LA JEUNE FILLE
Grand bien lui fasse! grand bien lui fasse! Mon fiancé vil encore. »
Les danseurs lui apprennent ensuite la mort de sa mère, de ses frères, de ses sœurs. La jeune fille, qui n'a qu'une seule pensée-dans Tâme, se console de tout en disant : « Mon fiancé vit encore.» Les danseurs continuent leur chant et s'écrient :
« Je l'ai appris aujourd'hui, je l'ai appris hier : ton fiancé est mort; il est dans le tombeau, belle Yendela. »,
A ces mots la jeune fille tombe sur sa chaise, évanouie.
Les danseurs lui disent :
« Lève-toi, lève-toi, belle Vendela; ton père vit encore. »
La jeune fille, plongée daps la douleur, répond : « Grand bien lui fasse! grand bien lui fasse! Mais mon fiancé est mort. » ,
Les danseurs font ensuite revivre sa mèro, ses frères, ses sœurs, et elle parle loujours de son fiancé.
Enfin les danseurs s'écrieot ; « Lève-toi,* lèvetoi, belle Vendela, ton fiancé vit encore. «
^m UTTBRATURfi SUÉDOIfifi.
La jeuqe Glle se lève toute joyeuse, et chasse ceux qui ront affligée ^
Ces chants populaires ie la Suède ont été, comme ceux du Danemark, composés & différentes époques. Les uns remontent, par la tradition, jusqu'aux plus anciens souvenirs Scandinaves; d'autres datent du temps de la réformation, du règne de Gustave Wasa. Ils sont écrits dans un style simple, uniforme, et coupés ordinairement par strophes de auatre vers. Deux de ces vers forment un refrain qui n'a souvent aucun sens, et semble n'avoir été p]acé laïque pour aider l'improvisation de celui qui les compose ou la mémoire de celui qui les récite. On ignore du reste complètement par qui ils ont été écrits et en quelle année.
Tous ces chants ont été longtemps oubliés, méconnus : le xvii^ siècle,, préoccupé de ses études
* IVordens œldsta Skadespel af J, Er. RydquUi, Dans ce curieux traité sur les anciennes poésies dramatiques du Nord, M. Rydqnîst ne paite qii9 de la Suède: Les mêmes chants mimiques eiistent en finlaade et en Islande. Ils existent encore dans plusieurs de nos provinces : en Bretagne notamment , et en Franche-Comté. M. Ch. Magnfaiy dans son sayant ouvrage sur les Origines du théâtre moderne, a démonte^ que la Orice et ritalie avalent des ehoits du aiéDie genre.
classiques, ne song^eait pas à les lire; le xvni*, tout dévoué à la versiBcation académique, ne compre? naît pas ce qu'il y avait de force et de saveur dans cette poésie du peuple. Le xix^, plus intelligent, Fa réhabilitée. En 1814, MM. Geîier et Afzelius , tous deux poètes, publièt*ent, sous le titre de^o/kvisovy un recueil de ces chants, qui obtint dans toute la Suède un grand succès '.M. Ârwidsson Tient d'en publier un tout nouveau et plus étendu^.
■ SxiBTMka FoUtvisor, 3 vol. in-8, avec musiqae. L'ouvrage est aujourd'hui compléleinent épuisé.
> Svenska Fomsanger, 3 vol. îiitS. Les deux premiers seulement ont paru.
J JUULAJLAJULAJIAJL
XVI" Et XVIP SIÈCLES.
Voici Tune des époques lés plus belles noo-sèuleiuent des annales suédoises, mm dés, annules européennes, dans les temps modernes. Peu d'histoires présentent, dans un espace de temps détet*miné, une série de faits aussi brillants, une succession de rois aussi remarquables que celle-ci. C'est Gustave Yasa, Gustave- Adolphe, Charles X, Charles XI, Charles XII et la reine Christine, qui apparaît s^u milieu 4e. ces hommes de guerre comme une^lmage de la science au milieu d'un, trophée d'armes.
Pour pou voir suivre le développ^nent des études littéraires en Suèd^, il est nécessaire de reprendre Tun après Tautre, chaéun de ces règnes illustres ; car, comme l'a dit Geiier, rhistoire du peuple de Suède, c'est l'histoire de sesirois. Cette nation pauvre, peu nombreuse, rejetée aux extrémités de I Europe, ne pouvait aspirer.ii jouer un grand rôle,
200 lATTiftATUU SUBDOISE.
et quand les autres nations l'ont vue se lever avec audace et énergie, c'est parce qu'elle avait été réveillée dans sa vie insoucieuse par la voix puissante de son roi» et quand ^e a porté spn épée de fer dans la balance de ^Europe, c'est parce qu'elle était guidée par un roi. Lorsque ses rois ont été grands, la nation a été grande; lorsqu'ils ont manqué de force, elle en a manqué elle-même, et quand eHe n'a pfas eu d(3 roi, ^e est tombée •dans Tanar- «hie* Elle semble^ du reste, w<At compris Finfluencé que là toyâuté exer^it ^^t!i^ eHe, par f&rdeur qu'elle weftâii à défendre lefîriviiêge d'elle ses souveraine et par la feeili^ avec fetjûeUe elle les a déposés, -quand tis lui patèfissfaicMe mànqtrer •à leur nnssion. bepens le xih* siècle jMqu'au six*, il y a eu duAs <oe p^ays sëice «bttvefaiM diassés, emprisonnée^ ou déposés,' c^eîit-4^dii^ k peu ^ès tMis par siècle. '
Au commencement du xvi® siècle, la Suède se ^liienvatt préoisément dans u» dettes Ifem^sdiàtiar- <ebie produits par un interrè^e. Deux isotims ardentes se idispu)luiicnytle|KMivdr% L'mnp^ oondoîte jfar TroUe, l^oibitieux ardbevâqtM d'^Ipeai, weniait maiotenir le tpakéjd'onionde Calmar etlegou- ^vehusment des.nDis de Djneouitikf l'antre, eotraîaéepar nn noUs'flmiinentile iKrtîoiiaiitévt dirigée
par TadiiiînistrateurStea-^StqrelI, défefid^témr* giqiiemeoi l'indépendapce du pay$* Sieo-S^ur^fjUA tué, iÇD IMS, à la bataille de Bogesuxid. Chrétien II reykt en Suède^ mit le^siége deyapt Stocks bolm et y entra a^ec le glaive de la yei^eance« Tout Iç pays fut rançonné, comme un pays de conquête, Téchafand fut dressé sur tomes les plâi* ces et il y eut une &aipt- Barthélémy de nobtea« Tandis que le roLet l'archevêque poursuivaient ainsi leurs persécutions, rop au nom des^ ix)yaufé orren3ée, Tautre au -nom de la religion^ tandis cpie la Suède gémissait sous cette verge de fer que de»! soldats étrangers et des prêtres faisaient peser sur die, un homme apparut pour la sauver. C'était Gustave Yasa, descendant d'une des^ ancienne» familles du pays, le fils d'Éric, le sénateur- Jeune, il s'était distingué sous Tadministraiion orageuse de Sture par s^n courage autant que par son in*^ telligesfcice; il âaît un dès six otages que le roi de Danemark exigea po<ar sa sûreté, lorsqu'en 1648 il voulut avoir, une eQtne vue avec Sture* On s'at* tendait à les voir revenir immédiatement après cette conférence, Mais Chrétien II, qui se $oucisit peu de montrer de la déUeaAesse dans ses relations politiques, 6t lever Vancret emmena les otages en Danemark et les jeta en prison* Gnstav» Va^a par-
292 LITTiRATURE SUÉDOISE.
▼int à s'échapperet résolut de défendre l'indépendance de sa nation ; mais ne pouvant le faire sans secours, il alla réclamer celui de la ville de Lubeck que d'anciens traités de commerce liaient à la Suède. Les magistrats de Lubeck ne démentirent pointleur caractère de marchanda. Ils voyaient devant eux un jeune homme hardi , appartenant à une famille distinguée, soutenu par un parti nombreux et capable d'entreprendre de grandes choses. Ils prirent une hypothèque sur son avenir. Ils lur escomptèrent ses succès et lui prêtèrent à usure leur sympathie.
De Lubeck, Gustave se retira dans la Dalécarlie, au milieu d'une population de montagnards dont il connaissait Tesprit national et le courage. C'était de là qu'un siècle auparavant, un simple mineur, nommé Engelbrecht, était parti à la tète d'une troupe de paysans pour secouer le joug du roi de Danemark. Poursuivi par les émissaires de Chrétien II,^obligé de fuir devant un pouvoir contre lequel il n'était pas en état de lutter, Gustave prit un habit de mineur, et ne dut peut-être son salut qu'à son déguisement. Un jour un de ces hommes honnêtes parmr lesquels il était venu chercher un refuge, se laissa tenter par la magnîGque récompense promise à celui qui le livrerait. Mais
UTT«aATUR£ SUÉQOISË. ttM
tandis xpi^il pliait le veodi^e, m^ fmnne ^e sdu^ra* Les saiellhes de QllKUeaJI» aitûrés par lui, ne trouv^eût dans sa demeure qu'une chambre vide et un montagnard au cœur (&me qui vépoiidit à leurs, menace^p^r sçn dédain.
Quelquu9.(ei»ps après,, Gustave .Yasfa. apparat à Mora daAs u^e assemblée de Daléoarliens. Debout à la porte de^l'églisf^} reiiretu de sesbabîtsde.genr Ulbommey il appela les mt^niagniards auiour.de lui el les harangua. Il leur peigniti aveQ le saatim^ent de douleur qu'il portait au fond derâme^ les calamités de sa patrie, les massacres de Stockholm^ ta tyrannie d'un roi étranger menaçant d'envahir loute la contrée; et les hommes qui récoutaiept^ séduits par son air martial, p^ son nom, par sop éloquence, prirent les armes. Ce n'était d'abord qu'une troupe de paysans mal équipés et mal disciplinés. Le génie de leur chef surmonta tous les obstacles, et la première victoire augmenta le nombre de ses partisans. La guerre avait éclaté en 1 520. En 1521, la diète de Wadsten^ prononça la déchéance de Chrétien II et choisit Gustave pour administrateur du royaume. Deux ans après, la diète de Strengnœs le nomma roi.
La royauté qu'il avait conquise par sa fermeté, il sut Ijsi maintenir par sa sagesse. 11 apajsa le?
irôHMe^ rë^ma tes abus», ehHchk PÉeat/ Il fot le iégislateur.de son peuplé, cOfiinie il en avait été le héros, et fit bénir sa prudence après avoir fait ad- «ninep son courage. Pour eonqnérir l*asi!etida&t qu*il aspirait à exçrder sur sa nation, il osa de pa- 'tienOB et de modération, et U eoàplôyâ le même moyet^pour introdifire'en iSoède le^d^Oj^metle LutlMT, auquel' il étak séct^ètement attache depuis loDgiemps. 8-il eût voulu soutenir ce dogme par 4es moàllres violentés^ peut-être eât41 échoué^ car il 4ii^it encore-contre lut un clergé riclie et poissant. Maïs il aitendit; il laissa les princîjses du luchéranisxâe slnsinuer peu à peu parmi lé peuple. Puis, quand il crut le moment venu, il se proclama protestant, et la réfbrrnaiion fut établie en Suède sans 'sédoùsseel sans trodbles
Elle n'exerça pas, à beaucoup près, dans ce pays,-la mêrne influence întellectuefRe qu^en Alle- Ynagne;' car elle n'ag^issait pas sur de^ masses aussi nombreuses et des esprits aussi éclairés. Mais elle amcfna, comme partout, une réforme dans les écoles ; elleâppela le peuple h s*însirùîré, et la traduction de la Iftible, la traductîôn'des psaumes, de- » vinrent la lecture babltùerte des fiiniîïlés. ' Deut hommes entré' autres^ deux frères, prirent Une grande part à cette révolution religieuse
quit fl^o^taki^9Psi biur paye. G'«laiMt Oteffs^et; Laurentius Pétri. Tous deux avaîftMîétiuHéiui Ak letiupgine; ils d^^qiMlt pHs >]a réfori^eàwsouKëe, éff Hsai^'éiîf'tisfçâV dtffi^ liai mémer^ïniée, letir,dî«-'
Suède,^îomm6 d^ nduvèatii: ccmverife, avec toof le zéïe de h jeunéssey tbuté h' lPfet*tieur de PàpôstoTat, et commencéreni peu après h exprimer teora princ^es. Le clergé les anathémattea dès leur apparition ; mais ils étaient secrètement appuyés par le roi, et n continuèrent leur mission. Laurent traduisît la Bible. Olaûs écrivit la première pièce de théâtre qui ait paru en Suède; elle a pour titre, ta Comédie de Tobie. Ce n'est pas. autre cbose que le récit delà Bible froidement amplifié, mis en. scène et en dialogue. Les deux frères écrivirent aussi divers traités de polémique religieuse, des sermons et une chronique suédoise, que le roi ne trouva pasa&aez louangeuse, ou, si l'on veut, assez , pariiaJbiï pour la. faire impriopier'. Tous d^eux ont eu, 4u res^Y un sort bien différeat. Laurent 4e^ vÎAt arc^evéqu/^ d'Upaal;^ Olaus^, accusé d'avoir
y L'ive et Kantie do eci ckroniqQM ont été j^ur la pteii|è» Uà^ piit)l|ées dans les Stifiptorei rervm Svecicarum.
296 LiTTfcKATOllE MftDOtftE.
pris^ptrl à lUDÎ coDUplot conlre le gdaTernement, nûyiinH; éti prison*
Le résultat positifdQ celta éff^g^f c*esl que la langue suédoise, ^adoptéls par les tMoIogieos du pfoiesUuitisme, fut plus çuUiv|^e;quWle ne Tavait été auparavant. Gustaye I^ contribua lui«inême beaucoup à la ipet^re en Togue. Il la parlait ajec grâce et Pécriyait avec une grande pureté. Mais à part la traduction de la Bible et de quelques psaumes , ce temps de régénération sociale et religieuse ne produisit pas un ouvrage qui mérite d'être cité La réformation occupait la pensée des savants et la pensée du peuple. Tandis que les docteurs et les magistrats écrivaient des traités de controverse, le peuple avait les regards tournés du côté de Worms et de Smalkalde. Il voyait poindre devant lui le grand drame du protestantisme. C'était là sa poésie, et il tenait entre les mains le plus beau de tous les livres : la Bible.
Lorsque Éric XIY monta sur le trône, la Suède était heureuse et tranquille. Gustave I*' était descendu dans la tombe, laissant son œuvre de soldat et de législateur accompli; Tout souriait au jeune prince qui montait sur un trône affermi par une main habile, illustré par un nom chéri, et les hommes qui prenaient intérêt au développement
de PînteUigenoe dans leur payâ^ devaient saluer avec joie nn souverain qui aimait les arts et ha let* très. Maïs ce r^;iie, comineboé sous de si beaux' auspices, se termiua par de tilstes catastrophes* C'est l'un des r^es les plus douloureux et les plus dramatiques qui existent. Une méfiance ex-* tréme troubla Fesprit d'Eric, un crime lui enleva la raison. Il avait fait emprisonner son frère Jean qui ne lui pardonna jamais. Il fit plus tard.em|Hrisonner les descendants des Sture , qu'il croyait Goqpables de trahison. Un. jour, dans un de ces accès de terreur panique qui le conduisaient or* dînairement à un acte de cruauté^ il se précipite dans le cachot où était enfermé Kiel Sture i et^ lui pkHige un poignard dans le sein. Le malheureux jeune homme , fidèle jusqu'au dernier moment , tire le poignard de la plaie, l'essuie, le baise, et le présente au roi qui, dans l'état d'égarement où il était, ne fut point touché de tant de douceur et de tant d'héroïsme, et fit achever sa victime. Quand il eut trempé ses mains dans le sang , le délire s'empara de lui; il courut trois jours à travers champs en proie au remords et au désespoir. Ses partisans les plus dévoués essayèrent en vain de le consoler. Il ne reprit un peu de calme qu'en écoutant la voix de celle qu'il aimait. C'était une
2M LITTBAATraE SÙKDQISR.
jeune (jUe du peupt^^ h lille d'un soosH)l6€Mr« trk la-reneoutra un jour qu'elle allait i^endre au cbâleM une corbeille defrukdy et en devinlaBÉour^ux* Afah l'aYOÎr d'aberd prisé pour loaUre^se, ii voulut' L'épouser. U avait fait négrier son mari^ arecrtme prineesse de Hesse, avec une prtocosae de Lorraîne, et même avec Elisabeth d'Angleterre; ilrencmçaà tous sm prqjeta et fît couronner Oiii«f ine, k fiUe d'un de ses gardes, commt reine de Suède, et nmnaier La fils qu'il avait eu fl'eUoy héritier du tnâiie. Cqst pour elle qu'il a écrit œs vers dont Fidée a souvent «ervi de thème aiix poëteâ étegîjiques, mais qui dleraient avoir alors pour la Suède tout le eharme de la nonveinté :
« Heureux celui qui, loin des rocs élevés, ponr^ suie paisiblement -son iDodeste sentier* Ceux qui veulent s'en aller çà ^ là s'écartent souvent delà vraie roule* Chacun doit suivre la sentiment qui le guide, et moi je suis la jeune fiUe que j'aimeu
« Souvent on voit le château superbe. atteint par la foudre. L'ambitieux qui vient monter trop haut retombe en arrière et déplore Sipo imprudence. Chacun doit suivre le sentiment qui |e guide, et moi je suis la jeune' BHe que j'aime.
« Dans la grande; tner sont les grandes vagues* C'est là que la tempêté éclate. C'est là qu'ion trouve
LITTÉRATURE SUéDpiSE. SéO
les ëcueik. Le sage reste près de Thainble source d^eào.qui cocrlè dans la valtée. Chacun doit suivre le sentiment qui le guide, et moi je sufe la jeune fflleqtïefaime.
i Ma Philisn'fl point dV, point de bijoux precieuir. Mais elle a ce que je désire. La tendresse dont elle m'êhtoUre m^est pins chère que tous lés trésors. Chacun doit suivre le sentiment qui le guide, et moi je suis èétle que f aime. •
' « 8Ui^ eHe-ttutte parure d'orne brille. Mais ses beaux yeux bpillebt dans tout leur éclat. Elle est telle que je la désiré, quoique les autres la trouvé!nt trop simple. Chacun suit le sentiment qui le guide, et moi je suis celle que j'aime.
n '4}ue celui qui veut s'élancer; dans les airs prenne son eîssor. Pour moi, mes ailes ne peuvent me porter si hadt. Je reste ici. Mon amotii^ me louent près de Philis. Chacun doit suivre le sentiiptot qui le guidé, et moi je suis celle que j -aime. <i^ Adieu! adié«, lis de mon co^ur; adieu mille fois. Que la volonté du ciel soit faite. Mais je ^raî ce que j'ai promis d'être. Chacun doit suivre le sentiment qui le guide, et tnoi je suis celle que j'aime. »
Les dernières années de ce roi égaré par qq ac* cès de fièvre se passèrent dans les larmes et la mi-
300 LlTTI^RATtmB 8UfibOid£..
sèrç. Ses deux fréfest Charles et Jean, se réroltè^ rcQiqontre Jiui çt f emportèrent la victoine. Il perdit ep. un jour sa couronne el sa liberté. 11 fut jeté en prison et traité avec une impitoyable rigueur. Cesi li^.que seul, livré au sopvenir de ses fautes, et au sepUment de sa misèrei il écrivit ces strophes douloureuses qui se 'chantent encore dans les églises derSuède avec les. psaumes de la pénitence» . ,
< O mon D|eu:{ i qpi porterai-je mes plaintes? ^ quidiraiije le remords qui pèse sur moi, pauvre pécheur? Le mal que j-ai fait, peut-il, au nom de Jésus- Ghristym^étre pardonné?
