‹ Histoire de la littérature dramatiqueChapitre 3 sur 66 · Le greffier hargneux de la France littéraire · texte numérisé non relu

Le greffier hargneux de la France littéraire

ils sont restés comme dans un rempart inviolable. Affables à tous, confiants à peu , bienveillants aux honnêtes, justes à qui le mérite, oublieux de Tinjure, incapables d'offense, incapables de lâcheté, généreusement animés de cette ambition qui est l'activité des honnêtes gens, et repoussant, comme une tache et comme un crime tout ce qui est l'excès en politique, en littérature, en doute, en croyance, et toujours et partout.

Puis, quand les anciens virent à l'œuvre les nouveaux venus dans cette arène de la révolution de Juillet, quand ils entendirent parler de celui-ci qui expliquait à la façon de Montesquieu luimême l'esprit des lois des États-Unis; de celui-là qui, voyageur en Orient, et martyr de la science, envoyait à son père au désespoir des letties dont le monde aussitôt faisait des chapitres d'histoire; de ce troisième qui racontait, dans sa prose travaillée avec un art infini, les Consultations du docteur noir; et de ce grand aveugle clairvoyant qui , privé de la douce lumière du jour, la retrouvait, ô miracle ! dans les mystères et les ténèbres de la vieille France de nos vieux rois ; soudain ces anciens, les écrivains de la veille , saisis d'une émulation incroyable , s'empressaient d'accourir à l'œuvre immense, et on les voyait l'un après l'autre, ou tous ensemble, s'adresser de nouveau au public, étonné de tant de fortunes de l'esprit, de l'étude et du hasard.

Le premier de tous les écrivains qui avaient fait leurs preuves, Charles Nodier, l'indolent poète et l'heureux écrivain, ce bonheur en chair et en os, qui n'a jamais senti le vent de bise, et que la critique a favorisé de ses plus tièdes haleines, Nodier, dans son ravissement de cette éclosion inattendue en si peu d'heures, se remet à l'œuvre, et le voilà qui raconte, en se jouant, sa propre jeunesse au milieu de la Terreur, et sa première leçon de grec sous l'échafand même où le Grec défroqué, Euloge Schneider est attaché par ses bourreaux eux-mêmes, indignés de ses crimes. C'était charmant à entendre cet accent de Nodier, c'était doux à voir ce sourire sans arrière -pensée et cette plainte sans amertume. 11 avait au plus haut degré, l'art du récit, du conte et de la conviction. 11 a raconté une fois, qu'il avait été guillotiné, et tant il le croyait qu'il passait encore sa belle main amaigrie, sur son cou décharné.

Jamais il n'a tant écrit qu'après le mois de juillet 1830, et

jamais d'une façon plus suivie, avec un plus grand concours de lecteurs. L'émulalion l'avait pris, et il allait, protégé par tous les écrivains qui gouvernaient la France , et qui le traitaient comme un bon fils traite un bon père qui lui a toujours été facile et indulgent.

Lui-même, un apôtre, un terrible, un fanatique, une flamme, une gloire, un fléau, M. de Lamennais, prêtre énergique, apôtre inflexible , allumant au feu même de l'autel la torche de sa parole , le seul homme qui eût converti son siècle , si le siècle eût pu être converti , quand il entend tous ces grands bruits et quand il voit tous ces grands ouvrages, il s'émeut, il s'arrête, il se trouble, et tout pareil à quelque Jupiter tonnant — mais au Jupiter qui ne frappe pas à côté , il lance au monde épouvanté ce carreau formidable intitulé : les Paroles (Tun Croyant ! Ah 1 l'épouvante ! ah! la misère ! Il y eut, ce jour-là, un grand scandale sous la voûte des cieux , et ce fut parmi les beaux-esprits qui vivent de facéties, et qui n'ont guère, pour composer leurs œuvres complètes, qu'un bon mot bien trouvé, une rage véritable à qui rencontrerait quelque parole à opposer aux Paroles d*un Croyant.

a C'est Babeuf prêché par Isaïe ; » On disait encore en parlant de M. de Lamennais, a c'est 4793 qui fait ses Pâques. » — a C'est un Ézéchiel jacobin , » disait celui-ci ; « C'est Marat sous le masque d'un prophète, » ajoutait celui-là. Ainsi chacun lançait sa pierre, et chacun disait son mot, et cependant le prêtre alliait * toujours, mariant, sans leur demander leur consentement, le catholicisme et la liberté. En ce moment le prêtre avait la fièvre, il la donnait à son peuple, et cette Gèvre elle dure encore; elle a son nom , elle s'appelle le delirium tremens.

