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CHAPITRE XIX

Ces sortes d'œuvres, qui ont toutes les apparences do Toriginalité, et qui ne sont rien moins que des œuvres originales, elles ont de nos jours exercé un assez grand empire sur les esprits inertes, stériles, sans conscience et sans probité, qui ne demandent pas mieux, comme ils disent, à l'exemple de Virgile et de Molière (ô Virgile, ô Molière, quel mot vous avez prononcé ce jour-là I) que de chercher les perles dans le fumier d'Ennius, ou « de reprendre leur bien partout où ils le trouvent i ; » et non-seulement ces œuvres mauvaises des poètes anglais ou allemands, ces drames bâtards nés de la fantaisie moderne et de Timilation antique, ont servi chez nous, de nos jours, de prétexte à bien des imita-

1. Quand un homme de génie emprunte, il double la valeur de Temprunt. Vous parlez de Virgile; Knnius avait fait un vers grotesque :

Ai tuba terribili sonitu tarataniare dixit.

Virgile arrive, il prend le vers d'Ennius, et voilà ce qu'il en fait :

At tuba terribili sonitu procul sera canoro Increpuit

El voilù ce qui s'appelle, en ciret : Tirer une perle du fumier d'Cuuius.

lions malsaines, mais encore elles ont été, dans le petit monde à part qui s'occupe encore des œuvres, et des produits de l'esprit, un sujet inépuisable d'accusations véhémentes et de reproches mérités, qui sont retombés injustement sur les plus beaux esprits do l'école moderne;

Eh, mon Dieu ! quoi d'étonnant que le Vingt-Quatre Février ait épouvanté les âmes timorées, je vous prie, et quoi d'étonnant que les juges de chaque soir, les auditeurs distraits, les élèves du Lycée et de M. de La Harpe, les amis obstinés de l'ancienne tragédie, attendant le Messie, aient fini par confondre et par consa* crer, dans leur épouvante et dans leur réprobation , le Vingt- Quatre Février et Marion-Delorme, Robert-Macaire et Lucrèce Borgia^ Ruy-Blas et Don César de Bazan^

En vain, qui que vous soyez, quel que soit votre génie et votre esprit, vous vous débattrez contre cette force qui est la force môme de la société moderne, le bon sens, il faudra toujours que vous comptiez avec le bon sens, avec l'honnêteté publique, avec l'estime et la considération des honnêtes gens. La société présente a choisi la modération même pour la règle de sa conduite en toute chose; elle déteste l'excès, elle le méprise, elle en a peur. Ses habitudes sont douces, ses mœurs sont rangées, sinon chastes et pures. Elle ne croit à rien, tant elle a peur qu'on ne la trompe; elle ne pense à rien, tant elle redoute la iiatigue; elle appelle l'idée un système, la croyance un fanatisme, la réforme un crime.

Elle dit à chaque instant : Rien de trop, — tant elle a peur de Texcès en toute chose ; elle ne hait pas l'excès même de l'obéissance et de l'abnégation, et quand par hasard, par malheur, se rencontrent , dans le silence de toutes nos libertés, des âmeg et des esprits qui s'ennuient, esprits de l'abime, âmes révoltées: au feu ces âmes! au feu ces esprits I Ce sont pourtant ces âmes et ces esprits ennuyés qui finissent par prononcer l'arrêt suprême de toutes les œuvres du peintre, du sculpteur et du poëte. Les autres, les esprits contents de peu, les âmes heureuses de rien, représentent, en la résumant, l'opinion même de la foule et des juges de chaque jour Or, ce sont justement ces juges au jour le jour qui ont décidé, bien plus sur la copie et l'imilation des œuvres étrangères que sur la production des œuvres originales, que la littéra-

LITTERATURE DRAMATIQUE. "ÎD-J

lure moderno de la France était pleine de violences hideuses et de désordres insupportables.

