CHAPITRE PREMIER
HISTOIBK. -^ HISTOIKB DE L']éGLISB. — HISTOIRE MILITAIRE. — HISTOIRE DU DROIT. — BIOGRA- PHIES. — MYTHOLOGIE. — TRAVAUX LINGUISTIQUES ET LITTERAIRES.
Le genre historique est un de ceux qui sont traités avec le plus de fécondité et le plus de succès en Russie» et cependant son origine ne remonte pas audelà du commencement du siècle actuel. Karamzine doit en être regardé comme le véritable fondateur. Ce fut le premier historien russe vraiment digne de ce nom. On lui a reproché, il est vrai, d'avoir écrit l'histoire de l'État et des souverains plutôt que celle de la nation elle-même. Ce reproche est fondé, mais à cette époque Thistoire n'était pas comprise autrement, et la critique n'y avait pas encore introduit de nouveaux éléments. Le style de Karamzine est clair, quelquefois même éloquent. Il est vrai qu'on a fait mieux depuis; mais les nombreuses notes et commen-
taires qui sont annexés à chacun des volumes de cet ouvrage, et qui prouvent Térudition de Fauteur, peuvent encore être consultés avec fruit et utilité.
L'influence de Karamzine et la lutte des Slavophiles et des Occidentaux éveillèrent le goût de la nation pour les travaux historiques. Karamzine forma des élèves qui dépassèrent le maître. L'État et les particuliers rivalisèrent d'ardeur et d'émulation afin de réunir tous les matériaux nécessaires. De 1834 date la fondation par le gouvernement d'une commission archéologique chargée de compulser et de publier les anciennes chroniques et chartes de la Russie. La Société d'histoire et d^antiquités de Moscou, créée un peu après, prit pour tâche de publier des recueils historiques. L'Académie des sciences ne voulut pas rester en arrière et institua une Commission archéographique. A ces sociétés sont venues s'en joindre d'autres telles que : les sociétés historiques de Vilna, de Kief et d'Odessa. De plus, deux revues fondées il y a quelques années : V Antiquité russe et les Archives russes^ se sont consacrées à la publication de documents relatifs à diverses époques de l'histoire de ce pays. Signalons en outre l'existence du musée du comte Roumiantzef à Moscou, si riche en collections manuscrites, du cabinet d'antiquités de Pogodine, le célèbre historien, et d'un nouveau musée historique qui vient d'être inauguré à Moscou sous le patronage du grand-duc héritier.
Cette ardeur que témoigne la Russie pour l'étude du passé est pleinement justifiée. Aucun pays ne possède une histoire plus grandiose, plus riche en événements, et en même temps plus obscure, plus pauvre
de sources. Vaguement décrite par les anciens historiens grecs, la Rouss fut pendant quelques siècles inondée par les Barbares qui traversaient les plaines du Volga, du Don, et du Dniepr pour se précipiter sur l'Europe. Gomment reconstituer la généalogie, le culte mythologique et la vie politique de ces tribus slaves errantes et éparpillées dans ces grands déserts inconnus? Les Slaves de l'Allemagne et de la V«istule ont été plus heureux. Ils ont pu refaire leur passé à l'aide des ouvrages byzantins et des chroniques laissées par les missionnaires chargés de les convertir au christianisme. Ils avaient pour se renseigner : les Chroniques de Helmold, de Thitmar et de Saxo Grammaticus, la Vie de saint Othon et la Mater verhorum de Prague, etc. Les Slaves de la Russie, dont l'existence primitive . fut plus obscure, ont été à peine remarqués par les écrivains byzantins et les chroniqueurs iarabes. De plus, dans ces récits, les noms propres sont ou défigurés ou méconnaissables, les dates oubliées ou altérées. Le seul monument national qui reste de cette époque est la fameuse Chronique de Nestor, moine de Kief ^, qui composa son récit beaucoup plus tard, et dut souvent se contenter de témoignages transmis de génération en génération. Celte Chronique, ou plutôt les diverses copies qui en sont restées, présentent des contradictions qui ont amené plusieurs écrivains à douter de son authenticité. Nous en reparlerons plus tard.
L'élan une fois donné par Karamzine et les diverses sociétés savantes placées sous le patronage de l'État, les Russes se réveillèrent de l'indifférence qu'ils té-