LA NOYÉE
« .... L'auteur de tout ce tapage nocturne approchait lentement de la yieille maison et de l'étang. Il est inutile, je
crois, de dire que c'ëlait Levko. Sa noire touloupe^ était déboutonnée : il tenait sa chapka à la main, et la sueur coulait tout le long de son corps. Le bois d'érables placé en face de la lune était plongé dans une obscurité majestueuse. L^étang -immobile fit sentir sa fraîcheur au marcheur Catigué, et le força à se reposer sur le bord. Tout était silencieux; dans les profondeurs de la forêt on n'entendait que les notes éclatantes du rossignol. Un sommeil irrésistible ne tarda pas à alourdir ses paupières; ses membres fatigués s'engourdirent; sa tôte se pencha... « Non, autrement je serais capable de « m'endormir icil » dit-il en te levant, et en se frottant les yeux. Il regarda autour de lui : la nuit lui parut encore plus brillante. Une lumière étrange, enivrante s'ajoutait à celle de la lune. Un brouillard argenté tombait tout autour. Le parfum des pommiers en fleurs et des fleurs de la nuit se répandait partout. Il considéra avec étonnement les eaux immobiles de l'étang : l'étrange maison s'y reflétait. Au lieu des sombres volets, on voyait des fenêtres et des portes vitrées. U'iui semblait qu'une fenêtre s'ouvrait. Retenant son haleine, et sans quitter l'étang du regard, il lui parut qu'il se trouvait au fond, et qu'il voyait: d'abord un beau bras blanc s'appuyer sur la fenêtre, puis une tête souriante avec des yeux brillants sous des longs cheveux châtains s'appuyer sur ce bras; cette tète remuait et souriait... Son coeur tressaillit... L'eau s'agita, et la fenêtre se ferma. Il s'éloigna lentement de l'étang, et regarda du côté de la maison : les sombres volets étaient ouverts ; les fenêtres étaient éclairées par la lune. « Comme on peut se fier au dire des gens » > — pensa-t-il intérieurement — « La maison est neuve; les cou- (f leurs sont fraîches* Quelqu'un l'habite. )» Il s'approcha tout doucement, mais la maison était silencieuse. Le chant du rossignol éclatait en fusées sonores, et quand il s'éteignait dans la fatigue et la tendresse^ on entendait le frôtement et les cris du grillon, ou le coassement de Toiseau des marécages qui frappait de son bec aigu le vaste miroir de l'eau* Levko éprouva, dans son cœur, un calme très-doux. Il prit sa bandoura et se mit à chanter.... La fenêtre s'ouvrit doucement, et la même tôte dont il avait vu l'imago dans l'étang