‹ Histoire de la littérature contemporaine en RussieChapitre 9 sur 90 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

mTBODUCTION DU CHBISTIAKISMB BN BUSSIE

Le christianisme byzantin fut impuissant à déraciner cet ensemble de croyances et de superstitions qui constituaient le mythe slave. Et, du reste, il n'en pouvait être autrement. Une religion officielle, qui est imposée de vive force aux peuples, et qui, par son organisation, est privée de toute influence sociale, ne peut avoir aucun effet moral. Le christianisme grec produisit des résultats peu propices sur le développement ultérieur de la Russie. Il l'isola pour longtemps du reste de l'Europe. Que pouvait-on, en effet, attendre de cet alliage entre la civilisation corrompue d'un empire en décadence, et une nation jeune, aux mœurs grossières et barbares?

Les peuples de TOccident se trouvèrent dans une situation bien différente. Le christianisme romain apporta un nouvel élément moral et social à une civilisation déjà développée. Sa langue liturgique, le Jatin, était un idiome perfectionné, classique, qui ouvrait aux convertis les vastes horizons des chefsd'œuvre de l'antiquité. Les Slavo-Russes, au contraire, se virent imposer une religion éminemment

superficielle, esclave du pouvoir séculier, qui étouffait tout libre développement de la pensée ; et, comme le fait très-judicieusement observer un écrivain russe, « ce fut là le premier de leurs servages intellectuels ^ »

Avant leur conversion, ils se servaient, pour exprimer leurs pensées, de certains caractères hiéroglyphiques tracés sur le bois. Une fois baptisés, il leur fallut une langue écrite dans laquelle ils pussent lire les saints évangiles ; il fallait aussi au clergé une langue liturgique. Or, les Slaves du Danube, grâce aux apôtres Cyrille et Méthode^, possédaient dans leur langue la traduction des livres sacrés, dogmatiques et canoniques de TÊglise d'Orient. C'est à eux que les grands-princes s'adressèrent, par suite d^s facilités qu'offrait la parenté du langage.

Cyrille, dans ses traductions, s'était servi du dialecte des Slaves de la Bulgarie, auquel il donna un alphabet qui, dans ses traits principaux, dérivait de l'alphabet grec^. Cette langue devint par la suite lalangue liturgique de tous les Slaves orthodoxes, et porta le nom de Slavon^ ; l'alphabet reçut la dénomination d'alphabet Cyrillique *. C'est, donc aux

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