‹ Histoire de la littérature dramatiqueChapitre 43 sur 66 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Nous touchons à la fin de ce tome III, consacré à raconter là vie et les principes du drame moderne ! Dans ce travail pénible et charmant (pour celui qui l'entreprit! ), le lecteur a pu voir (s'il nous a suivi dans nos démonstrations, et la chos9 ne nous semble pas facile, à vrai dire), que d'Eschyle à Shakspeare, et de Shakspeare à M. Victor Hugo, la tragédie et le drame avaient marché de révolutions en révolutions, et que l'histoire même de ces diverses révolutions composait toute Thistoire de Tart dramatique.

Ceci revient à dire que tant qu'un grand poëte existe qoi d*un souille puissant suffit à ranimer les grandes poussières, vous voyez surgir les chefs-d'œuvre ; oui, mais si le poê'te manque de soufïle et d'inspiration, c'est en vain qu'il aura (enté quelque révolution à son tour, les faits et les héros manquent à son timide appel, et après quelques signes d'une vie impuissante, aussitôt son œuvre chancelle et l'écrase.

« Ossements arides, s'écrie un prophète, obéissez à ma résurrection ! » Ce prophète était ou devait être un poète. Il savait que c'est une tâche suprême de faire revivre le passé, ce passé perdu, anéanti, dans une image immortelle. Un jour fut où ces héros qui sont morts vivaient et combattaient pour la patrie, eh bien, faites que, ces héros vivent comme autrefois! Ces villes couchées sous la poudre étaient debout et triomphantes... elles sont tombées avec un fracas épouvantable. 0 poëte! dis un mot, et ces grandes cités vont renaître ! Mais pour accomplir ces miracles de la poésie, il faut avoir vu, des yeux de Tâme et des yeux de l'esprit, les héros et les cités d'autrefois. Corneille a vu l'empereur Auguste, Shakspeare a vu Richard 111, M. Victor Hugo a vu Louis XIII et le cardinal de Richelieu. Rome est le héros de Corneille, Paris est le dieu de Molière. Sous ces poésies puissantes vous sentez palpiter l'âme des nations, comme Roméo sent battre le cœur de Juliette, sous son linceul. — Le génie est donc une des conditions indispensables à qui veut opérer des révolutions dramatiques, et voilà comment il se fait que tant de révolutionnaires qui ont élé proclamés, pendant vingt-quatre heures, chefs d'école et inventeurs, retombent faute de génie, en dépit de toute leur invention, dans Ja disgrâce et dans la torpeur.

Quels géants autrefois, disparus dans la poussière aujourd'hui 1 Ahî disait-on, le drame est trouvé; peuples, battez des mains! incline ton front, postérité !... Huit jours après ce grand triomphe, on cherchait la place où s'élevaient naguère ce grand homme et ce grand monument.

De ces inventions sans puissance et sans force, telumque imbelle sine ictu, prenez, pour exemple, Mélanie (encore M. de La Harpe, dites-vous; hélas! oui, encore M. de La Harpe), et Gabrielle de f^ergy^ un drame fameux de M. Dubelloy.

« Et l'Europe attend Mélanie, » avait dit Voltaire à la fin de ce xviii« siècle dont il faut parler avec tant de respect : « Nous tenons (( tout de lui, disait M. Guizot'; nous lui devons, et pour mon « compte, je lui porte une affection filiale. Qu'elle pénètre et qu'elle « paraisse dans mes paroles, même les plus libres ! Si nos paroles « sont libres, à qui le devons-nous? Le dix-huitième siècle a fait

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