Sur la foi des plagiaires, en lisant la copie et l'arrangement des copistes, race abjecte et manchote, ces braves gens ont décidé que la littérature moderne était une œuvre perverse, ingrate, absurde et damnable au premier chef. Même on a vu des congrès (le congrès scientifique de Poitiers... de Poitiers!) excommunier positivement le drame moderne. A ces foudres parties du Vatican littéraire de Poitiers, la littérature du xix* siècle a vaillamment résisté ; elle a prouvé par ses œuvres même qu'elle n'était pas la complice des excès du théâtre étranger, pas plus qu'elle n'était la suite et la conséquence de la vieille tragédie à l'usage des lieutenants et des duchesses de l'empire! Ainsi, elle a porté haut et ferme le drapeau qu'elle s'était choisi, proclamant énergiquement qu'elle voulait vivre et qu'elle vivrait de sa propre vie et du génie qui lui était propre. « Italiafara da se. » Telle a été la résistance de la littérature moderne. Elle a bien fait de combattre ainsi pour ses lois, pour ses conquêtes, pour le présent, pour l'avenir; elle a bien fait, elle sauvait par sa résistance la liberté même de son génie, et les regrets qui étaient dus à son zèle, à son courage, à son travail ; elle sauvait le respect même qui se doit aux œuvres de l'intelligence et aux productions les plus sérieuses de l'esprit humain!

Ils ont beau déclamer, les déclamateurs, contre les horreurs du drame moderne, ils ne feront jamais que la tragédie antique, elle aussi, n'ait pas ses horreurs^ Britannicus^ Rodôgune, La Théhalde. Zaïre, Mahomet, Phèdre enfin, autant d'horreurs bien conditionnées! Est- ce que le drame moderne a jamais poussé l'horreur plus loin que l'auteur de Rhadamiste? Est-ce que pendant vingt ans que M. Victor Hugo a régné sur la scène, vingt belles et poétiques années que le xix* siècle ne reverra pas, on s'est ressenti de cette démoralisation, de cette horreur et de cetie immoralité tant proclamées par les sages esprits? Prenez garde, en littérature même il y a des hypocrites, il y a des charlatans, il y a des menteurs, il y a des bandits; Tartufe est homme de lettres; Yago est journaliste; Laurent est un critique; prenez gnrde, il y a des vieillards et des obstinés de tout âge qui s'abandonnent volontiers aux choses convenues depuis leur enfance, et

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depuis longtemps acceptées; ils ont été élevés on pleine admiration dos anciens, ils restent fidèles à leur culte. Eh bien ! n'obéissons pas plus qu'il n'y faut obéir à cette hypocrisie littéraire, et défendons jusqu'à la fin les vrais poètes, justement parce qu'ils réunissent sur leur tête divine la double auréole et le doublo enchantement : poésie et jeunesse, audace et liberté!

Au temps même où florissait le théâtre athénien ( ceci est écrit dans les livres de Valère-Maxime) il y eut un jour où les esprits sages interpellèrent Euripide lui-même afin qu'il eût à retrancher immédiatement une scène immorale de son Bellérophon, Alors Euripide (il éfait lui aussi un poè'te immoral, odieux, rebelle à la rhétorique, révolutionnaire, impie et plein de licences, insupportable enfin quand il était jeune): a Athéniens, dit-il, à Dieu ne plaise que je sois là pour obéir à vos caprices ; au contraire, c'est vous qui êtes ici pour m'obéir et pour m'écouter, donc je ne retrancherai pas un mot de ma pièce, attendez cependant que l'heure arrive où je saurai châtier ce Bellérophon, »

Euripide, en ce moment, était dans son droit, et le poë'te, en effet, est absolument dans son droit tant que lui-même il respecte ce qu'il faut respecter; sinon il s'expose à des châtiments sans pitié, témoin le jour où ce même Euripide se mit à nier Jupiter : « 0 Jupiter... ou quiconque a porté ce nom, car je ne te connais que par ouï dire... » Aussitôt, dit Plutarque, une immense clameur s'éleva dans tout le peuple, et séance tenante il fallut que le poè'te refît son vers : « 0 Jupiter, et je sais que c'est vraiment ton nom... »

Ah! ces anciens, même en proclamant les poètes nouveaux, nous y revenons toujours. Pourtant quelle distance et quel abîme les sépare des poètes modernes, même à nombre égal ! Chez eux tout est simple, et chez nous tout se complique et se perd en mille agencements à l'infini. Ils ignoraient tant de choses, ces gens peureux, que nous sommes forcés d'apprendre, et pendant que nous apprenons ces sciences misérables, le temps que nous perdons en mille choses stériles, ils le dépensaient à deviner, à comprendre par quels moyens ils deviendraient de grands artistes. Avec la rhétorique et la philosophie uniquement on faisait un savant Athénien bon à tout faire, habile à tout comprendre, homme d'État, poè'te et soldat 1 Leur bistoiret elle tenait

dans un seul tome; ils n'avaient qu'un seul monde à connaître, et dans ce monde connu une seule parcelle était digne de leur intérêt; la fable était toute leur généalogie, et quand la terre manquait à leurs aïeux, ils étaient sûrs de les retrouver au milieu de rOlympelXJue si vous voulez avoir une idée assez juste du lien puissant qui unissait le poète au philosophe, ouvrez Homère, ouvrez Platon. Les anciens eux-mêmes appelaient Platon : le poète des philosophes.

