CHAPITRE V
LA NOUVELLE iScOLB. LE ROMAN NIHILISTE, SO- CIALISTE ÇT R]ÉALISTB. — TCHEBNIASCHEWSKY :
•QUE FAIRE ? OUSPBNSKT : LE FAINlÉANT ; — LA
RUINE. — POMIALOVSKY, SLEPTZOF, LÉVITOF.
RESCHIÉTNIKOF : LES PODLIPOVTZIBNS.
La nouvelle école qui a fait son apparition, il y a quelques années, a ses écrivains et compte, dans les rangs delà critique^ un assez grand nombre d'apologistes. Laissant aux auteurs précédents Tétude et l'analyse des couches civilisées , elle s'est rései'vé le monopole des bas-fonds de la société et a arboré le drapeau du réalisme populaire. Mais, comme Técole naturelle, elle envisage sçs sujets d'une façon négative, et semble rechercher avec plaisir les côtés les plus laids et les plus repoussants du peuple. Elle est allée d'une extrémité à l'autre, et est tombée du coup dans des exagérations dont il lui sera difficile de se relever. Elle qui se vante de ne pas idéaliser le paysan, comme l'ont fait Tourguénief et Grigorovitch , elle qui a la prétention d'être l'expression fidèle des tendances réalistes de la société actuelle,
comment a-t-elle rempli son programme? Franche-
ment, il est difficile d'aimer le peuple, après avoir lu les écrits de Glèbe Ouspensky et tutti quanti l
Le roman de Tcherniaschep^sky : Que faire ? eut un retentissement immense à son apparition , probablement parce qu'il fut prohibé par ordre du gouvernement. Son héros, Rakhmétof, est je ne dirai pas peu naturel, mais impossible. Ce type des hommes de l'avenir, pour être conséquent avec ses principes, accomplit des tours de force uniques dans leur genre. Aprèsavoi^ beàucotipi voyagé, il affranchit ses serfs et se fait lul-iflônie bourlak * afin de J)duV6ir étudiét- de plus près la rie dii peuple. Il est capable de lire quatre-vingt-deux heures de suite , d'avaler successivement huit verres de fort café. Malheureuseiftent, il a une faiblesse très-peu démocratique, c'est d'aimer les bons cigares. Ce Rakhmétof, ce pur entre les purs, est tout au plus une curiosité bonne à mettre dans un musée j et il lie trouvera guère , je crois , de jeunes gens qui auront Tenvie de l'imiter.
Ouspensky est un des principaux coryphées de cette littérature, qui porte fièrement le nom de littérature de moujiks. Si encore elle nous initiait à la vie réelle4 saine et normale du peuple ! Mais non ! tous ses héros sont des paysans bruies, idiots, ou des prolétaires en révolte perpétuelle contre la société. Pour les peindre , il ne faut pas aller au village, mais suivre les débats des tribunaux de police correctionnelle ou fréquenter les tavernes. J'ouvre, par exemple, un des principaux récits de Glèbe Ouspensky : Le Fainéant.
Le héros raconte d'abord comment son père, un