‹ Histoire de la littérature espagnole de G. TicknorChapitre 12 sur 65 · COMPARAISON · texte numérisé non relu

COMPARAISON

Senora, estan ya tan diestras En serviras mis porlias,

Que acuden como à sus muestras,

Sola il vos mis alegrias,

Y rais sanas à las vuestras.

Y aunque en parte se destempla Mi estado de vuestro estado,

Mi ser al vuestro contempla Como instrumente templado Al otro con quien se templa (2).

(T) Allez en Italie, grand seigneur, — c’est votre terre prédestinée : — De hauts faits et de valeurs — l'a laissée toute parsemée, — ce savant semeur. — Si sur elle vous dirigez votre vol, — vous ferez relever le sol ; — vous brillerez plus que mille soleils — par les seuls reflets — de la splendeur de votre aïeul.

(2) Senora, si habiles sont déjà — pour vous servir mes efforts, — qu'à vous seule, comme à leur preuve, — s'adressent mes joies, — et mes colères, aux vulres. — Et quoique en partie se trouble — mon état de votre état, — mon être sur le vôtre s’accorde, — comme un instrument accordé — sur l’autre avec lequel il s’accorde.

Ces poésies se trouvent dans un petit volume de mélanges publié à Médina del Carapo, et intitulé : Inventoria de obras, par Antonio de Villegas, Vezino de la villa de Médina del Campo, 1565, in~4°. L’exemplaire qui m’a servi est d'une autre

Grègorio Silvestre. Portugais, qui vint en Espagne pendant son enfance et qui y mourut en 1570, fut un autre des poètes qui se conformèrent, dans leurs écrits, aux modes primitifs de la composition. C'était un amideTorres deNaharro,de Garci Sanchez de Badajoz, de Juan Fernandez de Heredia; et, pendant, quelque temps, il imita Castillejo, en parlant légèrement de Boscan et de Garcilaso. Mais, comme la manière italienne prévalait de plus en plus, il se laissa convertir au goût du jour et dans ses dernières années il composa des sonnets, des stances en oclava et lerza rima ; il ajouta à ces formes une pureté et un fini qui ne furent pas alors assez appréciés en Espagne (1). Toutes ses poésies, malgré lacirconstance de sa naissance à l’étranger, sont écrites dans le castillan le plus naturel et le plus pur. Mais les meilleures soptles compositions dans le vieux style, les rimas antigua », comme il les appelle, et où il se donne apparemment plus de liberté qu’il ne le fait dans les compositions du genre qu’il adopta postérieurement. Ses Gloses semblent avoir été fort estimées soit par lui soit par ses amis. Si la nature de la composition avait plus d'élévation parellc-méme, elles pourraient mériter encore les éloges qu’elles reçurent dès le principe, puisqu'elles manifestent, dans leur structure, une grande facilité et une grande ingénuité (2).

Ses poésies descriptives plus longues, telles que la fable de Daphné et d’Apollon, de Pyramc et de Thisbé et le poëme intitulé: Residencia de Amor , ne manquent pas de mérite, quoiqu'elles doivent être classées parmi les moins heureux de ses efforts. Ses canciones doivent être placées parmi ce qui s'est écrit de plus pur en castillan; elles sont remplies de cette vieille et franche simplicité de sentiment qui ne manque pas d’un certain artifice dans la tournure et l’expressionet qui, loin de choquer par

édition et, je crois, la seule autre qui ait été faite à Médina del Campo, 1577, in-12. Comme les autres poètes conceptistes. Villegas se répète parfois lui-même, parce qu’il est grand admirateur de ses propres pensées. Ainsi l’idée exprimée dans la décima qde nous venons de citer se trouve aussi dans une pastorale moitié en prose, moitié en vers, du même volume : « Assi como dos instrumentes bien templados tocando las cuerdas del uno se tocan e suenan las del otro ellas mismas ; assi en viendoeste triste, me assonè con el, etc. (fol. 14 b). > Nous devons avertir que le permis d’imprimer mis en tête de V Inventoria est daté de 1551, et prouve que les poésies avaient été déjà composées vers cette époque.

(1) Dans une épitre en vers de Luis de Barahona de Soto, imprimée avec les œuvres de Silvestre (Grenade, 1599, in-12, fol. 330), on fait un grand éloge de lui sous ce rapport.

(2) Les meilleures sont les Gloses sur le Pater noster (fol. 284) et sur l’Ace Maria (folio 289).

la pointe et l'effet, contribue à l'un et à l'autre. Telle est celle qui commence par les vers suivants :

Seftora, vuestros cabellos De oro son,

Y de acero el corazon

Que no se muere por ellos (1).