,< J'ai été pris pa^rk méehanceté du monde comme le voyageur que les vagues entourent dans i^ie île. Je ne puis sortir de ma captivité, je ne puis redevenir libre avant que Dieu me fasse mourir.
« Trompé par le plaisir, j'ai échappé à la garde de Dieu co^^ne un poisson échappe au filet. Maintenant, la douleur menace de m^accabier. La parole de Dieu seule peut me secourir. Quand me sera-t-il permis de la goûter?
« La nuit* comme le jour, mon cœur m'accuse, et je succombe sous son jugement. Mon Dieu, sauve-moi des pièges de Satan ; sauvennoi du désespoir.
(ç Je t'en prie, ô Christ, ne me laisse pas patlre
LltTÉRATURfi SUEDOISE. 301
mon héritage; Donne-moi la force de combattre pour r^agner mon royaume céleste. i
« O Dieu ! maintenant que le monde m-aban-^ donne, je te confie mon âme et ma vie. H^a^l quand je jouissais de mon bonheur, je n^aUrals pas cru quii semait aussi complètement atiéanti. «
Éric avait été d'abord renfermé dans le château d'Abo, en Finlande. Ses. frères craignirent que le czar ne tentât de le délivrer, et le ramenèrent en Suède. Le peuple, touché de ses souffrances, com mençait à s'émouvoir en sa faveur; il se forma un parti pourlui rendre la liberté. A la tête des conjurés était Chai4es de Mbrnay, un de ces nobles gentilshommes de France qui, forcés de fuir leur pays pour échapper aux persécutions religieuses, s'en allaient mettre leur courage au seri^ice des rors étrangers. Il avait été attaché à Éric dans sa prospérité, il voulut lui porter secours dans le malheur. Mais la conspiration fut décou^ verte, les conspirateurs furent jetés dans 4es fers et jugés sans miséricorde. Charles de Momay, conduit à la forteresse de Calmar, paya de sa léte son dévouement et sa loyauté.
Ces manifestations de sympathie en faveur d' Eric servirent de prétexte à son frère Jean pour le traiter plus sévèrement encore. Il le fit transférer de
^(^ LITTÉIUTUES StiBDQiaB.
prôpn en prÎBôii, et çnfia.Udoma l'ordre da Tem-
poîsonoer. On mt annoncer- cet arrêt au malheu-
. reuK 1*4^9 4\^h ^^^ M plaindre et aans s'efirajer,
* appela, le prèire, communia et mourut arec la ré*
signatiop 4u chr^ep ^
Sa veuve se retira en Einjande, et véeul d^une vie solitaire et modeste» Son fils, qui avak été proclamé héritier du trÀqe par les états, fut proscrit par JéajQ. Alais les amis 4'£ric le sauvèrent et Vmvoyèrent dans un collqge de jésuites» Il reçut une excellente éducation et voyagea (ktis plusieiirs pays. Mais, seu{ et abandonné à lui-même, il se trouva parfois dans Unetielle misère qUf-il en était réduit à servir comme, domestique. Il vint un jour voir, en Finlande, celle qui avait été reine de Suède, et qui vivait alors dans une retraite ôbscqâre. Lanière etleSls se jetèrent dans Içs.br^s Tua de Fautive en prononçant Iç nom d'Eric, et en pleurant; puis ils se séparèrent, car il ne le^r était pas permis.de demeurer ensemj>le» EUe resta conooie par le passé dans l'asile qu'elle s'était choisi, et lui se, retira en Russie, auprès du czar, qui le prit es affection et voulut le faire monter sur le trône de $uède. Mais le fils d'Eric résista à toutes les solli-
* ftfiit «iBiiotebiMiè dans^ «ne Mupe mx pois le 36 février I S77.
citMtotis qui hii ftireni âiiUss pour qu'U. tentai de devenir roi, <iledataiit qu'il m pourrait jamais se néâouâne h pofter la guerre dansten paya^Il mourata Cassin en 1607 i«
Jean, qui avait commenee son règne par un crime, ^ soutint par la violence, il voukit rétablir dans se» Etats le catholicisme* Il Bt publier une liturgie que 4«s prêtres refusèrent: d^«ccepter« Les uns furent mis qn prison; d^autres^ sVffifuinent et cberch^*eoi un reiuge dans le duché de son frète ClMrles^ £n nieme tsnpis qu'il entrait ainsi m guerne ouverte avec Je dergé, il voulut maîtriser i^sst Tesprit des savants^ Id abolà runiv^ensîié d'tJpsal^ «i la remplaça par wà collège de jésfukes <|UÎfiit établi à Stockholm. Sous son r^e^ on vk se .renouveler les discussions théologiques du ienerps de Gustave Vasa^ et il ti'y ent.pas d'autre Kttérature que ia litt€i^ui*e des livres de.prièrœ^ des traités de dogmes et des œuvres asoétiqfum»
Sféafà» SigîfiiDond, catholique «omme lui|. perdit la OKineiine de Suède pour conserver ^U^ 4^ Pologne. U fut reniplacé par son ùnclei' Oiafr- Jes IX, qui «toit un homape d^une trempe ferme et un Eëlé protestant, il fut ^lus «>ccii|)é du biekH
* Ol. Cétoius» Ktmung Erik dm Fiortond$s kiH^riàt pi^e 304.
a04 LITTERATURR SUÉDOiSE.
être matériel de la nalicm que du développement de la science. Cq^ondaut il rétablit Tuiiiversité «d'Upsal, ou plutôt il la fondai; car, jusqu'à celte époque, elle n'avait eu qu'une existence très incertaine. A travers ses guerres avec la Russie, la Pologne, le Danemark, il trouva aussi le temps de cultiver les lettres. Il était poète lui*même; il a écrit plusieurs pièces de vers remarquables par leur énergie. Il avait un goût prononcé pour le théâtre, et souvent les élèves des gymnases furent appelés à venir jouer devant lui des drames suédois. Ces drames étaient tout simplement des histoires de la Bible, accompagnés d^un prologue et d'un épilogue, traversés par quelques intermèdes grotesques et très religieusement dépourvus d'invention. Les poètes avaient encore lisop de respect pour l'Écriture, et trop peu de confiance en euxmêmes, pour se permettre la moindre altération dans le thème sacré qu'ils se chmsissaient. Ils suivaient pas à pas l'histoire de Moise transformant seulement le récit en dialogue ^ et c'est ainsi qiiB la Biblci mise entre leurs mains, devenait encore, ou une lecture édifiaste, ou une prédication publique. L'un deux, Jaùques Cronander^ essaja de sortir de ce cercle uniforme dans lequel les hommes de son temps avaient enfermé le drame. Il corn-
UTTiRATUAE SUÊDOISK.^ lOà
posa deux comédies qui ressemblent à deux moralités. CTétait une tentative qui eut pu produire d'heureux résultats ; mats Tauteur n^avait pas assez de force pour la soutenir.' Ses pièces furent jouées quelquefois, et tombèrent dans un complel s oubli. Un autre poète, Jean«Messénius, portait ses vues encore plus haut. De même que cet intrépide cbsmsonnter qui voulait mettre toute l'histoire de France en vaudevilles, Jean Messénius avait en^^ trepris d -écrire toule Thistoire de Suède en cinquante tragédies et comédies. II en a écrit, six qui ne font pas regretter les autres. Ce sont de plate9 et froides compositions^ douées de tout esprk, de loute imagination, de toute vérité locale, et qujel-* quefûis entachées de telles grossièretés, qu'en les lisant on ne comprend pas comment ellesc obt pu être représentées à la cour et devant d^s ftmmes* Mais telle était alors l'ignorance des esprits, que ces prâendus drames passèrent pour des chefs* d'œuvre, et que le nom de Me^énius dévint un grand nom. Il expia, dnresie^ coqoaKie beaucpup d'autres poètes, ses heures de gloire par des annéi^ de souffrance. Il avait été élevé ei) PalogniB par les jésuites, et s'était tellenieatdi^ting^é parsescoti-» naissances précoces, qu'il reçut, à l'âge dp vingt* cinq ans, le diplôme de doctetir h Ingolstad. II
109 LirréRATUHE SIT£a)OISE.
revint en Suède, après seize ans d'absence, et fut nommé professeur de jurisprudence à (Jpsal. Une querelle qui s'engag;ea entre lui et quelques fonctionnaires, le força de quitter cette ville. 11 fut Éommé assesseur au tribunal de Stockholm. Compromis quelques années après dans une conspiration contre le roi, il fut jeté en prison, et y passa le reste de sa vie. Il mourut en I6d7, à l'âge de cinquante-huit ans.
Charles IX était mort laissant le souvenir d'un homme violent, mais zélé pour la prospérité de sa nation. Il dota la Suède de plusieurs institttltons utiles ; il rédigea un code de lois étendu et r^u- Iter et T^tablit autour de lui Tordre troublé par le règne orageux d'Eric XIV, de Jean III et de S^ mpnd ; mais il fit plus encore pour son pays; il lui doiHiaGu^ave-Âdolphe*
Jusqu^drs k Suède, tout en se signalant en plusieurs oocasiotfis par son courage, n'avait occupé qti'On rang secondaire; son influence s'étendafit peu "au dehors, ^t le rôle qu'elle remplissait à Fégard des *âtitres puissances était en proportion aviee sle^ forces naturelles. Le génie d'un homme Félfeva au-^lès^us d'elle-mènje. La guerre de trente abB$ qui'fût; pour les autres peuples un événement (lésâstrisUK, néf uft pour ellequ'unearètie glorieuse.
LirrÉlUTURE StfEDOISË. SOf
Elle y était eûtrée en auxiliaire ; elle y cdmmandar en souveraine. Quand Gustave mourut à Lutzen^ Tauréole qui Tentourait resta sur ses soldats, ett ritnpulsion qu^il avait donnée à son peuple ne se ralentit pas. Il côntînuaii; de combattre pour la cause qu'ail était venu défendre, et taudis qu'il maintenait son honneur sur les. champs de batmlle^ Oxenstiern lui maintenait son ascendant dans les rapports diplomatiques. On vit ainsi une armée de quelques milliers d'hommes faire reculer devant elle les nombreuses troupes de rAutriche, s'empa** rer des Villes d'Allemagne, et imposer son auto^ rite à l'Europe entière.
Gustave-Adolphe, était un de* ces génies complets, qui ne s'arrêtent pas à une seule idée ni a une seule glôii^. Son intelligence s'était développée en même tedps que son courage. Il avait l'esprit de' l'écrivain, la sagesse de l'homme d'État, et la bra* voure du soldat. On conserve à Skokloster, dans la précieuse bibliothèque dès comtes de Brafaé, qujelques pièces de vers touchantes et gracieuses qu'U adressa à cette l)elle Ëbba Brahé, dont il fut: longtemps épris. Il écrivit en allemand et en suédois, un pi^ume qui est, sans conti^edit, l'un des plus beatu^ qui aient été faits au temps de laré^ forme. 11 écrFvit aussi quelques vers diâactique&f
108 LlTTiRÂTURB SUÉDOISE.
entre autres les strophes suivantes; qui n^ont, il est vrai, pas grande valeur poétique; mais qui sont remarquables comme expression d'une pensée noble quHl ne démentit jamais.
(f Dans quelque situation que tu te trouves, quelle que soit la route que tu choisisses, si tu veux arriver heureusement à ton but, prends pour guide la vertu. *
< Si tu la suis constamment, elle te conduira, malgré tout ce qu en peut dire le monde, à Thonncur. Que peux-tu désirer de plus?
« Elle te servira de soutien, elle te protégera toute ta vie contre le monde et les jugements qu'il portera sur toi,
« Vivre comme on doit n'est pas un grand &rt. Kester fidèle à rhonneur ne serait pas difficile, si Ton ne craignait de perdre la faveur du monde.
« Mais toutes lès calaiâités de la vie ne peuvent pas plus nuire à la vertu, que les nuages passagers ne nuisent à la clarté'du soleiL
« Conserve donc une volonté ferme, reste fidèle à rhonneur, et ne te laisse pas effrayer par les cris et les menaces du monde.
« Au terme du voyage, la vertu t'attend, t^our prix de tes efforts, elle te donnera ses récotnpenses étemelles. »
UTTÉR4TU&E SUÉDOISE. 300
. Charles IX avait commwcé à relever Tunivcrsite d'Upsal de Tétai d'anéaDiissement où Tavaient ^plongée et son peu de ressources pécuniaires et le zèle adti-universitaire de Jean IIL Mais toute sa force, toute son illustration, et on pourrait dire toute sa vie, ne datent que de Gustave- Adolphe. Il l'adopta pour sa fille, comme les rois de France avaient adopté, au moyen-âge, l'université de Paris* Il lui donna tous ses livres et tout son patri* moine. Que n'eût-il pas fait encore pour elle et pour les études sérieuses, s'il eût vécu plus longtemps? La mort vint le surprendre au milieu de ses généreux desseins^ Mais les germes bienfaisants qu'il avait semés sur sa route portèrent leurs fruits ; le rameau de la victoire fleurit, disent les poètes suédois, sur la rive qu'il arrosa de son sang, à Lutzen, et le rameau de la science fleurit dans Funiversîté dont il s'était déclaré le protecteur.
La guerre de trente ans donna à la Suède une quantité de livres précieux, que les officiers de l'armée de Gustave prirent dans les cloîtres et les villes où ils passèrent. Elle lui donna tout ce mouvement d'idées qui résulte toujours du contact des différents peuples. Cependant on ne saurait nier qu'en améliorant ses moyens* de développement^
8I# UnnATraE SOÉDOISB.
elle o'tliéra aussi son caractère <l6 nationalhé. Tome cette jeunesse ardeote, qui était sortie de ses montagnes po«r s'en aller à la croisade du protestantisme, se laissa bien vite séduire par les habitudes d'un peuple plus avancé en civilisatioD; et les généraux, les officiers, tes soldats, après avoir passé de longues années en Allemagne, rapportèrent dans leur patrie les idées de TAUemagne. La langue suédoise n'était pas encore assez forte pour résister k cette invasion. Elle adopta un grand nombre de mots allemands, qui, du domaine habituel de la vie, passèrent promptémént dans les com^posîtions ^littéraires et poétiques.
De cette époque datent aussi les relations de la France avec la Suède, relations toutes poiktques d^abord, mais qui, plus tard, s'étendirent aux productions de Tesprit, et laissèrent dans cette société septentrionale une trace qui n'est pas encore effacée.
A la, mort de Gustave- Adolphe, l'impulsion était donnée, et Christine la seconda au lieu de IWrêter. Si la Suède est en droit d'adresser un reproche à une femme d'une nature aussi supérieure, c^est d'avoir oublié que son devoir était de rester, avant tout, Suédoise, et de maintenir, dans les lettres, un sentiment de nationalité, au lieu de se
laisser subjuguer par rinflu^nce étrangère. Certes^ jamais regue ne semblait devoir être plus favora* ble au développement intellectuel delà nation. Jamais aueun souverain n^avait montré tant d'ardeur pour rétude, tant de respect pour la science. Le palais, de Stockholm devint une académie où toutes les illustrations de Tépoque furent appelées à prendre place. Du haut de son trône, Christine épiait les célébrités. naissantes et tâchait de ras-^ sembler dans sa main, comme un tisserand, les fils de la science qui se tramait de lout côté. Ici ses émissaires lui achetaient des manuscrits; ailleurs ils recueillaient des médailles. Tantôt ils de* vaient lui gagner, par des présents, Taffection d*un savant, et tantôt récompenser la dédicace d'un livre. Elle appelait autour d'elle les philosophes et les antiquaires ; elle envoyait des chaînes d'or aux astronomes et aux romanciers \ elle alliait dans un même sentiment d'admiration Descartes et Balzac I, Vossius et Chapelain, Pascal et Scar* ron. Ménage lui écrivait les nouvelles de Paris ;
* Bateac reçQt d'elle une chaîne d'or, et loi écriyit en la remerciant : « Sachei, madame, que voua n'éles pas mcins inteUigente <itte toua èles libérale. Je ne pois que tirer encore ploa de gloire de Yotre jage« ment que de votre don. Puisque j'ai été loué de la bouche de Christine, je n'envie ni à Qaudlns ses esclaves, ni à Pétrarque son monument, n
SIS LITriRATORS SOÉDOmB.
Benserade lui adressait de jolies épitres arlislement travaillées. Kaudé fat son bibliothécaire; Saumaise resta un an auprès d'elle. Huet vint la Toir. En même temps qu'elle étudiait les historiens deTantiquité, elle assistait aux cours d'anatomie de Rudbeck, elle écrivait au prince de Condé pour le féliciter sur ses victoires, à un littérateur italien assez obscur, pour le remercier d'avoir parié d'elle dans l'Académie de Padoue, et à Scudéii, pour qu'il lui dédiât son poème SAlaric.
Quand elle eut abdiqué le trône, elle augmenta le nombre de ses correspondants littéraires et ne diminua pas le nombre de ses présents. Ses habitudes de générosité envers les écrivains qui lui . faisaient hommage de leurs œuvres lui causèrent plus d'une fois de pénibles embarras pécuniaires.
Cet amour, parfois mal éclairé, mais constant et sincère, pour tout ce qui avait une apparence d'esprit ou de savmr, cet empressement à reconnaître le mérite étranger devait nécessairement influer sur l'esprit des Suédois et éveiller leur émulation. L'Université de Suède, celle de Finlande, et les autres établissements d'instruction des diverses provinces prirent alors un développement plus hardi. Christine elle-même le seconda par plusieurs dotations utiles. Elle fonda de nouvelles
UTTiaUTDEE SUEDOISE. BU
chaires à Abo et à Upsal; elle agrandit les bibliothèques; elle institua de nouyelles écoles. Mais, au fond, il est permis de croire- qu'elle appréciait peu le génie de la Suède, les beautés de s^ langue et.la poésie de son ancienne histoire. Elle eut toujours les regards tournés au dehors. Elle s'informa des savants étrangers, des livres étrangers, et perdit facilement de vue la littérature de son pays qui, il est vrai, ne faisait alors que de naître, mais qui aurait pu prendre un rapide essor si elle avait été soutenue. Le latin et le français étaient ses langues favorites. Elle adopta le goût, l'esprit, les moeurs de la France. La cour suivit son exemple, et le reste de la nation tâcha de faire ^comme la cour.
