‹ Histoire de la littérature en Danemark et en SuèdeChapitre 3 sur 10 · CHANTS POPULAIRES · texte numérisé non relu

CHANTS POPULAIRES

Le pays coifim sous 1q nom de Scandinâyie se compo$$iit autrefbis des trois royaCimes de D^pe* 'mark , de gjiiède et de Norvège , auxqueb il faut joindre plus tai;d Tlslande., découverte au tx* siè<* de, et, peuplée^par une c^onie de Norvégîeûs, Les habitants de ces trois royaumes provenaient d une jnême souche» parlaient une même langue, adoraient un n^mè dieu. C'était la cette terre des hyp^boréens , iiur Jaquelle les anciens avaient de merveilleuses idées. C'était cette romantique Thulé que le moyen âge a entourée de ses fictions, et que Goethe a cbtmtée dans une de ses plus belles balr lades I • Il suffit de jeter un coup d'çeU sur la oaft^ , pour comprendre tout ce <]ué l'imagmation des voyageurs à pu rêver d'étrange à l'aspect'de cette*cqntrée» Voyeaj comme elle est là, isolée des

■ Ef war dn Kœnig in ThtUe,

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autres, ressefrée par la mer ,B«ltiqiie, entourée par la mer du Nord 9 et toiichant à la mer Ola^iile. De grandes chaînes de jpopiU^nes .la trarensent ; des landes sauvag^es et des marais, occupent ia moitié de son sol, et Jes frimas la toilent pendant la plus gande partie de Tannée. Rétrogradez avec moi de»qu.elque siècles; figurez -vous que nous sommes encore au temps où toute cette terre était livrée au paganisme , et que ofous venions de France au,d*ltalîe;'éteutez qudies traditions étranges, quelle mythologie t^èlée de vagues s^ntt^irs d'Oriesitet desconeeplions barbares*. Les deux pré*; miers êtres de la cré^^ion sont le géant Ymer et ifl ivacfae j^udumla. Ymer, dans son sommeil, aifente 90Ù8 son bras gauche un homme, spus ses pteds une femme, qui. forment la lace de^ géants. La vache Audumla lèche les rochers coavefls de gîwe. Le premier jour , des cheveux pdussent sur ces rochers, le second jour il en sort une tête , le troisfèfM un homme tourentier. C'e^'Buri, rafeul d'Odiii; Qdin a deux frères: Yili et" Ve.^ Tous^ •trois JS]&*iiédtusfiKD!t p4nit tsombatnre Ymer. Ui l& toeut ,; det les torrents de sang qui s'^écbïipp^t de son <3érps inondent la :tenre> et noieât les hdmfcbes de sa race, à TexceQtion de Bergelmer, qui se sauva avec sa famille dans un bateau.

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Les pelilSF?fil& déBarîs'emparaat du corps d'Y-^ mer» Avec son cadavre, ils formenC le i^oade; avec son san^ la m^r, avec ses os les t^odMrs» avec ses deato ies pieioreSf avec son cerveau k nxwte du ciel,;q^i repose sur -quatre piliers , avec sa cerviaUe les nuages ; aveé ses sourcils la forteresse AM4*gard, qui environne l'univers et protège ies hom^* mes contre les attaques des géants. La terre est ronde comme une bague, et tout entourée d^eau. La Naît parcout*i le ciel avec un char, et Técuoie de son. chçval produit la rosée du matin ; le Jour vient ensuite, et le mors de son coursier éiclaire le monde. L'homme et la femme* sont nés de deux arbres : le frêne et laulne. Les dieux leur donné- * rent le mouvement, Tesprit, la beatté. L'homme s'appelle Aske, la femme Embla.

L'ârc-en-ciel est un pont bâti par les dieux pour rejoindre la terre aq ciel. Il est de trois couleurs, mais la couleur rouge qu'on aperçoit an milieu est un sentier de feu qui empêche les géants de raon^ ter. La demeuce favorite des dieux est près du frêne Ygdrasill. C'est l'arbre le plus beau^ le plus vigoureux qui existe. Il a trois racines qui s'étendent à une immense distance l'une de l'autre. La première touche à la demeure des Ases, et se baigne dans la source du passé ; la seconde repose

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dans la source 4e lasagesse« Le inaiire de cette source est Mimer; il est le sage par excellence, parce que chaque 'matin il vient boire à cette source. Odin a voulu y boire une fois^ mais il n^a pu obtenir celle faveur qu'en y laissant un œil. La troisième racine tombe dans la source des serpents. Le frêne Ygdrasill est l'arbre du. monde, l'arbre immense donlies rameaux s^étendent sur la terre et montant jusqu'au ciel. Là, les dieux tiennent leur assemblée ; là, les trois Nornes » président au destin des hommes ; fà, est l'aigle qui sait tout, mais là aussi sont les mauvais génies : Técureuil qui court de branche en branche pour animer l'un contre l'autre le serpent et Paigle ; le serpent qui ronge lès racines de Tarbre , et les (|uatre cerfs qui viennent en manger les feuilles et les bourgeons. •

Un jour, la haine qui exiisle entre les dieux et les mauvais génies éclatera, et le monde sera abuné dads cette lutte des deux puissances. Il y a pour ce temps de calamité des pronostrcs annoncés pai' les poëies : trois longues années d'un continuel hiver, puis trois années de combats sanglants. L'é-

' ^dda de Ssemund , Vola-Spa..

gobméet l'avarice s^emparenl; de J 'esprit des hommes ; les MQÎ^se trompenO! les frères ég^oi^ent les frères; il n'y a plus de lien de faiùille, plus' de de- • vouement, pluB di vérité.' La terre est livrée aux passions les plus eHrénées, à la haine, à l'anarchie. Alors arrivent les ennemis des dieux : Loki, l'esprit du mal ; et le serpentine de Loki; qui de son . corps monslrueur'eptoure la terre comme up fiuneau ; et Surtur, Firrçconciliable antagoniste des Ases ; et te loup Feuri^, dont les mâchoires en. s'ouvirant touchent é la terre et au ciel. Le l^aglfar flotte sur les eaux ». La terre treipble^Jes ro- • chers«e fendent, les«arDr^ tombent, les homi^es meurent, la mer rompt. ses digues, se répand à travers Tespace, et le ciel se. déchire. Les dieux s'avancent contre les ennenfis. Chacun choisit son adversaire ; chacun emploie dans ce combat effroyable tout ce qu'il a de force, <le prévoyance et de fermeté. Thor 'écrase'de son marteau la lêle de la vîpèr^; mairfjl s'abîme dans le. venin qu elle a répandu. Tjf s'attaque Su chien Garnir, et tous

' LeNaglfar*B8t'uii vaisseau coifetriiU tout entier avec les ongles des morts. La mythologie du Nord vdulailr sans doule exprimer par là la longue d«rée dm monde. Que de siècles il fallait pour construire on tel vaisseau! ' ' '

4» LITTélUTUKE DANOI».

deux suocombeni^ après une lutte aehétiiée. Le loup Fenris engloutit 04in^<lanis: ses entrailles* Vidârtue le loù[I; mais Surtur embrase le monde. Le soleil devient noir \ la* terre sMiime dans la mer, la flamme,. la fumée de ^'inttudie s'élèvent jusqu'au ciel ; les éloUessedétaohent de leur place^ «et le ciel tombe I. • * , *

,X^ monde est détruit*: le tnoitde renaît. Du mi-^ lieu des flots suivit mie*cr4ation tome jeune, une terre couverte de fleurs el de verdore/Les jours sont beaux comiîie à Tàge d'or. Lliomme n'a plus besoin kl'arroser le sol de ses sueurs ; la* terre se cot^vre elle-tnéme de frui(3 . 'Les vices d'aufrefeis ont disparu, 1^ douleurs dW"^ autre temps sont oubliées. Le bon Balder ^ revient. Les Ases trouvent

• J Eddt de SaèmuBd ; Voin-Spa.

La même image se trouve dans un poëme de Goftalo de éercea

(xiii* siècle) : ' - , ^

Non sera el docena quien Iq ose catair , •

Ca veran por el deto grandes flamas volà^ Verts a las eslfellas cAv de sa logar ' Gomo caen las fojas quant caen de fi^ar.

( Vlardot , Études sur l'Espagne, p. 12 1 .) *• ' Balder est le Dieu de réloquence^ le plus doui et le meilleur des

dieux ; il est fils d'Od^i et de Frigga. Depuis longtemps des rêves sinistres lui annonçaient qu'il devait fhourir bientôt. Ucommimiqna ses craintes aux Ases , qui , poui prévenir un tel malheur, firent Jurer

les taj>le8 d'or d'Odin^ et §p sou^ienneot de ses prédicUons. Tout se raDimey loilt prend uoe nou^ Telle vie,, et im p^^is dW s'élèTe, un palais plus brillant qoe le soleil où les justes iront jouir d'une fâickié éteroellèL

Si. des hauteurs fabuleuses où nous»transpbr|e cette teythologie, nous redescendons aux réalités de la v4e, qpel tableau pressentent Ces hommes idu* Nord^ Ce n« son( pas des pâtres à la houlette

à tontes les choses existantes^, aai éléments , aux métaux, aux arbres, an pierres , aux maladies , de ne point intenter à la. vie de Balder. Htà9 par nyJtaeor les Ases oublièrent ute plftnte , et .Lokl , l'efprit dtt mal, alla cueillir cette- plante et la remit eivtre les mains de l'aveugle Hoder, qui vint en frapper le corps de Balder^ et leuliei^ mourut. Son fine alla le chercher dans l'empire des morts , la déesse Héla promit de laiMer revenir Balder lur terre , si tous ks êtces , morts ou in«« nimés, le pleuraient. Les A|es convoquèrent tous tes objets de la création , et chacun d'eux versa des larmes sur la mort du dieu bienaimé. Hais une vieille Cemme resta l'œil sec , et nulle prière , nulle ptannie, ne ptrçnt l'èmouvoirr Elle réfuta de pleurer, et Balder fut coDdaioné à irester dans sqh ténébreux séjour. On présume que cette vieille femme était» Loki. Pour le punir de ses méfaits , les dieux l'en- Chaînèrent sur un rocher, ave{c les boyaux de son fils, ils plurent sor sa tète qn serpent destiné i lui jeter son venhi sur le visage ; mais M femme est là qui tient entre lui et le serpent une coupe ^our recevoir le venin ; quan<t 1» coupe est pleine et qu'il, faut la ^erser, le inison tombe sur la figure de Loki , et lui cause de telles souffk'ances qu'en s'agitant it produit un tremblement de terre. ^

48 LlTTGilAWafi DANOISE.

paisiUe qui haliileal; sur la lisière de ces foiéis i. ce ne sont pas des inf^rchauds laborieux et habiles qui (^mpeot le long dçs côtes de la mer Baltique* Ce ^fHit des ^hommes d'armes, intrépides el farou* ches, quijie respirept que la guerre, qui courut après les ayentures périlleuses, et %e fbnt glerire de nte pas dormir sous tuntoft, de ne pas, vider une cpUpe d'hydromel auprès du foyer. ^ Pour vêtement, ils ont UQ lambeau de laine ; ppur deneure, le pont djun navire, ou une chauo^^re dans les bois. Ils se fabriquent des a^mes avec du fer et des cailloux aiguisés,' et boivent.dans des cornes de bpeuf. Dans le cours de leurs expéditions, ils mangent la chair- crue des troupeaux ; sur le champ d^ bataillé, ils se désaltèrent avéb du sang. Quand ils font un sacrifice à leurs idoles, ils prennent le sang des victimes et. en colorent la statue A% ta divinité et les murailles du tçmple. Leur dieu suprême, Odin, est un dieu de gaerre et de sang. Il fit toutes ses conquêtes l'épée à la main, et lorsqu'il se sentit affaibli par Uâge, il assembla ses amis, se creusa neuf blessures en cercle avec fe fer Je sa lance, et mourut en annonçant quM allait en Scytbie prendre place agprès des dieux, a ce*s feslins éternels où sont appelés Cous ceux

UnÊRATtJtlÉ DANOISE. 49

qai se distinguent par leur valeur datis le$ combats'.