« Â juger de son style, disait Cicéron, par la rapidité de ce flot limpide et par les clartés dont il est rempli, Platon est un poêle en prose. » Avec autant de raison, il pouvait appeler Homère « un philosophe en vers. » L'un et l'autre, en effet, ils enseignent les mêmes vérités, ils professent la même doctrine, ils croient aux mômes dieux, ils honorent la même patrie, ils obéissent aux mêmes lois, ils imposent à leurs disciples les mêmes devoirs. Tout le Phédon se retrouverait, au besoin, dans lo vingt-troisième livre de V Iliade où l'âme de Patrocle apparaît au fils de Pelée, invoquant, de sa pitié souveraine, les honneurs de la sépulture. L'un et l'autre, Homère et Platon, ils savent que l'homme est de glace aux vérités, « qu'il est tout feu pour le mensonge, » et le philosophe aussi bien que le poète à recours à la fiction, à Tallégorie, au dialogue, à la comédie, au drame, à la peinture animée de la vie humaine. De même que le père de V Iliade a pour ses coopérâleurs et ses interprètes : Achille, Ajax, Agamemnon, Ulysse et Nestor, l'auteur du Phédon appelle à son aide Alcibiade, Agathon, Timée et Socrate. Dans ces livres de philosophie, on les voit, on les touche, on les entend comme dans une comédie ou dans un drame ; on les suit à la promenade, aux fêles publiques, à table, en prison; on les voit vivre, on les voit mourir!

La vie et l'action, voilà les caractères du poë'me de celui-ci do l'enseignement de celui-là, si bien qu'on a pu dire, en toute justice, qu'Homère était le plus dramatique de tous les poètes, en comptant les poètes tragiques, nourris des reliefs d'Homère, que Platon était le plus dramatique des philosophes.

Véritablement Homère est le Sophocle des grands capitaines

qui vont à la gloire à travers tous les périls de la bataille; Platon

est l'Euripide en prose des honnêtes gens qui cherchent la vérité

à travers le double enchantement de l'éloquence et de la vertu. ,

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Et quels plus merveilleux conteurs que cos deux maîtres de l'anliquité grecque : Homère et Platon ! L'image et le charme obéissent également à ces deux enchanteurs. Les dieux d'Homère ont des ailes; « l'âme est un feu ailé, » dit Platon. Homère a fait rimagede la Chimère, et Platon a fait l'image de l'Homme... ils sont quittes. Homère a dit à Platon le nom dos trois juges suprêmes : Minos , Maque et Rhadamanto ; à son tour, Platon explique aux disciples d'Homère : « Il plut à Jupiter, afin que les arrêts des juges suprêmes fussent sans appel, de faire juger les morts par des morts. Et c'est pourquoi, les fils de Jupiter, ses fils bien-aimés : Minos, ^Eaque et Rhadamante, chargés de cette grande judicature, ne l'exercèrent que lorsque eux-mêmes ils furent descendus, à leur tour, dans l'empire des morts. »

Écoutez Homère, il vous dira que les prières a sont filles de l'Indigence et de Jupiter. » Écoutez Platon, il va vous raconter la fête de rOlympe le jour où naquit Vénus. «Tous les dieux étaient réunis, « et même le dieu des richesses. La Pauvreté, humble et timide, « attendait que les dieux se fussent levés de table pour manger « leurs restes. Or, il arriva que Plutus ayant trop bu de nectar a (le vin des immortels), fut se coucher dans l'ombre, au jardin. « — 0 la belle occasion, se dit la Pauvreté, pour engendrer un fils « qui soit l'enfant d'un dieu ! Véritablement, à la faveur de cette « nuit bienfaisante elle devient la mère de l'Amour, fils de la Pau- (( vreté et de Plutus. Ainsi l'Amour fut conçu le jour même où u Vénus vint au monde, et c'est pourquoi l'enfant s'attacha à la a déesse, enchantée de sa beauté. »

