ASSERVISSEMENT PE LA RUSSIE AU JOUG MONGOI
Juste au commencement du treizième siècle, alors qu'en Europe le moyen âge, dans tout son épanouissement, donnait ce qu'il avait de plus beau comme chefs-d'œuvre littéraires et artistiques, Jes Slavo- Russes se virent brutalement arrêtés dans leur développement social et intellectuel, ainsi que dans leur mouvement de colonisation sur le haut Volga, par la réaction de l'Asie. Les Mongols tinrent sous le joug la Russie entière pendant deux siècles, C^ malheureux pays, déjà affaibli par les guerres intestines des princes apanîigés, fut complètement ruiné. Un grand nombre de villes et de monastères furent ravagés ou détruits.
La domination mongole eut des coqséquences fatales et désastreuses pour ]e sort de la Russie. On peut dire qu elle creusa un abîme profond entre le passé historique de ce pays et sou développement ultérieur. P|on-seulement toute vie nationale cesga, mais Içs moeurs, que TinQuence chrétienne commen-
çait insensiblement à adoucir, reprirent leur ancien caractère de grossièreté et de barbarie.
La religion seule y gagna en influence. Elle fut le lien unique qui réunit ces populations asservies. Â partir de ce moment, elle se confondit avec la nationalité , et. le peuple russe s'habitua désormais à défendre, avec une ardeur égale , l'indépendance de ces deux grands principes. Pendant cette période si désastreuse pour la Russie, le clergé déploya une énergie que son origine, et la situation qui lui avait été faite, ne faisaient guère prévoir. Des mandements du métropolitain Cyrille (1244) et de Sérapion (1275), évèque de Souzdale, rappelèrent les moines, les prêtres et les fidèles à la stricte observation de leurs devoirs, et à la pratique des ^vertus chrétiennes. La vie monacale reçut une extension inconnue jusqu'alors, car beaucoup de fidèles et de religieux, fuyant à l'approche des Mongols, allèrent peupler les forêts désertes du nord et du nord-ouest de la Russie.
D'un autre cjôlé, des grandes villes qui, comme Novgorod et Pskof , étaient, par suite de leur situation géographique et de leurs relations commerciales , en rapports plus intimes avec l'Europe occidentale, inclinèrent encore davantage de ce côté, lorsque la Russie orientale fut envahie par les Mongols. Ce rapprochement facilita l'introduction de certaines croyances religieuses contraires à l'orthodoxie. C'est ainsi qu'on vit apparaître à Pskof l'hérésie des 5/n^o/niW (tonsurés), et à Novgorod, celle des judah'ants , qui niaient la Trinité , la divinité de Jésus-Christ , et beaucoup d'autres dogmes. La première de ces hérésies fut combattue par le métro-
politain Photius, el la seconde par Génadius, archevêque de Novgorod, qui fut aidé dans sa tâche par le célèbre religieux Joseph Sanine. Ce dernier réfuta les fausses doctrines des judaïsants ^ dans un livre^ intitulé VÉclaireur.