Ainsi il avait divinisé Théroïsme guerrier, et lies Scandinaves n'avaient garde d^ repousset* un tel dogme. Aussi s'âancent-il& aveè joie au combat. Les Valkyries^ planent sur eux et les guident dans la mêlée. S'ils réviennent victorieux, ils racontent avec oi^ueil combien d'ennemis ils ont tués^ combien de sang ils ont ^répandu! S^ils succombent, là mort leur souHt comme une fiancée, et oh les enterre avec leurs armes, leurs chevaux; car dans lé Yalballa, leur bonheursera de combattre éternelleinent ^ans se faire de blessures, de puise^ Thydromel à une tonne iné^ poisable, et de partager la chair d'un sanglier que chaque jour on distribue aux convives, et qui cha-^ quejout reparait intact.

Ge qui contribuait encore à entretenir parmi eux

\ , Histoire de Danemark, 1. 1.

* Leur nom Tient de kUren (choisir). Gllas planaieikt au-deslus def dumps de bataille^ et choisissaient cem qui devaient vaincre et ceux qui devaient périr. C'était aussi les Valltyries qui versaient, dans le ValhaBa^ l'hydronuA aui h6A>8. Les Valkyries n'étaient pas toutes des vierges célestes; il y en avait qui habitaient Ift terre. Brinabild, l'une des héroines des Niebelungen , était une Valkyrie , et les trois jeunes filles que Vieland-Ie-forgeron rencontra avec ses' deux frères, étaient ma des Valkyrles. y&if. la VHkina^Sagtf .

ce jculte des coiEDbats» cette soif des avéntiires, c'est que dans chaque famille, le fils aîné héritait seul du; patnmpJQe de seâ pères» Il ne restait à ses frère$ qu^yne voile.de pêcheur, ou une lance. Ainsi les UQjs $ô.fisiisaienl soldaits pour gagner Pépée à la main un coih de terre, ou uaepart de pillage. Les autres s'en albienb sur leur . frêle embarcation atta* quer les nayiresmatxrhahds, ravager leshabitatibn» situées sUr la côtei Ces pijrates se nommaient les rois de la.men Us montaient sur leurs bâtiments, qu^ils appelaient lëurscbevatix à voiles, et 1res faisaient bondir sur les flots. Ni la distance ni la saî*^ sopne les arr^aient. Quelquefois ils se mettaient en. roule» sous le poids d^im ôragéysanis savoir où ils iraient aibordér^ Là mer les entràînaât sûr ses hau&es vagues, et le >vent de la tempête les poussait comme des vautours vers leur, proie^ ib s'en allaient ainsi jusque sur les côtes d^Angléterré et de Normandie, ici rançonnant une peuplade, là, pillant une ville, ailleurs moissonnant la campagne. Les princes lent payaient tribut ; lés ducs de Normandie leur cédaient leur duché 5 lés rois d'Angleterrç leur couronne» et Charl«ti0gne baissa la tête en les Voyant, et pleura.

. Pour eux la forcé physique est la force par excellence, et toute leur imagination est employée à

iiTTÉRÀtuRE bÀNOISE. fe}

grossir' les pro{)ôr'Uôns ordinaires de rhomrne. I(s ont des géâtits qui feraient honlô au Gargaiîtiia dé Rabelais et de FiscHart, ou k VOugra des Indiens. I) y en a qui ont six bras, d'autres six tètes ^ La VHkina-Saga en dépeint uti ainsi : « Il était effroyablement large ; ses jambes étaient d'iine lotiguettr et d^une forcé démesurée. Son corps était épais, robuste, puià^ant. Il y avait une distance d'arië^ aune entré ses deux yeux, et tous ses membres' étaient construits dans cette proportioh. » L'Edda liaconte que le dieu Thoi^ passa la huit dans le petit doigt du gant d'ùti géant. Le dieu se leva qciand il icrut le monstre bien endortni, et lui asséna dé toutes ses forcés un coup de marteau sur la tête. Lé géant se réveille, passe la main sur son front, et dit : Je crois qu'il m'est tombé une feuille d'arbre dans les cheveux. Les femmes de géants ont la même force^ la même structure colossale; G^estavec l'unéd'eUes que Lokienfautecetfaor^ rible serpent qui fait le tour du monde. Une petitefille de géant élève une montagne en laissant tpmber

* Il y a encore de Fanalogie entre cette croyance fabuleuse et la mytholc^e indienne. Brama a qnatre tètes ; Siva en a cinq; Sbnbr^mahnya a sli tètes et douze bras. C Symbolique de Creuzer^ traduite par H. Guigniaut.)

* L'aune danoise (aln) n'est » il est Yrai , que d'un pied et demi.

i2 UTTfiRATURE DANOISE.

la terre qa'elle a mise dans san tablier ; une aalre s^en va se promener dans la campagne, elle aperçoit un laboureur avec ses deux chevaux et sa charrue, prendThomme et Tattelage dans le creux de la main et rapporte cela à sa mère comme un jouet d'enfant.

Au milieu de leur vie errante, les hommes du Mord trouvent cependant une place pour la poésie* Ils l'aiment et la cultivent. L'hiver, quand ils reviennent de leurs expéditions lointaines, ils seplai^ sent à raconter leurs périls, leurs succès. Il y a des actes de courage dont ils s'enorgueillissent^ des hommes d'action dont ils célèbrent les hauts faits, et leurs récits se traduisent en vers, en bat lades. Si, comme l'a dit un critique anglais, la. ballade naive et conteuse est la première poésie des peuples, c'est surtout aux hommes d'armes de la Scandinavie qu'il faudrait appliquer cet axiome, à ces homnies qui ne songeaient certes guère ni à réfléchir un sentiment intérieur, ni à formuler des principes d'art, niais qui se hâtaient de chanter le héros qui leur inspirait le plus d'enthousiasme, le fait qui les avait le plus émus.

Il y avait pourtant parmi eux une classe de poètes, les scaldes, que les chefs d'armée conduisaient avec eux sur le champ de bataille, que les

UTTERATURG DANOISE. 58

rois, les grinces ^lesjarls de chaquecontrée accueillaient avec distinclion. Ces scaldes étaient les historiens de leur tribu, les pontifes poétiques chaînés de consacrer par leurs vers l'éclat d^une victoire, la renommée d^un héros ; mais la poésie n'était point exclusivement confiée à leur génie. Elle appartenait au peuple, elle voguait avec le pirate sur le bateau, elle s'arrêtait avec le chasseur au milieu de la forêt, elle animait chaque tente àb soldats , elle avait sa place réservée à. chaque veillée d'hiver. Tout homme qui avait un récit intéressant à faire appelait cette poésie à son secours, et elle venait, simpleet confiante, lui prêter sa voix un peu rude, mais mâle et énergique. La Saga d'Eigii raconte que lorsqu'il eut perdu son fils, il résolut de se laisser mourir de faim. Mais sa fille vint l'arracher à sa douleur, et le pria de chanter, et le père, attendri par ses larmes, fit un. effort, recueillit ses idées, les revêtit d'images, les exprima en vers, et à mesure qu'il chantait, ses r^ets s'adoucissaient^ et , à la fin, il se trouva Tâme si calme, qu'il fut encore heureux de vivre. Le roi Éric le condamne à mort, et il chanle pour obtenir sa grâce. Le thiog ou assemblée populaire condamne k mort RoUon, et sa mère se présente devant le roi et improvise des vers pour Tattendrir.,

^ UTTÉRATURE DANOISE.

Ainsi par le peuple même, et par les ^caldes, il se fpnna une suite de chauts natiopaux qui embrassaient à la fois le cycle des dieux, 4^ h^ps fabuleux et deS| hommes. Ainsi se foropa le recueil célèbre connu sous le nom de Kaempe-YiserV Les chants du Kaempe- Viser ont étç r^ssembi^s en Panemark et écrits en danpis, mais ils appartiennent à toute la Scandinavie. W. Grinun, qui nous semble avoir bien approfondi çettç quçj^^ion, pense qu'ils fureQ( primitivement composés vers le V* ou le vi« siècle, c'eslrà-4<rç ^ une époque où dans les trots royaumes de Suède» de Panemark, de Norvège, la langue était çncore à peu près la ineme. Le fait est que Ton retrouve souvent dans ces chants des noms norvégiens^ et suédois., des traditions suédoises, des ballades dçnt l'idéç primitive est a^ribuée à TAlleinagne ou à Vli^l^x^d^» des récits des Niebelungen ou de l'Edda. Les çrki-i ques anglais ont fait aussi divers rapprpçhemçints entre leurs chants populaires et ceux du X^ane^ 9nark. Ces rapprochements ne sont pas difficiles à justiÇer. Les Panois ont été pendant assez longtemps en reljalion immédiate avec TAngleterre pour y répandre, ou y puiser des faits héroïques, des légendes d'ampur et de religion. Il est une époque où les peuples, encore enfants, avides dç^

LirréHATURfi DANOISfl. &5

«HST^eBleux et privés des grandes ressources de la scieûce, recherche^t avec ardeur tout ce qui peut ei^tretenir leurs rêves favoris ; tout ce qui peut donner un aliment à leur imagination crédule. Alors l'épopée chevaleresque, le conle superstitieux, la tradition sainte, ne peuvent être contenus dans les limites du pays où l'imagination du poëte, la foi du religieux les a fait apparaître. Les autres peuplos les réclament. Tout ce qui entre dans le domaine de la pensée appartient à tous. Il n'y a plus ici de barrières territoriales.. Les peuples se battront à outrance pour un coin de royau- Qie, pour un privilège, mais ils iront tous boire comme des frères à cette source vivifiante de poé>^ sie qui désaltère leur âme. Ainsi l'idée poétique s'en va de contrée en contrée par les. récits du. marchand, pap la chanson du soldat,^ par la corn?plainte du pèlerin. Chacun l'accueille, l'adopte, Ja pare et la modifie, selon ses habitudes et son caractère. Elle ne change pas de nature, mais elle prend une autre forme, et devient tour à tour française, anglaise, allemande, sans perdre sa sauveur primitive. C*est une flieur exotique dont les couleurs varient légèrement quand on la transporte hors de son sol natal. C'est un hôte éinn^ev que l'on appelle à prendre place au foyer de fa^

M UTTBftATUBE DANOISE.

mille après lui avoir donné d'autres vêtements. Cest ainsi qu^au moyen âge les poèmes du cycle carlovinglen, du cycle d'Arthur et du Saint-Graal, ont fait le tour de l'Europe. Cest ainsi que telle ballade célèbre a été tant de fois recopiée par' tant de pays, qu'à peine distingue-t-on son origine première <.