Un peu plus loin le poète donne à la même idée une tournure affectée dans une réponse, comme il se plaisait à le faire.

No quieren ser de oro, no,

Seftora, vuestros cabellos Qu’el oro quiere ser dellos (2).

Chaque copia est suivie d’une espèce de glose ou variation sur l'air original qui n'est pas encore sans un mérite propre et particulier.

Silvestre était très-lié avec les poètes de ce temps, non seulement ceux qui appartenaient à la vieille école, mais encore ceux qui faisaient partie de l’école italienne tels que Diego de Mendoza, Hernando de Acuna, George de Montemayor et Luis Barahona de Soto. Leurs poésies se trouvent effectivement mêlées parfois aux siennes, et leur esprit, nous le savons, a exercé une certaine influence sur le sien. A-t-il, en échange, produit lui-même beaucoup d'effet sur eux ou sur son temps, on peut en douter. Il passa, paralt-il, tranquillement sa vie à Grenade, où il fut maitre de chapelle dans la célèbre cathédrale, et où il fut très-estimê, comiÂe membre de la société, par son esprit et sa bonté naturelle. Quand il mourut, à l'Age de cinquante ans, ses poésies n’étaient connues qu'en manuscrit. Douze-ans après elles furent réunies et publiées par son ami Pedro de Caceres et ne produisirent qu’une faible sensation. Silvestre appartenait, il est vrai, à deux écoles et ne fut par conséquent admiré complètement ni par l'une ni par l’autre (3).

(1) Seftora, vos cheveux — sont d’or, — et d’acier le cœur — qui ne meurt pour eux.

(2) Ils ne veulent pas être d’or, non — Seftora, vos cheveux — parce que l’or veut venir d’eux.

(3) Il y a eu trois éditions des poésies de Silvestre; deux de Grenade, en 1582 et en 1500 ; une de Lisbonne en 1592, avec une très-bonne biographie du poète par son éditeur Pedro de Caceres. Cette biographie a reçu des additions de la part de Barbosa, qui néanmoins l’a abrégée ( Dibl . Lusit. tom. II, p, 419}. Luis Barahona de Soto, l'ami de Silvestre, parle de lui avec éloge dans plusieurs de ses épttres poétiques, et Lope de Vega le vante dans la seconde Sylva de son Laurel de

La lutte entre les deux écoles prit, cependant, bientôt un caractère formel. Argote de Molina en traitanaturellement, en 1575, dans son Discurso de la poesia espanola (1) ; Montalvo l'introduit dans sa Pastorale où elle convient peu, mais où, sous des noms supposés, Cervantès, Ercilla,Castiilejo, Silvestre et Montalvo lui-même (2) déclarent leur opinion en faveur de la vieille école. C'était en 1582. En 1599, Lope de Vega défendit la même cause dans la préface de son San Itidro (3). Mais la question était alors essentiellement résolue. Cinq ou six longs poèmes épiques, y compris l’Araucana avaient été composés en oltava rinia italienne; des pastorales, à l'imitation de Sannazar; des milliers de vers en forme de sonnets, de çanzoni et d'autres formes de poésie italienne, dont la plus grande partie avait été accueillie avec faveur. Lope de Vega même, qui reste résolument dans son opinion et qui écrit son poème de Sanhidro , suivant la vieille poésie populaire, en redondillas , se conforme au goût dominant, de telle sorte que nul ne contribua, peut-être, plus que lui, à confirmer l’usage de la versification et du genre italien. Depuis ce moment, on peut cependant considérer comme certain et comme consolidé le triomphe de la nouvelle école, école qui n’a jamais été déplacée depuis, ni remplacée, en tant que division importante de la littérature espagnole.

Apolo. Ses poésies se divisent en quatre livres et remplissent 38? feuillets dans l’édition in-18 de 1599. 11 écrivit ainsi quelques drames sacrés pour la cathédrale de Grenade ; ils se sont perdus. Dans l'Index Expurgatoire de 1067 (p. 465), on ne relève qu’un seul mot à corriger dans ses œuvres.

(1) Ce discours se trouve i la On de la première édition du Comte Lucanor de 1575, et il est fort énergique, en faveur de la vieille versification espagnole. Argote de Molina composa aussi lui-même des poésies, mais à en juger par le spécimen qu’il nous donne dans sa Nobleza de Andalucia, elle ont peu de valeur .

(2) Pastor de Filida, part. 4 et 6.

(3) Obras Sueltas, Madrid, 1777, tom. XI, pp. xxvm-xxx.

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