A celte femme si enthousiaste d^art et d'étude, à cette Minerve du Nord, comme l'appelait Ménage dans sa galante églogue, succédèrent trois hommes qui ne furent occupés que de combats.
C'était Charles X qui, au milieu de l'hiver de 1 658, traversa les Belt sur la glace pour aller assiéger Copenhague; c'était Charles XI, dont le règne, remarquable d'ailleurs par plusieurs institutions utiles, fut traversé par différentes guerres ' ; c'était
' Ce fut loi qui fonda la banque de Stockbolm j et qot^ an lieu de
«4 uniutmi mk&ovsR.
Çharlles Xtl, dont nous connaissons tous la gloire et les rerers. L^attailîoD du peuple se tourna du côté des événements politiques, tt les bulletins des {généraux firent oublier les vers des poëtes. Le règne de Charles XII mit le comble k cette indif- £ârence littéraire par h misèi*e profonde dans laquelle il plongea la nation suédoise. Après la bataille de Pultava, après ie siège de Straisund, la Suéde se trouva réduite à la dernière extrémité. Epuisée d'hommes et d'argent, attaquée de tout câté par des ennemis puissants, si elle ne tendit pas^ comme une eîsclavë, les mains aux chaînes que ses voisins essayaient de jeter sur eUë> si elle recouvra assez d'énergie pour lutter contre Tinvasign étrangère, c'est qu'elle voyait luire encore devant elle l'épée glorieuse qui l'avait conduite à la bataille de Marva, c'est qu'elle croyait encore à l'étoile de son héros. Elle cachait ses plaies saignantes sous les étendards qu'il avait conquis autrefois; elle se rangeait autour de l^i comme, éàns un jour d'orage, les moissonneurs se rabgent autour d'un chêne déjà frappé par la foudre, mais
tenir, comme par le passé, toute l*armée à la solde de TÉtat, distribaa à on certain nombre d'officiers et de soldats des portions de terre h calti?er.
UTTifltATiaiB SUÉDOSœE» . )1&
majestiieaz et'imposant. Il loourut en Nortége et elle demanda la paix. Elle resta longtemps cour* bée sous le poids de sa misère, mais elle respecta toujours le prestige qui Pavait éblouie. Elle déplora ses jours de deuil et ses jours de disette. Elle adora Charles XII. Âujourd'liui encore, si l'on prononce ce nom révéré devant un paysan des montagnes, il ôte son chapeau et s'incline.
Les règnes d'Ulrique-Eléonore, de Frédéric I^^ et d^Âdolphe-Frédéric ressemblaient a un sommeil de convalescent après la ûèvre des années précédentes. Le peuple essayait de cicatriser, Tune après Vautre, ses blessures. Mais les lettres et les sciences, paralysées par les calamités publiques, n'avaient pas encore repris leur ancienne activité.
Dans cet espace de temps que nous venons de parcourir, espace de deux siècles, illustré par tant d'actions héroïques et tant de magnifiques victoires, à peine trouve-t-on quelque œuvre littéraire digne de fixer l'attention et d'être étudiée. La Suède guerrière s'était élevée au niveau des grandes puissances ; la Suède poétique était restée en arrière. Elle avait conservé l'épée de fer des anciens Scandinaves pour s'élancer sur les champs de bataille. Elle n'avait plus la harpe des scaldes pour chanter ses victoires.
3H UTTEftATUAB SCiDOISB.
Lia poésie dramatique avait abandoimé tes histoires de la Bible et les traditions dé Messénius pour tomber dans une espèce de divertissement, QÙ la tâche du poête.était très humblement subordonnée à celle du chorégraphe et du musicien. Encore ne jouait-on ces divertissements qu'à la cour. Le peuple continuait à se réjouir avec ses danses et ses lek anciens.
La poésie morale et didactique, enfantée par Tesprit sentencieux du xvi* siècle, laissait échapper de temps à autre, de sa corbeille puritaine, quelque^ fleurs factices, également dépourvues de parfum et de couleur,
La poésie lyrique essayait de chanter çt ne faisait entendre que des sons confus et des: accords inachevés. Trois hommes se distinguèrent alors : Rosenhâné, Spegel et Sliernhielm. Rosenhane composa un recueil de sonnets : quelques-uns sont remarquables par la simplicité du style et la fraîcheur du sentiment. L'imitation de Ronsard y domine pourtant, et comme cela arrive presque toujours dans les œuvres d'imitation^ le disciple a outrepassé les défauts du maître.
Spegel imita, en vers corrects et quelquefois élégants, la Semaine de Du Bartas, déjà imitée en danois par Arreboe.
LITTÉRATUKte SUÉDOISE. 817
Stieroldelin écrivit plosieurs de ces ballets qui amusaient la cour et qui furent surtout très en vogue du temps .de Christine. Il écrivit aussi, comme tous les poètes 'de son siècle, quelques pièces de circonstance et des épigrammes. Son œuvre principale est un poème didactique intitulé Bercale. C'est le récit- de Tapparition symbolique dont parle Xénophon/ de l'heure de lutte morale où Hercule vit surgir devant lui la déesse de la volupté et la déesse de la sagesse, qui, toutes deux, cherchaient à l'entraîner,^ l'une par ses riânles images, l'autre par ses gravés promesses. Dans les moyens de séduction que la déesse de la volupté emploie pour attirer à elle le cœur flottant d'Hercule, le poêle cite les livres qui doivent guider tout homme ami des plaisirs : ee sont les oeuvres d'Ovide, de Rabelais, les Cento novelle^ le roman d'Âmadis, du chevalier Finct', de la belle ' Maguelonne, de Fempereuc Octavien, le berger Amandus% la Diane de Montemayor, Fiammettà^
* Roman alleinand écrit au temps de la guerre de trente ans. Il a pOOT titre : Histoire de l'admirable et très expérimenté chevalier et seigneur Poly carpe de KirtarfSsa, surnommé Finck, où l'on voit comment, deux siècles et demi afant^ue d'être né ,11 avait déjà parooam une quantité de pays et vu de merveilleuses choses, conmient il fat trouvé mort par sa mère et réenfanté de nouveau.
' Jungsterbaut Sekœferey oder Keusehe Liebesbesehreibung von
ztn UTiriAiTURe suédoise.
Ëulan^pi^el s la MacaroDicca deCoccai^, k Lucerna ^ » et ) pour couroDer le tout , ' la Itheiûriea
deile p ^. On voit par celle liste de livres que
les Suédois avaient déjè porté. leurs iovestigaliom littéraires hors de leur pays, et, puiscfu'ils connaissaient le côté frivole ou mauvais de la 4itlératare étrangère, on peut supposer qa^ils en connaissaient aussi le c^ié sérieux*.
Donc, k déesse de k volupté présente ii l'imagination d'Hercule tout son dangereux catalogue. ' Le delm*dieu l'écoute patiemmenl;, puis il écoule k déesse dak Ver lu, et ne se décide pas. Il y a dans ce dénoâment, blâmé par plusiqMrs sageslecteurs, . une idée assez philosophique. Le p'oete n'a pas youlu nous donner 4ioe leçon de morale^ en nous
der verliebfen JVimfen Animut und dim lMwUt^0f^ ukaftr Amandus^ durch A. S. P. Z). Leipzig, 1622, in^8. ^
* Ecrit d'abord en plat allemand en prose et en vers ; traduit en baat olletnaDd par Tb. Muraer. «
' Pù&uB italien écrit par un moine ; traduR en Trançais aons le titre de : Histoire macaronique de Merlin de Coceaie; prototype deRabelaM, où il. est traité des ruses deCiugar» des tours de Leonbardi des forts de Francasse, enchantements de Oelford et Pentagrues, et des rencontres heureuses de BaIde;,puisi'hofrible hataiUe entre les moiH ches et les fourmis. Paris, 1S06^
' La Lucerna di Euraio Misosaolo *a€Qdmnieo .jrMartnpv^. Paris, in- 12. Sans dale.
* Imprimée Cambtay, 1614, iii-8.
LITTÊRATCHS SUÉDOISB. >i9
montrant Herciile persuadé par le langage aastêre de la vertu. Il n'a pas voulu nous montrer comme un fait aecldentel , un plaidoyer qui* ne se ter-' mine pas si vite. Son Hercule est le symbo^le die riiomme, et cette lutte intérieure qn'tl subit est pour beaucoup d'bommesla lutte de toute la vie.
La versificaiioQ de Stiembielm est un peu ma* niéree, mais ferme et correcte. 11 avait de l'énergie dans l^a p^sée, mais peu de profondeur et-d'ima^ giuation* A le prendre au milieu des écrivains suédois de son temps, il apparaît comme un homme remarquable, digne de la réputation qu^il a eue et des â<^s qu'on lui a donnés; mais il vivait au XV11® siècle, et il était le contemporain de Shaks* peare, de Calderon, de Molière 1
Après» lés sopnets de Rosenhane, les œuvres de Spegel et celles de Stiemhielm, si Ton essafie de glaner encore quelques vers dans le champ littéraire de la Suède, on ne trouve plus que dé mauvais ses pièces decireonstance ou de plates épîgramines. « Le public, dit Hammarskœld, se mit à regarder la poésie comme une espèce de jonglerie destinée* à embellir le programme d'une fête, et le poète était une espèce de paillasse qui devait se tenir toujours prêt à égayer les respectables auditeurs. Spegel et quelques autres s'éleyèrent au-dessus de cette tri-
t20 LITTiBATUKE SUÉDOISfi.
TÎale bouffonnerie. On estimait lears ouvrages et le sentiment qui les avait inspirés ; mais on ne les rangeait pas dans ce domaine général de pièces de circonstance décorées pompeusement du titre de poésie. Ceux qu'on appelait poètes travaillaient avec un zèle merveilleux à démontrer que Tart ne devait être que le très humble interprète de tous les incidents journaliers de la vie. ParlaitK>n d'une fîlUiçaiUe, il fallait queda poésie accourut aussitôt avec ses différentes sortes de verS; et quand venait le jour du mariage, elle ne pouvait manquer d'offrir son épithalame. Ainsi les poètes rimaient pour les jours de naissance et les enterrements, pour tous les anniversaires,* toutes les querelles et toules les réconciliations. Il ne leur était pas permis de S'assepir à une table, de partager une queue de poisson, sans la saluer auparavant par quelque vers. Pour pouvoir se trouver ainsi prêts dans toutes les oçcasioos, il ne fallait pas, qu'ils fussent très scrupuleux sur la forme. Aussi choisissaient-ils lerhythme le plus Êtcile, et, pour en finir plus tât, ils prenaient tous les moyens de salutqua leur offraient les mots tronqués,. les provhicialismes et les métaphores étranges. Peu importait que le vers fôt juste ou non ; pourvu qu'ils arrivassent à la rime, la bataille était gagnée. ^
LITTJÎaÂTURE SUÉDOISE. ^21
Tandis, que la poésie, tombait dans cet élat de nullité, des hommes instruits apparaissaient dans les écoles, et Tétude des sciences faisait des pro-* grès. Spegel et Stiernhielm se distinguaient par leuréruditipnetl^urs connaissances philologiques non moins quejpar leur vers* Lei pren^ier rédigea un dictionnaire de la langue suédoise^ agrandi depuis par Ibre. Le second publia le Codex argen-leus avec une traduction.
Les sciences anatomiques, représentées par Rudbeck ; les sciences physiques , illustrées par Linnée» attirèrent k elles un grand nombre de dis» ciples, et l'édifice des sciences historiques commençait à s'élever sur sa base. On avait senti le besoin de chercher l'histoire du Nord ailleurs que dans les froides et fautives chroniques de couvent. On voulait la prendre à sa source, et on remonta à rélude des monuments Scandinaves et à Tétude de l'islandais. Tandis que Yerehus, Gudmund Olafssen, Biœrn, traduisaient les- sagas, Peringskioèld publiait ses recherches archéologiques, et Goeransson essayait d'interpréter FEdda. Au-dessus de ce cercle de savants, réunis par une même pensée et dans un même but, s'élevait le célèbre Olaf Rudbeck, l'auteur immortel de VJtlanticay qui se laissa tromper, il est vrai, par une fausse
Zn IJTTÊlUTOBfi SUÉDOISE. :
idée de patriotisme, mais qui employa une érudition immense à soutenir ses fabuleuses théories. ' £n même temps que ces hommes d'étude s'appliquaient ainsi k souleva te voile du passé, un écrivain qui s'est illustré par ses longues et consciencieuses études, le savant Lagerbring, écrivait une histoire de Suède, et un de ses contemporains, Olaf Celsius , racontait , avec une simplicité de styte remarquable et une grande droiture d'esprit, la vie de Gustave T' et celle d'Eric XIV. Il avait aussi entrepris une histoire de l'église suédoise. Malheureusement, il n'a pu l'achever.
JUL g. 9.:g j .Q^g.fl-Q.g jLtf A 8 , g A fl g fl a. a c .a g a g a t ,fl,ftjLJt jULJULajuuuuL
IIL , XVIir SIÈCLE*
A la mort de Charles XII, le s^oat, maiimé par ce héros, résolul de reconquérir le pouToîr dont il avait joui autrefois; les circonstances favorisaient son ambition, et le peuple lui-même semblait Tenhardir. Le peuple, tout en admirant encore le vainqueur de Narva, regardait avec effroi Tabîme dans lequel Tabsolulisme pouvait le plonger; les états, qui s'étaient sentis parfois jaloux de Tascendant du s^nat, comprirent qu'il valait mieux s'allifir à lui que de retomber sojus le joug de la royauté, et le sénat se trouva de son coté disposé k faire des concessions aux états. Ainsi, de part et d'autre^ il y eufr un accord tacite, une sorle de conspiratiop régulière entre les familles nobles et les représentants de la nation. Les patriciens de la Suéde faisaient dans cette circonstaiicfe ce que ceux de Rome avaient fait plusieurs fois; ils répandaient autour d'eux le cri d'alarme et sauvaient
324 LITTÉRATURE SUÉDOISR.
leurs privilèges en "parlant de sauver la pairie* Charles XII, au milieu de sa vie aventureuse, n^avait pas eu le temps de se marier; il mourut sans baisser d'héritier direct au trône. La ï^oyauté appartenait donc à sa sœur. Mais la loi d'hérédité disait formellement que nulle princesse ne pourrait monter sur le trône si elle était mariée; et Ulrique-Eléonore était mariée. Le sénat comprit tout le parti qu'il pouvait tirer de ce principe d'exclusion; il choisit Ulrique pour reine, en lui faisant sentir qu'ellerégneraît non par droit d'hérédité, mais par droit d'élection, et il prescrivit lui-même tontes les conditions attachées a. son vote-, Ulrique accepta, et en signant son pacte de reine signa la mort de la royauté.
Le pouvoir fut partagé entre la diète et le sénat. La royauté ne fut qu'une Bction^ on lui laissa le sceptre, le manteau brodé et le- droit de parader dans son palais, comme un personnage de comédie. Toutes les affaires importantes se traitaient par une espèce de décemvirat cdbiposé d'un certain nombre de membres de l'aristocratie; le roi avait double voix au sénat : c'était là son seul privilège. Il ne pouvait ni lever des troupes, ni imposer une conti*ibution, ni faire un traité de paix, sans l'assentiment des états. Il ne pouvait accor-
LirréftATUftE SUÉDOISE. . 3fi5
der UD emploi que sur la présentatiûQ de trois candidats faite par le sénat. Il devait sanctio&iier les actes publics par sa signature; mais ce droit, qm constitue ordinairement Tune des prérogatives importantes de la monarchie^ n'était plus pour le roi de.Suède qu'une vaine coutume dont sa nullité iie tirait aucun fruit.' Plus tard, on proposa de remplacer sa signature autographe par une grifïe; c'était à peu près la même èfaose*
D'Ulrique^Eléonore à Frédéric l®»", et de Frédéric I®' h Adolphe, la monarchie tomba dans un tel degré d'abaissement, que le souverain n'avait pas même, comme le dernier de ses sujets, }e,p«*ivilégé de ri^r sa maison selon sa volonté. Le comitc secret s'était arrogé sur le palais les attributions d'intendant ; il contrôlait les dépenses de îa cour ' , ia conduite des gens de service et même le choix d'un pirécepleur pour le prince royal. Un jour, du fond de la Pologne, Charles XH avait menacé le sénat dé lui envoyer une botte pour le gouverner; eette menace du héros semblait s'être réalisée.
Des historiens^, trompés par quelques faussas apfMrences de constitution et de représentatidh
' il présenta un jour une requête an roi pour lui faire observer qu'on trûlaU trop de bougies dans son palais.
33B UrrlftATimB SUÉDOIfiÈ.
pcpuiaire, ont nommé ce règne du sénati qui dora plus d'un demî^siiàcle^, un temps de iyi)erté. Il eut fallu, platôt le nomnier - wi tenipsr de despotisitie et d'enanshpe^ Bfent^, cette aristocratie bauiaine, • cpii s'efiak si étroitement unie ponrconquâîr le pOttYoir, ae dÎTiea qoaiM elle f«l appelé^ k jouir 4e sa conquête; la plupart de ces nobles qui venaient de prendre pour eux la smlveraîo^éy ne posse^ daient pas d'autre fortune que leurs tkres et feurs armoiries; ils avaent besoin d'or pour soutenir leur rangw Ils ne pouvaient en attendre de la Suàde, ib en demandèrent aux pays étrangers* Les uns se laissèrent séduire par la FranceVqui, depuis le règne de Gustave Wasa et surtout de Gustave^ Açlalphe^ avait toujours cherché à maintenir la Suède ddns ses intérêts i a&i d'avmr une bariîëre au nord; d^autres furent attirés pdr les promesses de la Russie et de rAnglelerre. Ceux4à étoieni désignés sous le nom de chapeaa^^ ceux-ci sous le nom de bonnets. Les chapeaux et les bonnets divisèrent le pays^ mirent le trouble dans les'diè^ tes» décidèrent la paix ou la guerre ; tantôt lulftanl à" force i^ale, tantôt vainqueurs, tantôt vaincus, selon que l'ambassadeur de France soldait ses a^
'• P9 1720 à nt2. * ' ■ ,
rénQùs^ 014 que le miaisire de Rii^iç augi^eiHait ses moyen» de séductiûn.
Quand Gusiave IIL moula sijr le trôn^, il trouva le pays dans cet état d^ souffrance qpî résplte 4(3 toute division intestine : le peuple las de |a di^t la diète lasse di;^ sénat, le sénat las lui*fnêinQ da toutes ces querelles d'intérêt péqi;in|aire. pu dVmour-propre. La souveraineiié, envahie par Vpligarchie, vacillait entre ses maips inquiètes; Une fallait qu'une tentative andacîenap pour la reprendre. Gustave III fît celte tentative; il était je^ne» hi^rdi^ cher à la ioule, et soutenu par la Franeç. Il se souvenait des humiliations que son pèi^ avait subies, et il vcmlait jouer le tout pour le t(HH«
Le 19 août 1772 est un jour ^nwiorable danff les annales de la Suède* Ce jour-i^, Gustave i^^OHt le serment de fidélité de ses trotipes^ et la hrm» du gouvernement fut changée. Cette réyqlHtippi s'opéra sans effusicm de sang et presque sans ef^ . fori:. Trente grenadiers furent placés à la porte dtt sénat. Les membres du comité secret, effrayés à Ta^peçt des baiopnettes, sq séparèrent d'eux**mè* mes^Xes sénateurs accq>ièrent sans murmure la nouvelle constitution qui leur fut présentée, 6t, dans l'espace de Vingt-quatre heures, Gustave, qui s'était vu roi de convention, conduit à la li«
838 UrriRATURE-^UiDOISE.
sîère comme un enfant ,. fat déclaré roi absolu.