Les chants danois tels que nous les possédons aujourd'hui ont été soumis à une nouvelle rédaction que Grimn^ fait remonter au xiv* siècle^. Ces questions de date pour des monuments littéraires dont l'histoire n'a pas pris soin de constater l'exustence sont souvent assez douteuses, car l'examen le plus minutieux du caractère de la langue dans lequel ils sont écrits, ne conduit pas toujours à une solution précise. Mais dans le cas dont il s'agit, si là date est encore problématique, on peut s'assu? rer du moins ep les lisant que ces chants p'pnt été

1 Je citerai, entre autre3 , la ballade mystique de la FiHe du Sultan , qui se relrouve en Danemait , en Suéde , en Allemagne, en HoUand? et en Iriande.

* E. MQller, qui « fBit tant ^'importantes recherches sur l'anclennç littérature du Nord /et M. Molbech, qui a écrit une longue et curieuse dissertation sur ces chants populaires^ partagent l*opinion de Grimm. F'oyez Nogle BemtediDinger over \ore garnie danske Folkeviser^

LITTÉIIATURE DANOISE. 1^7

iromposes qu'après que le chrisliantsme eul pris racine dans le Nord, c'esl-à-dire après lexi« siècle. Vers la fin du xvi* siècle, Sorenson Wedd, rami de Tycho-Brahe, le traducteur de Saxo Grammaticusy les avait rassemblés pour servir à son histoire dé Danemark. La reine Sophie entendit parler de son recueil et l'engagea à le publier. Après plusieurs instances, il s'y décida enfin, et, en 1 59 1 , il fit paraître cent chants danois. Cette publication eut un grand succès. Les chants populaires avaient passé de la demeure des paysans dans le château des noblçs. Les jeunes filles aimaient à répéter Tbistoire mélancolique d'Axel et Ys^lborg, et les hommes d'armes du temps de Christian lY écoutaient avec enthousiasme raconter les exploits des vieux guerriers Scandinaves. Le livre de Wedel devint en peu de temps fort rare. On n'eu connaît plus aujourd'hui qu'un seul exemplaire. Il s'en fit de 1632 à 1671 quatre éditions, et comme ce premier recueil ne suffisait déjà plus à la curiosité du public, en 1695, Pierre Syv l'augmenta de cent autres chants qu'il avait recueillis par la tradition orale et dans des manuscrits. Son livre fut réimprimé trois foîs( 1739, 1764 et 1787.) En 1780) M. Sandvig publia un nouveau recueil sous le ti- \re de Levningev af Middel^Alderem Diql kanst

68 UTTERATURE DANOISE.

( Restes de la poésie du moyen âge). Le plus coi&« plet de ces recuals est celui de MM. Abrabainson, Nyerup et Rahbek, 5 vol. in-8% Copenh. 1812, tiS13 et 1814. On pourrait cependant y ajouter encore plus de cent pièces inédites que M. Thicle a découveries dans les manuscrits de la bibliothèque de Copenhague et d'Odensée.

Le Danemark a non-seulement le mérite d'avoir exploré avec zèle et intelligence ces trésors littéraires» mais encore celui d'avour le premier c<Maapris et révélé le charme de celte poésie naïve du moyen âge. La Suède, l'Allemagne, la Hoilande, l'Angleterre, n'ont publié que plus lard leurs chants nationaux, leur poésie primitive, et la France, comme on le sait, n'est entrée que très récemment dans cette curieuse série de publications.

Comme on peut se le Ggurer d'avance, il ne faut pas chercher beaucoup d'art dans ces chants po* pulairesduNord. C'est une poésie âpre et sauvage comme les mœurs qu'elle représente et les hommes auxquels elle s'adresse. Un rhythme monotone et facile; des strophes de deux longs vers qui tombent Tune après l'autre comme deux coups de marteau ; point de recherche dans les détails ; point de nuance dans les couleurs ; une poésie enfin qui s%

UTTÉRATURE DANOISE. ^^

gnore elLe-naeixie et raconte n^iyemeat^ gf'O^sière- {Dent, les cbose;^ Qu'çll^ ^ apprises. Le caraçtérie sombre du Nord la domine du reste complètement ^ les înfiages riantes y sont rares; lç$ iipaages de d^viil 7 rçvîepQeQt sans Cesse.

Qn (^V^ ujpi singulier contraste en mettant à côtç de ces cbeyorts danois quelques suaves poèmes de rpriept,.\incl)an( d'amour cOHiwe GiiietJBubuij un . drame conç^n^ Sacoanlala. Ici) le ciel étoile, les rayons de soldl, la terre chargée de fleurs, les jours livrés aux molles rêveries, les nuits pleines de parfum et de douces clartés ; là, le sol aride, Iç vent qi^i gronde sous un ciel nébuleux, la mer qui frappe avec des gémissçmients de douleur son lit de i^oc, ses flancs de sable ; ici, le monde des génies gracieux et les encbanlemepts de la vie; là, les créations bizarres et la lutte pénale de Thomme avec le sort ou avec les éléi^ents*

Mais ce qu^il y a de beau dans ces cbsuots du p5inemark, si grossiers qu'ils puissent être, c^est la peinture si rude et si Vraie des peuples du Nord» Il y a là des tableaux de mœurs et des tableaux de guerre, où vous chercheriez en vain la touche délicate de l'art ; mais toutes les personnes qui y ont pris place sont comme des figures monumentales l9illées à grands coups de ciseau dans un rocher

60 LlTTÉfiATURB DilNOtSÉ.

de granit* Leurs récits de combats ressemblent à des épopées, et leurs guerriers sont hauts de dix coudées.

Quand le yaleureux Hagen est attaqué à Fimproyisle^ et qu'il glisse sur les peaux humides que Grimild a posées là exprès pour le faire tomber. —Souviens-toi, lui dit-elle, de ta promesse; tu as juré que si jamais tu tombais devant un ennemi, tu ne te relèverais pas pour le combattre. — C'est vrai, s'écrie-t-il , et il combat à genoux et tue encore trois de ses adversaires.

Quand Dietrich^ attaque Ogier-le-Danois, le sang coule dans la plaine par torrents. Dietrich est parti avec huit mille hommes ; il n'en ramène que cinquante.

Quand Sivard se met en route, il monte un cheval qui galope sans s'arréler pendant quinze jours et quinze nuits. Arrivé au pied d'une forteresse fermée, il ne se donne pas la peine d'attendre qu'on lui en ouvre les portes, il fait sauter son cheval k quinze pieds au-dessus des murailles.

■ Il y a ici an de ces anachronisme^ qui se présentent plas d'une fois dans les épopées du moyen Age^ Dietrich , que les critiques s'accordent à regarder comme Theodorie, est mort en 527. Ogier-le-nanois vivait trois cents après , car il était contemporain de Chariemagne.

Un combat mémorable est celui d'Orm, le jeune chevalier, et du géant de Berne. Orm s'en va frapper à la porte du tombeau de son pére^ qui est enterré dans une montagne. 11 frappe si fort, qu'il brise le rocher, et le père se réveille.

— Quel, est le téméraire qui vient ainsi me troubler dans mon repos ?

— Cestmoi,Orm, tonûls.

— Que veux-tu? Je t'ai donné Tannée dernière des monceaux d'or et d'argent.

— C'est vrai, lu m'as dcmné, l'année dernière, des monceaux d'or et d'argent, mais aujourd'hui je veux ton épée.

— Ta n'auras pas, Birting, ma redoutable épée, avant que tu sois allé en Irlande venger ma mort.

— Si tu me la refuses, je brise là montagne qui te sert de tombe, en cinq mille morceaux.

Le vieux guerrier lui donne son épée. Orm tue le géant, et s'en va ensuite en IHande tuer les meurtriers de son père.

Un autre combat plus merveilleux encore est celui de Dietrich avec le dragon. Pletrich, en courant les aventures, rencontre un lion et un dragon qui se battent avec fureur. Le lion est vaincu et prie le héros de venir à son secours. Dietrich marche contre le dragon, mais sa lance

62 LlTtÉRA+URE bANOÏSE.

se brisé sur ses rudes écailles, et le monstre remporte dans sa cayehie auprès dé ses onze petits, pois il s'eiidort. Pendant la nuit^ Dtetrich cherche à sortir de la caverne, et troifve I^épée du roi Siegfried. Alors il s'élaface bravement contre lés petits du dragoh, et les massacre Fuil après Fdutre. Au bruit de leurs géniisseniénts, le serpent s'éveille, et en apercevant entre les mains de son ennemi le glaive enchanté, il a peur, et le conjure de lui laisser la vie. Mais Dîétrich, après lui avoir fait avouer ou sont ses trésors, lui plonge son épéè dans le flanc, puis H sort et monte en triomphe sur le dos du lion qui ràttëndaitàla porte'. '

Ce' qui reparaît à tout instant dans ces traditions du. Nàtà, C'eàt iiti esprit de vengeance farouche^ impitoyable, qui tourmenté éternellement le coeur fet né s'apaise qu'avec du sang. Une jeune fille vîeiït poignarder, au milieu de la nuit, Tamant qui Ta trompée ; une reine empoisonne la femme qui h rend jalouse ; deux sœurs empruntent des vêtements de chevalier, une armure, et s'en vont venger la mort de leur père. Elles tuenit rhomtne

> Il y a dans le poëme de Ferdussi , dans le Sha-nàraeb , an combat de Bustan avec un dragon, qui a beaucoup d'analogie ayec eèluM.

LlTTÉRATtJRE DANOISE.- 63

qui Fa tué et le. coupent en morceaux. La ballade ajoute qu'elles pleurèrent beaucoup lorsquMl fallui? ensuite aller se^onfi^sser. L'exempljB le plus terri* ble de cette colère inlphcable de trouve dans 1» baDade de Yonved. C^est là uh autre Hamlet, mais un Hamlet ceût fois j)lus irrité, plus mé^on-' tentde lui, plus malheureux que celui que nous connaissous* Sa uére l'engage à s^en aller venger la-ttxirt d« son père. Il part, et tue tout ce qu'il rencontre, les pères avec leurs fils, les chevalier» avec leurs compagnons d'élite% Quand il ne voit plus personne à tuer, il dbnné^ un anneau d'or à un berger, afin de lui incliquer la forteresse, on il trouverait des hommes d'armes dignes de lui. H entre de vive 'force dans, le château, et tue ceux qui voudraient l'arrêter* Pdîs il revient chez lui,' et cfcans la rage qpi le possède, il tue sa propre mère et brise son luth, afin de n'avoir plus nbtjt qui puisse àdoxtcir ses accès de fureur.

