PRÉFACE
relie s'appiiqua à protester de toutes ses forces contre la situation sociale faite au pays, et à mettre à nu les plaies de \^ nation. Voilà pourquoi le règne de Nicolas, qui pesa si durement sur la Russie, fut une des plus belles périodes littéraires qui aient été données à ce pays.
Les réformes de 1861 , en constituant une nouvelle société, créèrent de nouveaux besoins et engendré-* rent de nouvelles idées. L'école naturelle se trouva un peu égarée au milieu de l'agitation et de l'effervescence qui régnaient alors. Elle n'étudia dans ce mouvement que le côté négatif, laid et repoussant. Ce fut un tort, car en iigissant ainsi, elle prit pour collectif ce qui n'était que partiel, tomba dans l'exagération, et ne choisit ses types que dans des manifestations accidentelles.
D'un autre côté, la /sot^iW/^ école, se détachant de la souche commune et reniant ses ancêtres, arbora le drapeau du réalisme populaire et s'intitula fièrement une littérature de moujiks.
Ainsi, chose étrange! la littérature russe, dont le vrai point de départ ne date que du commencement de ce siècle, est arrivée au réalisme aussi vite que plusieurs de ses aînées et beaucoup plus rapidement que d'autres! Il faut chercher la cause de cette transformation subite, dans le caractère positif et pratique du Grand-Russe, dans la situation toute particulière qui a été faite à cette littérature, et dans
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rinfluence prépondérante qu'ont exercée sur elle les littératures anglaise et allemande.
Ici se place une considération qui humiliera un peu notre amour-propre national. Bien que notre langue ait longtemps remplacé le russe, et qu'elle soit encore aujourd'hui de mode dans les salons de l'aristocratie, bien que le moindre de nos romans soit lu et traduit aussitôt après son apparition, nos grands auteurs n'ont trouvé d'imitateurs que parmi les écrivains de second ordre.
Le roman français n'est pas goûté par la critique russe. Elle y trouve une trop grande recherche dans la forme, trop de fantaisie dans les allures et le sujet; il n'y est pas fait, à son sens, une assez large part à la vie réelle, à l'actualité \ l'idée y est sacrifiée à la manie de faire de l'esprit et de rechercher l'effet outre mesure. Que de comédies et que de romans n'a pas produits, par exemple, la trilogie de l'homme, de la femme et de l'amant, ce qu'on est convenu d'appeler le ménage à trois ! Nos chefsd'œuvre littéraires sont des objets d'art, brillants, fantaisistes et légers ; on dirait des bijoux sertis avec grâce et élégance, mais il ne faut pas, en général, leur demander la profondeur de la pensée, car le sujet en est ordinairement médiocre et monotone.
L'esprit russe, par quelques-uns de ses côtés, se rapproche davantage* de l'esprit anglais et de l'esprit allemand. Même préoccupation de l'utile et de