Si 'une grande partie des nobles se rangèrent docilement sous son sceptre, quelques-uns d'entre eux ne lui pardonnèrent pas sa victoire. Vingt ans après % Gustave III ex;pia sous la main d'Ankarstrœm Tbonneur d'avoir osé et la joie d'avoir accompli sa tentative.
Le règne de Gustave III est Tun des plus remarquables de la Suède; sous le rapport politique^ il ne fat ni exempt de fautes, ni exempt de malheurs, mais il fut toujours environné d'une sorte de prestige chevaleresque et d'une auréole de gloire ; sous le rapport littérah^e, il doit être rangé au nombre de ces époques brillantes et fécondes qui illustrent une bation. Sous les règnes précédents, la littérature était à peine sortie de l'enfance; sous celui-ci, elle se développa. L'esprit du siècle lui imprima malheureusement une fatale direction. Elle aurait pu avoir un caractère de nationalité, et elle imita servilement une autre littérature. Toute l'Europe, au xvm* siècle, subit, comme on le sait; l'influence de la France; Gottsched, Addisson, Métastase, furent les apôtres de cette poésie élégante, correcte, enseignée par Boi-
^ Oani la natt du ia«a 17 mars I772«
LITTERATURE SUEDOISE. 329
leaU) Ulustt^ée par Racine. La Suède fit comme tes autres nations. Si elle avait cherché h imiter ce qu^il y a de beau, de sévère, d'élevé, dans les écrilâ de Quelques hommes du siècle de Louis XIV, on ne pourrait que- rend|*e hommage à ses eHbrts, malgré le regret que Ton éprouve toigours à voir cette contrefaçon du génie étranger là où Ton espé^ rait trouver un géi^e national. Mais elle n'adopta souvent que le côté le plus superficiel, le côté le moins louable de notre littérature; les madrigaui du Mercure de France la séduisirent presque au-tant que les vers solennels de Corneille; les oeuvres laborieuses de racadémicien Thomas rivalisèrent, à ses yeux, avec les magnifiques pages de Bossuet, et quand parfois elle tâcha d'imiter les hommes qui méritaient de Têtre, elle le fit maladroitement. Ce qu'il y avait de raide et d'emphatique dans nos tragédies le devint ^encore plus en passant par rélajbora tien des poètes suédois. La diction pleine de tendresse de Racine se refroidit dans leurs œuvres ; le tissu charmant des fables dé La Fontaine s'alourdit entre leurs -mains, et l'étincelle d'esprit de Voltaire disparut dans le creuset où ils entassaient* drame et ccmte, ode et idylle,' pouï en extraire quelques lambèaux^ à leur usage. Après tout, on ne saurait nrer que si ce tra-
330 LlTXÉRi^TUn^ SllÉI>OISE.
vail d'iiuilatioD fui uo mal^ ce fut un mal nécessaire. La langue suédoise était à peine formée, k poésie n^avait fait entendre que quelques accents fugitif$, puis elle était retombée dans le silence; il falteit dés modâes à ce pays qui s'acheminait si tard dans la voie littéraire. La France^était pour lui ce que la Grèce avait été pour Fltalie : il y chprcha son Homère et son 4f>^tote; mats, à la suite de ses études, il n'enfanta point de VirçOe et point d'Horace« Sa poésie fut coquette etfrivolei elle se couvBit de paillettes et s'faabilla de clin* quant. £n vérité, il faut le dtyrei les poètes les plus renommés de celte époque ne sont pas de grands poètes, ^t les œuvres dont toute la cour dé Gustave élai^enthousiasle, sonl peu lues aujourd'hui; mais jamais les muses de Suède ne furent plus diligentes, jamais ^n ne vit apparaître taût de vers : pn en faisait à la cour, on en faisait k la ville et dans lès provinces. A chaque instant les astronomes de la pensée découvraient à l'horizon Utté* raire une nouvelle étoile, laquelle ne tardait pas jk monter vers Gustave UL ^
Gustave III était le point central autour duquel tourbillonnaient ces planètes éphémères; il protégeait la poésie comme roi, il l'aimait comme poêle; c'était Pun des esprits les plus élevés de son temps
UTTiRAtWfi SlJËDpiSie. * 331
et Tun des écrivaios les plus.eorreols*. Son éduea*
lion toute française Tav^ugla sur plusieurs points,
mais ce Cul la faute de ses makres, la faute de son
siècle plus que la siérme ; dès son enfonce il ne parla
que français, il uê lut qtie de& ouvrages français.
C'était la^seule langue qu^il aimât, après la sienne,
et la seule dans Itiquèlle (1 cherchAt des principes
de goût et des modèles.' Il idolâtra Racine, i( coû-- "
damna Shakespeare ; il ignorait les beautés de la
littérature anglaise et de la littérature espagnole, et
il professait pour tout ce qui était écrit en allemand
la même indifférence ou la même aversion que
son oncle Frédéric*. Ainsi, après avoir subi Tac--
tion de son temps, il réagit de la même manière
sur lui ; il sanctionna dans son âge mûr les théories
poétiques quil avait apprises dans sa jeunesse, et
les répandit parmi les hommes qui Tenlouraient.
Les drames qu'il a écrits portent le cachet dçs principes littéraires que Dalîn et le comte de Teasin lui avaient enseignés; ses plans sont trèssymé-. triquement construits et conformes aux trois unités; ses .personnages 'sont tous gens de bonnes manières , gens de cour se drapant dans leur di-^ gnité, soupirant à propos, et se plaignant avec
y Hien ne m'est plus désagréable, dfk«ii-il, que railemand^ le tabac.
333 LrrriSftATUBB «OÉDOISE.
gréce; lc& scènes scftit prises dans une sorte de mqnde iolermédiaire qui ne toudie ni à Fidéal de Sdiiller, ni à la ?te réelle de Shakespeare. Jl y a peu de mouvement dans l'ensemble de ses compositions, maié beaucoup de périodes pompeuses, d'exclamations calculées et de dialc^ues tirtificiellement faits; ses discours, que l'on a trop loués, ont la* même prétention de forme et le même ton de sèche élégance.
Ualgré sa partralité pour tout ce qui venait de la France, Gustave III n'oublia pourtant jamais qu'il était Suédois. Il aimait l'histoire, les souvenirs, les iUusti'ations de son pays, et travailla sans cess€i à les maintenir dans leur éclat, à les faire revivre. Ainsi, quand Tidée lui vint d'écrire un pan^rique, il n'alla point chercher son héros dans l'histoire de Xénopbonou de Tite-Live; il choisit un des enfants de ia Suède, un des compagnons d'acmes de Gustave-Adolphe.*" Quand il se mit à composer des drames, il laissa de c6té celte tragique famille des Âtrides qui a fait entendf e tant de sanglots sur notre scène et ^ccombé sbu3 tant de coups de poignard; il prit encore son sujet dans l'histoire de Suède.
Il manifesta lemétbe sentiment de patriotisme, en foifdant plusieurs inslieutions scientiGques et litté-
LITTÉRATURB SUÉDOISE. 333
raires. Au commencement du xviu® siècle, il fi'y avait point encore de théâtre à Stockholm; on jouait de temps à autre quelques ballets à la pour, et de temps à autre on voyait arriver une troupe ambulante de comédiens allemands. En 1787, Frédéric hF étaUit enfin un théâti^epermanent; on y représenta les comédies de Holberg et quelques pièces suédoises. Gustave III donna à ces représentations dramatiques plus d^extension qu'elles n'en avaient jamais eu : il appela en Suède des acteurs renommés, il enrichit TOpéra. Au-dessus de la salle de spectacle, il s'était réservé un cabinet de travail comme pour être plus prè^ des muses : c^est là qu'il se retirait lorsqu'il venait de son château de Haga à Stockholm. C'est là qu'il passa une grande partie de la soirée qui précéda la révolution de 1772; c'est là qu'on l'emporta quand la balle d'Atikarstrœra eut frappé sa poitrine.
En 1757, la reine Louise-Ulrique avait fondé l'académie de Stockholm. En 1786, Gustave* III rétablit sur de nouvelles bases, et fonda en même temps l'académie littéraire des dix-huit; luî-iùéme en fit l'ouverture par on discours écrit avec talent. Puis, quand elle mit Téloge de Torsteinsson au concours, il fut du nombre des concurrents et gagna le prix. On assure que les examinateurs > ea
314 LirreRATUiifi suédoise.
lisant son discooi's, ignoraient de qui il était. Le secrétaire de l'académie d'Ulrique était Olaf Dali^^ ie premier des poètes suédois dont les succès litiéraires firent la fM*tune ^ 11 commença par publier, sans y mettre son nom, un journal hebdomadaire intitulé Argus. C'était Un recueil de nouvelles et d'aperçus critiques, decontes en prose et en vers^ unç imitalion assez pâle du Spectatear d'Addisson* Mais le publie de la Suède n'avait jamais rien vu de semblable-, il applaudit à l'apparition de FArgus^ et le lut avec avidité. Dalin, qui ne s'était pas fait connaître, se l'évéla bientôt par un poème sur la liberté suédoise qui fit une assez grande sensation. Le succès obtenu par de pareil* les productions accuse, la pauvreté du temps où elles furent publiées : ce poème sur la liberté n'est qu'une Ipia^ue et froide amplification de rhétori* que, une espèce de chronique en vers pomjpeuif snrchai^ée d'allégories, ei parsemée çà et là de compliments à la reine et à la noblesse. Le sénat, qui se trouvait assez bien traité dans cette revue chronobgique, prit le poète sous son patron-
* Né en 1708, à Winberg, où son père était prêtre ; précepteur du prince royal, et aaobli «n I7&1 ; chancelier de la oour en 1761 ; mort le 12 août déjà niéme année.
LirrèivATotiH suédoise. 035
nage, et le chargea d^écrire Vhistorre âc Suède.
Cette histoire parut quelques années après, el augmenta encore la réputation de Dalin. Elle n'est pourtant ni savante, ni profonde :• sous le rapport des ^recherches et de Fétude des documents, elle est très inférieure à celle de Lagerhring; mais elle est élégamment écrite. Elle fut louée et recherchée, quoiqu'elle n'ait jamais obtenu autant de popularité que l'histoire de Holbergeo Danemark. Les Suédois Pont citée longtemps comme leur meilleure histoire : de nos jours, Geiier, Fi'vxell, Strinnhotm, ont montré qu'on pouvait en faire une n^eilleure.
Daiin, qui aspirait à tous les genres de gloire, écrivit une comédie, V Envieux^ dans laquelle on trouve çà et là des intentions spirituelles et des traits plaisants. Il écrivit ensuite une tragédie, Branildeou Camour malheureux ; mais elle n'obtint pas le moindre succès. Léopold disait que c'était un amour complètement malheureux, car it n'en connaissait pas un qui eût causé moins d'émotion. Les oeuvres de Dâlin manquent de mouvement et de vie. Il était doué d'un esprit facile, d'un style brillant, mais il n^avait ni l'imagination qui enfante une grande idée, ni le soufOe poétique qui Tanime.
33Q LITTÉHATGRS SUÉDOISE.
Oq a publié après sa mort deux vplumes de poésies lyriques qui laissent voir à découvert la nullité de cette nature d'écrivain dans laquelle il n'y avait ni élévation, ni profondeur. Ce sont des madrigaux coquets, des impromptus et des bergeriesy des épîtres dans lesquelles Tauteur court après le bon mot, des vers de circonstance k propos d'une feuille de papier gris ou de la mort d'un chien, à propos d'une montre ou |d'un fourneau. Dans une de ces épitres, il raconte son voyage en France, son séjour à Paris; et que croit-on qu'il admire là? le mouvement d'une grande ville, l'aspect des monuments, les galeries de tableaux ou la richesse des bibliothèques? Non, mais les conversations d'une société frivole, l'art avec lequel les hommes tournent un compliment, les jeux de mots, les rubans roses, les éventails à fleurs, et toutes ces charmanUs bagatelles^ comme U les nomme lui-même, qu'il découvre dans un salon.
Dalin a été en Suède le représentant de cette poésie secondaire du xviii® siècle qui se gloriGait d'un quatrain et prétendait s'immortaliser avec un rondeau. Il avait quitté la société bourgeoise où il était né pour s'élever jusqu'aux riions aristocratiques ; il fallait qu'il payât son droit d'entrée dans ce monde dédaigneux qui ne le recevait toujours,
LITTERATURE SUEDOISE. 337
malgré sa rëpulationy qu avec une cerlaine léserve. De là, tant de vers louangeurs, tant decoijîpUments de noce, de baptême, d'annivei^saire, qu'il portait partout avec lui comme les rubans d^une livrée. Aussi, quand il voulut déployer ses ailes pour s'élever plus haut, il se sentit comprimé par l'atmosphère étroite dans laquelle il avait vécu , et quand il s'avisa de prendre pour nk)dèleâ nos grands, nos vrais poëtes, il ne put en saisir ni la grâce, ni le charme, et il les parodia. 11 est un fait, entre autres, qu'on lui pardonnera difficilement, c*est d'avoir posé un pied profane dans le «emplé de cristal de notre La Fontaine, d'avoir choisi quelques-unes de ses plus charmantes rêveries pour les dénaturer et les amplifier.
Du resle, on ne saurait refusera Dalin des qualités de style remarquables pour son temps ; il écrivait surtout la prose avec une élégance et une pureté dont personne avant lui n'avait donné l'exemple. Sous ce rapport, il fut utile à son pays, et mérite de conserver une place honorable dans l'histoire littéraire de la Suède.
Il eut pour contemporains quelques hommes dont la réputation fit moins de bruit que la sienne et qui avaient pourtant plus de poésie dans Tâme.
398 LITTÉRàTUU SUÉDOISE.
Je citerai, entre autres, le comte de Gyllenborg ', qui ëcriTÎt des pièces didactiques remarquables par la sévérité de la forme autant que par la justesse de la pensée; le comte de Creutz*, homme du monde, homme instruit qui, dans les hautes fonctions dont il fut chargé, trouva le temps d^étudier les auteurs grecs qu^il aimait, et donna à la Suède un des plus jolis poèmes qu'elle possède, un poème idyllique écrit sous l'inspiration des églogués de Théocrite et du roman de Longus.'
A la même époque, une femme attira sur elle l'attention du public par quelques élégies écrites dans un style simple et empreintes d'un sentiment vrai : c'était M"*« Nordenflycht ^. Elle avait été fiancée pendant trois ans à un jeune prêtre à qui elle écrivait des épîtres en vers. Au bout de sept mois de mariage, elle vit mourir cet homme qu'elle aimait ardemment; elle se retira alors dans une prbvince reculée de le Suède, s'enferma dans sa demeure, fît tendre de noir ses appartements,
* Né à Linkcepingen 1731; conseiUer de cfaanceUerie en 1774 ; mort e 30 mars 1B08.
* Né en Finlande en 1739 ; préoepleor da prince Adolphe-Frédéric en 17&7 ; ministre en Espagne en 176S ; ambassadeur en France en 1772 $ président de chancellerie en 1783 ; mort en 1785.
* Née en 17 18; morte le 28 jain 1763.
littéràtukr suédoise. Zl%
et là, seule, abandonnée à ses souvenirs, entourée d'images de deuil, elle raconta ses regrets, et publia, sous le titre de /a Tourterelle affligée, un recueil d'é^égies« La sensation produite par ses vers Tarracha à sa solitude : le monde voulut la connaît» tre ; elle reparut dans le monde. Bientôt on la vit à Stockholm présidente d^une société littéraire qu'elle avait formée «Ue-méme, et à laquelle s'adjoignirent plusieurs personnages de distinction* Là, on lisait dès vers, et on discutait le mérite des productions nouvelles. M'^^^Nordenflycht donnait elleroème le mouvement à ces réunions, et son âme, froissée par Tamour, se consolait en voyaût grandir autour d'elle tous ces talents poétiques* Malheurepsement le drame de sa vie n'était pas achevé. Elle se reprit à aimer, et celui qu^elle aima la trahit. La pauvre femme, qui se souvenait de Sapho, se jeta dans la mer. Un de ses domestiques accourut as3ez xtt pour la sauver, mais elle mourut trois joi}|*s après.
La forme employée par M^^ Nordenflycht a un peu vieilli; elle b'était pas travaillée avec ce tact artistique qui conserve toujours au style un certain attrait; sa douleur fut parfois affectée, et ses ye^3 tombèrent dans la phraséologie. Elle eut aussi ie tort de sacrifier à la mode de son temps, de don-
Der une houlette à celui qu'elle pleurait, de revêtir son élégie d'un costume pastoral. Mais à travers ces strophes un peu longues, on découvre une pensée tendre, el^'sous son vêtement d'emprunt, on sent battre un cœur passionné de jeune femme.