Toutes les pièces du recueil rie présedtetit cependant pas ce triste dénouement. Il y en a de tendres et de gracieuses, comme celle-ci.

a La mère de là petite Christel est occupée à coudre, mais dés larmes coulent sur le visage de sa fille.

— Ma petite Christel, mon enfant chéri, dis-

64 LITTÉRATUllE DANCHSC.

moij pourquoi ton visage est-il défait? poQr(}ûoî la joue est-elle pâle?

— Il n'est pas étonnant que je sois pâle et défaite, j'ai tant à couper et à coudre.

— Il y a pourtant, dans la ville^ des filles plus belles que toi, et qui travaillent mieux que toi.

— Eh bien! à quoi sert de te le cacher plus longtemps? Notre jeune roi m'a séduite.

— Si notre jeune roi t'a séduite^ que t'a-t-il donné?

— 11 m'a donné une jolie petite chemise en soie, que j'ai portée avec douleur^

Il m'a donné des souliers k boudes d'ai^ent,* que j'ai portés avec angoisse.

Il m'a donné une harpe d'or, pour m'en servir quand je serais trop triste.

La petite Christel touche la première corde, le roi récoule résonner dans son lit.

Elle touche une seconde corde, le roi ne repose pas pluà longtemps.

Il appelle deux de ses serviteurs : — Faites ve^ nir, dit-il, la petite Christel devant moi.

. Elle arrive et se tient debout devant la table. — O roi , dit-^elle, vous m'avez envoyé chercher^ que voulez-vous?

Le jeune roi montre tes coussins bleus. —

Viens l'asseoir, ma petite Christel, et r€pqse4oî, — Je ne suis pas lasse, je pjeux rester debout. Dites-moi ce que vous voulez, et lai$sez-mpî partir. »

Le jeune roi attire la petite Christel a lui, il lui donne la couronne d'or et le nom de reine*

D'aulres ballades> comme celle d'Axel et Vaidborg, ont tout le caractère galant des poèmes de chevalerie du moyen âge. Axel, le preux guerrier, etValdborç, la jolie jeune fille, s'aiment dès leur enfance. Ils se rendent ensemble à la chapelle, ils vont se fiancer; mais Hagen, le fils du roi, est amoureux de Yaldborg; il empêche le maria^ge., car il veut lui-même épouser la jeune fille. C'est un horrible moment pour les deux pauvres fiancés qui ne cessent pas de s'aimer, et que n'entre* voient aucun remède à leur doul^sur. Tout à coup la guerre éclate. Hagen se met à la tête de ses troupes, et le valeureux Axel; oubliant son ressentiment, marche sous sa bannière. Sur leobamp de bataille^ Hagen reço^^ une blessure mortéilè; il appelle son rival, lui tend une œaiade fréré; et . lui^dit : «Venge ma mort, tu épouseras Valdb^]^, et je te donne mon royaumo. » Axel s'élance au milieu des ennemi^, combat comme uslion^ et meurt couvert de blessures. A celte nouvelle, la

66 LITTÉRATUKE i>A!rOI§G.

isaUieureose Valdborg distribue son bien aux pait^ Très' et se re(âre dans. un couvent ^

Quelques pièces toutes pleines de merveilleux semblent renfermer un sens symbolique. .

Une jeune fille pleuré d'élre sépai^ée de son a«i9nt; un cpk'beau s^appixy^che d^elle, et ^'offre à la conduire auprès de lui, à condition qu'il s'em* parera dû premier enfant auq[uel elle donnera le jour* La jeuiie û\\e accepte. Elle. devient mère, le corbeau 'accôurt et réchttne sapr^îe^ 'En vain la malheureuse se jeûe à genoux, pleure, prie, se désole, et offre, pour rompre son affreux contrat, rtoutes ses terres et tout l'or qu'elle possédé. Le corbean est ihfteliblé. Il s'ehipare du nouyeau-né, -lui crève les yeux, bojt son sang, et à Pinstant, dc-.rônbéau qu!ir était, il dévient un beau je^ne f|iemroe, etl'enfiintriBssuscite.

, ::'lJin paysan va\bâtlr Une maison adprès de la d^eure d'utinaînâçs montag;nes« Gelilil-cî s^iif ice, ff^^etnble.sjoiià compagnons, et tourmente le ^ifay^an ji^^q^'à ce ^{te le paiirrré bominiè, réduit h la der-^ Ai^içe atiiiemUé, lui cède 'sii JPemmev Léhaîn l'emk^^, et fioodaktsaaaîlléià'éièVe, sdn visage^e-

OMM^(dlàlgër^)i Calt l^uf 'âie«i$ trUuon d'Axé^^ Valdborg anr

tragédie fort ettimée^

LITTERATURE DANOISE. <ii

vient beau. Ceât un dhevalîer que ramotir iantiblît. C'est un fils de roi disgracié, auquel un baiser de femme rend une nouvelle vie.

Quelquefois aussi on trouve dans les K^raipë- Viser certaines pièces, comme celle du Moine, qui resseittblent singulièremetit à une satire religiepse;

Douze hommes à cheval s'en viennent attaquer lecouveol:; le moine marche à leur rencontre. avec sa massue et les écrase Tun après Fautre. Il s'égare dans la campagne, rencontre un magicien, le force à lui montrer ses trésors, et le tue. Puis il revient au couvent et massacre quinze paawes moines^ parce que la soupe n^était pas prête, et quinze autres parce que iepoisson n'était pas frit. Après cela, il crève un œil h Tabbé parce qu'il retient trop longtemps la communauté k l'église. L'intr^ide moine né veut plus entendre parler dé prières, dé lecture ni dé chants au lutrin, et les relig^ux, ravis d'une telle vertu, le choisissent d'une voix unanime pour leur supérieur. Il se met à la tête de l'abbaye et la gouverne pendant trealeans.

Quelques pièces ressemblent, comme nous l'avons dit, aux chants de TËdda; nous en citerons une, entre autres, qui se rapproche beaucoup du

ce chant original deSœmund, connu sous le nom de Marteau de Thor >•

Tord de Meeresburg court h cheval h travers la plaine. II perd son marteau d'or et ne le retrouve de longtemps. Tord appelle son frère : « Il faut que tu t'en ailles, dit-il, dans les montagnes du Nord, chercher mon marteau.» Locke, son frère, prend un vêtement de plumes, et vole par-dessus les larges flots de la mer du côté des montagnes du Nord. Il arrive dans une forteresse, entre dans la grande salle et se présente devant le hideux Tolpel.

«Sois le bien venu, Locke^sois le bien venu!

Comment va -t-on à Rfeeresburgî Comment va-ton dans le pays là-bas ?

— Bien, répond Locke^ Tord a perdu son marteau, voilà pourquoi je suis venu*

— Dis-lui qu'il est enfoui à cinquante - cinq brasses sous terre. Il ne le reverra jamais, qu'il ne me donne pour épouse la jeune Feidlefsborg et tout ce que vous possédez. »

* Dans FEdda le récit est pias développé et présente des détails plni piqaants encore. Là, c'est le dien Icd-méme qui est mis en scène; c'est le dieu Tbor qui revêt les habits de fiancée. Dans le chant danois, toat^ a été réduit à des proportions plus humbles. La fable mythologique est devenue une fable humaine.

Locke reprend son vêtemenl ailé et traverse les flols salés de la mer : « Tû ne recouvreras pas ton marteau, dit-il h son frère, à moins que tu no sacrifies la jeune Feidiefsborg et tout ce que tu possèdes. »

Mais sur le banc où elle était assise, la fîère jeune fille s'écrie : « J'aime mieux un chrétien que ce monstre hideux. Prenons notre vieux père, arrangeons-lui les cheveux, et conduisez-le comme 6ancée, à ma place, dans les montagnes du Nord. »

Ils donnent au vieillard des vêtements de jeune fiancée; sur ces vêtements ils n'épargnent pas l'or, puis ils se mettent en route» Ils arrivent et 3'asseoient sur le bane des fiançailles. Le comte Tolpel entre pour présenter la coupe nuptiale à la jeune fille. Mais avant de boire, le vieillard mange quinze bœufs, trente cochons, sept pains. Puis, pour apaiser sa soif, il boit douze mesures de bière dans un grand seau à anses et manque d'avaler le seau. Tolpel se promène dans la salle, joint les mains et s'écrie : a D'où vient donc cette fiancée qui dévore tant de choses ?» Puis il dit au sommelier : « Prends garde aux tonneaux, nous avons à traiter une femme qui aime terriblement a boire. » Pendant ce temps Locke rît sous ses vêtements, et dit ; « Elle n'a pas mangé depuis huit

70 LITTÉRATURE DAUTOISE.

jours, tant elle élait occupée de Fidéc de venîrici.i Tolpel appelle ses écayars : « Apportez-mot s'écrie-l-il, le marteau d'or ; je Tabandonne volontiers, pourvu que je sois séparé d une telle fiancée, à ma honte, ou à mon honneur. » Huit guerriers apporteni sur un arbre le marteau, et le posent en travers sur les genoux du vieillard. Celui-ci le prend, lemanie comme une veï*ge,et frappe le monstrueux Tolpel, puis ses compagnons. Tous les holes réunis, tous les hommes du Nord en pâlissent d'eft froi, et reçoivent des coups de marteau et de mortelles blessures.

<i Retournonsmaintenant, dit Locke au vieillard^ ^•elpurnous dans notre pavs, car vous voilà devenue veuve. »

Un grand nombre de pièces du recueil que nous^ analysons sont consacrées aux croyances superstitieuses et aux idées de sorcellerie des hommes du JXord. Ici, des rossignols annoncent à un amant la nxort de sa maîtresse ; là, une jeune fille tombe au pouvoir de l'homme de mer, qui l'emmène au fond des eaux, dans sa grotte de cristal. Tantôt, c'est l'histoire d'un jeune homme qui s'égare pendant la nuit, et arrive sur une montagne où danseïit les elfes ; un de ces êtres fantastiques l'invite à danser j il s'y tefuse, et lombç mort en arrivani

UTTÉRATURE DANOISE. 71

ehçzlui ; traxHot celle d^une femme dont Pâmant a élé égorgé et coupé en morceaux : elle recueille avec soin toutes les parcelles de ^on- corps, les trempe la miit dans la source de Mariboé^ et soa amant revient à la vie ; tantôt celle de douze ma* giciens qui tous ont de merveilleux secrets. L'un» peut conduire l'orage avec sa main ^ un auCre^ dompte les dragons ; un troisième sait tout ce qui se passe en pays étranger ; un quatrième se promène sous Feau ; un cinquièpae possède une harpe* que personne ne peut eotendt^e sans se mettr€^ aussitôt à danser.

