‹ Histoire de la littérature contemporaine en RussieChapitre 37 sur 90 · Chapka, bonnet à quatre coins · texte numérisé non relu

Chapka, bonnet à quatre coins

— « Oh! non, » fit-elle en souriant. « Je l*aime, cosaque <r aux sourcils noirs! Je t'aime parce que tu as des yeux a foncés, et quand tu me regardes, mon âme sourit ; elle est « gaie, elle est heureuse, quand tu caresses ta moustache « noire^ quand tu marches dans la rue, en chantant et en « jouant sur ta guitare ; j*aime à t'entendre. »

— « Oh ! ma Hanna ! » s*écria le jeune homme, en l'embrassant et en la serrant sur son cœur.

— a Assez, Levko! Dis-moi, as-tu parlé à ton pèi'e? »

— « Quoi? » dit-il, comme s'il se réveillait d'un songe. « Que nous voulons nous marier?... Je le lui ai dit. » — Mais il prononça ces mots avec une certaine tristesse.

— « Eh bien ?»

— « Que faire avec lui ? Le vieux, comme toujours, a feint « d'être sourd : il n'entend rien, et me gronde môme de ce « que je cours, dît-il, JÔieu sait où ! Mais ne désespère pas, Hanna ! Je te donne ma parole <}e cosaque que je saurai a le fléchir. »

— « Oui, Levko, tu n'as qu'à dire un mot, et tout se fera selon tes désirs. Je le sais par expérience... Vois I vois ! continua-t-elle, en inclinant la tête sur ses épaules, et en regardant en haut , où le ciel chaud de l'UkraiDe devenait bleu, tapissé au-dessous par les branches touffues de cerisiers qui se dressaient devant eux. — Vois comme les étoiles brillent au loin ; en voilà une, deux, trois, quatre, cinq... N'est-ce pas que les anges du bon Dieu ont ouvert les petites fenêtres de leurs maisons célestes et nous contemplent? N'est-ce pas, Levko, qu'ils regardent notre terre? Ah ! si les hommes avaient des ailes comme les oiseaux, afin de voler bien haut, bien haut... Oh! cela fait peur! Pas un de nos chênes ne pourrait atteindre le ciel. Et cependant on dit que, dans un pays lointain, il y a un arbre dont le sommet s'agite dans le ciel même, et où Dieu descend dans la nuit de Pâques.

— « Non, Hanna, Dieu a une longue échelle qui va du ciel à la terre. Les saints archanges la dressent dans la nuit de Pâques, et lorsque Dieu met son pied sur le premier échelon, tous les mauvais esprits s'enfuient et tombent en masse dans l'enfer. C'est pour cela que ce jour-là il n'y en a aucun sur la terre. » — « Ggmnie l'eau murmure doucement ! on

dirait un enfant dans son berceau, » continua Hanna, en montrant du doigt Tëtang, mélancoliquement entouré d'une sombre forôt d'érables, et pleuré par des saules, qui noyaient dans l'eau leurs branches affaissées. Semblable à un vieillard impuissant, il tenait dans ses froides étreintes le ciel lointain et sombre, en couvrant de ses baisers glacés les étoiles scintillantes, qui jetaient de pâles reflets au milieu de l'obscurité, comme si elles pressentaient la prompte apparition du brillant roi de la nuit. Près de la forôt^ sur la colline, dormait une maison aux volets fermés ; la mousse et des plantes sauvages couvraient le toit ; des pommiers touffus croissaient devant les fenêtres; la fofôt, en l'embrassant de son ombre, jetait sur elle des reflets obscurs et sauvages.

— « Je me souviens, comme à travers un songe, » dit Hanna, qui ne la quittait pas des yeux, « il y a longtemps, bien longtemps, quand j'étais encore petite et que je demeurais chez ma mère, d'avoir entendu raconter des histoires étranges sur cette maison. Levko, tu les connais sans doute, dis-les-moi!... »

— « Laisse-la, ma belle ! Pourquoi faire attention à ce que racontent les vieilles femmes et les imbéciles? Cela te troublera, tu auras peur, et tu ne pourras pas dormir tranquillement. »

— « Raconte-le-moi, mon beau cosaque! » lui dit-elle, en approchant son visage de sa joue, et en Pembrassant. — « Non, on voit que tu ne m'aimes pas, que tu as une autre jeune fille ! Je n'aurai pas peur, je sommeillerai tranquillement. Mais je ne pourrai pas m'endormir si tu ne me racontes cette histoire. Je serai agitée, je penserai... voyons! raconte, Levko!... »

— « Ils ont raison, ceux qui disent que le diable est dans la tête des jeunes filles pour exciter leur curiosité. Eh bien ! écoute ! Il y a longtemps, mon coeur, vivait dans cette maison un sotnik^. Il avait une fille blanche comme la neige, blanche comme ton visage. 11 avait depuis bien des années perdu sa femme, et désirait en épouser une autre. — « Me gâteras-tu comme autrefois, petit père, quand tu at^ras une

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