La société littéraire, dont elle avait été le principal mobile, fut réorganisée, après sa mort, par Schrœdcrheim, et prit le titre à! Utile dalcL On en vit en même temps une autre se former à Upsal sous le titre à! Apollonis sacra^ et une troisième à Abo en Finlande , sous le titre di Jurera. Plus tard, la ville de Gothembourg eut aussi la sienne. Ces sociétés distribuaient des prix et publiaient leurs œuvres; elles tâchaient de suivre, dans de modestes limites, l'exemj3le que leur offrait l'académie de Stockholm. Mais de même que cette académie, elles mirent souvent lesceau de l'approbation à des vers qui le méritaient fort peu, et distribuèrent des brevets d'immortalité à des poètes dont la gloire ne fut pas de longue durée. Elles n^eurent, comme là plupart des sociétés de ce genre, qu'une influence fort équivoque ; car l'académie de Stockholm, qui leur servait de modèle, fut dès son origine dominée par un espi^it élroit,' assujellie à des règles inflexibles, et séduite par des théories d'arl cl tic poésie, qui, loin d'aider au
LITTÉRATURE SUÉDOISJ:. >'f I
mouvement hilellecluel de l'époque,* lauraiçnt peut-être coraprimé, si elle avait eu plus de Force. L'esprit français régnait toujours dans celte académie: Le même esprit dortiina Kellgren, un (ifis poètes les plus dignes d'être aimés de la Suède ^ II avait, il est vraj^, peu d'invention ; il composa des opéras- dont Gustave lll lui donna le plan^ et il emprunta à d'autres écrivains l'idée de ses meilleures poésies lyriques. Mais il avait une conception vive, et une sensibilité ^^ntretenue par de douces et mélancoliques rêveries ;. il saisissait avicc habileté la pensée qui lui était offerte,, et lui. don- ' ïiait aussitôt la couleur et le mouvement. Peu de poètes ont eu en Suède une versiBcation aussi élégante, aiissj harmonieuse que la. Menne; et quelques-unes de ses strophes lyriques qe s'effaceront jamais de la mémoire de se$ compatriotes. Il vécut malheureusement dans un ordre; d'idées tropéirpit et trop exclusif. Il méconnut le génie de Gœthej il condamna Homère, Ossian et Milton. Sur la fin de sa .vie, ses yeux s!puvrirent pourtant à la nouvelle lumière pqélique qui commençait à jaillii: de toutes paris. Un de ses amis le trouva un jour la
' Né en 1 7 6f , |à Floby j.préceptt^ur daôs la jâaison:da général JWeyer-, fell en 1775 ; secrétaire du roi en 17.80 ^ mort en 1795.
ui urriaATUEE SUÉDOISE,
tête inclinée sur la poitrine, le regard pensif, tenant & la main un volume de Klopstock. « Hélas ! dit-il, je m'aperçois que toute ma vie s'est passée à ne rien Faire. •
Dans le temps ou Kellgren écrivait avec le rot ses opéras de Gustave Wasa et de Christine, la littérature suédoise devenait de jour en jour plus productive. L'étude des' sciences était sacrifiée à rét«de de la poésie, les jeunes gens sortant des écoles tournaient les yeux vers Gustave III, et s'essayaient à &ire des vers pour mériter sa bienveillance. Dans ce temps-là, Oxenstierne, le descendant du chancelier, écrivait, à l'imitation de Saint -Lambert, un poème didactique sur les heures; Hallmann ^yait le public par des parodies dramatiques, qui toutes ensemble sont pourtant loin de valoir l'excellente parodie de Wessel, le poète danois ; Euwalsson imitait les opéras français ; Adlerbeth traduisait Horace et Virgile ; Tborild donnait h la critique plus de portée qu'elle n'en avait jamais eu, et Ehrenswœrd s'ilhistraît par ses considérations sur Tart. Dans ce temps-12i aussi, le joyeux Bellmann s'eù allait dans les allées du parc„ chantant le bonheur d'être assis à table e^ le bon^ heur de boire. Les hommes dû Nord ont une sorte de littérature que nous ne connaissons pas ou que
LlTTiRATUaS SUÉDOISE. 348
nous apprécions peu, c'est la liuéralure bachique; Béranger, Désaugiers, et avant eux Panard, Collé, Tont, il est vrai, indiquée par quelques couplets. Mais si on Paccepte comme œuvrç de distraction, on ne Ta pas encore classée comme œuvre^'art. Dws le Nord au contraire, c'est une littérature riche et ancienne; elle remonte jusqu'au temps où les Scalde^ chantaient l'hospitalité du jarl et la coupe de.miœd. Elle a eu ses jours de gloire et ses couronnes, sa place au fojer domestique, et sa place à l'académie. L'hiver , quand les habitants . du Nord se réunissent squs leur toit couvert de neige, tandis que le ciel est chargé de nuages et que le vent froid gronde autour d'eux , la chanson bachique les égaie et la boisson spiritueuse les réchaufTe. Ils aiment les poètes qui se sont inspirés »de ces heures de joie passées dans un cercle d'amis, let il est parmi eux tel homme qui s'est rendu aussi célèbre par quelques chansons à boire , qu'il pourrait l'être ailleurs par des odes héroïques ou des chants d'amour. Bellmann est un de ces hommes '« Jeune et riante, sa muse se couronne de lierre et s'assied sous une treille. Il était doué d'une grande facilité, d'un talent rare d'improvi-
■ Né à Stockhobn en 1740; mort en 1795.
satcur. La vue d'une des retraites joyeuses qu'ri avait couluuie de visiter donnait Timpulsion à Sâ pensée; et comme il était tout à la fojfe poêle et musicien, il trouvait en même temps la' rime et la mélodie, il ne récitait pas ses vers, il les chantait. La plupart de ses poésies représentent dans toutes ses phases, la vie légère, la vie insouciante; mais il en est quelques-unes où, sous le voilé gracieux de cette philosophie épicurienne, il est facile de reconnaitrje un sentiment plus graVe et une teinte de mélancolie. Cet heureux Bellmann n^était pas riche, sa gaieté fut plus d'une fois conâprimée par une réflexion amère. Il essayait de rire encore, et il se trahissait par une larme. Mais quel que fâtle sentiment qui les inspirait, ses vers bachiques furent accueillis avec enthousiasme, recherchés de toutes paris, et il n'est pas un canton de la Suède où le paysan ne les répète encore dans les jours de fête. Une autre partie de ses poésies qui n'obtint pas moins de succès, c'est celle où il a tracé une peinture bouffonne du cabaret qui lui servait de refuge, de la vieille Ulla qui remplissait son verre en lui faisant quelquefois crédit, et de ces bons bourgeois qui venaient disserter sur les aflfeiires d'Europe autour d'une bouteille. Ses chansons à boire rappellent parfois celles ^d'Olivier Basselin,
le poète normand, et quelques-uns de ses tableaux de cabaret ressemblent aux bonnes caricatures de Hogarth.
Gustave III avait peur Bellmann une affection pariicultère, et prit plaisir un jour à intercéder en sa faveur ; il écrivit à la femme du directeur de la loterie cette.leltre qui mérite d'être citée ' :
f< Madame de Stierngranat, vous savez que j'ai toujours aimé lés poètes et surtout les poètes suédois, vous savez que ces messieurs sont toujours pauvres et qu'ils demandent toujours des secours. Vous savez aussi que leur verve n'est heureuse et facile qu'autant que leur bourse est remplie; mais ce que vous ne savez pas, c'est à quoi tout ceci va- aboutir, et vous m'avouerez qu'en le lisant^ vous dites à part : Où mènera tout ce savoir? Un peu de patience et vous le saurez. C'est que je viens d'apprendre qu'il y a une place de secrétaire vacante dans la direction de la loterie royale, et que j'ai reçu une requête en vers du fameux Bellmann, auti^ment dit l'Anacréon de la Suède^ qui me demande ma recommandation auprès de messieurs de la direction. Comme une
* L'original de cette lettre est en français. C'était la langue que Gustave employait ordinairement dans sa correspondance.
346 LITTtlUTUAE ftUÊDOIStE.
telle recotamsiDdatioD serait uo ordre, et que je ne Teux gêner personne, et encore moins ces messieurs, je m'adresse à vous, Madame, pour tous • |Nrier d'être la solliciteuse de cette affaire auprès de Totremari. Les muses sont les déesses des poètes, et comme elle sont femmes ainsi que vous, h qui pourrais-je ipieux adresser mon pauvre prêtée? Je le laisse en vos mains et je vous prie de vous charger de son sort. »
Bellmami obtint la place. Il donna la moitié des émoluments à un homme qui se chargeait -de la remplir, et vécût sans rien faire avec le surplus. € Quand il sentit approcher sa dernière heure, dit un écrivain suédois, il invita ses amis à vei^r le voir. Il s'assit au milieu d'eux, le v^re à la main, et entonna son chant du cygne.. Toute la nuit il chanta avec enthousiasme les heures joyeuses de *sa vie, les bienfaits de la Providence, et l'amour qu'il portait à son pays; puis ^ou()ain, changeant de rhythme et de ton, il adressa à chacun de ceux qui l'entouraient sa strophe d'adieu. Au point du jour, ses amis émus jusqu'aux larmes le conjurèrent de cesser, mais il leur répondit : Mourons en chantant comme nous ayons vécu. Il vida son verre pour la dernière fois, et, dès ce moment, il ne chanta plus. »
tlTTÉBilTUliE SUÉDOISE. 347
La mémoire du chansonuier âuédoia e^l restée chère h ceux qui Pavaient connu. *0d lui a élevé, il y a quelques années, un monument dans le parc de Stockholm.
Après les riants couplets de Bellmann, on ne lira pas sans une triste émotion les poésies 4eLidner <• Ce fut un de ces hommes marquésd'un sceau fatal. Malheureux par sa propre faute, et malheureux par les circonstances qui Tenlouraieni, il n'amassa que des regrets au fond de son âme, et n'exhala qu'un chant de douleur. Tout jeune, Lîdner devint orphelin. Il était pauvre, il se trouva abandonné à la commisération d'un de ses parents qui prit intérêt à lui et l'envoya à l'université de Lund. Là de mauvaises sociétés développèrent en lui ses mauvais penchants i. il se livra à )a débauche, et rendit sa position à l'université si pénible, qu'il se crut obligé de partir. Il alla à Rostock. Il y étudia mieux qu'il ne l'avait fait en Suède, et soutint assez bien sa thèse philosophique*. Mais peu après il s'abandonna de nouveau à ses funestes habitudes. Il revint dans son pays, plus abattu que jamais, sans aucun appui et sans aucune idée d'avenir. Son parent, fatigué de lui avoir^ ^i sou-.
*■■ Hé à Getliiemboarg en 1TS9 ; mort en 1793.
348 UTTERATUtlE SUEDOISE.
vent prêle un secours inutile, le força de s'enrôler comme Tnatefot, à bord d'un bâtiment qui partait pour les Indes orientales. En route, le bâiimeot relâche, et Lidner s'évade. Il erre à travers les champs, privé de tout , et vivant de la vie la plus misérable. Enfin il trouve une occasion de revenir à Gothembourg, et la saisit avec joie. Dans ses longues heures d'isolement, il avait écrit quelques vers : il les lit aux poètes de Gothembourg, et on les loue. L'idée lui vient de s'approcher de Gustave III, qui alors attirait à lui tous les hommes doués de quelque talent. Lidner va à Stockholm, publie quelques poésies, et obtient un grand succès. Le roi le prend sous sa protection, et lui donne une place honorable à l'ambassade de Paris. L'ambassadeur était le comte de Creutz, Tauteur d'Atis et Camille^ poëte aimable qui devait accueillir avec empressement un poète. Mais Lidner ne répondit ni à ses désirs, ni à son attente. Il reprit, comme par le passé, des habitudes qui n'étaient guère en harmonie avec la dignité de ses fonctions, et fut forcé de quitter l'ambassade. II retourna à Stockholm, accusé par Creutz, condamné par le roi, repoussé de tous ceux qui autrefois lui avaient témoigné quelque intérêt. Sans fortune, sans protecteur, sans emploi, il mit sa muse à l'enchère; il
vendit des odes e|: des sonnets, des madrigaux et des quatrains, à tous les riches bourgeois et à tous, les gentilshommes ainbitieui, qui, ne pouvant faire des verS; voiflaient pourtant avoir à la cour une réputation de poètes. Un écrivain dit que Lidner gagnait à ce métier douze ou quinze francs par jour : il n'en fallait pas tant pour vivre commodément dans un pays où les fortunes sont si médiocres et les besoins si limités. Mais toute idée d'ordre était pour Lidner une espèce de problème formidable qu'il ne se souciait pas de résoudre; il vivait au jour le jour sans songer à l'avenir. Outre sa passion pour le vin de France, il en avait une non moins dispendieuse, c'était de louer une élégante voilure, et de se faire promener dans la ville. Un soir qu'il était chez son ami Thorild : « Je n'ai plus rien, lui dit-il en s'en allant ; je ne sais comment je vivrai demain. — Il ne me reste que deux plates ', répond Thorild; mais je n'en^i pas besoin, prc^nds-les. »
Sur le seuil de la porte, Lidner s'aperçoit qu'il pleut; il appelle un fiacre, et se fait conduire chez lui. « Combien te dois-je? dit-il au cocher. — • ■ > . ■ '
• PPlilc pièce d*argenl qui équivaut a environ 15 sous de noire mon-
3d0 UTTÉRATURE SU^DOm
Une plate. — Comment! mon ami, rien qa'une plate? Mène-moi un peu plus loin, et tu en auras deâx. » Il donna ses deux plates, et s'endormit sans songer au lendemain.
A rage de trente ans, il se maria; les <;irconstances de ce mariage sont singulières. Un jour Lidner était assis dans sa pauvre chambre de poète, tout seul,* dénué de ressources ; on frappe à sa porte, et il voit entrer une femme qui n^était plus très jeune, ni très jolie, mais dont les vêtements et les manières annonçaient une certaine distinction. C'était la fille du général Hastfer de Finlande* Elle s^approche de Lidner, et lui dit qu^elle a lu avec attendrissement ses élégies, et que, touchée de ses malhciurs, elle veut essayer d y pcb^ter remède. Elle offre de lëpouser et de. partager avec lui sa fortune. Lidner la regarde avec un grand sang-froid i «. Avez- vpqs vraiment de la fortune? lui dit-il. — Qui, j'ai hérité de mop père deux fermes assez considérables* : — Prenez garde; car, si nous nous marions, tout ce que vous poœédez , je le boirai. » Cette menace n'effraya point l'enthousisâte Finlandaise. Peut-être espérait-elle prendre sur Lidner assez d'ascendant pour « l'arracher à ses funestes habitudes. Enfin le «ai riage se fil, et Lidner tint parole. Dans Tespace
LITTÉRATURE SUÉDOISE. Zhi
de quatre années, il dissipa jusquW dernier scheU ling le bien de sa femme, el, lorsqu'il mourut, elle etail si pauvre, qu'elle fut obligée de chercher un . refuge dans une maison ouverte aux indigents. Le roi lui accorda une petite pension. La malheu^ reuse conserva toute la vie pour Lidner une sorte de culte i*el^ieux. On m'a raconté que lorsqu'elle touchait sa pension, elle l'employait à acheter du café, de l'eau-de-vie; elle appelait autour d'elle quelques pauvres femmes pour leur parler de son poète chéri, pour réciter ses vers et faire admirer son génie. Tant que les provisions de café et d'eaude-vie duraient, les bonnes femmes répondaient par des acclamations à son enthousiasme; mais une fois que la dernière coupe était vide, elles désertaient l'une après l'autre, et la veuve de Lidner se retrouvait seule jusqu'au prochain trimestre* Plusieurs années après, lorsqu'elle fut affaiblie par l'âge et par les inGrmités, le nom de Lidner lai rendait encore le prestige de sa jeunesse, te nom de Lidner enflammàk sa pensée et son regard* « Je l'ai tue, m'Ë dit M. Âtterbom, entrer nnjoqr dans une maison, maigre, pâle, souffrante et couverte de haillons. Elles'aâsit devant nous sur une cfaafise^ prononça quelques mots d'une voix débile, et s^ traits altérés, ses yeux éteints an-
nonçaient un douloureux affaissement. Je me mis à louer les poésies de Lidner, et à ;i'instaDt voilà celle femme qui se lève comme frappée d'un coup électrique, qui se réveille, qui s'anime et parle avec éloquence, avec entraînement. » Elle mourut avec le nom du poète sur les lèvres, laissant une fille, recueillie comme elle dans une maison de charité.
A travers son existence fatiguée, Lidner avait cependant trouvé le temps de s'instruire : il savait le français, l'italien, l'allemand, l'anglais. Il joignait à ces connaissances une sensibilité profonde, une imagination ardente.
Il essaya de faire quelques cofnpositions dramatiques, mais elles n'eurent poinirde succès et ne méritaient pas d'en avoir II était d'une nature essentiellement lyrique, et manquait à son génie quand il essayait de transformer sa strophe en dialogue. La douleur Tinspira comme la gaieté avait inspiré Bellmann. Il chanta pour apaiser sa souffrance; il chanta pour appder Dieu à son secours. Sa poésie fut triste comme les soupir^ d'un âme en deuil, et touchante comme une prière. ISullc corde joyeuse ne résonna sur sa lyre, et nul rayon d'un soleil pur ne s'arrêta sur le front pâle de sa jeune musc. Au milieu de toute cette litté-
uttAbature suédoise. Zht
ralure in&Mcianle et l^ère qui de son temps était à la m#de, ses yes» retentirent comme un cri de malheur au milieu li'uqe fête. Mais la plupart des compositions artifieielles qui occupèrent les beaux espritsdu temps de.GusIave III sont oubliées^ et U n'est personne en Suède qui ne lise encore les œuvres de Lidner.
Un autre recueil de poésies non moins lu et non moins aimé est celui 4e madame Lçnng;ren >. C'était la fille d'un professeur d'Upsal, mariée k* un conseiller de commerce vivant dune vie mo* deste, d'une vie de, devoir, et dans ses heures de loisir racontant avec grâce et naïveté l'observation qui l'avait frappée I od l/émoiion qui l'avait saisie. Elle ne se laissa point éblouir par Jes premiers succès qu'elle obtint; elle sentit que ses ailes ne la porteraient pas dans les hautes régions, et elle sarrêta à cueillir les fleurs poétiques qui croissaient autour d'elle. Il y a dans tout ce qu'elle a composé un mélange charmant d'esprit et de tendresse, de gaieté et de mélancolie*: tantôt elle dépeint avec un léger sourire la maison du pasteur, le jour où la grande dame de la paroisse la visitie, les apprêts du dîner, la décoration de la salle, la
* Née en 1754; mariée en 1780; morte en 1 Si 7.
154 LirrAHÂTURÉ «DÉDOI».
toiieUe du préjtre, PagilatiOQ de sa feaMnei et Tbquiétude timide de leur jeune AUe; tantôt eUe noi» montre Finiage vénérable d'un yieillard avec son visage calme et sa couronne de cheveux blancs; tantôt elle se laisse aller à tout jce qui lui fait bat* tre le cœur, à son espoir de femme, à ses rôves de mère. Quelques-unes de ceâ poésies ressemblent à de jolis tableaux de genre; les autres ont le caractère de l'idylle ou de Télégie. La [nèce suivante peut donner une idée de ces bumbles pensées poé^ tiques*
Snr les. bords de la foiét sombre.
J'ai va la souree da faUon <^i]| lentement eoale dans l'ombn* Et s'enfuit obscure et sans nom.
L'été, son doux et frais munnure Souvent atiie le passant , Qui savoure son onde pure Et «'éloigne en la bénissant.
A travers les jours de voyage Qui nous mènent vers le tombeau^ . Poisse ma vie être l'image De cetteobscinre source d'èau!
Je laisse aux ricbes de la terre Un sort plus grand, plus envié.
Pour moi, mon Dieu, laisse-moi faire Quckpie bien et vivre oubKé!
LITTÉHATURE sdbOISC. ^&
Au oonimencemeDt du xvnf siècle, racole franijaise avait eu dans Dalin un apôtre dévoué; ^lé en eut un aussi dévoué à la fin du même siècle* C'était Lé(çoId'. Comuie Dalin, il fitsarépula^ iîoa en publiant un journal, et, comme Dalin, it voulut composer des pièces dramatiques. La pre» mière qu'il publia est Odin oa la migration des Aies. Odin n'est pas un sujet de tragédie^ «c'est une de «es figures grandioses qui flottent dans les nuages du passé comme un héros d'Ossian. L'his** toire nous dit à peine qui il était; le voile de la fable enveloppe sa stature de géant. Si on le prend comme un personnage mythologique, c'est un dieu qui a le don des enchantements et qiû erre sur. les champs de bataille avec une lance ensanglantée. Son le prend 4H)mme un personnage réel, c'est un chef de tribu courageux et habile, qui des con^ trées asiatiques s'en vient en Danemark, reCoufe vers le I^ord les peuplades éparses qui habitaient les bords de la mer Baltique^ et donne à ses fils les royaumes Scandinaves. Dans Tun et l'autre cas, si on persiste à le prendre pour sujet d'un poëme, le point essentiel est de ne pa^ ramener sa puis«
^ Né à Stockholm m 1766; secrétaire du roi en 1788; Bnobli es <809 ; secrétaire d'État en 1808 ; rooit en 1829.
