RÈGNE DE CATHERINE II. — SON INFLUENCE SUR LA LITTERATURE RUSSE
Dans la période littéraire que nous venons de parcourir, nous avons vu la nouvelle langue russe s'épurer peu à peu, et l'influence du classicisme occidental se propager, en Russie, sous la forme de Iraductians et d'imitations. Cette influence, purement littéraire, ne portait presque exclusivement que sur la forme et le style.
Lorsque Catherine II monta sur le trône, le terrain était complètement déblayé, et la cause de la civilisation européenne définitivement gagnée. C'est à cette époque que les idées libérales, élaborées en Angleterre par les écrits de Newton et de Lock, furent popularisées, en France, par les encyclopédistes, et finirent par faire le tour de l'Europe. Catherine II, d'origine allemande, ne pouvait pas rester étrangère à ce nouveau courant d'opinions. Il lui était plus facile d'introduire en Russie une civilisation à laquelle elle appartenait par son éducation première. Aussi eutelle le mérite de parachever et de compléter le plan de réformes de son illustre prédécesseur, Pierre P^
Dans son admiration pouf les nouvelles théories philosophiques et humanitaires, elle voulut les appliquer à Torganisation' administrative ainsi qu'à Tinstruction de ses sujets. Dans les instructions (nakaz) qu'elle adressa à la commission chargée par elle d*é* laborer un nouveau système d'administration , on retrouve à chaque pas la trace des opinions de Montesquieu. Elle donna une nouvelle impulsion à l'instruction publique en réorganisant, sous la direction de Betzky, Tancien programme d'enseignement, ainsi qu'en fondant une école de commerce à Moscou S et rinstitut de Smolna à Pétersbourg. Enfin, elle fit paraître un recueil d'écrits satiriques sous le titre de : Contes réeh et imaginaires^ composa plusieurs comédies, entretint une correspondance régulière avec quelques philosophes français ^ et publia une réfutation de Touvrage de Tabbé Ghappe sur la Russie.
Catherine II exerça donc une influence réelle sur la littérature russe, en y introduisant un nouvel élément , réiément moral. Jusqu'alors , là civilisation européenne n'avait exercé d'action que sur la forme ; elle devait, cette fois, atteindre les opinions et les idées elles-mêmes. Le plus illustre des écrivains de ce règne fut Yon Vizine. Partisan enthousiaste et admirateur fervent des théories du dix-huitième siècle, il crut qu'elles allaient complètement transformer la société russe, et eut le tort de fonder de trop vives
t . Moscoa possédait déjà une académie slavo-gréco-laline, fondée vers la fin du dix-septième siècle, et une université instituée vers le milieu du dix-liuitième siècle. Pierre \*^ avait, en outre, établi à Saint-Pétersbourg une académie des sciences (oukaze du 28 janvier t724).