‹ Histoire de la littérature contemporaine en RussieChapitre 73 sur 90 · INFLUENCE DU ROMAN FRANÇAIS · texte numérisé non relu

INFLUENCE DU ROMAN FRANÇAIS

tersbourg de Krestovsky eurent un grand succès. Le cadre de cés^Mystères est beaucoup plus grandiose que le célèbre roman d'E. Sue. Les personnages plus nombreux sont pris dans toutes les classes de la société, les scènes sont plus variéesé Nous voyons passer sous nos yeux des aristocrates et des mendiants, des hauts fonctionnaires et des filous, des jésuites et des criminels, des chercheurs d'or et des faux monnayeurs. Mais Fauteur a choisi une tâche trop au-dessus de ses forces, A part quelques tableaux supérieurement dessinés, comme la taverne Erscha, ce rendez-vous des aventuriers de bas étage, l'intérieur de la prison et de la célèbre maison de Viazemsky, ce refuge des vagabonds,- le reste est faux ou exagéré. On voit que le romancier a été obligé de recourir à sa seule imagination. Les scènes et les épisodes abondent, mais tout cela s'enchevêtre ou est mal soudé, et on perd à chaque instant le fil de Tintrigue. Krestovsky, dans son Troupeau de Panurge, s'obstina, malgré les avjs de la critique, à suivre la môme voie. Le roman a les défauts du précédent, sans en avoir les qualités. C'est une série de scènes à effet, où l'imagination et la fantaisie jouent un rôle prédominant. Le sujet du roman est emprunté à une époque récente de troubles; l'incendie du dvor d'Apraxine, les désordres qui éclatent à l'université de Pétersbourg, la révolution polonaise, en forment les principaux épisodes; tout cela est réuni, confondu, mêlé d'une façon fausse et peu naturelle. Krestovsky baissait visiblement. Son dernier roman Sors la loi/ qui a paru en feuilleton, il y a deux ans, dans le Monde Russe^ témoigna de sa complète décadence.

Stébnitzky et Boborykine n'ont imité que pour la

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forme le roman français. Le premier, dans iVez/fe par/, nous raconte l'histoire et la fin tragique d'une jeune nihiliste, Lisa Bakharef, et d'un socialiste, Raïner. Il nous introduit dans l'intérieur d'un phalanstère; nous ne savons pas si la description qu'il nous en donne est fidèle, mais, en tout cas, elle n'a rien de bien attrayant.

Boborykine, écrivain très-fécond, a beaucoup de verve, d'imagination et d'esprit: mais il manque de sérieux et de fond. Les héros de son roman En route sont trois collégiens qui, par leurs qualités extraordinaires, ressemblent assez aux Trois Mousquetaires de Dumas. Le plus remarquable d'entre eux, Télepnef, devient à dix-sept ans l'amant de. sa jeune tante; étudiant, il est le favori d'une dame à la mode; et enfin, à Dorpat, il rencontre une jeune Russe qui le dompte et lui fait la leçon à merveille. En général, les types de Boborykine manquent de naturel. Nous ferons les mêmes réflexions sur ses romans ultérieurs : les Faiseuhy la Moitié dune vie^ et le Docteur Tzyboulka.

Madame Marco-Vovtchok a écrit en petit-russîen ; beaucoup de ses récits ont été traduits en russe par Tourguénief. Elle a voulu imiter les Mémoires d'un chasseur^ mais ses œuvres manquent d'actualité, et ont le tort de paraître dix ans trop tard. Dans Tun d'entre eux, intitulé Mascha^ nous voyons une jeune fille de serfs protester de toutes ses forces contre la corvée. Chaque fois que sa maîtresse veut la faire travailler, elle se dit malade, et passe des mois entiers enfermée dans la cabane de ses parents. Elle presse son frère de les racheter, et lorsqu'elle apprend qu'elle est libre, elle s'écrie : « Maintenant donnez- « moi de l'ouvrage, je suis bien portante; si vous sa-

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