LA PEINTURE DANS LE ROMAN
les émigrés russes : Ogaref, Kelsief ^ et Bakounine. Il essaya un moment' de faire de la propagande socialiste en Russie, en s'appuyant surtout-sur les sectaires, bien qu'il les méprisât profondément. Disons cependant à sa décharge que , malgré le ton violent de ses pamphlets, il obéit toujours et en tout à ses convictions. Sa propagande eut, pendant un certain temps, assez de succès. Mais l'affranchissement des serfs et les réformes qui en furent la conséquence la rendirent impuissante. Herzen devint plus modéré ; le ton de ses écrits perdit de sa violence, comme le prouve son Bécit de mes années de prison et d*exil qui parut dans la Revue des DeuX'Mondes, Il mourut en 1869.
Beaucoup moins profond que Herzen, Gontcharof est peintre avant tout. Il fait de l'art pour l'art. Il ne cherche pas à creuser son sujet, et n'obéit qu'aux inspirations de son imagination. Au point de vue du style et du dessin, c'est un talent dé premier ordre. Le héros de son Histoire ordinaire^ Adouief, est un pigeon voyageur, qui :
Traînant l'aile et tirant le pied
Droit au logis s*en retourne.
Il regrette sa jeunesse perdue, mais il n'a rien appris et continue à vivre dans les nuages et à se nourrir
1 . Kelsief senrlt d'intermédiaire entre Herzen et les loetaires. W était fils de marchand, et n'avait pu terminer son cour» d'études à Fécole de commerce de Moscou. H s'èiiruit de Russie, emportant avec soi un certain nombre de documents concernant les sectaires, qu'il avait dérobés au ministère de l'intérieur. 11 les publia à Londres sous le titre de : Recueil des mesures prises par le goU' vemement russe contre les sectaires. Plus tard, il fut gracié, et obtint Tautorlsation de rentrer dans sa patrie.
d'illusions. Son oncle a un caractère tout à fait opposé, et le contraste de ces deux natures est assez bien rendu. Autant le neveu est rêveur, autant l'oncle est pratique et positif. Il est à regretter que le portrait de ce dernier manque de vie et d'anima-^ tion. C'est plulôt la personnification d'une idée qu*un type vivant.
Le comte Sollohoub est bien inférieur aux écrivains précédents. Son roman Le Tarantass ^ se distingue par une partialité qui saute aux yeux. Le vieux Vassili a grandi « comme poussent les choux et les pois. > Il a reçu une éducation élémentaire. Il administre ses terres à la russe. La philanthropie et les procédés agronomiques lui sont absolument inconnus. Le jeune Ivan, au contraire, a été élevé à la française, et a parachevé son éducation à Paris. Ici, naturellement, vient la peinture obligée de la frivolité et de la légèreté des mœurs de notre capitale. Par un prodige que Fauteur n'a pas voulu nous expliquer, le jeune Ivan, ce Russe francisé, se sent subitement saisi d'amour pour son pays, et revient dans sa patrie afin de recommencer son éducation. Les deux propriétaires, voyageant en poste, se communiquent leurs idées, et le parallèle est naturellement en faveur du vieux Vassili. Les préférences de l'auteur sont un peu trop visibles; et en dépit de ses qualités intrinsèques, le Tarantass est un plaidoyer fort maladroit en faveur du slavqphilisme. v