Au contraire , et par le sentier opposé de la montagne pleine d'éclairs, voyez-vous descendre un homme jeune encore, un jeune homme, un martyr, un résigné. L'infortuné, comme il a dû souffrir I Ses pieds meurtris ont traîné le boulet; sa main endolorie a porté la chaîne ; il garde à son cou la trace horrible du carcan , la nuit obscure pèse encore sur ses yeux que le jour offense; il marche à la façon d'un fantôme et comme on marche en rêve.

Admirez cet homme... il revient de la tombe, il revient du carcere duro^ il revient du Spielberg, du Spielberg où l'on monte par l'échafaud ! Dans cette tombe il est resté dix ans , immobile et III. 2

muet, abandonné et plus que mort, sans savoir ce que disait sa mère, et ce que l'Europe était devenue. Et le voilà qui ressuscite, il se lève , et de sa main libre il s'assure qu'il n'a plus un seul cheveu sur la tête ! Il va , il va en chancelant, et son pied délivré se heurte au moindre caillou du chemin; ses fers sont brisés, la jambe desséchée les sent encore. 0 fantôme, en effet , pleurons sur lui, prions pour lui. De profundisl

Croyez-vous cependant que ce malheureux, quand il aura touché le sol des vivants, retrouvé le soleil des vivants, et secoué le fumier du Spielberg, va perdre ce qui lui reste de vie à maudire ses bourreaux, à exécrer l'Autriche, à traîner M. de Metternich aux gémonies, à accuser cette honnête et inerle sangsue gorgée de larmes, l'empereur François I"? Non, le poète a des vengeances plus cruelles et des châtiments plus sûrs. Il ne veut pas s'abaisser à la plainte, il dédaigne les représailles, il va écrire un livre où l'excès même de la résignation , où le pardon poussé jusqu'à la folie , et le comble même de l'humilité sous ce pied royal qui l'écrase, arriveront à produire un tel ravage dans les âmes, et dans les consciences une telle épouvante, que les plus terribles énergumènes de l'école , Juvénal et Tacite n'auront jamais proféré une plus complète et plus redoutable malédiction.

Et de cette plainte calme, et de ces douleurs à l'état latent, peu . à peu s'exhalent toutes les misères de l'Italie. Esclave, elle montre ses larmes; opprimée, elle crie; emprisonnée, elle ébranle les barreaux de sa geôle ; elle fait hurler ces portes de fer. 0 martyr, ô Sylvio 1 sois béni pour tes pitiés implacables ! En vain tu pries, en vain tu t'enivres des beautés de la terre natale et des enchantements de ta résurrection, sous ces haillons que tu as portés, dans les cachots où tu as râlé, sur cette paille où tu vivais, je retrouve Dante proscrit. Tasse en délire, Colomb mendiant une voile, Galilée enchaîné; avec toi je répète l'humble chan* son que disait cette prisonnière inconnue : Ah ! disait-elle en sa chanson , qui donc rendra la malheureuse au bonheur qu'elle avait :

Ghi rende alla meschiiia La sua félicita?

Eh bien, quel plus merveilleux démenti pouvait être donné aux

paroles de M. de Lamennais, libre et maitre de tout dire, que les paroles de Sylvio Pellico enchaîné sur un rocher et dévoré par son vautour? Contraste étrange et qui n'est pas à notre gloire! Voilà rilalien, voilà le captif, voilà le carbonaro qui jette au monde consolé un évangile de salut; voilà le prêtre et le catholique adressant au monde épouvanté l'anathème des bonnets rouges ; l'homme torturé pardonne, l'homme tonsuré maudit! Vivez, dit le martyr, il y a de la vie et de l'espérance même au fond du Spielberg; — vous êtes morts, dit le prêtre; la mort est au fond de toutes choses, elle est dans le fruit, elle est dans la fleur, elle est dans l'amour.

C'était pourtant une heureuse époque, l'époque où ces grandes choses se produisaient au jour le jour. 11 y avait en ce temps-là à Paris même, à Paris devenu le refuge des libertés proscrites et des intelligences persécutées, le comte Rossi, l'auteur de ce fameux Traité du droit pénal y qui enseignait l'économie politique au collège de France ; la jeunesse l'écoutait avec cet intérêt passionné qu'elle porte à toutes les choses libérales; il parlait avec l'accent et l'éloquence de sa patrie ; il avait la hardiesse, il avait la conviction qui font les grands professeurs ; il aimait la vie, il aimait le travail, il était tout entier à son œuvre ; il ne se doutait guère qu'il tomberait, un jour, sous le coup d'un assassin aux pieds du trône pontifical.