.150 LITTÉRÀTUirB SUÉDOISE.
satice de dieîi ou sa faille de héros h des proportions ordinaires, de ne pas réduire ce mythe de plusieurs siècles ou cette épopée de plusieurs nations à un fait passager, à un drame accidentel. Mais Léopold n'a pas eu tant de soucis t il s'est dit qu'il conduirait Odin sur la scène, et tl ne s'est inquiété ni des chants de TEdda, ni des récits des Sagas : il a fait d'Odin une espèce de diplomate civilisé qui agit peu, parle élégamment, et tâche de conserver par ses belles périodes son autorité chancelante. Yngue, qui, d'aprtès les anciennes traditions, lui succéda sur le trône de Suède, est un jeune et galant chevalier à qui il ne manque, pour ressembler parfaitement aux héros de nos romans dû moyen âge, que de porter un chiffre d'amour sur son bouclier et une écharpe. brodée par sa maîtresse. Thilda, la fille d'un des compagnons d'armes d'Odin, pleure, soupire et s'évanouit par ampur pour Yngue, et Pompée oublie toute son ambition et toute sa gloire par amour pour Thilda. Il vient de remporter une victoire décisive sur les troupes d'Odin, et, pour faire la paix, il demande qu'on lui accorde la main de Thilda. Dans une telle extrémité, la jeune fille, qui ne veut pas trahir l'amour qu'elle a juré à Yngue, prie son père de la tuer; ce que le père fait sans aucune cérémonie.
LITTiRATURE SUtOOISB. d5T
Ainsi finit le drame. Quand on représente aux défenseurs de Léopold tout ce qu'il y a d'étrange danft une pareille pièce, ils vous répondent : C'estirraii mais elle renferme de beaux vers !
Ce sont aussi les beaux vers qui composent tout le mérite de Virginie^ sa seconde tragédie. Le plan de cette pièce e^t plus sage, plus judicieux que celui d'Odin, mais elle manquç d'action et de mouvement; c'est un plaidoyer continuel entre la passion d'Âppius et la vertu de la jeune fille, plaidoyer en cinq actes qui se termine comme on sait. . "
Léopold était un parfait rhétorrcien. Il n*avait ni la facilité de Dalin, ni les qualités de style de KeHgrenn; mais il arrivait par la réflexion et le travail à tourne»* barmonieusemenl une période, à former une image, à jeter çà*et là un mot heureux. Ce fut ainsi qu'il' composa ses tragédies, ce fut ainsi qu'il composa des odes vides et sonores^comme celles de J.-B. Rousseau; ce fut ainsi qu'il écrivit avec beaucoup de patience des poésies erotiques qui ne remueront jamais la moindre fibre dans le coeur de ceux qui ont aimé.
Il avait aussi la prétention d'être philosophe. Il développa dans des dissertations obscures quelques idées très superficielles ou très .vulgaires.
M6 UTTÉRÀTirBE SUiDOISfi.
Comme philosophe, Jl n^a jamais eu qu'une fa3>Ie réputalion ; comme p^rte, le journal qu'il rédigeait, la faveur que Gustave III lui témoigna en différentes occasions et l'éclat apparent de son .style, lui donnènsnt une autorité qu'il ne conserva pas jusqu'à sa iij^rt. Il fut le dernier représentant de cette époque d'imitation. Il avait trouvé l'éeqle française trônant dans le salon de Gustave III avee des fleurs de rhétorique ; il l'enterra honnêtemeni avec des fleurs de rhétorique.
Au commencement du xix* siècle, la révehition littéraire de l'Allemagne avait fait impression dans le Nord» Les Suédois comprirent , comme ks Allemands, le besoin de marcher avec plus de liberté, et l'un d^eux, en s'abandonnant à l'impulsion de son esprit, sans discuter ie système d'aucune école, signala l'aurore de la poésie nouvelle. C'était Michel Franzen^
Michel Franzen est né à Uleaborg en. FiDlande, le 9 février J772. Il étudia à FuDiversité d'Abo, y prit ses grades et y devint professeur. Puis il amassa ce qu?il possédait et Gt un voyage en Danemark» en Allemagne, en France. Grêlait à l'épo* que où le terrorisme expirait avec Robespierre, où la révolution de 1793 sortait comme une bacchante de son rêye effréné, et tâchait d'effacer quelques-unes des taches de sang qui couvraient sa poitrine. L'enfant du Nord né vit que le glaive de fer qu'elle avait donné à ses soldais et Tauréole victorieuse qui lui parait le froul. Il la salua et Ja chanta, Klopstock Tavait chantée aussi, et Schiller, et les poètes d'Angleterre, et ceux de Dane* marck. Mais leur enthousiasme avait été étouffé par des cris de deuil, et celui du jeune Finlandais commedçait seulement à s'éveiller. Avec sa douce et ffaiche imagination, il ne pouvait saisir que les
160 UTTÉBATURE SUtDOISE.
pensées généreuses jetées k trayers ce grand drame de toat ua siècle, de toul un peuple, et les pùlletles d'or étincelant çà et Ik sur le sang ou sur la fange. S'il ayait été à Partis le jour où la fatale charrette emmenait à Téchafaud Fauteur de la Jeune Captive, peut-être n'aurait«il yu ni la charrette, ni Féchafaud, il aurait suiyi avec une sympathie de frère cette âme de poète qui chantait un chant de cygne, et recueilli dans un pieux silence les derniers sons de cette Ivre charmante. Il y a des êtres qui sont venus au monde avec cette ^ide merveilleuse qui leur cache tout ce qu'ils rougi* raient de voir, des hommes qui passent au milieu des« autres, renfermés dans un trésor de honnes pensées, comme la chrjsaHde dans un flocon de soie. Franzen est un de ces hommes. Ceux qui le connaissent ne se lassent pas de vanter l'innocence
dé son âme, Ja douceur de son caractère. C'est un
ange, me disait à Stockholjn un écrivain suédois qui l'avait étudié d'assez près pour pouvoir le juger.
De retour en Finlande, Franzeo se fit prêtre. Il passa par plusieurs presbytères, prit le grade de docteur en théologie, et fut élu en 1831 évêque de Hernoasand. Il' occupe Pévêché le plus reculé au nord de la Suède. Là sont tes tribus nomades
LiTTiltATOBE SUEDOISE. 361
de Lapons et les pauvres églises» çitoées quelquefois à trente lieues de distance Tune de l'autre. Malgré soa grand âge, il visite encore, quand il le faut, ses paroisses, il traverse les mc^itagnes arides et les champs de neige pour s'en aller fon* der une école, ou consacrer une chapelle» Il a été fid^^ à sa vocation de prêtre comme à sa vocation de poète. Il a prié et il à chanté. Heureux celui dont l'histoire se résume dans ces deux pensées, celui dont le cœur a été assez fort pour soutenir ce double sacerdoce du ciel et de la ierre, et qui porte entre ses mains la lyre qui console et la croix qui bénit.
L'histoire des œuvres de Franzen e^ aussi simple que celle de sa vie. Ce n'est pas^un poète de génie, si l'on ne veut donner au génie que les ailes de l'aigle. C'est un homme d'une nature t^idre, rêveuse, idyllique, qui porte en lui tout un' monde de pensées, et les disperse comme des fleurs sur son chemin. Ses poésies ressemblent aux paysages champêtres éclairés par les teintes du soir, aux vallées paisibles où l'on s'arrête avec un sentiment de bien-être, où l'on entend ]e chant du berger qui monte vers la colline, et la cloche de l'église qui vibre dans les bois. En France, j^ ne connais rien Si comparer à ces poésies, si cén'est
363 LITTÉRATURE WSÈWM^
quelques -upes d^ ballades les plus simples de Millevoye. En Alleiçagne^oD pourrait les meure à côté de celles de hoAiy etde Matthîsson ; en ADgie> terfe, elles rappelleraient à certains égards Fél^e de Burns, mais Bums est plus profond et plus Tarie; et s'il fallait leuF chercher un pendant en Italie^ on ne trouverait guère que i'idylle de Métastase.
A répoque où Franzen s'wnonça comme écrivain, la littérature de convention régnait encore en Suède. On faisait de la poésie une œuvre de versification coquette el parée. II y avait dans le raoncfe des beaux esprits une espèce d'armoire laquée oo toutes les strophes galantes, les phrases à effet, et les rim^ pompeuses, étaient classées et numérotées. A force de sortilèges, les poètes avaient même fait entrer la nature dans cette armoire, et ils remportaient avec eux, comme cet excellent prince que Gœthe a dépeint dans le Triomphe de la sen-^ sibilité. Là, on pouvait à tout instant voir àpparaî-^ tre la nature au milieu de ses touffes de gazon vert et de ses bosquets de chèvrefeuille. On lui mettait des rubans roses, des falbalas, des mou** çhes sur le visage, un peu de poudre dans les cheveux, et pn la présentait dans les salons comme une jeune personne bien élevée.
Franzen fut le premier qui s'arracha à celte
UTTÉRAtUHE SUÉDOttS. Ma
aimospkère factice, pour chercher la nature où elle était rédleaient, pour e](prinidr une prière touchante et une émotion vraie. Avec son âme de poète, délicate ei sensible, mais peu osée^ il n'était pas de force k tenter une révolullbn littàraire, ni à s'élever dans les lointaines régions dont le ro-* mantisme allemand commençait à entrevoir les routes. Il s'arrêlasur les limites de ce monde meryeilleux^ où Gœthe et Byron devaient se rencontrer, et rassembla d'une main diligente les fleurs semées autour de lui. Son recueil de poésies lyriques est un de ces livres que Ton aime à avoir auprès de soi, et à relire souvent. Il porte à chaque strophe l'empreinte d'un cœur candide, qui ne cherche qu'à s'épanouir. Il raconte à chaque page un rêve qui séduit, un sentiment qui émeut, un espoir qui console. Il n'ébranle pas, il repose. Il ressemble à ces lacs qu^nous attirent dans la vallée par la transparence^ de leurs eaux et leur vague murmure. L'eau de ces lacs n'est pas profonde, mais un coin du ciel s'y reflète sous'une langée de s^^ules. Souvent cette poésie n'est qu'un cri de l'âme^ une prière, souvent elle n'est qu'une rêverie fugitive saisie avec hahileté. Puis elle devient rélégie de la jeune fille qui courbe doucepsent sa blonde tête sous la main de la morf , et
3M limiRATUm SUilXMSB.
tombe comme une ieur; Télégie de la^ pauvre mère, qui endort àon enfant ayec sa chanson entrecoupée de soupirs, ou Télégie de ramant, ëb Toici un« que f ai souvent entendu citer en Suède. Elle a pour titre YDniqae baiser (Den enda kyssen).
Ta pars. Aa bord des floU J» m'arrête et soqiife. Je te regarde encor. Je serai senl demain.
Pour la dernière fois, montre-mei ton sourire. Pour la dernière fob, oh! donne-moi ta main l
C'en est fait à présent de ces heures derjole Où ta porte m'était ouverte chaque jour, Ojli le frôlement seul de ta robe de soie Me faisait tressaillir et palpiter i^monr.
Les flearsde ton salon, souvent dans ton absence. Me disaiéiitje ne sais quels mots mystérieux, Et tout seul à l'écart, j'attendais en silence Le bonheur de te voir apparaître à mes yeux.
^ C'en est fait à présent. De ta voix entraînante. Je ne dois plus chercher les chants harmonieux, , Ni qu'asseoir près de toi, ni de ma bouche errante
EfiBeurer en troublant tes boucles de cheveux.
Adieu \ laisse-moi prendre un seul baiser de frère : . Ce sera le premier, ce sera le dernier.
Une larme furtive *a mouillé ta paupière ; Pans ce baiser d'adieujaisse^moi l'essuyer.
LltTÉRATUAB SUÉDOISE. 365
Que U famille approche et qu'elle me pardomie ! Mm amour résigné ne garde point d*espoir. '
Comme un enfant timide au sort je m'&bandonhe; ^ Je sais que je ne dois plas jamais te revoir.
▲dtea donG,etde loin pense à oelulqui t*almi. Mais, non 1 garde à jamais le lepos de ton cœur. «
Teroporte mes regrets au dedans de moi-même.
' Les regrets de l'amour sont eneore mi bouhear.
Franzen est un poêle essentiellement lyrique. Quand il a voulu s'essayer dans des compositions d'un autre ordre^ il a échoué. Il a prisune anec* dote du temps de Gustave Jll et en a fait une. comédie en cbq actes qui n'a jamais pu être représentée* Il a écrit un drame qui manqué de force et d'action. Il a écrit sur le mariage de Gustave Wasa un poème en vingt chants^ long et monotone. Il a écrit un antre poëme sur la révolution française, qui n'est autre chose qu'un assez froid épisode entremêlé dé réflexions d(^matiques.
Un jour, on annonça de lui un nouveau poème intitulé : Vn soir enfLaponie. C'était un beau sujet, et le public pouvait s'attendre à trouyer Ik uue description originale de ces contrées étranges où Franzen a vécii longtemps, de ces populations nomades qu'il a visitées, de ces huttes de peaux de rennes^ disséminées dans le désert, aiT milieu des
:366 LITTiRATimB SUiOOISE.
collines -sans arbres et des plaines sans mgisson. Hais le poème n'offre rien de semblable! C'est tout simplement une conversation philosophique entre un prêtre qui vient habiter la Laponie et une femme qui dAîlare qu'elle préfère ces champs dépeuplés, ces montagnes nues, aux fêtes et au tumulte des grandes villes. Du resie, Franzen semble avdir lui-même compris qu'en abandonnant son royaume de poésies lyriques, il se trompait. 11 avait commencé un long poème sur Christophe Colomb, et il ne l'a pas aehevé.
Tandis que Léopold- imposait encore l'autorité de son Qom à la littérature suédoise, el que Franzen s'en allait à l'écarl, suivant le cours de ses inspirations, sans se demander par quelle loi il chantait, le romantisme, qni avait pris racine en Aifgleterre él en Allemagne, ^îommençait k s'îniroduire en Suède. Déjh, en 1803, Hartimarskceld s¥tait mi^ à la tète d'une société littéraire qui avait pfour but âe promulguer des idées de critique plus larges que toutes celles auxqtielles on s'était jus* qu'alors arrêté. En 1 8(n, Atterbom fonda à Upsal la société de l'Aurore.. Elle fut pour la Suède du xlx* siècle ce que la société des étudians de Gœtlingue avait été pour l'Allemagne 'vers le milieu du.xvHi^. £h 1809, le royaume recouvra la liberté
t^ITTÈRÂTURE SUÉDOISE. 36Y
de la presse, qui iui «vait été enlevée sous Gas« tave IV, el celte conquête ne contribua pas peu à accélérer le mouvement littéraire dont on avait déjà reconnu les indices» Peu de temps après, les partisans de Léopold publièrent leur Journal dé Ultêralure. Cétaitune feuille quotidienne qui renfermaii des anecdotes, des traditions , dés nouvelles et quelques articles d^eslhétique d^une portée tnèft étroite. Hammarskœld et Atterbom se posèrent »i face du journal classique comme les champions de la nouvelle école. L'un rédigeait le Po/jip^iTîtfy l'autre U Phosphores^ qui obtint en peu de temps un tel succès que les romantiques écrivirent son nom sur leur bannière, et s'appelèrent phospkoristes. La guerre étant ainsi engagée, on la vit devenir de jour en jour plus âpre, plus acerbe% Les discussions d'homme à homme se mêlèrent aux discussions générales, et les questions de théorie furent souvent parsemées d'épigrammes. Mais dans cette lutte de la pensée, le Journal de Uttéralure ne fut pas le plus fort. Les phosphoristes l'emportèrent par leur ardeur à monter à la brèche autant que par leur talent, el le public <^otQmençait à se tourner de leur côté. Ils étaient soutenus par deux des meilleurs critiques que la Suède ait jamais eus, Thorild el Ehrensvœrd, et
166 LlTTiaiATUHfi SUEDOISE.
par plusieurs jeuoes. poètes, qui joignaient à des qualités de style remarquables une inspiration franche et élevée. Tel était entre autres Ëlgstrœmy qui mourut à la fleur de Fâge, laissant après lui quelques élégies douces et tristes comme un ohant d'amour et comme un chant de deuil.
En 1 8 1 1 , les phosphoristes trouvèrent un nouvel appui dans la société d'Iduna, fondée à Stockholm par Geii0*, T^«r, Afzéliuset Ling. Cette société voulait ramener Tattention sur les anciens monu* menis littéraires de la Suède, trop longtemps oa« bliés. Elle publiait un recueiloù Geiier écrivait des poésies profondément empreintes du caractère Scandinave ; où Tegner chantait les beautés et la gloire de la Suède ; où Aizélius faisait imprimer une traduction des poèmes de PEdda. L'école romantique s'appuyait ainsi d'un coté sur les traditions dupasse, et de l'autre sur les rêves d'avenir. En même temps elle cherchait à se fortifier par une 4tude plus approfondie de l'antiquité classique ; elle publiait des traductions d'Homère^ de Virgile, intelligentes, fidèles, et des dissertations sur la théorie poétique des anciens, remarquables par leur justesse d'aperçus et de déductions.
Maintenant la guerre est terminée; l'eflervescence produite par le conflit des deux écoles est
LrrtÉRATURfi SUÉDOISE. 3«9
assoupie, et quand on passe sur t^eiie arène littéraire, on peut y recueillir, pour mesurer la violence du combat, les débris de chacun, comme on recueille sur un champ de bataille les tronçons de lance et les éperons d'or des chevaliers.
Lie rédacteur du Journal classique y M. Wal* tnark, n'a laissé que quelques brochures de circonstance, dont les catalogues de librairie ont seuls gardé le souvenir, et une anthologie suédoise qui neJui a pas donné d'autre peine que de prendre çà et là^ d'une main assez maladroite, les poésies des difTérentes époques, et de les faire imprimer sans notices littéraires et sans biographies. Les deux principaux rédacteurs der/^ii»âr, Getter et Tegner, sont aujourd'hui ^ux des plus ^andés illustrations de la Suède. Le rédacteur du Poiypkéme;^ M. Hammarskeeld, a écrit deux très bons livres, l'un sur Tétude de la philosophie, l'autre sur l'histoire de la littérature suédoise ^ Ëhrenswoerd et Thorild ont posé les bases de la critique moderne, et Atterbom^ qui avait éléproclamé le chef des phosphoristes, a justiBé ce titre
' HigUfTitka ArUêckningar, rœrandi^ fortgangm^ oeh uiveektin^ 9^f afdei philosophiika iiudium i Sverige, i vol. io-So, 1821.-^ Svenska Vitterheten, 1 vol. in-8o, seconde édiUoo, 18S3.