A traveirs ces idées superstitieuses, pour la^ plu-< part assez bizarres ou copiées d'après de vieilles traditions, il en est une vrainoent fort belle ; c'-est celle qui attribue aux morts lafacqhé de se réveiller dans let^r cercueil, et de- revenir sur tjBrre'pour consoler un plurent, ou répeJOidre aux vœux d'un ami. Cette idée me semble ëxpriitiée d'une manière touchante dan$ cette pièce qui a pour titre : La mère dans le tombeau. :■

« Dyrings'en va dans une île lointaine, et épouse une jolie jeune fille. Ils vécurent sept ans.cQsemble, et sa feiàme lui donna sept enfants. Alors la naort entre dans la contrée et enKve la femme> si belleet si rose» Dyring s'en va dans une île lointaine^

71 • LITTÉRATURE DAÎCOISE.

épouse une autre jeuoe fille, et la ramène chez lut. MaU celle-ci éléit dure et méchante. Quand elle entra dans la maison de son mari, tes sept petits enfants pleuraient ; ils pteuraient, ils étaient inquiets, elle les repoussa dti pied. Elle ne leur donna ni bière, ni pain, et leur dit : « Vous aurez faîra et vous aurez soif. » Elle leur retira les coussins bleus, et leur dit : « Vous coucherez sur la paille toute . nbe. «Elle éteignit les grands flambeaux, et leur dit : * « Vous resterez dans robscurité. » Les enfants pleuraient le soir très tard, leur mère les entendit sous la terre, sous la terre où elle était couchée; « Oh! que ne. puis-je, s'écrîa-l-elle, m'en aller voir mes l^etits enfants ! » Elle se présenta devant Dieu, et lui demanda la permission d'aller voir ses petits .enfants. Elle pria tant que Dieu se rendit à sa den^andë. « -Mais quand .le coq chantera, Ini dit-il, tu* ne resteras pas plu^ longtemps. »

Alors la pauvre mère se lève sur ses jambes fatiguées et frsinchihle mur de pierre. Elle traverse le vjllage,*et les chiens hurlent en l'entendant passer. Elle arrive a la porte de sa demeure; sa fille âtàée était là tlebput. « Que fais-tu là, mon enfant? dit- elle. Comment vont tes frères et sœurs?

— Vx)usêles une belle grande dame , mais vous n êtes pas ma mtTe chéiie. Ma mère avait les joues

blanches et roses, et vous êtes pâle comme la morl.

— £t comment pourrais-je être blanche et rose? J'ai reposé dans le cercueil si longtemps ! »

Elle entre dans la chambre ; ses petits enfents étaient là avec des larmes sur les joues. Elle en prend un et le peigne, puis tresse les cheveux à un autre, et en caresse un troisième et un quatrième ; le cinquième, elle le met sur ses bras, et lui ouvre son sein. Puis, appelant sa fille aînée : « Va t^en prier Dyring, dit-elle, de venir ici, » Et quand Dyring parut, elle lui cria avec colère : « Je t^ai laissé de la bière et du pain, et mes enfants ont faim et soif. Je t'ai laissé des coussins bleus, et mes enfants couchent sur la paille nue. Je t'ai laissé de grands flambeaux, et m^ enfants sont dans Tobscurité. S'il faut que je revienne ainsi souvent le soir, il t'en arrivera malheur, v Alors la belle-mère s'écria : « Je veux désormais être bonn« pour tes eoranlSé » Et depuis ce jour, dès que le mari et la femme entendaient gronder le chien, ils donnaient de la bière et du pain aux enfants, et dès qu'ils leniendaient aboyer, ils se sauvaient, de peur de voir apparaître la morte. »

Qu'on me permette, avant définir, de m'arrêter un instant sur cette tradition qui a laissé des traces

74 LirriRATURR DANOISE.

nombrauses, nan-seuleinent dans les poésies po« pulaires de Danemark, mais dans celles d^\IIe^ magnis, d'Angleterre, d'Ecosse, et de plusieurs autres contrées.

Nous avons déjà tu qu'au moment d'entrer en lutte avec le géant, Orm s'en va frapper à la porte du Ipmbeau de son père, et lui demande son épée. Dana un autre chant danois , un jeune homme réveille sa mère dans son sépulcre, pour obtenir d'elle un conseil. Dans un autre encore, c'est un amant que les regrets de sa bien-aimée troublent dans la fosse où il est enseveli. 11 se lève avec son cercueil et vient, au milieu de la nuit, frapper à la porte de la jeune fille. « Chaque fois, lui dit-il, que ton front s'éclaircit, que ton cœur est gai, mon cercueil est jempli de feuilles de roses ; chaque fois que tu as Tâme lourde et inquiète, mon cercueil est inondé de sang. »

La mémecroyancese trouve dans plusieurs sagas irlandaises, et dans l'Ëdda de SaBmund. La prophétesse à laquelle Odin va demander une prédic-^ tion, s'écrie : c (^ui donc trouble le repos de mon âme? J'étais couverte de neige, mouillée par la rosée, trempée par la pluie. J'ai été longtemps morte. »

Une ballade écossaise raconte l'histoire d'un

LITTÉRATURE DANOISE. Ib

pauvre jeune homme mort par-delà des mers, et qot s'en vient, pendant une nuit d'hiver, prier sa maîtresse de Taffranchir des serments qu'il lui a faits I ; car, selon cette pieuse croyance, Tamour est plus puissant que la mort* L'âme de celui qu'une promesse d'amour enchaîne dans ce monde est inquiète et mal à l'aise dans le tombeau, jusqu'à ce que sa maîtresse le dégagée de ses serments ou le rejoigne dans le cimetière.

Dans tine ballade magyare, une jeune fiancée, que son amour tourmente jusque dans le cercueil, vient enlever \ son amant lanneau qu'elle lui a donnée. Dans le Décaméron de Boccace, Lisabetta attend son amant, mais ses frères l'ont égorge ; çlle l'attend chaque jour, et le pleure chaque nuit. A la fin il apparaît lui-même le visage pâle et décomposé, lui annonce qu'il est mort, et lui montre l'endroit où il a été enterré ^. Dans une ballade allemande, un autant vient lui-même annoncer sa mort à sa maîtresse. Il lui demande sa main ; mais au moment où elle la touche, elle meurt, et monte avec une couronne étemelle au ciel. Une autre bal-

' Percy, tome III, page 126.

• Wackcrnagel. Alldeutsche Blœtler.

*• Il Dccamerone. Giorn. V, Novel. 4.

lade allemande,, d'un caractère plus naïf encore et plus touchant, représente un pauvre petit enfant que sa mère pleure sans cesse, et qui se lève et vient lui dire : « Oh ! ma mère, ne pleure pas tant, car ma pelite cheiQise est toute mouillée des larmes que. tu verses, et je ne peux pas dormir dans mon tombeau. » II, faut citer encore cette tradition grecque de Protésilas, qui mourut au commencement de la guerre de Troie* Il soupirait tellement après sa femme Laodamia, que Pluton lui permit d'aller la revoir, et quand il la quitta, elle mourut. Sur le tombeau de Protésilas, on montrait encore, du temps de Pline , des peupliers qui, lorsqu'ils s'élevaient à la hauteur de Troie, dépérissaient tout à coup, et puis après commençaient à reverdir ' .

A la même tradition se rattache celle du chasseur qui reviept toutes les nuits ppurâi^ivre le

^ * Wackeraagel. Altdeutsche Bsitter.

On pourrait multiplier à l'infini les exemples poétiques de cette croyance superstitieuse qui est répandue aussi en Orient. Dans un conte arabe, une jeune fille quitte chaque nuit son cimetière et vient voir son amant. Les Études de M. Emile Souvestre sur la Bretagne nous ont appris qu'elle existe aussi dans cette province. On a pu lire dans ces Études une ballade d'un pauvre homme qui revient, après sa mort» travailler sur terre, pour acquitter une dette qu'il a contractée.

LITTÉRATURE DANOISG. 77

sanglier dans les bois; celle du tambour qui, à rapproche de Tennemi, se réveille du sommeil de la morl pour battre encore la générale, et la chanson populaire diaprés laquelle Bûrger a fait sa Léonore.

A la même tradition, il faut joindre aussi celle d'Arthur, de Charlemagne, de Frédéric Barberousse, de Guillaume Tell, qui veillent encore dans les flancs des montagnes, hissant pousser leur barbeft)laBche , et attendant le jour où ils doivent reparaître pour secourir leur pays'. Le

> Frédéric Barberoasse est enfermé dans ane montagne du pays de Salzbourg; avant qa*il reparaisse , sa barbe blanche doit faire trois fois le tour de la table devant laquelle il est assis. Un jour un berger s'égara autour de cette montagne, et fut conduit par un nain dans la grotte habitée par le vieil empereur.

« Les corbeaux volent-ils encore au-dessus de la montagne ? lui dit Frédéric.

— Oui , répondit le berger.

— C'est bien ; j'ai encore cent ans à dormir. »

Quand Frédéric reparaîtra, il suspendra son bouclier i un arbre desséché. On Terra Tarbre reverdir, et ce sera le signe d'une nouvelle ère, d'ane époque de vertus e,t de félicité.

Charlèmagne est dans le Wunderberg, la couronne d'or sur la tète, le sceptre i la main ; sa longue barbe lui couvre toute la poitrine; autour de lui sont rangés ses principaux seigneurs. Ce qu'il attend là, on ne sait ; la tradition dit que c'est le secret de Dieu.

Cette tradition n'existe pas seulement pour Charlèmagne, Arthur et les autres héros populaires du moyen âge, elle remonte beaucoup plus

iB LTTTÊaATimE DANOISE.

peuple est comme les individus attachés éix ^n- Venif de l'être qu'ils ont aimé : il ne veut pas laisser mourir entièrement ses bienfaiteurs et ses héros. Il les endort non loin de lui, il les berce au bruit de leurs louanges. Il espère qu'on jour, quand il les appellera, ils reyiendront. Quel que soit le mérite littéraire des œuvres produites par ces traditions poptdaires, nous croyons ^ue le sentiment religieux qui les a inspirées, le sentiment d'amour et A confiance sur lequel elles reposent, les rend dignes d'être recherchées et étudiées.

haut. Saint AugosUn dit qu'à Éphèse, oà saint Jean était enterré, oit ne croyait pas que ce saint fût mort ; on le regardait comme endormi dans le tombeau qu'il s'était lui-même préparé, et attendant la seconde apparition du Seigneur. La preuve qu'il n'était pas mort, c'est que l'on voyait la terre qui couvrait sa tombe remuer de temps à antre, et suivre le mouvement de sa respiration.