Et cet autre étranger, cette conquête inestimable que nous avons faite, en ce fameux mois de juillet, 1830, Henri Heine ; aussi Français qu'Allemand pour le moins; Allemand un peu en retard, il en est resté à Voltaire et à Diderot ; Français un peu en retard aussi, il ne songeait, en venant chez nous, qu'au général Foy et à Benjamin Constant. Quelle verve et quel esprit ! Quel admirable mélange de bière de Munich et de vin d'Aï 1 Quel bon patois mêlé de Goethe et de Voltaire, avec un peu de Diderot par-ci et de Jean-Paul par-là, y compris un grain de Messie et de Contes fantastiques. Il a merveilleusement réussi chez nous, ce Henri Heine; on Ta applaudi et même on l'a loué, on lui a appliqué, sans rire cette phrase insolente : qu'il avait autant d'esprit qu'un Français, et il a rê[)ondu qu'on était bien honnête. Il a été assez Franç-ais pour rester Allemand, assez Allemand pour être un satirique et pour se faire mettre à l'index sur les deux rives du

vieux père Rhin , qui eût tué volontiers le veau gras pour fêter l'enfant prodigue.

Hélas î l'enfant prodigue, il ne mange plus de veau gras, il ne boit plus de vin d'Aï. Hélas î plus d'écriture, et plus de poème, et plus de chansons. Il est courbé sous le mal ; il est rivé à la peine; il est plongé dans le carcere durissimo de la paralysie , alors que chaque mouvement est un supplice, et que l'homme, ou ce qui en reste, ne vit plus que pour la douleur et par la douleur. Il est pris, il est torturé ; la douleur aiguë et pointue en ses mille élancements le tient des pieds à la tète , et toute l'occupation du pauvre homme en ce moment, c'est de compter à chaque instant une douleur nouvelle. Hier encore il y avait dans ce corps pétri par le tétanos, tel tendon, tel nerf, telle place où le mal ne faisait pas sentir sa pointe aiguë, aujourd'hui le tendon intact est déchiré, le nerf indolent est tendu, et cette douleur-ci rencontrant celte douleur-là, les voilà qui se donnent la main et qui dansent sur ces fibres haletantes, sans balancier.

a Ces chères rencontres me rappellent, disait-il, deux femnies en grand deuil qui se promenaient dans la ville de Munich. L'une dit à l'autre : — Et votre fils? — Il est mort, dit l'autre, à la bataille de Leipsick. — Ah , répondit la première , un bel endroit la bataille de Leipsick. »

« Après quoi la seconde femme, à son tour, dit à la première : — Et votre fils? — Il est mort, répondit la première femme, sous les murs de Dresde. — Ah, les murs de Dresde, une bonne place, repartit la seconde. » Et moi , dit Heine, en éclatant de rire au milieu de ses gémissements, je suis vraiment la bonne place où se rencontrent et se rejoignent toutes les douleurs. »

Et notez que dans toutes les parties des beaux-arts, l'élan de 1830 était le même, et que tous ces enchantements appartenaient à la même féerie. A peine I heure avait sonné que Robert le Diable éclatait dans l'Opéra, sauvé et glorifié par Meyerbeer et son génie. Elle a dansé, pour la première fois, à la douce clarté de ces étoiles naissantes, la Taglioni inspirée ; il nous a donné à la même heure, ses dernières et ses plus belles chansons, ce beau Nourrit. Mais quelle est cette maladie étrange , et quelles sont ces voix qui semblent venir de l'autre patrie? Écoutez, c'est le nocturne de Schubert, un rêveur de là-bas, une fable, un écho. A la mu-

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sique il est ce que Lamartine est à la poésie. II a le même charme et la même grâce. Il est semblable à celte fleur dont parle Sainte-Beuve dans son livre intitulé: yolwpté^ un des beaux livres de la révolution de Juillet.

« OiJ cou riez- vous tout à l'heure? me disait-elle un soir. — « J'avais aperçu là-bas, répondis-je, une forme fine et blanche a dans l'ombre, et je croyais que c'était vous; mais ce n'était tt qu'un lis, un grand lis, que d'ici , à sa taille élancée et à sa a blancheur dans le sombre de la verdure, on prendrait pour la a robe d'une jeune fille. — Ah 1 vous cherchez maintenant à raccom- « moder cela avec votre lis, s'écria-t-elle vivement et d'un air de « gronder; je veux bien vous pardonner pour cette fois. d'avoir a passé si près sans m'apercevoir ; mais prenez garde ! Celui à qui « pareille faute arriverait deux fois de suite, ce serait preuve « qu'il n'aimait pasvraiment^ il y a quelque chose dans l'air qui « avertit. »

Il y avait quelque chose dans l'air, c'était ce lis allemand , c'était cette féerie et cette chanson. Qui que vous soyez, qui avez été jeune dans celte génération, vous vous rappelez avec ravissement les mélodies de Schubert. J^Ue chantait une de ces fêtes des nuits d'élé, le jour où vous la vîtes, pour la première fois, la beauté qui vous fut si chère. Elle chantait celte ballade allemande et elle était blanche comme ce lis que les amoureux prennent pour leur maîtresse au mois d'août , ou pour la lune assise sur son trône d'argent !

