Simphéfopol, 9 septembre t
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je m'arréle et me repose pendant quelques semaines ou quelques mois, je me rouille, je ne vis pas en moij mais dans les gens que je vois et qui, pour la plupart, ne sont que de parfaits imbéciles. J'attends; peut-être mes pensées qui n'ont pas de limites, et mes capacités fort restreintes, finirontelles par s'équilibrer. »
Cet état de découragement et de sombre tristesse ne fait que s'accentuer davaniage. « Je m'ennuie, et je m'attriste, » dit- il dans une autre lettre '. t Je voulais me distraire en prenant la plume, mais cela
ne va pas mieux Il est temps de mourir! Je ne
sais pourquoi je tarde tant. Quel ennui) Dis ce que tu veux, mais si cela dure encore longiemps, je ne veux plus être patient. C'est une vertu que je laisse aux bétes de labour. Je ressens les effets de l'hypocondrie qui m'avait fait autrefois quitter la Grusie, mais à un degré beaucoup plus fort. Je t'en prie, dis-moi ce que je dois faire pour me sauver de la folie ou d'un coup de pistolet. Je sens que l'un ou l'autre m'attendent. »
Son ami Biégitchef lui donna sans doute de sages conseils, car Griboïédof lui répondit de Grusie :
€ Tu as raison^ mais ce n'est pas assez. Car, à côté de la voix du bon sens, il y a encore en> moi un moteur intérieur qui me fait incliner vers la tristesse. Je suis le même qu'à Théodosie; je ne sais ce que je veux, et il est difficile d'être satisfait. Vivre et ne rien désirer — voilà, avoue-le, une situation qui n'est guère à envier. Tu me parles du talent; mais il faut, de plus, avoir l'envie de le
t. Tb^odosle, 9 septembre de la mémeannée.
63 LITTERATURE GONTBWPeRAINE EN RUSSIE.
mettre à pmfit Gommeot remplir ces interyftlles, où ta seofs que ta tête et ton cosmr sont complètement Tides ? L'homme n'est pas une montre f Qtri est toujours semblable à soî-méme, et où trouver un livre sans contradietîcms?... Je pars ponr une expédition, nons pendrons, nous pardonnerons, et nom ferons 11 de l'histoire. »
Griboïédof, en effet, fit partie d'une expédition dirigée contre les montagnards du Gancase. Il écrivit même à ce sujet des vers : Les Brigands sur h Tckéhémù:, eu face des montagnes et du camp ennemi.
Au commencement de 4836, Griboïédof fut envoyé par Ermolcrf à Pétersbourg, et présenté à l'empereur. Il reçut le grade de conseiller aulique, et retourna en Grusie, où il continua à servir sous les ordres d'Ermolof, puis plus tard, sous ceux du comte Paskîévitch- Erivansky, son parent.
A cette époque, nous trouvons dans une lettre qu'il écrivit à Biégitchef les traces d'une transformation morale qui s'accomplit en lui. Las de lutter, il finit par se réconcilier peu à peu avec la réalité qui te révoltait comme auparavant, mais qu'il accepta, ne pouvant l'éviter.
«Pai suivi ton conseil, écrit-il; j'ai cessé de faire de l'esprit; je vois tout le monde, j'écoute toutes les sottises, et je trouve que c^est très-bien. Gomm& ceîa,
je vivrai tout doucement jusqu'à la fin Derîen-
drai-je un jour indépendant?.. Oh! poésie! le l'aime follement, passionnément! Mais cet amour seul est-il sufHsant pour devenir célèbre? Qui sait nous apprécier, nous autres, chantres vraiment inspirés, dans un pays où le mérite est proportionné au nf«nbre des
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décorations et des serfe? SehérèmeUef ^ pourrait faire oublier Eomère!.*. ûuel Umrmeni d'être un réyeur ardent dans le pays des neiges éterndles.... Lis Plutarque, et contenie-toi de Tantiquité. Aajourd*hut il n'y a plos de pareils caiactères. s
Cette dernière lettre nous mofttre d'une façon trèssaiUanle l'idâe-mëre qui inspira la célèbre comédie de cet écrivaia. Elle mms révèle en outre les plaies secrMes dostil souffrait éepuis quelque temps . Victime de son rang et de son origine, Griboïédof s'était ru obligé de sacrifier son sunbitton littéraire à des calculs de famille. Et un j(Hir, où cette lutte étal t arrivée à mo. plus haxLt degré d'inteasiié, on Tenteildit s'écrier avec Taccent du désespoir : « Non ! pour être un vrai artiste, il ne faut pas avoir de famille ! » La destinée sembla cep^ndi^t voutoir dédommager Griboïédof de ses insuccès littéraires, il accompagna Paskiéviich daas une expédition contre les montagnards, et lui fui très-utile par sa connaissance des langues orientales. En récompense de ses services, il fut chargé d'aller soumettre à l'empereur le traité de paix qui venait d'être conclu. Son séjour dans la capitale, l'accueil qu'il y reçut jetèrent un rayon de joie dans son âme découragée. Renaissant pour ainsi dire & la vie et à l'espéranoe, il parlait de donner sa démission, et de se consacrer exclusivement à la littérature. Il avait déjà même composé le plan d'un drame romanti<fue : La nuit grunmne^ et en lisait qudques fragments à ses amis les plus intimes. Malheureusement, le sort en avait disposé autrement. Il fut nommé envoyé extraordinaire près de la cour de Perse. Il dut se