‹ Histoire de la littérature contemporaine en RussieChapitre 74 sur 90 · INFLUENCE DU ROMAN FRANÇAIS · texte numérisé non relu

INFLUENCE DU ROMAN FRANÇAIS

« viez comme je suis forte ! » L'héroïne d'un autre récit, Igrouchetçhka (le joujou) est une petite fille de seigneurs, gâtée par ses parents, mais qui a un bon cœur et un esprit très-curjeux. Quelquefois elle s'a* muse à tourmenter la jeune Grouscha qu'on lui a donnée pour joujou; «Pourquoi t'ennuies-tu? lui « dit-elle. Sois gaie, je le veux, je suis ta maîtresse; « ris tout de suite. » D'un autre côté, le spectacle de Tasservissement des paysans choque ses instincts. Elle sent qu'il y a là-dedans quelque chose d'anormal, mais elle ne peut se le raisonner, et personne ne le lui explique. L'auteur dans ses récits est moins naturel que Tourguènief; il affiche un sentimentalisme qui le rapproche beaucoup de Grigorovitch.

Madame Krestovsky (pseudonyme ') a déjà écrit plusieurs romans, dont Tun d'eux, la Grande Ourse, a été traduit en français, dans le Journal de Saint-Pétersbourg. Nous avouons humblement n'avoir pas eu la patience de le lire jusqu'au bout. L'auteur a la prétention d'analyser l'âme jusque dans les moindres détails; mais tout cela se fait mécaniquement. C'est une morale recouverte d'un vernis de boudoir, à l'usage des jeunes pensionnaires.

Le Messager russe^ qui lutte de toutes ses forces contre les tendances réalistes de la littérature contemporaine, a voulu aussi prêcher d'exemple. Il s'est adjoint la collaboration de quelques jeunes romanciers, tels que : Averkief, Avsienko etMarkévitch, mais n'a guère été heureux dans son choix.

Le roman d'Averkief, Histoire d'un jeune homme pâle, que publie en ce moment la Revue^ est d'un mé-

1 • Son vrai nom est madame Khvotchinsky.

rite douteux, et nous conseillons au jeune écrivain de retourner au drame historique où il est beaucoup plus heureux. Pour les biens de ce monde d'Avsienko est d'une morale équivoque. Les deux héros, Ilyaschef et madame Schélopatof, sont des exploiteilrs à la conscience élastique et auxquels tout réussit. Le vice doit-il être représenté sous des formes si séduisantes?

Markévitch, dans sa Question oubliée^ donne le rôle principal à un jeune garçon beaucoup trop développé pour son âge. Cela choque la vraisemblance. Marina d'Ali Rog a la prétention d'être un tableau de la société contemporaine; mais les portraits sont faux; ils manquent de naturel et ressemblent parfois à de vraies caricatures.

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