‹ Histoire de la littérature contemporaine en RussieChapitre 21 sur 90 · Ce titre correspond à celui de licencié · texte numérisé non relu

Ce titre correspond à celui de licencié

efforls poar la quitter. Grâce à un ami intime, il put revenir à Saint-Pétersbourg, et donner sa démission en \ S\ 6. L'année suivante, il entra au ministère des affaires étrangères. La diplomatie lui plaisait davantage. Dès lors, les portes de tous les salons lui furent ouvertes. Il débuta dans la vie avec l'ardeur et l'enthousiasme d'un jeune homme, doublé d'un hussard. Ses débuts littéraires furent assez. faibles. Il composa une comédie : Les jeunes époux^ qui fui jouée en 4816, et écrivit Sa famille en collaboration avec le prince Schakhovskoï. Ces pièces, maintenant tombées dans l'oubli, ne faisaient guère pressentir le talent du futur auteur du Malheur cTavoir de Vesprit.

Le sort, heureusement pour lui, l'arracha à cette vie de distractions frivoles, et se chargea de l'élever a une école plus sévère. £n d8i8, Griboïédof fut nommé secrétaire de la légation russe en Perse. Il fallait obéir, sous peine de voir sa carrière brisée. Mais ce ne fut qu'avec chagrin et le cœur plein de regrets qu'il dit adieu à la capitale, à ses amusements et à ses amis.

« Figure-toi, écrivait-il à ce sujet à son ami Biégitchef, qu'on veut m'envoyer... où?... Tu ne le sais pas ! Eh bien ! c'est en Perse. J'ai beau vouloir refuser; rien n'y fait. Avant-hier, notre ministre m'a fait venir dans son cabinet; je lui dis que je ne partirais qu'à condition qu'après ma nomination on me ferait monter de deux grades ^ Le ministre fronça les sourcils. Je lui fis observer, avec toute l'éloquence que me permettait ma connaissance du français, qu'il

] . En Russie, la hiérarchie dvile a ses grades comme la hiérarchie militaire.

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serait cruel de me forcer à user ma jeunesse an milieu de ces sauvages asiatiques, dans un exil volontaire, à quitter pour longtemps mes parents et mes amis, à renoncer aux succès littéraires qui m'attendaient inévitablement, ainsi qu'à mes relations avec des lettrés et avec les jolies femmes auxquelles je pouvais plaire : ne ris pas, je suis jeune, musicien, facile à m'amouracher, je dis souvent des bêtises; — que lui fallait-il encore? En résumé, je lui fis entendre que je ne pouvais pas me sacrifier, sans quelques compensations : «- € L'isolement vous permettra de perfectionner vos talents. » — « Nullement, Excellence, le musicien et le poète ont besoin d'auditeurs et de lecteurs, et il n'y en a pas en Perse. » — Nous nous sommes entretenus quelques instants encore. Ce qu'il y a de plus amusant, c'est que je lui répétais avec insistance que je n'avais aucune ambition — ce qui ne m'empêchait pas de demander, comme condition de mon départ, un avancement rapide. Mon cher Stépane, tu es un garçon d'esprit,, bien qu'officier dans les chevaliers-gardes ; que penses^tu de tout cela? »

Cette lettre nous montre, dans toute leur plénitude, la légèreté et la frivolité du jeune diplomate. Mais l'avenir devait prouver que le ministre avait raison. Grïboïédof, quoi qu'il en dise, avait de l'ambition. Il voulait, surtout que Ton prit au sérieux ses talents littéraires. Voici ce qu'il écrivait au même Biégitchef. Il allait alors en Perse, et s'était arrêté quelques jours à.Moscou.

€ Tous les gens d'ici, en me voyant, se rappellent le petit iSacAa^ qui maintenant a grandi, a fait bien

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