XVl^ ET X\IV SIÈCLES^

Tandis que les professeurs des écoles de Dané-« mark sWbliàient dans leurs, subtiles discussions, tandis que les pauvres élèves de Ribe et de Roeskilde passaient 4eâ belles années de leur jeunesse à étudier les ing^énieuses combinaisons du Daclrinale et les, proverbes de Pierre Lolle, un grand mouvement sepréparait en Allemagne. Le cri de rébellion contre la souveraine autorité de Rome avait retenti aux portes des universités. Le droit de Kbre examen venait d'être proclamé ; la réformation commençait* Nous ne voudrions pas admettre sans de notables restrictions tout :ce que les écrivains protestants ont écrit sur l'heureuse influeace de cette révolution du xvi® siècle ; mais il est hors de doute qu'elle éveilla comme un coup de foudi'e l'esprit humain de l'espèce de somnolence où il était plongé, et la flamme qui consuma la bulle du pape s;ur la place de Wittemberg fui

comme le flambeau de Tére nouvelle vers laquelle chacun tourna ses regards*

Les premières idées de réformation apparurent en Danemark sous le règne de Chrétien IL Les livres de Luther avaient été promptement apportés à Copenhague ; les bourgeois les lisaient, et les étudiants commençaient à les commenter. Le roi n'avait d'abord aucun penchant déterminé pour les nouvelles doctrines. Sa vie semée d'orages, son caractère impétueux et peu réfléchi , ne lui permettaient guèred'appliquersa pensée à unequestton qui semblait n'être d'abord que le résultat d'une querelle de moines. Une circonstance particulière qui paraissait devoir les lier plus étroitement au catholicisme contribua au contraire à l'en -éloigner.

Dans le temps où le légat du pape Tretzel s'en allait dans les villes d'Allemagne prêcher l'absolution et vendre les indulgence^, un autre légat vint en Danemark remplir la même mission. Celui-ci se nommait Ârcemboldus. C'était un homme insinuant, habile, mais fourbe et ambitieux. Il sut si bien gagner la confiance du roi qu'il pénétra dans les secrets de sa diplomatie. Chrétien II ne pouvait renoncer à l'espoir de faire revivre dans toute son étendue le traité d'union de Calmar, •de ramener sous son autorité absolue la Suède qui

LITTÉIVATURE DANOfSti. 8 1

n avait; pas eBCore renié formetlemem son alliance avec le Danemark, mais qui était r^ie il'ane façon indépendante par Sien Sture. La monarchie danoise avait encore dans ce pays de nombreux partisans* II fallaitseulement les rallier. Chrétien II crut trouver dans Ârcemboldus Thomme dont.il avait besoin pour remplir une pareille tâche. Il lui donna ses instructions, laccrédita auprès de ses amis et Ârcemboldus partit pour la Suède. Mais arrivé là, il se laissa séduire par le parti qu'il de« vait essayer de combattre. On lui promit Tarche vêché d^Upsal, et au lieu de servir Chrétien II, < il le trahit;

Le roi en apprenant cette nouvelle devint furieux. Arcemboldus avait laissé en Fionie une caisse dargent. Elle fut aussitôt saisie. Il expédiait en Allemagne deux navires chargés de fçr et de beurre que les paysans lui avaient donnés pour des indulgences. Ces deux navires furent arrêtés sur le Sund et conQsques. Son frère vint en Danemark. Il fut jeté en prison et n'en sortit qu'en payant une forte rançon. Arcemboldus écrivit à Chrétien II pour se justifier, mais toutes ses pro^ testations furent inutiles. La peur le prit et il se sauva en Allemagne.

Cette vengeance du roi était un acte d'hostilité

82 * LITTÉRàTURE BAIfOISË.

flagrante contre la cour de Roûne à laquelle appartenait le produit des indulgences vendues par le missionnaire. Dans un autre temps, cette témérité eût été punie par Texcommunication. Mais alors le pape avait trop à Faire avec les protestants d*Allemagne pour s'inquiéter d'unecargatson de beurre perdue en Danemark. Cependant la trahison d^Arcemboldus fit sur Tesprit de Chrétien II une forte impression. Elle accrut les prétentions qu^îl nourrissait depuis quelque temps contre le clergé ca* tholique et le porta h écouter la voix de ceuxqai prêchaient une réformé. Il avait toujours pris uq intérêt particulier à la cause du peuple opprimé dans son royaume par les prêtres et par les noblés. Il essaya de le défendre et rendit en sa faveur plusieurs ordonnances. Quand il eut reconnu tous les abus qui s^étaient introduits au sein des chapitres métropolitains, au sein des écoles, il publia un édit sévère pour les réprimer. Ce nf'était pas encore un acte jde protestantisme formel, n^ais cela y ressemblait un peu. Malheureusement^ pour pouvoir opérer de telles réformes, pour pouvok* dompter lé despotisme de Faristocratie et Forgueil du clergé, il aurait fallu qu'il commençât par dompter lui-même ses habitudes ;i^ vengeance, ses excès dé colère qui ont jeté sur son régne

LirrÊHATURË DAIfOIS£. 8S

une tache hoftteuse que rien ne petri elTacer. L'ex|>ëditk>n qu'il fit en 1 520, en Suède, les actes de cruâuléi les scènes sanglantes par lesquelles il crut pouvoir Hpposer sud autorité à un peuple qui semblait vouloir s'y soustraire, toute cette hideuse histoire d'une marche de roi qui ressenïblait à une marche de bourreau, donnèrent à la noblesse et au clei^é de DsTnenaark le. prétexte qu'ils attendaient pour secouer le jodg de cette autorité brutale et d^adée d'ailleurs par l'influence d'une femme qui semblait avoir pris les rênes de la royauté en jetai) t sa Bile datns les bras du roi. Les deux partis se soulevèrent contre lui et choisirent pour souverain son frère Frédéric, duc de Holstein. La bourgeoisie essaya en vain de le défendre. Son frèref s'avança avec une armée en Séelande, et subjugua peu à peu le pays. Chrétied tl vint à Copenhague sous laga-* nantie d^un sauf-conduit. Il fut jeté en prison et y mourut après avoir vu successivement cinq sou« verains régner sur ses états de Suède et de Danemark.

En âommant Frédéric l^' roi, les évéques lui firent signer un contrat par lequel il s'engageait à ne pas permettre qu'on attaquât dans son royaume le dogme catholique. Frédéric avait une prédilection secrète pour le protestantisme; mais il pensa

que le temps n'était pas encore venu de la mon-» trer. 11 accepta docilement toutes les conditions qui lui furent imposées par Içs prêtres et fit même brûler Fordonnance de Chrétien IL qui rappelait les prêtres à leur devoir.

Cependant la réformati(m pénétrait peu h peu dans les esprits et trouvait des partisans là où Ton n'eut pu lui supposer que des^antagonistes. 11 y avait dans le couvent d^Àntvortskov un reUgieux nommé Tausen qui sëtait signalé dès sa jeunesse par une éloquence naturelle et des qualités d'esprit remarquables. Le prieur crut pouvoir l'opposer aux prédicateurs protestants ;> mais, pour accroître ses connaissances, il lui donna Tordre de voyager en Allemagne, de visiter les hommes les plus instruits des universités et les plus orthodoxes, lui recommandant surtout de ne pas approcher de Wittemberg et de ne pas voir Luther. Tausen alla d'abord à Cologne, à Louvain et dans quelques autres villes. Mais, malgré lui, l'idée dominante de l'époque, l'idée de réformation le préoccupait souvent. Ce qu'il connaissait des écrits de Luther avait éveillé en lui d'étranges scrupules. Pour la première fois le doute avait surgpi dans son âme. Il essaya de le réprimer, niais il le sentit renaître. Un jour enfin qu'il était

tourmenté plus que de coutume par cette lutte intérieure, il voulut y mettre un terme. Il prit un faux nom et partit pour Wittemberg. Là, il s'en-^. tretint avec Luther et Luther le convertit. Quelque temps après il revint e» Danemark, rentra dans un cloître sans parler de son excursion à Wittemberg, et se remît à ses devoirs de religieux comme auparavant. Deux mois se passé* rent pendant lesquels il ne laissa rien apercevoir du changement opéré en lui. Mais quand il vit que de toutes parts le dogme luthérien commençait à grandir et que l'esprit du peuple était attentif, il monta en chaire un dimanche et prêcha sur fei grâce. A la suite de son sermon, le prieur Fenvoya au cloître de Viborg ou il fut mis en prison. 11 avança la tête entre les barreaux des fenêtres et prêcha, et les bourgeois de la ville se rangèrent au pied des murailles pour Técouter. Cela ressemblait à renseignement des premiers chrétiens. Deux moines qu'il avait convertis sortirent du cloître et s'en^allèrent au dehors enseigner la nouvelle doctrine. Les évêque^ orthodoxes adressèrent leurs plaintes au roi. Mais il était trop lard. Le roi était déjà plus luthérien que catholique : au lieu de punir Taus6n, il le délivra de sa prison. Il proclama, en 1527,1a liberlé cje religion/

10 UTTÉaATURE D4KOISE.

et laissa k son successeur le sptp d'achever son oe/iurre. Dix aos après, c'en était ùit du cathdî*^ cisme en Daneinark* Tout le pa js àait protestanl^ La réforoiaiion commencée sous ler^p^ de Chrétien U avait élé coptinuée sous celui de Frédé-^ rie I^ et achevée sous celui de Chrétien III. Elle s était opérée lentement I mais sans faire verser une goutte de sang. Le premîep soin du iMmveau roi^ après avoir sanctionné cette révolution i^eligieuse par ses décrets, fut de s'emparer de Tuniversiié. jBlUe était depuis plusieurs années dans un état d'anéantissement presque complet. Les étudiaot» lavaient abandonnée et les proFesseurs ne faisaient plus leMrs cours. Elle avait d'ailleurs si peu de ressources qu'elle pouvait k peioo subvenir à ses» dépenses. Chrétien lU la dota de plusieurs bîeBs enlevés an cleî'gé catholique. Il lui donna, en 1 537, un autriârèglementet augmentale nombre des professeurs ' . Dès lors elle fut régénérée ; dès lors elle a grandi sans cesse. Mais scelle ne vivait pas encore d'une vie fiermeet indépendante, elle avait les regards tournés vers l'Allemagne. C'était là qu'elle cherchait la direction à suivre dans ses études, et.

Ml y eut trois professears de théologie, ira de jurisprudence^ deux, de médecine, huit docedies en philesepbie.

UTWRATIIRB DANOISE. 87

dans les cas embarrassanls, la solution doqt ^Ite avait besoÎD. On en jugera (lar ufie.aoecdMç qiftî ' monireen même temps de quelles étrapges quesr lions les savants de cette époque étaient occupés.. En 1550, le roi adressa aux professeurs de tkéor logie un livre publié à Hambourg par J. Repinu^ et leur demanda s'il était vrai^ comme Repinus le soutenait, que J. C. eût souffert en descead^^t aux limbes. Ils répondirent qu'ils ne pouvaient exprimer aucune opinion ë ce sujets avant de connaître celle des théologiens de WiUemberg.

