‹ Histoire de la littérature contemporaine en RussieChapitre 6 sur 90 · ÉPOQUE PRIMITIVE · texte numérisé non relu

ÉPOQUE PRIMITIVE

L'histoire primitive des Slaves est beaucoup plus pauvre en souvenirs littéraires que celle des autres peuples indo-européens. Les conceptions mythologiques de cette race n'ont été retracées dans aucun livre sacré, tels que les Védas ou les Eddas, Pour en retrouver les éléments dispersés, il faut consulter les chroniqueurs du moyen âge; il faut surtout étudier les contes et les chansons qui abondent chez les Slaves. Jamais peuple ne posséda une plus belle et plus riche poésie populaire. Nulle part, non plus, la traduction n*a eu une vitalité plus persistante. C'est grâce à elle, que les croyances mythiques de celle

t LITTÉRATURE CONTEMPORAINE EN RUSSIE.

race se sont conservées à travers les siècles, sous les formes variées de chants épiques, chansons {piemas), dictons, énigmes, légendes {bylinas) et contes {skaskas). Les peuples slaves ont gardé précieusement ce trésor, en se le transmettant fidèlement de génération en génération. Aujourd'hui encore, en dépit des altérations que le temps et les destinées historiques de ces peuples lui ont fait éprouver, il est possible, grâce aux procédés de la philologie et de la mythologie comparées, de retrouver dans celte poésie populaire les éléments principaux qui constituaient les croyances primitives de cette race ^

L'ensemble des données qui ont déjà été recueillies sur ce sujet, sans former un système complet, nous permet cependant de nous faire une idée générale du mythe slave.

Cette mythologie est bien inférieure à celles de l'Asie, pour Toriginalité et la profondeur des conceptions, ainsi que pour la perfection et Télégance de la forme. Les Slaves, adossés aux Germains et aux Lithuaniens, furent les derniers venus de la grande famille européenne. De là, le caractère aryen de leur mythologie, ainsi que ses affinités avec les mythes germain et .lithuanien. La pauvreté de ses conceptions provient surtout de l'état embryonnaire de la langue des Slaves prijnitifs, ainsi que de l'imperfection de leur écriture. Or, comme le fait très-judicieu-

1 . Ce n'ost que dans ces derniers temps que les savants se sont appliqués avec succès à l'étude du mythe slaye. Cette science a déjà fait des progrès sensibles. Pour ne parler que des travaux publiés par les écrivains russes, nous citerons les ouvrages de : Athanasief, Idées poétiques des Slaves sur la nature; Stchepkine, Les sources et les formes des légendes russes j Kotlarevsky» Les funérailles chez les Slaves j etc., etc.

sèment observer M. Guizot, « les nations auxquelles manquent le développement savant du langage, et Fart de l'écriture, n'arrivent pas à des croyances religieuses systématiques et fécondes \ » Enfin, le Slave dans ses pérégrinations du Danube au Volkhof et au Don, ainsi qu'avec ses aptitudes à la vie d'agriculteur, se trouva incessamment en contact immédiat avec la nature, qu'il s'habitua peu à peu à personnifier et à diviniser. C'est ce qui fait que ses croyances mythiques reposèrent sur le culte symbolique des phénomènes matériels. A l'instar des Irans et des autres Aryens, il célébra avant tout dans ses chants : Dajboy^ le dieu du soleil, principe de la vie, de la lumière, de la chaleur, et de la fertilité ; — Péroune^ le dieu du tonnerre et des éclairs, le vainqueur des tempêtes et des mauvais génies, le précurseur des beaux jours; — Morana^ la déesse de la mort et de rhiver; — Lada, la femme de Dajbog, et par suite, la déesse de l'amour. Seulement, comme nous l'avon» dit précédemment, le mythe slave conserva toujours» son caractère réaliste et ne reçut aucun développement ultérieur; aussi, ses divinités, malgré leur forme anthropologique, sont reléguées dans une sphère lointaine, et restent indifférentes aux actions des mortels ainsi qu'aux passions humaines.

Mais au-dessous de ces grandes manifestations de la nature, existe un monde occulte, rempli de forces mystérieuses qui s'imposent d'autant plus à l'homme primitif, qu'elles l'enveloppent pour ainsi dire dans leur atmosphère. Ce monde de génies est revêtu, dans les chants populaires des Slavo-Russes, de çou-

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