‹ Histoire de la littérature contemporaine en RussieChapitre 81 sur 90 · LÀ POÉSIE BN RUSSIE DEPUIS · texte numérisé non relu

LÀ POÉSIE BN RUSSIE DEPUIS

prits. Nékrassof, entraîné par ce mouvement, écrivit plusieurs pièces vraiment remarquables, comme celle qui commence ainsi : Si je traverse, la nuit^ les rues obscures. Plus tard, lors de l'apparition du nihilisme etderécoie ultra-réaliste, Nékrassof, qui s'était tourné vers ces nouvelles théories, commença visiblement h tomber en décadence. Ses poésies populaires no sont guère d'un meilleur goût que certaines pageg d'ûuspensky* Il nous montre le paysan demandant à être délivré ade$ puces qui fourmillent dans sa che«jnise » ; la jeune paysanne est comparée à une puce agile. Aujourd'hui que les esprits, las de s'agiter, sont devenus plus calmes, Nékrassof, à court de sujets, a dû se rejeter vers le passé. Le coup de décembre 1825 lui a fourni quelques pièces : YAienhy les Femmes russes, où il chante Théroïsme de deux princesses qui allèrent rejoindre leurs maris en Sibérie. Mais on voit que le poëte n'est plus sur son terrain. Nékrassof se bat les flancs, il a enfourché le Pégase du romantisme qui se transforme en bidet aux allures fatiguées, et il n'enfante qu'un poëme sec, d'un faux lyrisme. La muse qu'il avait voulu dompter au profit de ses opinions se vengeait de lui. On dirait qu'il semble avoir eu conscience de sa stérilité et de son impuissance, en écrivant ces strophes :

« Toutes mes affections sont brisées ; la raison depuis longtemps m'a fait entendre sa voix sévère ; je regarde la vie d'un œil incrédule.... tout est fini,,., ma tôte grisonne*

« C'est décidé : travaille pendant que tu es bon à quelque chose, et attends la mort! Elle n'est pas loin.... Pourquoi, ô mon cœur, ne veux- tu pas (a soumettre à ton sort?.... D'où vient ta tristesse ?

« Rien n'est durable dans nos affections. Chaque jour,

nous donnons un mort à la terre; pourquoi^ ô rêve de Tamour, es-tu infini et impérissable ?

a Endors-toi. ..• meurs M »

Mînaief est un poêle satirique et liumoristique, comme Nékrassof. Il écrivit dans les journaux, sous plusieurs pseudonymes : le Poëte chagrin , l'Homme obscur, Heine de Tambof. Sans être doué d'un lalent de premier ordre, il publia des poésies remarquables par l'esprit, la justesse de la satire et la profondeur de Tidée. Une des plus originales : Séance du club des quadrupèdes^ se moque très-spirituellement d'un certain parti dans le journalisme contemporain.

Un chapitre bien intéressant à faire serait celui du présent et de Tayenir de la poésie, du roman et du théâtre en Russie.

La littérature russe a une destinée bien étrange. Du reste, tout n'est-il pas étrange dans ce pays à deux faces, comme le visage de Janus, — dans ce pays qui est vieux par son histoire, et jeune par ses forces encore intactes ; despotique en haut et démocratique en bas, qui tient à la fois de l'Europe et de l'Asie, qui a la double mission d'emprunter des civilisations étrangères et de les inoculer à ses peuples? — Dernier venu sur la scène, il a été obligé d'emboîter le pas derrière les autres nations. Tout date d'hier, dans ce pays : le roman, l'histoire, la presse, la critique. Ouvrier de la dernière heure, il a su cependant produire, dans les diverses branches de la littérature, des œuvres qui peuvent hardiment soutenir toute

1 . Ces strophes ont paru dans la Skladtchina^ recueil où ont collaboré les écrivains les plus remarquables de la Ruiisie, et qui a pour but de venir en aide aux paysans affamés du gouvernement de Samara.

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