La polémique de la réformation devait -néces* sairement aider au développement de Tcsprit et aux progrès delà laague.*La cause fie*plaidai(^ devant le peuple. Les hommes qui la discutaient devaient parler la langue du peuple. Les (M^étres^^ les reUgieiix firent un efSort. Ils. reiioncèrent au latin dont ils s'étaient servis jusque là et éçrivirejoil en danois. Leurs adversaires ]m attaquaient avec des armes Contes nouvelles, il foUak combattre aveeles mèines. armes, ou abandonner le champ de bataille. Au pfeut^ crt de guerre jeté par le protestantisme, le peuple devint attentif. Sans se rendre compte encore de tout ce qui allail arriver, il pressentit qu'une révolution iraportanle se pré* parait autour de lui. Le droit, de libre examen fat

f • urrÔATOEE

Ce ht

tfl arA Aé wilum passif do doefrioes q« os liD easdgnaît^ 3 dcvail désomiats pénârer le sens de ee dw tf ûics et les discuter. KeMâi 3 abdEqoa cet bonble rôle de spectateur pour se jeter ao niSeo de la mâée, et le dtsr'ple adiera par seséocr^g^iics démODStratioiis l'œuvre eoomieiieée par la parole do mailre. Les défenseors dn caiboGcisiDe. les éTéqoes, les cbanoines, appartenaient poor b plupart à ta haote classe de la sodété* Les apôtres de la réEMmatioD étaient les bomnies do peuple. En Allemagne, c'était Lolher le fils dn mineor d'Eîsldien; en Soède, Obus et Laoreittios Pari, les deux fils d^op forgeron; en Danemark, Tausen Tenfent d'un paysan de la Fionie. La discusskm soulerée par le protestantisme ne deratt pas aroir seulement pour résultai la sirfution d*un dogme religieux. Elle mettait en présence deux partis sociaux appdés à soutenir Tun contre Taotre un longue lotte. Le droit de libre examen n'était pas un principe isolé et sans continuité. C*étatt le premier anneau d'une chaîne que plusieurs siècles déroulèrent encore sans en trouver la fin. C'était le premier articb de la loi au nom de laquelle nous faisons aujoum d'hui nos révolutions politiques.

UTTÉRATUKE DANOISE. 89

Mais tout ce ihouvement imprimé à Ja civilisation européenne par la grande lulle du xv!*^ siècle ne produisit qu^une commotion légère en Danemark. Ici le peuple n'était encore ni assez fort,, ni assez éclairé pour marcher librement dans la nouvelle vie où il venait d'entrer. Il vit naître la réformalion avec joie, il la soutint avec énergie, il applaudit à ses progrès, puis il retomba dans son sommeil. Pour pouvoir s'expliquer cet état d'apaihie, il est nécessaire d'indiquer quelle était.alors la situation du Danemark. A l'époque de la réformalion, il n'y avait dans ce pays que deux pouvoirs : le clergé et la noblesse. La bourgeoisie n'existait pas. Le clergé avait en sa possession près d'un tiers du royaume. Les prélats enrichis par les dîmes, par les bénéGces, vivaient dans leurs villes épiscopales comme des princes et .gouvernaient leur diocèse d'une manière presque absolue. Les nobles étaient investis des hautes dignités de l'État* Ils occupaient tous les emplois et un graïxd nombre d'entre eux avaient pris à bail pour une feible redevance les domaines de la couronne. La noblesse et le clei'gé étaient étroitement lîés^enseinWe. Les cadets de familles nobles entraient dans le clergé, et les eanonicats, les riches prébendes, les évêcbés, leur appartenaient de droit.

90 UTTERATUilE IH190I6E

Les historiens de ce lémps-là divisent les habitants du Danemark en deux classes : ceux qui étaient libres d'impôts et ceux qui ne Tétaient pas (les Frie et les Ufrie). Les prêtres et les nobles ne payaient aucun impôt; le peuple supportait toutes les charges et faisait toutes les corvées. Dans les campagnes, il y avait un grand nombre de serfs; dans les tilles, la bourgeoisie commençait à poindre, mais elle n'avait encore aucun droit et aucune autorité. La réformation anéantit le pmivoir du clergé. Les cloîtres et les canonicats furent abolis; les biens qui leur appartenaient furent pris par la couronne ou distribués aux écoles. Le traitement des évéques subit une grande diminution et Ton ne vit plus dé p^'êtres cumuler le revenu de cinq ou six paroisses, car chaque paroisse dilt avoir son pasteur. Dès cette époque, les nobles renoncèrent à rétat ecclésiastique. Les membres du«clergé protestant sortirent du sein du peuple et restèrent unis au peuple par leur communauté d'intérêts^ par leur vie de famille.

Tandis que ce chai^ement s'opérait dansJ 'oitli^ ecdésiastique, la puissance de Faristocratie n'avait fait que s'affermir. Il y avait un conseil suprême, composé de «vbgt-trois nobles. Celait là le véiHtable gouvernement de Danemark. Le roi ne pou-

LHrT£ftiiïUR& DAHOISB. 91

vait^saos Paasentinienl de ce conseil^ faire la paix, déclarer la guerre, ni Toyager liors de son royaume. S'il essayât de luller contre celte oligarchto, le conseil pouvait s^assembler de lui-mémo, et tout ce qu^il décidait dans ces assemblées extraordw naires aYait force de loi. Ces conseillers n étaient pas nommés par le roi , ib étaient élus par ies nobles de chaque province,, et ils avaient le droit d'élire le roL Quand un nouveau souverain montait sur le trône, ils lui faisaient signer lacté solennel décoré du titre de constitution, et cette constitution assurait seulement les privilèges de la noblesse. A chaque régne, leurs exigences deve^ naient plus grandes, et leur volonté plus impélieuse. A chaque règne, le pacte qu'ils contractâtes! avec le roi, enoipiétait de plus en plus sur les prérogatives de la couronne. Un tel état de choses fatiguait autant le souverain ^que le pays. Une révolution devait nécessairement anéantir Tun des deux pouvoirs rivaux : la noblesse ou la royauté. Celte révolution arriva en 1660, et anéiantit la noblesse.

Après la guerre de 1558, avec la Suède , guerre désastreuse dcins laquelle les nobles ne se distinguèrent ni par leur patriotisme, ni par leur générosité, le roi pour récompenser le dévouement des

02 UTTÉRATURE DANOISE.

boucgeois de Copenhague leur accorda plusieurs priyil^^es qui jusque-là n'avaient appartenu qu!à Faristocratie. Les bourgeois et le clergé, par haine pour la noblesse peut-eti*e plus encore que par amour pour la monarchie, enlcTèrent aux nobles le droit d élire le souverain et de le régir en proclamant la royauté héréditaire et absolue. Le sénat aristocratique essaya en vain de s'opposer .à cette mesure. Les portes de la ville furent fermées au moment où il allait délibérer ; la peur le saisit et il signa son abdication.

Cet aperçu de Tétat politique du Danemark peut servir à expliquer ce qui se passait en littérature. La classe moyenne, c'est-à-dire la plus nombreuse, la plus vitale n'était pas encore constituée. Le peuple, courbé sous le joug 4e Toppressîon- ou sous le poids de la mipère, ne songeait guère à s'occuper d'art ou de poésie. Le roi et les nobles ne parlaient qu'allemand, les proFesseurs de Tufiiversité écrivaient en latin. Il ne restait à la littérature nationale que les prêtres. Ce furent eux qui la sauvèrent de l'oubli où elle, menaçait d'être plongée. Pendant les xvi« et xvii* siècles, à deux ou trois exceptions près, il n'y eut pas d'aa^ très poètes en Danemark que des prêtres, et tandis qu'ailleurs la poésie commençait à étendre sou

LirtÉRATURE DANOISE. 93

domainCf a varier ses tableaux, ici elle tourna unifonnément dans le mê.n3e cercle. Ses soupirs furent des prières et ses chants habitueU des psaumes. Avant la réformalion, toute celte poésie avait été occupée de légendes de saints et de croyances catholiques. Après Luther et Tausen, elle conserva le même esprit religieux, mais avec des modifications. Elle quitta la tradition mystique pour le sermon austère, et le martyrologe pour la Bible. En 1550, la Bible fut traduite en danois, elle devint comme en Allemagne la lecture privilégiée de toutes les familles. Ce fut dans la Bible que les poètes puisèrent leurs hymnes et leurs sentences, leurs récits édifiants et leurs pièces de théâtre. La jQomposition d'un drame était alors une œuvre d'une merveilleuse simplicité. On prenait uq chapitre de la Bible, on. le divisait par actes, on le découpait par scènes, on mettait le dialogue à la place du récit, et tout en était dit. C'étaient les mêmes personnages, les mêmes péripéties et le même dénoàment« Cha-' cun se fût fait scrupule d'ajouter quelque chose au texte de Moïse. On n'inventait donc rien; on copiait. Ail XVI® siècle, les élèves de l'école de Ribe représeiïtèrénl devant Frédéric II un drame de Suzanne écrit par Hegelund. La seule licence

94 UTTÈRilTUM DAIfOISV.

que le pcfêle osa prendre dans celle pièce^ ce fut d y ajoiHer un personnage : la Calomnie {Cahim» m'a sep, ÎHabûlapersoncUa), La Calomnie s'arance sur la place au moment où le procès de Suzanne va s'instruire et cherche \ noircir la yertu de la jeune fille. Elle est représentée avec deux larges oreilles, deux langues et des ailes aux bras et adx pieds. Une quantilé d'yeux et de langues sont, peints sur son corp^. Elle porle à sa ceinlure des clefsV des rasoirs, un miroir, une écriloire. I>ans ses mains elle lient un. arc et des ifôches. Elle raconte ses voyages, ses exploits, les querelles qu'elle a suscitées, les guerres auxquelles elle a pris part.Xes événements arrivés à la suite de la réformalion occupent surtout une gi*ànde pkce dans son récit. Elle sait tout ce qui s'^t passé pendant ks troubles de la Hollande entre le duc d'AJbe et le prince d'Orange. Elle connaît d'un bout à l'autre l'histoire de la Satat-Barthélemy, et cela se dit au peuple d'Israël du temps de Sazanne. Pardonnez l'anachronisme.

Un autre pbëte nommé Rauçh écrivit un drame de Suzanne dans lequel il introduisit cinq diables costumés selon les traditions monastiques. Il écrivit aussi une pièce intitulée : Karing-Niding dont l'idée burlesque offre un point- de vue assez co-

UTTÊRATimE DANÔISB. 91»

inique. Un homme nonimé Niding est possédé d^une telle ararice qu'il ne peut se résoudre à soutenir les dépenses que lui coûtent l'entretien de sa maison. Un jour il ferme toutes les armoires, emporte les clefs et s'en ya, couvert d'une peau d'ours, se montrer de rille en ville. Pendant son absence, un mendiant vient demander. l'aumône k la jeune femme que l'avare a laissée toute seule pmée de ressources. Elle lui répond avec tris* tesse qu'elle n'a rien. Alors le mendiant lui offre le peu qu'il possède et entre chez elle. Bientôt les ordres de' Miding sont oubliés, ies armoires sont ouvertes. Le mendiant a quitté ses haillons et la jeune femme se moque de ses scrupules d'autre* fois. La demeure de Niding retentit du malin au soir de chants de joie et de cris d'ivresse. Quand le vieil avare revient de ses voyages, il ne la reconnaît plus, et il s'en va de porte en porte demandant sil'on ne sait pas ouest la maison dupauvreMiding. Frédéric II aimait le théâtre. Souvent à Copenhague, il faisait venir les étudiants au château pour représenter des pièces dramatiques, et le jour de la naissance de son fils Chrétien I Y, il les appela pour jouer une. tragédie de Térence. Mais le peuple resta toujours étranger à ces premiers essais de l'art. Il ne put les encourager, car il ne

les connaissait pas. Les drames étaient composée par les professeurs des écoles et joués par les élèves.