On a parlé, dans toutes les histoires romaines, de ce champ de blé aux portes de Rome, sur lequel Annibal était campé, et l'on admire, encore à cette heure, la confiance de ce Romain qui achète le champ à la criée, et qui le paie aussi cher que si Annibal n'avait pas quitté Carthage. — Un fait aussi digne d'attention, et dont on parlera moins longtemps, c'est celui-ci :

Le lendemain du 29 Juillet, je dis le lendemain , pas un pavé n'était encore à sa place, et les morts descendaient le courant de ce fleuve de la Seine, trop souvent ensanglanté par nos discordes, que déjà paraissait le premier numéro d'un journal intitulé r^rliste, un journal uniquement consacré aux arts libéraux , et pas d'autre souci, pas d'autre passion ; rien que des peintres, des sculpteurs, des statuaires , des architectes, des écrivains ; et tout 111. . 2.

vieux père Rhin , qui eût tué volontiers le veau gras pour fêter l'enfant prodigue.

Hélas! Tenfant prodigue, il ne mange plus de veau gras, il ne boit plus de vin d'Aï. Hélas! plus d'écriture, et plus de poëme, et plus de chansons. 11 est courbé sous le mal ; il est rivé à la peine; il est plongé dans le carcere durîssimo de la paralysie , alors que chaque mouvement est un supplice, et que l'homme, ou ce qui en reste, ne vit plus que pour la douleur et par la douleur. H est pris, il est torturé; la douleur aiguë et pointue en ses mille élancements le tient des pieds à la tète , et toute l'occupation du pauvre homme en ce moment, c'est de compter à chaque instant une douleur nouvelle. Hier encore il y avait dans ce corps pétri par le tétanos , tel tendon, tel nerf, telle place où le mal ne faisait pas sentir sa pointe aiguë, aujourd'hui le tendon intact est déchiré, le nerf indolent est tendu, et cette douleur-ci rencontrant celte douleur-là, les voilà qui se donnent la main et qui dansent sur ces fibres haletantes, sans balancier.

a Ces chères rencontres me rappellent, disait-il, deux femmes en grand deuil qui se promenaient dans la ville de Munich. L'une dit à l'autre : — Et votre fils? — Il est mort, dit l'autre, à la bataille de Leipsick. — Ah , répondit la première, un bel endroit la bataille de Leipsick. »

« Après quoi la seconde femme, à son tour, dit à la première : — Et votre fils? — Il est mort, répondit la première femme, sous les murs de Dresde. — Ah, les murs de Dresde, une bonne place, repartit la seconde. » Et moi, dit Heine, en éclatant de rire au milieu de ses gémissements, je suis vraiment la bonne place où se rencontrent et se rejoignent toutes les douleurs. »

Et notez que dans toutes les parties des beaux-arts, l'élan de 1830 était le même, et que tous ces enchantements appartenaient à la même féerie. A peine Iheure avait sonné que Robert le Diable éclatait dans l'Opéra, sauvé et glorifié par Meyerbeer et son génie. Elle a dansé, pour la première fois, à la douce clarté de ces étoiles naissantes, la Taglioni inspirée ; il nous a donné à la même heure, ses dernières et ses plus belles chansons, ce beau Nourrit. Mais quelle est celte maladie étrange , et quelles sont ces voix qui semblent venir de l'autre patrie? Écoutez, c'est le nocturne de Schubert , un rêveur de là-bas, une fable, un écho. A la mu-

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sique ii est ce que LamartiDe est à la poésie. Il a le même charme et la même grâce. Il est semblable à celte fleur dont parle Sainte-Beuve dans son livre intitulé : Folupté , un des beaux livres de la révolution de Juillet.

« Où cou riez- vous tout à l'heure? me disait-elle un soir. — « J'avais aperçu là-bas, répondis-je, une forme fine et blanche « dans l'ombre, et je croyais que c'était vous ; mais ce n'était « qu'un lis, un grand lis, que d'ici , à sa taille élancée et à sa « blancheur dans le sombre de la verdure, on prendrait pour la a robe d'une jeune fille. — Ah 1 vous cherchez maintenant à raccom- « moder cela avec votre lis, s'écria-t-elle vivement et d'un air de « gronder; je veux bien vous pardonner pour cette fois. d'avoir « passé si près sans m'apercevoir; mais prenez garde! Celui à qui « pareille faute arriverait deux fois de suite, ce serait preuve a qu'il n'aimait pas vraiment^ il y a quelque chose dans l'air qui « avertit, k

Il y avait quelque chose dans l'air, c'était ce lis allemand , c'était cette féerie et cette chanson. Qui que vous soyez, qui avez été jeune dans cette génération , vous vous rappelez avec ravissement les mélodies de Schubert. J^lle chantait une de ces fêtes des nuits d'été, le jour oii vous la vîtes, pour la première fois, la beauté qui vous fut si chère. Elle chantait cette ballade allemande et elle était blanche comme ce lis que les amoureux prennent pour leur maîtresse au mois d'août, ou pour la lune assise sur son trône d^ argent !

