéraire, excelle dans les dé. tails ; mais l’ensemble péche en plusieurs points importants. En premier lieu il manque d'unité ; on voit que l’auteur, qui a écrit dans les premiers feux de la jeunesse, faisait un essai enprose. JL'orsqu'il à commencé il n’a pas songé que son livre prendrait telle ou telle proportion, tels ou tels développements: le plan n’a pas été formé d’avance, l'auteur a laissé courir sa plume. On pourrait en retrancher un bon tiers et l'ouvrage n'aurait qu'à y gagner. Ensuite, je ne découvre point dans cette composition aucun but philosophique, aucune idée grande, aucun système ; il n’y a qu’une exposition de faits fort simples, plus où moins Erillamment coxtumés, mais le romancier s’est soustrait à cette mission qui fait de lui un autre moraliste,
M. Chauveau a évidemment prétendu faire une esquisse de mœurs. A-t-il réussi? Je ne le crois pas. Ils’est bien efforcé, à la vérité, de dépeindre la vie douce et paisible de nos campagnes, mais il semble que l’auteur n’a pas assez vécu de la vie du paysan, du cultivateur pour en saisir tous les détails intimes. Ses peintures sont fausses ; en certains endroits il prète à nos cultivateurs un langage grossier qui ne peut que donner, à l'étranger, une fort mauvaise idée de nos campagnes, tandis qu'ilest bien connu de tous que le langage des canadiens est bien supérieur aux patois de France et d'ailleurs. Charles Guérin n’est qu'une ébauche, une étude inachevée de mœurs canadiennes. J’appellerai plutôt de ce nom les Anciens C'anadiensde De Gaspé, Forestiers et Voyageurs de Taché, ou, encore le Jean Rivard de Gérin-Lajoie. La scène de la vente d'un héritage par autorité de justice et la description d’un coup du Nord-Est sont assez bien réussies, mais la mi-càréme offre de nombreux défauts dans les détails.
M. Chauveau joint à la richesse du style beaucoup de facilité et d'élégance. Il y a cependant dans Charles Guérin des
défectuosités, des longueurs et des endroits faibles. Le style n’a pas toute la concision désirable, l'auteur recherche trop les épithètes, ce qui rend sa pensée lourde et sa narration languissante.
L'écrivain n’était encore qu’à la première phase de son talent lorsqu'il écrivit Charles Guérin. Il s’est surtout mani. festé dans toute la plénitude de ses facultés littéraires dans les mille et un articlés de journaux qui sont sortis de sa plume. Pendant les onze années qu'il a rédigé le Journal de l'Instruction Publique [1856-1867] M. Chauveau a écrit les revues mensuelles avec cette facilité, cette élégance, ce calme,
cette souplesse qui annoncent un style formé. Il collabora
successivement au Fantasque, au Castor, au Canadien, à l'Avenir et au Courrier des Etats-Unis.
Nous avons encore de lui la relation du Voyage de S. À. R. le Prince de G'alles en Amérique, 1861 in-8vo. pp. XX VITI-148,
H. Euize CHEVALIER, homme de lettres français, qui demeura à Montréal pendant quelques années, a été le fondateur de la Ruche Littéraire (1853), publication qui contribua à répandre le goût de la littérature en Ca «la. Il fut aussi attaché à la rédaction du Moniteur Acadien, de La Patrie et du Pays. Pendant les quelques années que M. Chevalier a passées parmi nous il a écrit plusieurs romans et nouvelles dont quelques uns méritent une mention spéciale. Il a sur. tout réussi dans le genre des romans historiques.
I’ Héroïne de Chateauguay est un épisode de la guerre de 1812. L'auteur, à travers la fiction du roman et les péripéties d’une intrigue, a fait ressortir quelques-uns des caractères de cette lutte célèbre qui a jeté sur nos compatriotes un reflet de gloire immortelle. La vérité topographique, ainsi que la vraisemblance, y sont sénéralement observées, sans nuire à l’unité du récit et au progrès du drame vers le dénouement, On pourrait trouver ailleurs plus de véracité dans les situations, plus de mouvement et plus d'éclat dans le langage des passions; maïs ce qui distingue principalement le livre de M. Chevalier, c'est un style aisé, coulant, naturel et la liaison de l’ensemble, Le caractère de ses
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l'Avenir
acteurs est empreint de sentiments nobles comme le patriotisme, de pensées aussi élevées que délicates, et de notions saines sur ce qui constitue l'honneur et le courage. Cette nouvelle a un autre mérite, et c’est le principal: elle popularise un fait historique trop peu connu et dont la mémoire s'efface déjà de l’esprit de notre génération ; elle réchauffe un souvenir qui fait partie de notre héritage national.
Le Pirate du St. Laurent parut dans l’année 1858. L'auteur a traduit de l'anglais Les Trappeurs de la Baie d'Hudson de Robinson, et le Foyer Canadien ou le Mystère dévoilé, de Clémo. Ces différents ouvrages, outre leur attrait littéraire, sont encore intéressants à lire parce qu'ils sont jusqu'à un certain point comme des esquisses de mœurs d’une époque déjà éloignée. Ils mettent en scène les récits et les actions des voyageurs de {à-haut, les tentatives de colonisation dans le far west, les tours de force de ces hardis trappeurs, de ces hommes de cages qui, remontant l’Ottawa jusqu'à Byton, s'en allaient faire chantier dans les frimas et les glaces du nord.