370 LITTÈRATURB SUÉ]X>18£i
par ses oeuvres philosophiques et ses pciésies ^ Le génie poétique d'Âtterbom est un de ceux qui échappent le plus à l'analyse* Ses œuyres ressemblent à un miroir à différentes facettes et k différents reflets, dont il est difficile d'indiquer la nuance essentielle* Ce qui me parak pourtant dominer en lui, c'est cette fantaisie gracieuse, idéale et un peu mystique, que Ton remarque dans les minnesinger d'Allemagne* Comme eux, il se passionne pour un rêve ou pour un symbole; cpmme eux^ il voit flotter dans Tair une image qui lésé* duit; il eatead le soir, aubord des:daux, ausein des bois, des sons vagues et plaintifs qui l'émeu^ vent; comme eux, il ouvre sa pensée, à toutes les harmonies de. la nature, k toutes les douces inspi* rations qui lui viennent dans le silence d'une nuit (l'automne^ dans le parfum d'une matinée de prititemps; comme eux aussi, il tombe parloi3 dans la subtilité de sentiment, il surcharge sja métaphoi'e ^t devient abstrait. Toute sa poésie e^t empreinte de mélancolie ; mais c'est une mélancolie douce et
* Né à Arbo le 19 Janvier 1790 ; il fit ses études à Upsal, tpyagea pendant trois années en AUemagney en Italie, en Danemark, fut placé, en 1819, auprès dii prince roy^ en qualité de professeur de littérature «Neinailde ; en 1821 , il fot nonnné privat^-docent à l'aniversité dUpsal ; en 1828, professeur de la Faculté de Fhilosophie.
usTËRA'mRi: sirÉDOiSE. 371
rayonna&ie^ qui n'a rie» de fatigant tii de maladif; une mélancolie qui resdeâii^le h f eaa du lac pdisiblei-où ie& clartés xlU' crépuscule passent encore à tr^^yeTs^.les ombred dix soir ; où le chant de Ta-louette ^6 mêle aamùrmare plaintif dd vent dan^ les. ro3eaia:K« Toute cette teinta djs trisiesse qtii rcgqe dans les ceuTres d'Atterbom a d'ailleiH^ft un' caractère, noble .«t élevé. Elle ne provierit ni d'Ui^ malh^iir passager^ ni d^un moment de ^éeeptîon.' £llQ:provient de cet amour infini du merveilleux qui éparte le poète de la vie positive et Tisole au miUeu de la foule. Les traitions populaires du JNord racontent que lorsqu'un jeune homme avait dansé le soir bvec les ElCés, ou dormi dans leurs grottes de cristal, il â'en revenait le lendemain, lé visage pâle^ le cœur triste. Le poète a tendu la main à ces fées 46 Fimagioâtion qui Tout entraîné d^s leur monde magique j il a livré ^on âme aux étreinte^ piussiohnées. d'une de des sylphides fabu-' lemeB, aus^i belles que Fillusion et aussi légères. Il a bu à la coUpe enchantée des rêves de la jeiinésse; puis^ quand cette coupe, à laquelle il vou«latt.bt>ire encore, s'est élo%née de ses lèvres, quand la vision dorée a disparu, quand la grotte élincelaote où les fées Pavaieni reçu s'est refermée derrière lui, le voyageur aventureux s'est retrouvé
372 UTTfiEATUU SUEDOISE.
seul au milieu du monde réel, et sén firent a pftli, el son cœur est devenu irisle^
Atterbom a commencé Tannée dernière à recueillir ses poésies, qui étaient restées jusque-là éparses dans différents journaux et dans lei calendriers poétiques qu'il publia pendant plusieurs années, à partir de 1812^ Les deux premfers volumes de son recueil ont paru. Ils renferment des odes, des élégies d'un style et d'un rhythme varié comme le souvenir d'enfance, le rêve d'amour, l'émotion de joie ou de regret qui les a produites. Mais souvent il ne sait pas concentrer son émotion ; il joue avec sa lyre. Ses chants alors ressemblent aux variations d'un thème musical; ils sont légers et gracieux, mais ils manquent de force.
Une des parties notables de ses œuvres, c'est une série de petits poèmes sur les fleurs ^ Toutes les fleurs sont là dépeintes, non pas avec la sécheresse minutieuse du botaniste, mais avec le seàtiment poétique qui les prend on dans la tradition qui se rattache à elles, ou dans l'idée symbolique qu elles expriment , et leur donne la vie , le mouvement, la pensée. Quelques*unes de ces compositions, comme par exemple celles qui peignent le lis, le myosotis, ont toute la fraîcheur, tout le charme d'une idylle. D^autres, telles que la vio-
UTTÉRATURB SUÉDOISE. MS
leUe, sont leodres et mélancoliques comme une él^ie, d'autres enfin, telles que le Malbrten, ont un caractère dramatique. Mais il en est plusieurs qui sont maniérées, faites avec effort, et surchargées d'idées philosophiques et d'images abstraites. Il manque encore k ce recueil. d'Atterbbm pli;isieurs poésies lyrique^ très estimées, entre autres les traditions anciennes^ lès imitations des chants populaires, qu'il publia dans son calendrier poétique sous le titre de Harpe du Nard. C'était le premier essai qui se faisait en ce genre,^ et le poète l'a tenté avec un plein succès. Nul mieux que lui n'a su pénétrer dans l'esprit de ces chants primitifs, et nul mieux que lui n'a su reproduire sur une toile moderne leurs couleurs pleines d'éclat et leurs images naïves.
Jl manque aussi à ce recueil une nouvelle édition de son grand poème, de son œuvre de prédilection. Ce poème a pour titre ri le da bonheur ( Lycksalighetensœ ). C'est une allégorie, mais rali^orie de toute la vie humaine. C'est là qu'Âtterbom a jeté à pleines mains tous les trésors de sa riche imagination, toutes les nuances charmantes de sa palette de peintre, toutes les mélodies de 3onrhythme musical. Là, les teintes mélancoliques d'qn ciçl du Nord s'allient aux lijnpides clartés
374 UTTERATURE SUÉDOISE.
d^un horizon oriental, et quand on pénètre sons les yastes arceaux de ce poème, il semble qu'on entre dans un palais de fées; Le vent plaintif des f^ons septentrionales gronde à la porte dé ce palaiS) les landes du pâle arctique Tentourent de leuf ceinture de heige, le monde réel ienfin, avec ses montagnes rocailleuses, avec ses plaines arides, ferme l'accès du, monde idéal. Mais voilà que Tempire des fictions s'ouvre ; la baguette du poète se lève et le Mid$»mmernights dream commence. Dans cette tle magique où habite Félicie, le rossignol chante auprès de la rose qui l'écoute en courbant la tête, le zéphireaux ailes d'argent court. de fleur en fleur, donnant à toutes un sourire ou un baiser ; le feuillage des arbré^ se balance avec un murmure d'amour, la source d'eau qui tombe dans un bassin dé cristal râfraîchil Tàme et lui donne une nouvelle jeunesse, et la reine de ces régions enchantées, la belle Féliciëesf là, qui jouit de sa vie heureuse, attendant cependant encore le plus grand bonheur de tous, celui d'aimer, quand tout à coup la scène change, et Âstoîphe parah. Astolphe est lin jeune roi du Nord qui s'esl égaré k la chasse. Le soir, il entré dans une caverne pour y chercher un refuge. C'est la caverne des vents. Les quatre ouragans de la teri*e sont la
qui mugissent autour de lui ei se Ireurtent Tun contre l'autre avec colère. Mats Zephire prend pitié de lui» Il le iir&k l'écart , le cache soûs ses ailes blanches, et le iendemaîn remporte dans Tile du bonheur. Astbpheet Fclicie ont tous deux rêvé l'un de l*autre. C'est le rêve de deux cœurs iqui ont été edfiportés par leur imagination dans les enchantements de Tamour. Quand ils se trouvent ensemble, ils se reconnaissent. Alors ils se laissent aller aux émotions naïves qui les séduisent; alors ils courent l'un vers l'autre, comme deux sources d'eau entraînées par une même pente. Ils aiment, ils chantent leur amour, ils se bercent ensemble sur l'onde transparente des lacs, ils dorment ensemble sous le dôme embaumé des arbres^ Astolphe oublie dans ce songe féerique le royaume qu'il devait gouverner, la route glorieuse qu'il voulait suivre, la blonde jeune fille du Nord, la douce Svanhvite, qu'il avait prise pour fiancée. Les heures passent ainsi comme un rêve, les années passent comme les heures. Un jour, il demande à Félicie depuis combien de semaines il est auprès d'elle, et elle lui répond : « Depuis trois cents ans. » Mais un chant de guerre résonne à son oreille, et ce chant lui rappelle toutes ses espérant ces d'autrefois, toute sa vie passée. Il veut revoir
37« LITTÉRATURE SUÉDQISB.
la terre où il est ne, la forteresse royale où il a vécu» 11 veut se faire un nom de héros et revenir ensuite jouir de son bonheur* Félicie essaie en Tain de l'arrêter; il s'arrache à ses embrass^nento et s'éloigne. Mais il s'^re la nuit dans les détours des. sentiers, et Zéphire le ramène le lendemain* Le regard de Félicie l'enchante de nouveau; il se jette à ses pieds et jure de ne plus partir. Mais c'est uneforccy c'est une volonté plus puissante quels sienne qui vient mettre fin à ces heures d enivre-* ment, c'est la destinée elle-même qui a mesuré son temps de prestige, et qui ordoiine qu'il parte. Félicie, la reine du bonheur, Félicie, qui n'a jamais pleuré, qui n'a jamais tremblé, Félicie tremble ei pleure, et supplie avec des paroles d'angoisse la redoutable déesse d'avoir pitié d'elle. Ni ces lar^ mes, ni' ces prières, ni ces mortelles terreurs ne peuvent fléchir l'inflexible dej^tinée. Pour la dernière fois, le malheureux roi d'une royauté qui lui échappe presse Félicie sur son cœur et lui dit adieu, et l'écho des forêts répète en géoiiissaot : Adieu, •..adieu...»
Astoiphe, monté sur. je fabuleux hippogrifi'e, revient dans son pays natal, comme l'homme, après la. perte d'une illusion, revient dans le paradis de sà.jeunésse. Mais tout ce qu'il a aimé est évaao^i
UTTlftATUIlK SI)ÊD(»SE. 877
depuis louçiemps ; ses amis sont morts, sa famâlè est anéantie, et le château de ses ancêtres tombe en ruine. Le peuple, qui a la mémoire du cœur, conserve sur lui une vague tradition, et les savants,^ qui se glorifient de leur esprit de critique, prétendent qu'il n'a jamais existé et que son histoire n'est qu'ujp mythe. Toute la question est seulement de savoir si c'est un mythe astronomique ou un mythe physique.
Âstolphe s'^re avec douleur au milieu de ces monuments en ruine, dexes souvenirs fugitifs du passé. 11 entre dans son château et baise le sol où reposa son enfance. Il entre dans Téglise et se jette sur la tombe de Svanhvite, et tâche de réchauff!^ entre ses bras ce corps qu'il a aimé. Tout ce récit de son voyago, à travers sa terre natale, ce tableau de rhomme trompé qui essaie de revenir à ses pre* mières Joies, à ses premières amours, de rappeler à lui une illusion perdue, de rendre la vie à une âme éteinte, de ressaisir, sous la poussière des tombeaux, une étincelle du feu céleste qui Tani^ mait autrefois, tout ce tableau de tant de regrets si vrais,. de tant d'émotions si profondément liées à ia destinée de l'homme, est une des plus belles parties de ce beau poème. Elle est entachée seule* ment par la description du gouvernement républi^
zU urrâRATURB suédoise.
cain établi dam les Élats d'Âstolphe, deseriptjoD tromi^ecise ei chaf^ée^ espèce de pamphlet indigne^ srionnioi, d'eMrerdans une composition d'ube nature aussi poétique. !
^fvh avt)ir çberehé ainsi à recouvrer les tré^ sors de sa jpunesse, après avoir contemplé les misèresdu monde réel, Astôlphe veu|r6tourner dans le monde des rêves; Mais ita perdu le talisman que Félicie lui avait donné. Le temps est maître de lui; le temps le fait descendre de son hippogriffe et lui ôte la vie. Zéphire le trouve étendu , inanimé au milieu de là plaine. « Qu'as-tu fait? dit-ii au dieti redoutable qui Jette encore un regard sur sa victime. *«- Une transformation, »^ répcmd Saturne.
2^hyre emporte Astolpfae dans Tile du Bonheur; il le place auprès de la source de la Jeunesse;; il essaie de le rappeler k la vie^ mais tous ses efforts sont inutiles. Félicie aperçoit le cadavre de son bien-aimé, et pousse uq cri de douleur qui retentit à travers les berceaux de feuillage où l'on n'avait entendu auparavant que des chants de joie oit des soupirs d^amour. La diéesse du bonheur, le visage pâle^ Pâme brisée, dqpose dans une grotte sombre le corps d'Âstolphe et veut mourir auprès de lui. C'est l'heure de i^cgret; c'est l'heure de deuil. Puis tout à coup unrayon de pourpre éclaire
LITTÉRATmuS SUÉDOIfiG. 379
l'horizon, la nature aflbissëe se ranime, les étoiles chantent le chant d^elspérance, là croix hrille datas les nuages, et Félicie sort des ténèbres du tombeau pour saluer le jour de la résurrection.
' Tel est ce poème dont uufle analyse ne peut faire sentir les beautés, dont nulle traduction n^pouT" rait rendre Tharmonie musicale. Il est divisé en cinq parties, <^Qmme les cinq actes d'un drame, coupé par scènes et dialogues; mais il ressemble k fine ode magnifique, plus qu'à ud drame. C'est, comme l'a dit un critique suédois, un splendide panorama lyrique {panûfama splendidatn lyri^
C'est là, je le répète, l'œuvre principale d'Attcrbotn; ibais il a encore l'imagination assez fraîche, assez riche, pour ajouter de nouveaux poèmes au i%cueil de ses œuvres. Quand je l'ai vu à Upsal, dans sa paisible retraite de professeur, au milieu de ses livres, ou dans un cercle d'amis, avec sa jeune femme, veillant à ses côtés, et ses jolis enfants assis sur ses genoux, il m'a semblé qu'il ne devaftt pas aller chercher la poésie lojn de lui.
Dans les rangs de cette jeune école dont Atter- . jiom avait levé Tétefadard, onvit apparaître succes-
' Nicander, Diaertatio de indole poeseos hodiemœ.
380 UTTitUTURB SUÂDOISE.
sivement plusieurs poètes remarquables. L'un des [dus distingués fut Stagnetius i. Nul homme en Suéde ne fut, f ose le diile, plus que lui doué des qualités de poète. Abondance dldées, richesse d'images, harmonie de style, il réunit en lui tout ce qui constitue lé grand écrivain. Malheureusement il altéra lui-même ses facultés brillantes. Il éteignit le flambeau de son imagination dans le désordre de sa vie. Dès sa jeunesse, il se trouva affecté d'une maladie physique grave, il y joignit une maladie morale plus grave encore. 11 tomba dans, une sorte de misanthropie continue et pro^ fonde, et le moyen auquel il eut recours, pour se distraire de ses sombres pensées, ne fut pour lui qu'un nouveau poison, 11 fit comme Ëwald, comme Lidner, il chercha dans Foubli de ses sens l'oubli de ses douleurs. Il but et abrégea son existence par ses funeste habitudes. Ses premières poésies, ses Lh de Saron, avaieqt fait concevoir de grandes espérances. 11 était en état de les réaliser, s'il avait vécu ; mais il laiiguit, il s'afEaissa et iffaourut à trente ans. Quelques personnes racontent qu'il
* Né en OElande en 1793. Son gère ét^ pasteqr d'une paroisse , ^l devint plus tard évêqae/ Stagnelius étudia à Lund^ puis à Upsal. Eq 1815, il obtint une place très modique à la chanceUerie de StockbQlm- )) moqrut le a ayril 1823.
UTTÉRATURE SUÉDOISE. Mt
succomba Comme Kirke-While à une maladie de consomption. D'autres m'ont dil qu'il se lua. Pauvre malheureux! Il pouyait parcourir toute l'é^ chelle des mélodies poétiques, et il n'en choisit que les |.ons les plus plaintifs. Son âme fut comme une harpe suspendue à l'écart au milieu d'une forêt sombre, Nul rajon de soleil n'éclaira ses cordes d'argent, nul chant de joie ne l'atteignit, mais le vent du soir la fit gémir.
Tandis qu'il se laissait aller à sa funeste manière de vivre, il se créait une philosophie religieuse et éthçrée. Il cherchait le parfum des fleurs daus les gazons desséchés ; les étincelles d'or dans la poussière, Pidéal le plus pur dans la réalité la plus triste. Il se passionna pour le système des gnostiques, et se représenta les hommes comme des êtres d'une origine supérieure, trompés par le génie du mal, arrachés au monde des esprits, enchaînés par les liens de la matière, et aspirant à retourner dans leur région céleste. Celte philosophie devint la base de tousses rêves& Il l'appliqua à tous les caractères et à toutes le$ situations qu'il a tenté de peindre. Dans un de ses poèmes épiques, Wladimir, le czar païen, parle de la malédiction jetée sur cette vie terrestre et du bonheur dont on jouit dans les sphères lumi-
zn LirrftiiiLttmE suédoise.
neuses. Dans sa tragédie de Sigurd Ring-^ le choeur chante le repos de la tombe, le bonheur de la mort.
"Il avait, comme disant les Allemands, trop de stéfy'edmte pour être vraiment poète épique et dramatique; Il ne sut pas effacer sa personna- Kté devant celle qu*il voulait représenter, et qtiatid il essaya de peindre des êtres réels ou imaginaires, quand il raconta des traditions anciennes, il se peignit lui-même, il raconta ses propres pensées. Wladîmir, Blanda, Marie, Sigurd Ring, Wisbur^ sopt toutes des compositions jetées dans le même moule. On y trouve de t^oiagnifiques pensées et de rjcbes descriptions. On y trouve toutes lefr'qoalités de son style large, souple, diapi^et flouant 2i longs plis. Mais ses tableaux ont toujours je ne s^s quel caraôtêre vague «l indéterminé, ses points de vue fuient dans une perspective vaporeuse et lointaine, et ses figures manqua^it de contour. Quarid il a voulu donùer à ses- oonceptions une leinle plus ferme, il est totnbé dans un excès opposé ; il a écrit une tragédie intitulée : ia Tour rfc C!Aw<^'<^r(Riddartornel), qui n'éveille dans rame de eelui qui la lit, qu'une sensation d'horreur. C'est là qu'on voit une malheureuse mère enfermée pendant vingt ans dans un cachot,
UTT^4TUR£ SUÉDOISE. a»t
pour avoir iromp4 soiti mari, un valet condainné à la torture pour avoir eo piije de celte femme, un père amoureux de sa Glle, et, la Qtle obligée de céder a cette passion incestueuse pour sauv^ sa mère, puis setu^nt pour échappier il l'infamie^ II n'y a là point de développement de caractères^ mais des situations atroces qui étonneraient peut* être le parterre de la Gaieté.