On a parlé, dans toutes les histoires romaines, de ce champ de blé aux portes de Rome, sur lequel Annibal était campé, et l'on admire, encore à cette heure, la confiance de ce Romain qui achète le champ à la criée, et qui le paie aussi cher que si Annibal n'avait pas quitté Carthage. — Un fait aussi digne d'attention , et dont on parlera moins longtemps, c'est celui-ci :

Le lendemain du 29 Juillet, je dis le lendemain , pas un pavé n'était encore à sa place, et les morts descendaient le courant de ce fleuve de la Seine, trop souvent ensanglanté par nos discordes, que déjà paraissait le premier numéro d'un journal intitulé V Artiste, un journal uniquement consacré aux arts libéraux , et pas d'autre souci, pas d'autre passion ; rien que des peintres, des sculpteurs, des statuaires, des architectes, des écrivains; et tout ça 111. . 2.

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jeune et grouillant, avec des moitiés et des quarts de noms propres, des palettes inconnues, des burins et des plumes sans nom, bref des folies. Et les habiles qui voyaient ce prospectus d'enfants (c'était moi qui l'avais fait), de sourire et de jeter là la feuille innocente en se moquant. V Artiste^ ils nous la donnent belle avec leur Artiste ! Artiste de qui ? artiste de quoi? Même je me rappelle une phrase où j'avais dit : a L'artiste vit... de son, de forme et de couleur ; » et le mot son fit beaucoup rire. — « En voilà, disaiton , qui ne seront pas difficiles à nourrir. »

Bon, moquez-vous; le journal parait : il était splendide et tout rempli de noms inconnus, mais déjà l'auréole était à ces frontslà. Le premier de ces premiers-venus, c'était Decamps. Decamps, c'est tout dire. Avons-nous crié : Vive Decamps! et chacun de se moquer de nous. Bon ! Le second adopté ce fut naturellement Eugène Delacroix. Hurrah! pour Delacroix. L'a-t-on glorifié celuilà; il était bon prince et nous laissait faire. Venait ensuite Ary Scheffer, un dédaigneux de notre admiration , le roi de son domaine, un vrai peintre, un seigneur, un roi des Tuileries, à peine s'il savait, de temps à autre, notre Hosannah in excelsis!

Nous avions aussi les deux frères Johannot, à peine arrachés aux enlumineurs de la ru'e Saint-Jacques; ces riches marchands d'images- pesaient une planche avant de l'acheter, et si le cuivre valait six francs, ils en offraient dix aux graveurs. Les deux Johannot, enfants de l'Artiste! Kt Chénavard, qui est mort à trente ans, et notre ami Henriquel Dupont qui est à l'Institut; et Barye, et Charlet, notre capitaine; et Louis Boullanger, qui a fait les Djinns, nous l'avions surnommé le peintre ordinaire de M. Victor Hugo ; il était plus fier du surnom que s'il avait été le premier peintre du roi.

Nous admirions aussi el beaucoup, Chaponnière , qui est mort; Jean Feuchères, qui vient de mourir; (c'est lui qui avait ciselé ce fameux bouclier que le roi de Prusse a acheté comme l'œuvre de Benvenuto Cellini , et S. M. le roi de Prusse a fait une belle affaire, ce jour-là). Nous avons fini par admirer même M. Ingres, mais Dieu sait que ça n'a pas été sans peine, il n'était pas assez coloriste pour V Artiste!

Vraiment oui, nous avons attendu avant de proclamer M. Ingres (3[u'il eût produit son chef-d'œuvre, le portrait de M. Bertin l'aîné.

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Alors, ma foi, la postérité en dira ce qu'elle voudra, nous n'avons plus résisté à M. Ingres, ce qui a été diablement heureux pour lui.

£t par la même raison qui faisait que tous les écrivains de ce temps-là s'estimaient fort, voyant la chose pubiitfue entre les mains des écrivains, les artistes se félicitaient d'avoir au ministère de l'intérieur, tantôt M. Thiers qui a écrit un Salon *, tantôt M. Guizot qui , lui aussi , a écrit un Salon ; c'est pourquoi, depuis ce temps-là, et même à commencer à Diderot, la chose est passée en usage, il faut absolument qu'un écrivain qui se respecte écrive au moins un Salon.

