CHAPITRE IV
TH^ÂTBË. — OSTBOWSKY. BM GOUÉDim : El^ïHII NOUS, KDtJÔ NOUS ARBANdBHÔÎÎS ; — CHACUN DOIT RESTER A SA PLACE; — ^ PAUVRET:^ n'EST PAS VICE ; — ON Nîl VIT PAS COMME ON VEUl?.
Ostrowâky choisit ses iypes dans la classe mar-* chande, soit à Moscou soit en province* Cette classe^ pour la sévérité des mœurs, la tyrannie des préjugés et le despotisme de l'autorité paternelle, ressemble beaucoup à celle des paysans. Les personnages qu'Ostrowsky met en scène sont fidèles à la réalité. Mais la lecture de ses pièces fait naître la monotonie et l'ennui. Elles sont presque toutes (aillées sur le même patron. Il y a trop d'uniformité dans les caractères, l'intrigue, les situations et le dénouement. Le père est infailliblement un tyran qui veut être obéi, et qui marie sa fille soit par calcul, soit par caprice. La mère et la fille sont toujours des êtres faibles, impuissants , qui ne savent que courber la tête. Le commis épouse la fille de son patron, soit parce ^ue ce dernier veut soustraire sa fortuqe à la liquidation et ne rien donner à ses créanciers
(comme dans : Entre nous^ nous nous arrangerons)^ soit parce qu'il est travailleur et honnête (comme dans : Pauvreté n'est pas vice). La comédie : On ne vit pas comme on veut sort du cadre ordinaire, et a des côtés plus animés, plus dramatiques. Pierre , un jeune et riche marchand, a épousé une jeune fille, Dascha, qu'il avait enlevée de la maison paternelle. Mais Tamour qu'il avait d'abord éprouvé pour sa femme fait place à Fennui. II ne peut rester chez lui, et passe ses soirées auprès d'une jeune fille, Groascha, devant laquelle il se fait passer pour garçon. Grouschane tarde pas à apprendre la vérité; elle se moque de lui en pleine fête et le chasse. Pierre ne se possède plus de fureur ; il prend un couteau et veut tuer sa femme qu'il regarde comme un obstacle à son bonheur. 11 erre dans la campagne comme un fou. — « Il me semblait voir des choses étranges, dit-il dans sa confession, — j'apercevais des inconnus, et moi de les suivre. Je leur demandais où était ma femme; ils me riaient au nez et m'indiquaient plusieurs endroits. Je marchais , je marchais toujours Tout à coup, j'entends une cloche je lève la main, je regarde je suis' sur le
bord de la Moskova Ce souvenir est étrange, et
encore maintenant, j'en frissonne. Toutes mes débauches passées m'apparurent comme sur ma main ; cela me fit peur ! Je me rappelai les mots de mon père
lorsqu'il me disait que j'allais vers le précipice
Oui, c'est vrai — je n'oublierai jamais ce moment. — Beau-père, belle-mère, vivez avec nous ! Aidez-moi, bonnes gens, à effacer mes péchés. » C'est le cas de dire : Airs well that ends welt.
Ce qu'on pourrait encore reprocher à Ostrowsky, c'est la rapidité et le peu de soin avec lesquels ses
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pièces semblent être écrites. Les scènes se succèdent les unes aux autres sans laisser de fortes impressions; l'intrigue se déroule trop vite, le dénouement est trop précipité, et on ne peut pas suivre le développement progressif des caractères.
TROIâlÊME PARTIE
iXTTÊRATlXRE CONTEMPORAINE
PREMIERE PERIODE
i»e Ia Éuenre àê CVImée à l*AlN»1liléB diî flè^vace.
La guerre de Crimée porta un coup mortel au vieil édifice social qui avait été si péniblement élevé pen* dant des siècles. La Russie, frappée au cœur, se réveilla de son long sommeil, et, regardant autour d'elle, ne vit que ruines et néant. Le passé ne pouvait plus exister, mais où prendre les matériaux nécessaires pour constituer le présent et assurer Tavenir? Elle comprit son infériorité réelle et, avec un courage qui l'honorait, se mit au travail. Le gouvernement prit hardiment Tinitiative et mit à Tétude le projet d'abolition du servage, ainsi que d'autres réformes sociales. La vie ne tarda pas à circuler. C'est un beau spectacle que le réveil d'une nation ! La société remuée jusque dans ses fondements commença à s'agiter. Les idées purement théoriques et abstraites dont elle s'était nourrie jusqu'alors ne pouvaient plus lui suffire. Le temps pressait et tout était à fjaire^ La
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presse qaotidienne, profltant de la latitude qni loi était accordée, pat discuter les (jnestions da jour.
La littérature devait naturellement se ressentir de cette impulsion, et on peut dire qu'elle ne fut pas au-dessous de sa mission. Elle avait été la première à mettre hardiment le doigt sur la plaie et à découvrir les sources du mal dont souffrait le pays. Maintenant que sa voix était écoutée, elle chercha une autre sphère d'activité. L'école naturelle^ dont nous avons signalé les débuts dans les chapitres précédents, apparaît ici dans toute la splendeur de son talent. En attaquant les couches supérieures de la société, elle se sent sur son terrain. Les uns s'attachent à démontrer l'impuissance de la génération élevée sous l'influence des idées de 4840, en présence d'une vie et d'idées nouvelles. Les autres portent les derniers coups à la vieille société qui tombe, en faisant ressortir ses vices, ses travers et ses faiblesses.