, Deux tragédies ,de Stagnelius / tnéritent plus d'éloges« Là,^ le sujet se trouvait d'accord avec la leâdancô habituelle de sas idées. Il Ta développé sans. effort et y a répandu tout te parfum d'une suaveifoésie. L'une a pour titre : ies MarJtyrA* C'est la tradition de Polyeucte adoptée par Coroeille* Elle a moins de majesté^ moins d'action^ moins d'effet dramatique que Fœnvre dé. notre grand poète. C'est même, si on le veut, moins un drame qu'un dithyrambe ,. m^is un magnifique dithyrambe religieux, qui saisit l'âme comme le retentissement de Torgue dans une cathédrale, et la tient suspendue à ces plaintes solennelles, à ces accords imposants qui vibrent à. travers les profondeurs de la nef et les voûtes du chœur.,
L'autre est vt^aisemblablement la première tragédie écrite d'après une des idées mystiques de Svedénborg Elle iest intitulée : VAmùùr après
«84 UTTÉRATUAB SUÉDOISl:.
la m^r/ (Kœrleken efker Dœd). Dans une des vallées de l'autre mopde/daDs une sorte de région intermédiaire entre le globe que nous habitons et les sphères célestes, une jeune fille est assise sous nn cyprès. Elle songe à celui qu'elle a aimé, à celui qu'elle a laissé sur la terre. Le souffle glacé de la mor«t n'a pu éteindre en elle l'amour ardent qu'elle conserva pendant sa vie, et toute seule à l'éçarti elle n'éprouve qu'un regret, elle ne voit qu'une image, elle ne murmure qu'un nom. Un ange s'approche d'elle, et lui dit de ne pas oublier le ciel, où elle doit prendre place, Dieu, qui l'a sauvée, le fiancé suprême qui l'at* tend. Mais elle répond : « J'ai tout oublié, tout ce que j'ai vu sur. la terre, tout ce que j'ai connu dans mon enfance ; il est une chose gue je n'ai pu oublier, c'est le baiser d'Albert, c'est le lit de gazon. où nous nous reposions, ensemble 'à l'ombre, des érables, — Viens, . lui dît Tange, viens avec moi au ciel. — Albert y est-il? s'écrie l'amoureuse jeune fille. — Non, il est encore sur la terre. — Eh bien ! il n'y a pas de ciel pour moi. J'attendrai Albert ici, près de la source des larmes. »
Un choeur d'anges résonne dans les airs. Il chante les joies de Dieu, le bonheur de l'éterDiré. Il dit è Jiilia d'oublier les souvenirs de la terre et
littérature: suédoise. 38S
limage qu'elle a emportée dans Tautre monde. Au même instant, ub autre chœur retentit' à côté d'elle. Cest celui des démons. II <;hante les voluptés de la terre, le mystère et Tivresse d'une nuit d'amour, et Julia écoute, et son regard s'anime, et son cœur palpite, o Te souviens-tu, disent les mauvais génies, de la nuit d'été, de la bruyère épaisse, du ruisseau de cristal près duquel tu t'as* seyais avec Albert? Les nuages étendaient leur voile sur le disque argenté de la lune, et l'on n'entrevoyait qu'une lueur pâle dans l'ombre de la vallée. Albert te pressa sur son cœur, ta ^ voix trembla sous ses baisers brûlants, ses bras t'entrelaçaient, tu tombas dans le silence de la solitude sur les toufifes de gazon,, les étoiles alors te regardaient en riant et les rossignols chantaient ton chant de noces. — Oh ! tes belles nuits d'été, s'écrie Julia, chant des oiseaux, parfum des violet* tes, sources gazouillantes aux rayons de la lune, à travers le gazon, tapis de fleurs où roucoulait la colombe, où je reposais dans les bras d'Albert; oh ! que ne pui&je vous retrouver une fois encore! » Julia obtient des anges la faveur de retourner sur là terre pour y revoir celui qu'elle ne peut oublier. Pendant ce temps, Albert, las de la vie^ se tue. Julia le voit venir à elle dans la vallée des
388 LlTTfiAATUaE ftUSDOISE.
cytirès et 8e jette dans ses bras. Les fanges qui la suivent lui montrent le deli Albert lui mcmlre Tenfer. Elle enlace snn amant 9ur son cœur et se précipite avec lui dans Tenferé
Un critique suédois a dit que^ si Stagnelius avait vécu, il aurait pu fonder Fart dramatique en Suéde. Je crois qu'il aurait pu créer un genre de drame qui n'e:siisl^ pas encore, le drame idéal, mais il ne serait sans doute jamais arrivé au drame vrai, au drame de la vie humaine, tel quil nous a été révélé par Shakespeare^ Gœthe et Schiller.
Le génie de Stagnelius est purement lyrique.
Les plus beaux passages de ses tragédies et de ses poèmes ont une intonation lyriquCi, et ses oeuvres les plus répandues et les plus aimées sont se& œuvr^ lyriques. Il a un rhy thme varié, un style flexible et habilement travaillé, nile yersiification harmonieuse. Il a écrit des élégies qui rappellent de temps 4 autre les âégies romaines de Gœthe et des sonnets d'une forme sévère et correcte comme ceux de G. Schlegel. Mais le fond de son âme est triste, et ses odes, ses élégies, ses sonnets, sont revêtus d'un roile de deniU II ne chante pas. Il pleure ou soupire. Tout ce qu'il voit n'éveille en lui qu^une pensée mélancolique. S'il passe sur un cimetière, il envie le bonheur de ceux qui dorment
UTTÈftATCRE SUiDOtM. a«7
dans Ito lotnbeaox) s'îl songe k bôU anvoin*^ iis'é^ crie : < Jainaîë liies longs désirs ne séroni sA^ tisfails. Je vivrai seul dàdsles larmes et dans les regrets. Tu seras éterbeUetneiit {>our moi; à tuâ bien^aifuée, semUableà^es étoiles qui oie tourient el que je nt puis atteindre* * S'4l jette ua regard suir la nature qui l'entoure) îl y cherobé un asile bômme un matelot échappé du hâufrage chercl^e un Sâîte daas le çorU Puis il s*en va loin da mx)ride et s^é* '<;rie : « Je suis Seul. Le génie de la douleur avee son front pâle, son visage baigné de larmes, m'àc^ <K)ropagne daai la solitude et dans le crépuscule du soir{ les cygnes du souvenir élévénl: leur voie sur Tocéan du lemps^ » Puis parfois il se complaît dans sa douleur; il bénit les vains désirs qui le poursuivent et les larmes qu'il t%pand« Mais, pres«> que toujours, cette tristesse de cdbur, dont rien ne le distrait^ le ramène à ses croyances mystiques^ L'Ame est toujours pour lui comme on enfatit du ciel exilé sur une terre de malbeur, et le ruisseau, qui murmure, et le vent q«i soupire, Tentrelien** sent des joies perdues d'un autre monde. Il entend 4IU dedans de lui une voix mystérieuse fj/di lui f>arle du cieU II entend dans le silence du soir un ebarît harmonieux comme le chant des étoiles qui Tin vite à quitter la route pénible où il s'égare
388 UTTBRATURE SUEDOISE.
pour, monler dans les régions de la lumière, et alors il s'élève vers Dieu et il célèbre avec amour la Vierge et Téglise, le Christ et Tespoir éternel. Il fait vibrer, comme Novalis, une lyre mystique, avec cette difiérence que le mysticisme de Novalis était fondé sur la nature, et que celui de Stagnelius flotte dans les nuages. Son recueil d'odes religieuses, publié sous le titre de Lis de Saron^ et la plupart de ses autres compositions lyriques, sont une magnifique expression de ce rêve iàéA qm ne touche à la terre que pour prendre son essdr et planer dans les sphères célestes. Mais le grand défaut de ces compositions, çW. que c'est toujours la même corde qui résonne, toujours la: même pensée reproduite sous une autre forme, toujours le même thème musical dont le fond ne change pas, dont les variations seules passent et se renouvellent. Une des odes de ce recueil, qui a pourtitre : les Oiseaux dcpiusage (Flyttfoglame},' peut donner une idée de ces rêveries mysticpies, de ces aspirations religieuses, sans cesse reproduites par le poète.
« Voyez les oiseaux qui s'envolent. Ils quittent en soupirant les contrées du nord. Ils s'en vont vers les rives étrangères, et leur chant plaintif se mêle au murmure du vent. Où nous envoies-tu, ô
LirràRÀTURfi SUÉDOiSfi. • ^9
Dieu? s'ëcrtentrils. Sur qwls bords dous appelle ton message?
« Nousquitlona avec inquiétude la terre' Scandinave. Là nous avions grsoidii là nous étions heureux. Sous les tilleuls en fleurs nous avions: construit notre nid. Le vent nous berçait sur les rameaux parfumés. A présent, il faut que nous nous en allions dans les lieux inconnus.
« Dans les forêts, la nuit était si belte avec sa couronne de roses, avec ses cheveux dW. Ndns.pe^ pouvions dormir, tant elle était bçlle. Ncfus pdus^ . assouplissions seulement dans nos voltiptés'jiïsqU'à^. ce que le matin vînt nous révdller du haut' de «on* char étincelant* '' . '
« L^arbre vert étendait au lam^e ses rameaux, versant'sur les frais gazons^ sur la rose tremblantey les gouttes de rosée qui. brillaient comme des per-. les. Maintenant le chêne est dépouillé dé son feuil-« lage, la rose est flétrie. Le bhuit dé la tempête a remplacé le souffle léger du vent, et la riante pa»^ rare de mai est cachée seua la neige.
« Que ferionsrnpus plus longtemps dans .le nord? Chaquejour son horizon devient plusr étroit} et son soleil plus pàlb. A quoi nous servirait diSi châhtér? Toute cette terre est comme un tombeau. Dieunous a donnédes ailes pour fuir d»as Tes-
MO UTTÉIUTCIRV SUiDOIMv
paoe. Salat à tous f Sali^t, Tagues oiageuses de la mer!
€ Ainsi les oiseaux ehaiHeBl en s^ëloignaut.
Bîenlôl ils atteignent mie eontrée plus belle. lÀ les pampres se balancent à la cime des ormeaux; les ruisseaux gazouillent sous les branches de myrte» «A les forêts résimnent d'un diant de joie et d'espérance^
, « Quand ton bonhmir lei^restre se change en regret, quand le venl d'automne commence k gé* « mir» ne pleure pas, paurrê âme. i^urdeli des mers, «q€|0^rf^ cfwArée sourit à TiBlaeau ftigitif. Aihdelà du toinbeauy il est une autre terre do^ée par le^ rayons d^un matin éternel. »
Peu après le joui* ou Téme affaissée de Stagne- Ijua murmurait son dernier ^bant de deuil, un jeune pbête, pauvre et malade» èntrak par k porte dfa llopd ë âtockkolm, et Tenait demander h la eapîtale la gloire qui l^i^ait attiré et la fovtoneqot Valait ftti; Cétait Édo Sieelpierg, plue eonmi feus le nom de Vitalis. Il était^ né en 1794, de pâreMs péuvrei, mais l^ounêles. Son pèro^ «pi halniait 1^ pètîlè TÎilcj de Tncisa, exerçaîtla prfufespion do ma* misuTire. Tout ce quS| put fhipe popri l'éducation d^Érse, futi de l'envoyer ë Féeole gratuite. Xià, il se dtefaigUA teUemfSDt par ses rares, diapoisitistts dW
LiTTtRATURB SUÉDOISE. 1^1
prit, par ses assiduités pour le travail, que le mat tre d'écûle, craignant de ne pas le voir continuer ses études, et ne pouvant cependant Taider à. les poursuivre, sollicita un secours pour lui et l'obtint. l)eréco(eéiëmentaîf6, Yitali^ passa, en 1807, à l'école latine* Dans la même année^ U comnpençii k «Impliquer Vii^iie* Ce poêtefit sur lui une grande înapressibn } il le lut et le relut. Plus tard, il ra*contait lai-^iiètne que, lorsqu'il revint chez ses parents pendant les vacances, il fut obligé de gar<der les pourceaux, et alors il s'en allait à travers les collines, tenant un bâton de berger d'une main et de l'autre un Virgile.
Quelques personnes généreuses lui donDcrent les moyens de rester au gymnase jusque lalSl>4le ses é(udes, puis elles le firent entrer à rfiniver-r Mtéw Mais le secours qu'on lui ofifrait était bien vif nime. Dès son arrivée à Upsal, il se trouva oon^ damné à vivre d'une vie de l^beu^ et deprivàlians. Pour pôuvdr subsister» il pa|*ta{^ait son temps entre l'étude et l'ense^ement. Iliiudiait lanoit, il donnait des leçcms le jour, et. ces leçons, peu nombreuses, mal payées, ne lui oifraient encore qn\ine ressource précaire oA insuffisante, 11 passa ainsi plusiemrs années, se roidmsant contre tops les obstacles, essayant de vaincre l'opitiifttneté du sort
3A^2 UTtArATURE SUAdOI&B.
par ropioiâireté de TéDergie, el il poursuivit ses études; mais ces travaux engendrèrent la maladie d'épuisement qui devait Traiporter è la fleur de
. En 1822, le prince royal visita Funiversité,^ et prit pitié de cette existence de poète. Il assura à Yitalis une pension annuelle de 400 francs jusqu^à répoque où il prendrait ses grades en philosoplue. Yitalis accepta d'abord cette marque de faieur avec une sincère reconnaissance j pvts, coopime sa santé devenait de jour m jour plus chancelante» en. recevant le premier trimestre de sa pension, il se sentit agité par un scrupule de conscience; il se dit que jiamaîs peut-être il ne pourrait prwdre ses grades en philosophie, qu'il n'avait par consent quent pas le droit de toucher à la somme que le prince rOyalJui avait offerte dans, ce LhU, et il la ' refusa.
. L^ivertsuivant, ilpbrtit pour aller remplff en 8<BdermaBnie»niie place de précepteur. Il passa la
nuit dans, une chambre froide, et, daps. soti état de
maladie^ cette imprudence lui causd une leUis cri$e„ qu'il.faiUit:enmotinr«..E9 U2.4^ M.r/«vipi;.à IJpsal, etrsubit json^examen <uniyersil;ûrQ^4'uii^ manière éclatante* CefutJà sbn. dernier 4.d09^phe«.Qîent^li il.se retronvaplps; que jamais fVMiv.^ so^ifmMk
UTTÉftÀTUR]^ SUÉDOISE. ^K»
et délaissé. 11 voulait obtenir une placé de ^i^i^^/s/ à TuniiTersité, et toutes les places étaient prises. 11 aimait une jeune fille, et elle se maria. C'ét^t & elle qu'il avait adressé des vers touchants; c'était h elle qu'il avait dit : « Si tu rencontres sur ton chemin one fleur qui courbe à l'écart sa tête fatiguée, une fleur pâle qui se referme avec une laroie dans son calice, c'est le symbole de mon cœur lorsqtie je t*ai quittée. » C'était à elle qu'il avait dil;, dans une de ces heures d'abattement où il pou* vait calculer la fin de ses jours : « Lorsque tu pas^ seras sous le$ tilleuls qui protégeront la tombe de ton ami, si une rougeur céleste vient à colorer ton visage, c!e&t mon baiser qui effleure tes joues^ c'est mxm chant qui se mêle aux soupirs de la brise, c'est mon âme qui revient à toi, et qui cherche encore à apaiser sur tes lèvres sa soif d'amour.»
Il conserva sans cesse le souvenir de cette jeune fille; longtemps après l'avoir quittée, il ne pouvait entendre parler d'elle sans émotion.
Dans ^on état de misèire et d'abandon, il avait encorç, pourrie consoler, upe mère. l\ allait. sou-^ vent Jajisoir dans sonrhumble.. demeure de Trofi^^ii et ce voyage. était pour, lui comme un pieu:$ pèl^-:i ^»9ge» Mais elle mourut, élit resta seul.
IM UrrÉRATUM ftUÂDCMSB.
Ce fat alors qa il se décida k venir à Stodifaolin. Sea pqéftiea lui avaieiit déjà fait quelque répoUtion. Il espérait peut'^étre conquérir une place dam le grand monde, et il se trompa* Il passa au ^iiiliai de la foule comme au milieu d'un désert, {H lors** qu^il retourna ses regards vers le passé, il se sentit oppressé sous le poids d^une amère déception, t. O femme de Ldth i s'écriail-il alors, je comprends k présent ton destin; comme toi, j^ai regardé en mrièro, et, comme toi, j'ai été dans la solitude transformé en statue ^e sel. J'ai vu s^ëraneiiir chacune des joies de mu jeunesse, chacun de mes doux anges ailés. Personne ne répond h ma voix suppliante, et personne ne voit m^es lances cou* 1er. Je tombe comme une fleur que le si^il n'échauHe plus et que le vent d^automne brise. »
Tous les efforts qu'il fit pour se procurer au moins une existence paisible, siùon heureuse, furent inutiles. Il se trouva (orcé de faire des dettes, et ces dettes devinrent pour lui une nouvelle source d'inquiétudes. Sa maladie s'accrut avec ses soucis; il languit et mourut à l'hôpital, le 4 mars 1828. On trouva sur sa table un petit livre, dans lequel il cherdiait une consolation à sa dernière heurç } c'était VJmitaiiim de Jésm-Christ.
yitalis a laissé un recueil de poésies sérieuses et
LITTEHATURE SUÉDOISE* 39&
de poésies comiques. Ses poésies sérieuses portent la Tive empreinte de cetre âme énergique qui essaya sans cesse de lutter contre la mort qui Toppressait, et qui, après avoir soupiré un chant de malade, entonnait un hymne de convalescence. Son style est ferme, sévère, riche d'images, mais iné- ^1; c^est, comtne Ta dit Geiier, le style d'un homme qui en est encore h chercher sa véritable expression. Il a des lueurs' d^inspiration parfaite, et des moments d'abandon qui feraient douter de son talent. Il passe ainsi d'une extrémité à l'autre, et s'aiTeie rarement à la ligne intermédiaire. Il est au-dessus du médiocre ou au-dessous <.
Les Suédois vantent la légèreté de ses poésies comiques^ l'habileté avec laquelle il pouvait saisir un sujet grave pour le tourner en parodie. J'ai lu aussi cette seconde partie de son recueil. Mais, quand on connaît la douloureuse destinée de celui qui a écrit ces fantaisies moqueuses,^ il y a dans cette voix épuisée qui essaie de rire, dans cette harpe mélancolique qui s'efforce d'amuser l'oreille, je ne sais quel son trompeur qui fait mal, et l'on revient à ses élégies, comme au miroir où se reflète sa véritable poésie, sa véritable image de poêtç^
' Goiler, Fmrttal , page la.
JI 9ag>getffl80flaoflfliOfltooooeoooflOfl»tfl • o^ t pft*o e o