Vous riez ! Sachez donc que V Artiste fut bientôt une force. Il eut son public, il eut ses lecteurs, il eut ses fanatiques, il eut ses détracteurs. Il brillait surtout par ses gravures, je dois le dire; il se sauvait du naufrage par les planches. Telle gravure de V Artiste vendue à l'abonné cinquante centimes, valait vingt francs; la fameuse gravure des Moissonneurs a commencé par se vendre six sous, elle a fini par se vendre six cents francs ; elle est restée un des ornements les plus précieux des musées de la petite propriété. N'est-ce pas bien étrange encore un succès pareil , et tous ces hommes qui redoublent de force et de talent pour n'être pas vaincus par les hommes nouveaux : Ingres, Pradier, Léopold Robert qui , depuis... mais alors il ét^iten plein bonheur de vivre et d'être célèbre. Comptez aussi Winterhalter qui se montre au moment où tant de beaux visages réclament les brillantes couleurs de sa palette printanière : fils et filles de rois, vous. aviez rencontré votre peintre, il n'a pas manqué à sa mission.

En même temps se montrait dans le lointain, royalement favorable aux efforts des peintres, des sculpteurs, et des graveurs, le Versailles ressuscité. Quelle fôte et quel empressement à bien faire, et quelle joie à retrouver le siècle de Voltaire et do Jean- Jacques, enfouis sous ces ruines, le siècle de Racine et de Descartes, de Bossuet et de Condé, de Molière et de Colbert, de Bourdaloue et de Pascal ! Ce môme palais de Versailles où tous ces

4. M. Victor Cousin a mieux Tait que d'écrire un Salon , il a Tait un trèsbeau livre : Du Beau ei de l'Art, où il rend toute justice à l'école française. Ud des meilieure critiques de ce temps-ci, Al. Vilct,aécrit la vie d'Eustaclie tesucur:

grands poètes avaient rencontré tant de grands peintres, les héros de l'art français : Eustache Lesueur, Le Poussin , Philippe de Champagne, Mignard ! Dans les jardins, tracés par Le Nôtre, à travers cette allée immense qui se perd dans un infini d'eau et de verdure, Puget, Girardon et Coisevox, évoquent pour Tenchantemeut de ces bosquets, et de ces eaux jaillissantes, tous les dieux de rOlympe et toutes les déesses des forêts.

C'étaient là des résurrections qui nous trouvaient tous émus et attentifs. C'était là une lutte assidue entre les anciens et les nouveaux artistes à qui conservera ou méritera la louange publique. Hélas ! comptez déjà que de morts parmi ces vivants de tout à l'heure : M. Gérard est mort ; M. Gros, qui s'est tué de ses mains à l'heure même où il s'emparait de Versailles, à la suite de son demi-dieu, l'empereur Napoléon; Marilhat, l'émule et le rival heureux de deux paysagistes de l'Artiste; Louis Cabat et Jules Dupré ; Marilhat l'oriental succombe au désastre de ses sens ; Decamps, l'autre jour, se plaignait de la force qui lui manque, et de ses yeux fatigués à contempler son cousin-germain, le soleil.

Sigalon qui nous apporté de Rome où Pavait envoyé M. Thiers, Le Jugement dernier de Michel-Ange, expire au moment où il allait se reposer, enfin! Lui-même, un Grec, un Athénien, un maître, Pradier, il est mort un jour d'été, frappé par un coup de foudre, après avoir produit 5ajDAo, son chef-d'œuvre. 0 funérailles de ces créatures faites pour charmer les yeux en passant par le cœur, en parlant à l'esprit, et ne dirait-on pas que ce soit la loi universelle, et que véritablement il n'y ait pas d'abri contre Forage et contre la mort, pour ces êtres à part que l'artiste de là-haut semble mettre au monde afin d'agrandir et d'augmenter les grâces de la vie? Ils disparaissent comme ils sont venus, par hasard, et plus à plaindre que les hommes vulgaires, ils disparaissent avant l'accomplissement de leur tâche , misérablement interrompue par la mort. Quand nous entrions dans cette carrière aventureuse où se sont rencontrés, pêle-mêle ardent et plein de périls, tous les artistes et tous les beaux-arts, dans tous les genres de poésie et d'invention, le poète à côté du peintre, et le philosophe non loin du sculpteur, pendant que le musicien s'en va, bras dessus, bras dessous, entre le romancier et l'historien, nous les avons vus à l'œuvre, ces pâles enfants de la chose

sculptée, chantée, dessinée ou gravée, et maintenant que c'est triste, cette recherche à faire entre tous ces morts!

Parmi les chefs-d'œuvre que fit éciore ce règne excellent, entre la Stratonice de M. Ingres et les batailles que livrait Horace Vernet, des murailles de Constantine à la Smala d'Abd-el-Kader, à côté de la Jeanne Grey et du duc de Guise, dans le chœur poétique où la Marguerite de Goethe et d'Ary Scheffer semblait invoquer le Christ libérateur de ce même Ary Scheffer, nous nous rappelons avec des adorations, avec des larmes les Moissonneurs de Léopold Robert, semblables à une révélation , quand la foule se pressait, ivre de joie, au spectacle de l'Italie illustrée naguère par les plaintes de Silvio Pellico, et les récits de Manzoni.

