‹ Histoire de la littérature contemporaine en RussieChapitre 53 sur 90 · L'ÉCOLE NATURELLE · texte numérisé non relu

L'ÉCOLE NATURELLE

vieillard que la tyrannie de sa femme a rendu ivrogne, suivre le corps de son fils', un jeune étudiant, mort poitrinaire?

« Le corbillard partit au galop. Le vieillard trottait der« rière^ et pleurait tout haut, ses sanglots tremblaient, car la respiration lui manquait. Le pauvre homme perdit son chapeau et ne s'arrêta pas pour le ramasser, sa tète était mouillée par la pluie, la bise glaciale lui fendait la figure. Il ne semblait pas s'apercevoir du froid ; tout en versant des larmes, il courait tantôt d'un côté de la voiture, tantôt de Tautre. Les pans de son vieil habit se déployaient au vent comme des ailes. Dans toutes les poches se balançaient des livres (c'étaient les livres de son fils); il tenait à la main un énorme bouquin. Les passants se découvraient et faisaient le signe de la croix. D'autres s'arrêtaient et regardaient avec pitié ce pauvre vieillard. Les livres tombaient à tout moment de ses poches dans la boue. On l'arrêtait^ on lui montrait ce qu'il avait perdu ; il le ramassait et courait pour rattraper le corbillard. »

Et l'aventure de cet employé tellement pauvre, qu'il était obligé d'aller au ministère avec des bottes éculées, et un habit déchiré aux coudes! Dans une de ses copies, il avait passé toute une ligne; il est appelé devant le chef de division pour se disculper.

« Je voulais ouvrir la bouche pour dire quelque chose et demander pardon, mais cela me fut impossible. M'enfuir, je ne l'osais pas. C'est alors, ma chère amie, qu'il m'arriva une drôle d'aventure, et quand j'y pense, je peux à peine tenir ma plume^ tellement j'en suis encore tout honteux. Mon bouton — que le diable l'emporte 1 — mon bouton qui ne tenait plus qu'à un fil, s'arracha tout à coup, sauta, roula avec bruit, et alla s'arrêter aux pieds de Son Excellence. — Et cela au milieu d'un silence général. C'était là toute, ma justification, mon excuse, tout ce que je voulais dire à Son Excellence. Les conséquences en furent terribles. Son E;i:cellence fixa aussitôt ses regards sur ma figure et mon

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costume. Je voulus rattraper mon boutoxip msiis j'avais perdis la tôte. Je me baissai poiir le saisir, mais il rquUtt, roulait| de sorte que cela me fut impdâsible. Je pùië dire que je fus d'une maladresse exemplaire I Je sentis a)o<^ que mes dernières forces commençaient à m'abandonner, que ma nSputation, que tout, tout ^tait p6fdU;;.; Etiftni je rattrapai mon bouton» je me levai, je me redi^sai, et eb imbëcilé que j'ëtais, j'aurais dû rester tranquille, et mettre les màins sur la couture du pantalon ! Mais âoh t je me tnis à rajuster le bouton au fil arraché, comme s'il pouvait t&ait, et ce qu'il y avait de plus drôle, c'est que je souriais I »

A Côté du sourire que fait uaîlre la situatîpn J-idicule de ce pauvre employé, Q^èprQ)iye-t-0Q p^m M certain sentiment de pitié en voyant rabaissement et rhumiliation auxquels la pauvreté réduit la dignité humaine ?

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