LA CRITIQUE LITTERAIRE
rescousse. Ces tendances devaient déplaire à Polévoï, esprit censé et libéral. Il leur fit une guerre acharnée dans sa revue ainsi que dans le Peintre nouveau^ feuille satirique annexée au Télégraphe. Une critique un peu trop acerbe du drame de Koukolnik, intitulé : La main du Tout-Puissant a sauvé la patrie, fournit une arme excellente à ses ennemis qui cherchaient depuis lontemps un prétexte plausible pour se débarrasser de lui. Le Télégraphe fut supprimé, et une enquête administrative ordonnée contre son rédacteur en chef.
Avec ce journal, finit en même temps la carrière du célèbre critique. Il eut le bon esprit de quitter à temps l'arène littéraire et de faire place à des talents plus jeunes. Son attitude, comme critique, fut toujours exempte de passion et de parti pris. Il a pu écrire avec toute justice dans ses Mémoires :
ce J^ose dire hautement que jamais je ne me suis laissé entraîner ni par la haine — sentiment qui est méprisable à mes yeux, ni par l'envie — sentiment que je ne comprends pas. Tout ce que j'ai dit et écrit n'a jamais été en opposition avec mes convictions; mon cœur a toujours eu de l'attrait pour le bien ; il a toujours fortement battu pour tout ce qui était grand, beau, et utile. »