L%s Moissonneurs de Léopold Robert, c'était Tltalie et ses triomphes ! Les Pécheurs de Léopold Robert, c'était l'Italie et ses souffrances! Infortuné, il est mort comme était mort M. Gros, ce terrible exemple de la mort volontaire : exemple donné par Sautelet et défendu, avec quelle éloquence, vous le savez! par Armand Carrel! (Mettez ce jeune homme sur notre liste funèbre et le placez au premier rang ! ) Qui donc les a suivis plus tard ? Ce nom-là vient tout de suite à votre mémoire attristée... Antonin Moine !

Il était mon compatriote et mon ami. Nous étions nés au bruit des marteaux , au son des enclumes , au bord de ces ruisseaux qui travaillent comme des esclaves, sous un ciel attristé par la fumée errante à travers des nuages sans fin ! 11 rêvait déjà qu'il était un grand artiste, au moment où je cherchais à peine une voie incertaine à travers les diverses écoles du style français; il appelait à son aide et la toile et le marbre, et le crayon et l'ébauchoir, au moment où j'osais à peine tailler une plume impuissante, et nos deux mères, également tremblantes pour leur fils exilé, s'encourageaient l'une l'autre en se racontant tout bas les quelques biographies des artistes heureux! Antonin Moine I il avait tous les genres de mérite, moins la patience et l'espérance. 0 l'infortuné ! le marbre et le pastel n'avaient pas de secrets pour lui ; il commandait au bronze obéissant; les plus beaux visages des belles Parisiennes s'offraient à lui, demandant à son crayon le frais coloris de cette précieuse poussière qu'un souffle emporte, et qui pourtant est plus durable cent fois que notre jeunesse.

Encore un instant, il était riche, il était célèbre, il touchait au

but... Oh misère! rennuiTa pris, la fatigue est venue avec Pennui ; il a cessé d'aimer l'art qui le faisait vivre, il a tout oublié, même la jeune femme qui l'aimait tant, même son fils, qui donnait déjà toutes les espérances qu'il a réalisées, et il est mort comme est mort Léopold Robert! Tant c'est un grand crime de donner aux survivants de pareils exemples ! M. Gros donne l'exemple à Léopold Robert, Léopold Robert indique le chemin à Antonin Moine. Ils ne savent donc pas, ces impatients, qu'ils sont solidaires celui-ci de celui-là? Pour n'avoir pas résisté à l'entraînement de son désespoir, Nourrit s'est tué en pleine vie, en plein talent, comme il venait d'assiter aux grands triomphes de ce grand Meyerbeer , ou plutôt Nourrit est mort de l'ingratitude de Paris, comme si Paris n'avait pas des retours soudains d'enthousiasme et de tendresse ! 11 brise aujourd'hui avec rage ce qu'il adorait hier avec amour! Il s'emporte, il s'apaise; il siffle, il admire; il traite ses grands artistes comme il a traité ses plus grands rois; puis, quand ils sont morts, il les pleure, il se désole, il porte leur deuil, il se couvre de sa propre douleur, et il ne sait rien de trop grand , de trop beau pour contenir leurs dépouilles mortelles, qu'il s'en va chercher au milieu des flots et des écueils !

Que vois-je encore, au fond de ce nuage mêlé d'auréole? Hélas! ce sont les deux frères Alfred et Tony Johannot, les amis, les compagnons, les serviteurs fidèles, les protecteurs dévoués de nos gloires d'un instant, de nos poèmes d'une heure et de nos romans d'un jour ! Ils marchaient, si bien appuyés l'un sur l'autre, à travers le bruit, le mouvement, la mêlée et l'éclat de la bataille lettrée ! Ils comprenaient avec une ardeur si fidèle le mouvement, le geste, la parole et l'accent des œuvres qui leur devront, plus tard, tout leur lustre ! Ils copiaient avec tant de grâce et d'esprit cette légère et changeante histoire, cette histoire à 4a Walter Scott confiée à leur palette jumelle ! Ils ont rempli de leurs œuvres charmantes nos cabinets d'étude et cS petit musée intérieur que chaque homme intelligent amasse autour de soi, selon son humble fortune, afin d'avoir, en quelque endroit de sa maison, un petit coin éclairé où puisse s'arrêter son regard doucement réjoui et reposé.