Véritablement Platon est un poëte dramatique, lorsqu'il veut s'en donner la peine, et vous ne trouverez pas, dans un seul de ces fameux prologues dont se glorifie l'école moderne, un prologue à ce point naïf, élégant et gracieux. Il a le sens poétique au suprême degré, ce grand Platon, et même quand il écrit la constitution de sa république, il est un poè'te :

« La Nécessité (c'est le prologue) a trois filles, les trois Parques ; a elles tournent, en guise de fuseaux, l'essieu même du monde. «( Elles sont vêtues de blanc, elles ont pour siège un trône et pour « coiffure une couronne. Pendant qu'elles sont à l'œuvre, une « sirène chante ; les Parques répondent à sa voix , et toutes a ces voix différentes composent un seul et même concert. •

Qu'en dites-vous? la fantaisie elle-même (un dieu nouveau) a-t-ello rien trouvé de plus charmant? 0 le grand poète dramatique ! Il ne se contente pas de mettre au-devant de son drame, la banalité des faiseurs : « le théâtre représente, etc.. » Lui-même il dispose son drame, il le prépare, il Tannonce, il le décore, il le montre aux yeux :

« Mon Dieu le bel endroit, dit Socrate, et que ce platane touffu « plaît à la vue et la récrée. En voilà un autre tout couvert de « fleurs qui mêle ses doux parfums aux murmures de la fontaine « chère aux muscs et au fleuve Achéloiis, pendant que Zéphire « au soufle divin se mêle au chant harmonieux des cigales. Lieu « charmant! Une pente douce et revêtue de gazon nous invite au « repos... Vraiment, ami, vous ne pouviez pas rencontrer un en- « droit plus délicieux. »

Vous voyez donc que chez les anciens le drame était partout, limpide comme le ciel athénien, abondant comme l'eau des fontaines. Le théâtre était tour à tour l'école et la tribune. Eschyle, du haut de sa chaire éloquente, appela à lui tout un peuple, et récita à ce peuple évoqué ses élégies des anciens âges. Or, voilà pourquoi malgré tout ce passé glorieux, le drame antique, un instant remis en grand honneur dans le royaume de Louis XIV, à force de génie, et parce que les poètes nouveaux avaient imaginé d'introduire, au beau milieu d'Euripide et de Sophocle, les amours même et les élégances chères au jeune monarque, ne pouvait pas durer plus longtemps que le grand siècle qui le vit naître!

Voltaire, en vain, tenta de rajeunir la tragédie en lui prêtant ses haines, ses amours et ses passions, qui étaient les haines mêmes et les passions do son siècle... Après Voltaire, et même un jour avant sa mort (on avait joué, la veille, Irène!), la tragédie était morte, et la volonté même de l'empereur Napoléon qui pouvait tout... ou presque tout, ne put pas faire vivre, un jour, VHector de M. Luce de Lancival! Voltaire, en mourant, avait emporto la vie et l'âme de la vieille nation littéraire ; il était véritablement le dernier des Grecs, ( il l'avait été si peu dans son OEdipe !) il était le dernier des Romains (il avait été si peu Romain dans sa Rome sauvée!). Il mourut à l'heure où le théâtre, la philosophie et le doute avaient dit leur dernier mot 1

Il mourut nous livrant en pâture à VAlmanach des Muses^ à

VAlmanach des Grâces^ aux petits livres inventés par les frivoles loisirs, jusqu'au jour où du sein des madrigaux, des romances et des idylles, et toute littérature cessante, allaient surgir les tempêtes de Mirabeau, de Camille Desmoulins et de Danton. En un mot, l'ancienne littérature était morte, à l'avènement de M. de Lamartine... une aurore ! et véritablement ceux-là qui ne se contenteraient pas du génie et des chefs-d'œuvre contenus dans cet espace fabuleux des grandes poésies et des grandes monarchies : VOde à Duperrier et les Méditations poétiques^ ne seraient pas des gens faciles à contenter.