On trouve èncore plusieurs nouvelles, produit spontané de la plume féconde de M. Chevalier, dans la Revue Littéraire. À part La Iuronne de Lorette, charmant épisode de la vie sauvage de cette tribu illustre dont les derniers vestiges vont bientôt se perdre dans les environs de Québec, il y a l'Histoire d’une famille canadienne dépuis 1600 jusqu’à l'an 1850. Parmi les principaux articles éditoriaux je citerai: La presse américaine et la langue française, la nationalité canadienne, ete. Mais le meilleur roman qui s’y trouve est sans contredit L'Ile de Sable: épisode de la colonisation du Canada.
Le canevas de ce roman est tiré de l'Histoire du Canada de Garneau. En 1598, le Marquis de La Roche obtenait du roi des lettres patentes pour le trafic exclusif avec les sauvages sur les rives du St. Laurent. Il partit avec 60 hommes, la plupart repris de justice, et craignant leur désertion il les débarqua sur l'Ile de Sable, à l'entrée du Golfe St. Laulent. Cetile est entourée de récifs ; elle ne
porte ni arbre, ni fruit; il n'y pousse qu'un peu agé autour d’un lac d’eau douce retiré au centre. Après avoir jeté ses colons sur cette terre désolée, La Roche passa en Acadie. En revenant, il fut surpris par une tempête qui le chassa en dix ou douze jours sur les côtes de France où i] fut retenu par une foule de difficultés Ce ne fut que cinq ans plus tard que le roi lui fournit l’occasion d'aller chercher les malheureux abandonnés sur l’Ile de Sable. Il n’en trouva plus qu'une douzaine sur quarante qu'ils étaient. Livrés à eux-mêmes, ces malheureux n'avaient pas voulu reconnaitre aucune autorité. La discorde les avait armé les uns contre les autres et plusieurs avaient passé dans des querelles qui avaient encore empiré leur triste situation. A la longue la misère les avait domptég. Ils s'étaient construit des huttes avec les débris des vaisseaux échoués sur les rochers; ils vécurent de pèche. On les ramena en France. Leur figure avait cet air fauve et sauvage qui les faisait plutôt ressembler à des indiens qu'à des hommes civilisés. Ils purent retourner dans leur famille sans être recherchés de la justice pour leurs anciennes offenses.
Voilà le thème sur lequel M. Chevalier a brodé l'Zle de Sable. I1 donne à son récit beaucoup d’ampleur, les incidents se succèdent avec facilité, s'enchevêtrent avec aisance. Je n’y trouve pas toute l'unité désirable, défaut qui est commun à toutes ses productions de longue haleine. L'auteur avait toujours deux ou trois ouvrages sur le métier; il ne pouvait par conséquent s'occuper exclusivement d’une œuvre favorite sans négliger l’autre. Ecrivant d’ailleurs pour remplir les colonnes d’une revue mensuelle, ses écrits portent nécessairement l'empreinte de la négligence. On voit qu'ils ont été produits à la hâte, pour satisfaire au besoin du moment. Le grand talent inventif de l’auteur n’a pu suffire à tout. Plusieurs pages sont très pâles, très faiblement touchées, sans compter les nombreuses imperfections de style et de forme.
On pourrait également reprocher à M. Chevalier d’avoir voulu, dans les romans qu’il a composés depuis son départ du
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‘Canada, dénaturer l'esprit de nos institutions et représenter notre pays sous des couleurs certainement exagérées, pour ne pas dire malveillantes. Je conçois que le romancier, pour l'avantage de son récit, aille chercher dans le domaine de la fiction des contes plus ou moins ridicules, mais nous ne sau. rions supporter sans protester ces exagérations outrées que l'écrivain porte à notre crédit. Ces fausses notions peuvent enduire en erreur l’européen qui n'aurait d'autres connaissances géographiques ou historiques que les romans de Chevalier, On nous représente comme une plage encore déserte, habitée par des sauvages encore barbares, Il n’y a pas de semaine sans qu'un grand diner de cannibales soit donné à Québec ou à Montréal. Les quelques années que M. Chevalier a passé parmi nous ne l’autorisaient certainement pas à parler de la sorte de ceux qui l'ont accueilli comme un des leurs au foyer de la famille canadienne.
Cet écrivain est retourné en France en 1859. Il n'a pas cessé depuis d'écrire un grand nombre de romans, dont les sujets sont tirés en partie de l'Amérique et mème du Canada; mais comme ces derniers travaux se rapportent plus à la littérature française qu'à la nôtre, je n’entreprendrai point de les mentionner, encore moins de les analyser.
Un travailleur infatiguable et un écrivain distingué que je me plais à citer ici, est l’'Hon. C. B. DE BoucHERVILLE, descendant d’une famille illustre.
M. De Boucherville se fit connaître de bonne heure par ses travaux däns la littérature et la mécanique. Le ‘“ Répertoire national ” contient une excellente petite nouvelle, intitulée ‘“ Le pont de Pierre,” attribuée à sa plume. En 1862 il publia un ‘“ Programme d'étude pour la formation d'une banque agricole nationale pour le Bas-Canada,” pp. 23. On retrouve le même travail annexé au rapport du comité spécial nommé par la Législature pour s’enquérir de l’opportunité de réaliser ce projet; vide, Journaux de la chambre ; 1863 pp. 117, in-8. Mais l’œuvre capitale de l’auteur est son roman Une de perdue deux de trouvées, publié d'abord en