Et si j'osais vous placer ici , sur cette liste de grands artistes morts avant l'heure, illustre princesse Marie, ô vous qui fûtes la

digne sœur de ces infortunés, vous la mère et la vengeresse de Jeanne d'Arc ressuscitée par vos soins ( le plus cruel démenti que Voltaire ait reçu depuis sa mort ) , avec quelle ardeur je rappellerais votre cher et précieux souvenir ; avec quel orgueil je placerais votre image adorée au premier rang de cette liste illustre. Et vous aussi vous avez eu le malheur et le génie en partage, et vous aussi vous avez disparu brusquement de ce monde glorieux qui vous comptait comme son plus rare ornement.

0 consolation d*un père admirable I orgueil d'une sainte qui fut votre mère : intelligence, beauté, grâce et bonté, vous aviez un de ces titres rares que les révolutions n'emportent pas avec elles ; fille des rois, vous étiez un grand artiste , et les artistes morts et les poètes vivants vous appellent leur sœur, et vous serez une reine pour les artistes à venir 1

Nous nous rappelons aussi , dans les nuits d'hiver, quand la musique de Rossini resplendissait de ses limpides et intelligentes clartés, avoir entendu une ombre, un fantôme appelé la Malibran, qui chantait le rôle de Desdémone et tenait une lyre d'or !

Vous pensez que je m'écarte de mon sujet, non pas ; seulement je prends le chemin le moins direct, pour revenir à mon prétexte, l'histoire de l'art dramatique. Que diriez-vous d'un opéra sans ouverture, et d'un tableau du Louvre dont le livret ne vous dirait pas la date , l'auteur et le sujet? Quel drame serait, à vos yeux blasés, un drame sans décorations, sans costumes, qui vous jetterait au milieu des choses, in médias res, dit VJrt poétique ^ sans avoir pris soin au préalable de vous faire prévenir par Frontin ou par Lisette, de ce que vous allez voir? Eh bien ! ces poè'tes, ces artistes, ces politiques, ces maîtres du monde français en 1830, ils remplissent à merveille, et cet emploi ne les fâchera pas, l'exposition de mon histoire ; ils vous expliquent de leur mieux quels furent les spectateurs des drames nouveaux que je vais vous raconter, dans quel lieu se passèrent tous ces drames, sous quelle loi bienveillante, et comment était faite la nation qui applaudissait ou qui sifflait ces tragédies, ces comédies, ces opéras, ces vaudevilles, ces proverbes; si elle aimait à rire ou si elle aimait à pleurer; de quelle passion elle fut agitée; à quelles douleurs elle fut sympathique; combien de temps durait son enthousiasme d'un jour, et combien d'heures sa répulsion éternelle.

Si les spectacles d'un peuple sont les indices de ses mœurs, il n'était pas inutile, en effet, de revenir par la pensée à ces heures qni sont déjà si loin de nous et qui comptent — elles comptent! — parmi les heures que garde l'histoire et qu'elle iniprime en gros caractères sur le cadran des siècles, a En politique il faut tenir compte des analogies et surtout des différences, » disait un grand écrivain politique, Armand Carrel; la littérature, est semblable en ceci à la politique ; elle tient compte des différences autant que des ressemblances, et si, véritablement vous voulez savoir ce qu'on a vu , ce qu'on a dit, ce qu'on disait il y a vingt ans, vous tiendrez compte des différences et des ressemblances ; vous saurez par quel lien direct, le poëte moderne tient au poë'tes anciens, quel air de famille ont entre eux Corneille et M. Victor Hugo, Marivaux et M. Scribe, Pindare et M. de Lamartine, Horace et Béranger, Quintilien et M. Villemain, Tacite et M. Guizot. Cette parole est belle d'Armand Carrel, on y retrouve l'homme qui avait foi à la Providence, qui respectait la religion du passé, et qui allait en avant, les yeux attachés sur les débris d'autrefois :

a Les choses, disait encore Armand Carrel, dans leurs con-

« tinuelles et fatales transformations, n'entraînent point avec elles « toutes les intelligences ; elles ne domptent point tous les caracft tères avec une égale facilité, elles ne prennent pas môme soin « de tous les intérêts; c'est ce qu'il faut comprendre, avant tout, « si l'on veut pardonner aux protestations qui s'élèvent en faveur « du passé. Quand une époque est finie , le moule est brisé, et il <f suffit à la Providence qu'il ne se puisse refaire ; mais des débris « restés à terre il en est quelquefois de beaux, à contempler. »

A contempler... ajoutons aussi à conserver. Ce fut le plus grand mérite et le grand talent de l'an de grâce i 830 : non-seulement il entourait de ses respects les débris et les ruines, mais encore il relevait tout ce qui pouvait être relevé, il réparait tout ce qui pouvait être réparé; il voulait à la fois, et la tâche était rude^ relever l'ordre et sauver la liberté, « deux adversaires qui vivent rarement en paix, disait M. Royer-Collard , car si la liber tend à l'anarchie qui renverse l'ordre. Tordre à son tour tend au pouvoir arbitraire qui renverse la liberté. »

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