Sotnik^ mot à mot ; cenlurier
nouvelle femme? » — « Oui, ma fille, je t'aimerai encore davantage ! Je te donnerai encore plus souvent* des boucles d'oreille et des coraux !» — Le sotnik amena dans sa maison sa nouvelle épouse. Elle était jeune et belle ; elle était blanche et rose ; mais elle regarda sa belle-fille d'une façon si étrange, que celle-ci poussa un cri en la voyant. La nuit arriva ; le sotnik se retira avec sa jeune femme dans sa chambre; la blanche demoiselle s'enferma dans la sienne. Elle était triste et se mit à pleurer. Tout à coup, elle regarde : un chat tout noir rampe vers elle ; son poil est en feu et ses ongles de fer résonnent sur le plancher. Dans son effroi^ elle saute sur un banc ; le chat la suit ; elle se cache derrière son lit, le chat s'élance sur elle et veut Tétrangler. Elle jette de hauts cris et parvient à repousser son ennemi, mais le chat revient de nouveau sur elle. La peur la saisit. Le sabre de son père était suspendu à la muraille. Elle le prend et en assène un coup au chat : une palte avec ses on • gles de fer tombe sur le plancher, et Tanimal, poussant des cris plaintifs, disparait dans un coin obscur. La jeune épouse passa toute la journée suivante dans sa chambre ; le lendemain, elle se montra, avec la main couverte de bandages. La pauvre demoiselle devina que sa marâtre élait sorcière, et qu'elle lui avait coupé la main. Le lendemain^ le sotnik ordonna à sa fille de porter de l'eau, de laver le plancher comme une simple paysanne, et lui défendit d'entrer dans les appartements des maîtres. La pauvre fille était bien triste, mais que faire? elle obéit à son père. Le cinquième jour, le sotnik chassa sa fiI!o, les pieds nus, sans môme lui donner un morceau de pain pour la route. Alors, l'enfant se mit à pousser des sanglots, en couvrant son blanc visage de ses mains : «Petit père, tu as perdu ta fille! La sorcière a égaré ton âme I Que Dieu te pardonne; quant à moi, malheureuse, il ne veut pas sans doute que je vive I...» Et alors, vois-tu?... b Levko se tourna vers Hanna en lui montrant la maison : — n Regarde là-has: un peu plus loin que la maison, le bord le plus élevé de l'étang, c'est de là que la demoiselle s'est jetée dans le lac... »
— « Et Fa sorcière ? demanda craintivement Hanna, en tournant vers lui ses yeux remplis de larmes.
— « La sorcière ? Les vieilles femmes prétendent qu'à
partir de ce jour toutes les noyées sortent du lac pendant les nuits éclairées par la lune, pour aller se réchauffer dans le jardin, et que la fille du sot?iik è&l devenue leur reine. Une nuit» elle aperçut sa marâtre près de l'étang ; elle se jeta sur elle et Tentraina au fond de Teau. Mais la sorcière ne perdit pas sa présence d'esprit : elle se changea sous l'eau en une des noyées, et échappa aux joncs verts avec lesquels on voulait la battre. Crois donc aux vieilles femmes! Elles racontent aussi que, toutes les nuits^ la demoiselle réunit les noyées et ^lamine séparément le visage de chacune d'elles, afin de tâcher de^reconnaître la sorcière, et que, jusqu'à présent, elle n'a pas encore réussi... Mais j'entends un bruit de voix. Ce sont les nôtres qui reviennent de !a danse. Adieu^ Hannal Dors tranquillement, et oublie ces inventions de vieilles femmes. »
— a Adieu, Levko I » dit Hanna, en jetant des regards pensifs sur la sombre forêt.
« La lune immense commençait à se projeter majestueusement de dessus terre. Elle était encore à moitié cachée, et déjà le monde entier était rempli d'une lumière solennelle. L'étang faisait jaillir des étincelles. L'ombre des arbres commençait à se dessiner sur le fond de la verdure. »
Vient ensuite cette belle description d'une nuit de l'Ukraine :
« Connaissez'vous les nuits de l'Ukraine? Non, vous ne les connaissez pas! Voyez! la lime regarde du milieu du ciel; la voûte céleste infinie s'étend, s'élargit et devient encore plus infinie; elle brûle et aspire; toute la terre brille d'un éclat argentin ; l'air est merveilleux, frais et étouffant à la fois, plein de douceur; c'est un océan de parfums. Nuit divine! nuit enchanteresse! Les forêts, pleines de ténèbres, sont immobiles, et projettent leurs ombres immenses. Les
étangs sont calmes ; le froid et l'obscurité de leurs eaux sont tristement enfermés dans les murailles d'un vert sombre des jardins. Les buissons, encore vierges, de putiers et de merisiers, . étendent timidement leurs racines dans la terre froide^ et de temps en temps agitent leurs feuilles, comme s'ils étaient furieux et indignés de ce que le beau zéphyr^ le vent de la nuit, se glisse soudain vers eux et les couvre de baisers. Tout le paysage dort. En haut, tout respire, tout est beau, solennel. L'immensité et le merveilleux saisissent rame ; et des foules de visions argentines sortent avec harmonie de ses profondeurs. Nuit divine ! nuit enchanteresse I Soudain, tout s'anime : les forêts, les étangs, les steppes. Le tonnerre majestueux du rossignol de PUkraine retentit, et il semble que la lune, pour l'écouter, s'arrête au milieu du ciel. Le village, comme fasciné, est assoupi sur la hauteur. La masse des cabanes est encore plus brillante sous les rayons de la lune; leurs murailles peu élevées se détachent encore plus éblouissantes dans l'obscurité. Les chants ont cessé. Tout est silencieux. Quelques étroites fenêtres sont encore éclairées. Derrière d'autres, une famille attardée soupe. 1»
Il s'agissait pour Levko d'amener son père à donner son consentement à son mariage avec Hanna. Ce n'était pas chose facile, d'autant plus que, le même soir, Levko avait entendu le golova dire des paroles d'amour à celle qu'il aimait. Furieux, il réunit ses camarades, et, avec leur aide, il se venge de son père en lui jouant toutes sortes de bons tours. Ici, nous approchons du dénouement.