La plupart de ces comédies bibliques et de ces drames religieux : Suzanne, Sainson, Job, David, proviennent de la même source. Ils étaient traduits de ralIemàBd ou du latin. On traduisait aussi de Tallemand, des romans chevaleresques, des histoires de magie, des légendes pieuses, des moralités, les romans d'Octavianus, de Cfaarlemagne, et de ses douze pairs, la tradition du docteur Faust, la l^ende de sainte Geneviève , le poëme de la Danse des Morts, et le romai)i du Renard. On traduisait aussi les contes du cordonnier de Nuremberg, Hans Sachs, les pastorales du poète écossais Lrri^ dsay, les idylles morales de Cats et quelques poèmes Traitais. Chose singulière ! Les hommes instruits du Danemark connaissaient à cette époque les œuvres de Taoliquité ; rimprimerie avait multiplié depuis longtemps les œuvres des poètes grecs et des orateurs latins. II n'y avait pas un professeur de l'université de Copenhague qui n'eût lu dans l'original quelque .chant d'Homère/ quelques odes d'Horace, et pas un d'eux ne songeait à prendre pour modèle^ ces maîtres excellents. Ils tenaient entre les mains 1 éclatante lumière de

LITTÉRATURES DAIfOISfi. 97

ranûquité et ils la cachaient dans Tombre pour $e laisser conduire par le pâle flambieau du moyen âge. Tous ces hommes qui dans leurs écoles de province, dans leurs retraites de pâleur s'occu*paient de poésie, avaient les yeux tournés vers rAUemagne, et l'esprit servilement attaché h tout ce qui Tenait de là. Pareils à de^ enfants qui attendent la parole de leur père pour balbutier péni- ' blemeot après lui ce quHl leur a dit^ ils attendaient de la Bavière ou de la Saxe toutes leurs inspira^ lions, ils élaboraient livec une scrupuleuse fidélité le thème qu'ils s'étaient choisi et ils n'inventaient rien.

C'est grande pitié que de parcourir les œuvres de ces nombreux poètes ' 6t de n'y trouver que des poésies de circonstance ou des imitaticms, pas une pensée indépendante, et pas un mouvement hardi. Dans un tel état de choses, il faut tenir compte, au moins, de ceux qui ont employé la forme la plus correcte, de ceux qn) ont su reyêtir le plus habilement leurs idées d'emprunt. Les critiques * danois citent trois poètes dont la mémoire a conservé un reste de l'illustration qu'ils s'étaient acquise aux XVI* et xvii« siècles. C'est Arrebo,

* Rahbek et Nyerap ea cileni près de cent.

9È LirrÉRATURE DANOISE.

Bording et Kingo. J'y en ajouterais un quatrième : Sorferùp.

Arrebo prit pour modèle te poëme de Bu Bartas, ia Stmaim^* Tantôt il le traduisit fidèlement, tantôt il se borna à Tîmiter. Ce poète se disttngqe ^r les qualités de son style. Il y a de f^légance et ^ Tharmonie daps ses yers, de la variété dans sa diction, de la richesse dans ses images. Du reste, il n'avait ni assqs de force pour rien inventer, ni assez de goàt pour échapper complètement à la grossièreté de son siècle. Il naquit en 1587, étudia à l'université de Copenhague, devint prêtre, et fut nommé à l'âge de trente ans évêque de Dronihetm. Mais là it se fît des ennemis puissants qui l'accusèrent devoir violé ses devoirs. Il perdit son évéché, se retira à Mahnse et traduisit les psaumes de David. En 1626, le roi lui permit de rentrer dans le sacerdoce. Il obtint un presbytère de campagne et mourut en 1637.

Bprding était dou^ d'une rare facilité, d'une verve abondante, l^ère et tournant aisément à la satire. II a écrit plusieurs poèmes imités d'Ovide

• Cè po€m6, poàr^eq||eI noas avons aujourd'hui peu d'estime, obtint auvxvic siècle un très grand succès. Selon Duvefdier il s'en fil, dans l'espace de six ans, vingt éditions , et trente selon Lacroix du Maine.

OU de divers auteurs allemands, et une quantité de pièces de circonstance. En 1666, le roi lui confia la rédaction du Mercure Dnnois: C'est le premier journal politique qui ait été publié en Danemark , eC ce journal était écrit en vers. Il paraissait chaque mois par demi-feuille in-4^. Le malheureux Bordtng y rima pendant dix ans tbutes les Nouvelles de France, d- Allemagne, d'Angleterre et . du monde entier. Citait un travail, ditSuhm, qui aurait pu faire d*un Virgile un Mcvius, et Bordîng ' trouva encore le temps de chanter les jours de naissance, les jours de mariage, les jours de mort de tous ses parents et amis. Aussi n'eât-il resté de Inique le souvenir d'un homme qui aurait pu, avec sa souplesse d'esprit^ avec sa vive et facile pénétration, produire des œuvres saillantes, durables, et qui s'est noyé dans un déluge de vers. Il s'était d'abord consacré à l'étude de la théologie. En 1664 il était professeur à Ribe. La poésie lui fit quitter sa chaire et la politique étouffa sa poésie. Il mourut en 1$67 ayant rédigé sans interruption son Mercure Danoù. Les dertiiers térs qufilécrrvit annonçaient la prise de Saint-^Omet* par lés Français'.

* Les œuYi'CS de Bordiug, y compris le Mercure Danois, ont été

fOO * LITTÉRATUBE OANOiSB.

' Kingo naquii à Slagerup eu 1643. Sod père était tisserand Y son grand-tpère tapissier. La poésie lui donna la fortune et la considération. Il étudia à Copenhague et devint prêtre. En 167 7,. il fut nommé évê^ue en Fionie. En 1 682, le rot lui. conféra le titre de docteur; En 1683, il fut anobli et jprit pour armes un Pégase et trois étoiles. Il mourut en 1703, comblé d'honneurs et oélâbré dans tout le Danemark comme le régénérateur de la ppésie. }1 à malheureusement entaché celte belle yie de prêtre et de poète par des vices grosisiers. Il se laissa souvent gouverner par une avarice sordide. Il se maria trois fois par ambition plutôt que par amour, et, il eut dans son diocèse plusieurs altercations qui ne lui font pas honneur. En 1 697, quand le roi lui accorda le privilège du Psautier danois, il fit lui-même imprimer, cartonner, relier chaque exemplaire de ce psautier dans sa demeure d'évéque, et il le vendit si cher que Chrétien. V rendit une ordonnance ponr l'obliger àen diminuer le prix. On regrette de trouver de pareils défauts dans un hpinme qui a mis dans ses œuvres tant de bonté de cœur et t^nt d'élévation de pensée.

publiées en deux volumes in-4. Deaberœmte og velforUenle Anders BordiDg poetiske skrifler. Copenhague, 17^5.

LJTrÊRATURE DANOïSE. lt)l

KiDgo élaS un homme doué d'une véritable nature poétique, un homme de verve et de sentiment, qui savàitf s'exprimer avec grâce, avec énergie, et auquel il ne manqua peut-êlre que d'être né dans un autre temps pour devenir un grand poète.

Il composa des psaumes pour toutes les cirbonstances de là vie, et quelques-uns de ces psaumes sont de douces et tendres élégies que l'on relit en-^ core avec charme. Il en^est plusieurs qui ont conservé leur place dans le Pisàutîer danois, et léchant dont les gardes de nuit de Copenhague chantent un couplet à chaque heure qui sonne, a été composé pàr'lui. Malgré ses qualités d'écrivain, il né put se soustraire entièrement au3^ incorrections et, je pourrais dii^e, aux grossièretés de stjde si fréquentes de son temps. Mais il donna généralement dans ses poésies l'exemple d'un goât meilleur, d'une forme plus pure, d'une versification plus ha* bile et plus harmonieuse, et c'est à juste titre qu'on l'a surnommé le père de la poésie lyrique danoise '. Sorleinjp, né sur la fin du xvh^ siècle, précep-. teur dans une famille noble, puis prêtre, n'avait nî le sentiment profond, ni le talent d'expression

* Les premières poésies religieuses de Kingo parurent en ItiTI. Son premier recueil de psaumes en 1680.

102 UTTÉEATUBE DAIfOiSfi.

de Kingo. Mais il est un des premiers qui soieni sortis des ioutations banales de rallemand et du cercle habituel d^la poésie religieuse. Il est un des premiers qui aient tenté de se frayer une route indépendante et d^veiller par ses vers un sentimecv national. Il composa un recueil de chants héroïques [Jïâllôsange) où il célébra tour à tour les hatatiles navales de Sehested, les victoires de Fré^ déricylV^'Ses chants sont comme un vague vei&h tissement des ILoemp^Viserr C'est un retour à la poésie franche et natureile, et si Sorterup n'atteignit pas toujours a la .hauteur des chants populaires qui lui servaient de modèle; il en reproduisit souvent avec bonheur l'énergie et la naïveté. Ses vers ont joui d'une complète pcrpularité en Da^ nemark« Des œuyi*es excellentes et vraioàent nationales les ont. remplacée depuis sans les&ire oublier.

Pendant que dans l'enceinte des écoles, et sous le toit du presbytère, la poésie commençait ainsi à étendre ses ailesj k enhardir sa voix, à Tuniversîté de Copenhague, les études prenaient aussi une direction plus large et plus indépendante. Les sciences avaient trouvé là ce qui manquait à la poésie, un point d'appui, un centre de réunion. Les scien-ces astronomiques y avaient jeté de bonne heure

de vives clartés. Tycho-Brahé était venu là enseigner ses théories, et après Tycho-Brahé, Romer relève de notre célèbre Picard. Les sciences naturelles s'y développaient rapidement, et les sciences historiques y furent cultivées avec zèle et persévérance. Dès le xvi* siècle, Pierre Clausen* traduit les chroniques norvégiennes de Snorre Sturleson, et Vedel l'histoire danoise def Saxo. Arngrim Jonssen commence ses recherches sur l'Islande. Ole Worm, Bartholin étudient les antiquités Scandinaves, et Torfesen soumet à une critique sévère toiHe l'histoire primitive du Nord. Les savants de Danemark avaient longtemps marché dans des' voies étrangères et «uivi avec docilité la direction de FÂllemagne. Le temps était venu où ils se frayaient à eux-mêmes leur .route, où ils pou valent, aassi dicter des leçons et donner des conseils.

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