Oui, certes, au moment où l'art nouveau allait éclater, il fallait absolument que l'art nouveau se manifestât dans tout ce qu'il avait de vivant, de fort, de poétique et d'original, sinon nous allions retomber dans les ténèbres. M. de Lamartine était nécessaire... M. Victor Hugo était indispensable I L'ancien esprit français, dans sa mesure correcte, sensée, ingénieuse, peu enthousiaste et peu mystique, l'ancien théâtre français, ami de la parole élégante, sérieuse et sonore, ami des héros un peu plus grands que la nature même, ami des rois semblables aux demi-dieux, n*avaient plus rien à nous apprendre et plus d'émotions à nous donner.

Enfant des époques tranquilles et ordonnées, l'ancien théâtre ne convenait plus guère à ce moment des agitations, des révolutions, des essais et des troubles en toute chose ; il fallait absolument que le génie français cherchât une route nouvelle, ou bien n'en trouvant pas, qu'il suspendît sa vieille lyre aux saules de l'Euphrate : « Là nous nous sommes arrêtés, et nous avons pleuré, au souvenir de Jérusalem ! »

Donc pour nous servir d'un mot vulgaire, et qui rend toute notre pensée, entre la France nouvelle et la littérature nouvelle, c'était comme on dit « à prendre ou à laisser; » et la France nouvelle a bien fait d'accepter tant de nouveautés hardies qui ont été sa joie aux jours heureux, sa consolation dans les temps d'orago , son espérance aux heures désolées ; qui resteront sa gloire et sa fortune dans l'avenir! D'où il suit qu'il faut laisser dans leur coin les hypocrites littéraires, qu'il faut laisser crier les bonshommes qui crient au scandale, et qu'à tout prendre, s'il continue ainsi qu'il a commencé, ce xix« siècle, aura mérité d'écrire son nom

parmi les époques qui donneront de quoi parler aux siècles à venir !

Qu'il y ait eu, qu'il y ait encore émeute, étonneraent» épouvante autour des œuvres nouvelles, on l'avoue. Avez-vous lu ce charmant passage d'une lettre adorable écrite à Bettina d'Arnim, par la jeune dianoinesse Caroline de Giinderode, une enfant qui devait périr de sa propre main, à la grande mode romaine^ eût dit Shakspearo : In the high roman fashion. Lisez ce passage, et dans sa grâce abandonnée et savante, vous aurez une idée assez juste de la littérature de ce temps-ci :

t Je n'ai rien vu, disait Caroline à Bettina, de comparable à « votre chambre, c'est un désordre merveilleux; on dirait une « plage déserte sur laquelle trente vaisseaux ont fait naufrage. € Votre Homère est tout grand ouvert sur le parquet, et sur la « feuille ternie il y avait le serin qui chantait sa petite chanson du « printemps. Votre boîle aux couleurs était posée, ouverte sur les « touches du piano ; la sépia répandait sa poussière au milieu du t lapis! La belle aventure, un flageolet planté, pour reverdir, dans « la caisse do l'oranger, et arrosé par votre Lisbeth, tant et si « bien que le pauvre instrument est hydropique. Notez que je me « suis donné un mal incroyable pour tout remettre en ordre, mais a le moyen de régler ce chaos? Comme la niusique se trouvait t sous l'oranger, elle a eu sa bonne part des trésoTs dé l'arrosoir *c de Lisbeth, et il faudrait que le soleil y mît bien de la com- « plaisance pour remettre en leur état primitif ces noires j ces « blanches, ces dièzes et ces soupirs.

a £t le dessous du lit que j'oubliais, ma belle et chère, dans ce t capharnaiim des fantaisies. Confusion des confusions! De cet « abîme et de ces profondeurs ignorées, nous avons tiré la Bible, a Charles XII, le docteur Faust, fVerther, un gant d'homme « très-parfumé, et une feuille manuscrite où roucoulaient des vers « français. Ah! ce gant d'homme! Je saurai bien retrouver son « frère de la main droite. Oui, rien qu'à le flairer 1 Mais ne crains « rien, Bettina, j'ai caché ce terrible gant (que t'a jeté le destin), «' et je l'ai mis en lieu de sûreté... à l'abri de la gravure où notre « ami Kranach a gravé la mort de Lucrèce! Et qui donc ira cher- « cher ce gage de bataille derrière cette belle main qui tient le a poignard ?. . . Exemple à suivre, cette Lucrèce et que Ton suivrait a s'il le fallait jamais ! d

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