‹ Histoire de la littérature espagnole de G. TicknorChapitre 14 sur 65 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Poésie didactique. — Luis de Escobar. — Corelas. — Torres. — Prose didactique. — Vilialobos. — Oliva. — Sedefto. — Salazar. — Luis Mexia. — Pedro Mexia. — Navarra. — Urrca. — Palacios Rubios. — Yanegas. — Juan de Avila. — Antonio de Guevara. — Dialogue des langues.' — Progrès de la langue castillane, du règne de D. Juan 11 jusqu’à l’époque de Charles-Quint.

Quand l’esprit italien ou, du moins, l’adoption des formes italiennes commença à prévaloir d'une manière si décidée sur la poésie lyrique et la poésie pastorale espagnoles, tout ce qui appartenait au genre didactique, soit en prose soit en vers, suivit une direction un peu différente.

Dans la poésie didactique, avec d’autres formes, le vieil usage de questions et réponses, preguntas y respuestas, si connu depuis le siècle de Jean de Mena; que l'on trouve dans les Cancioneros, jusqu’à l'époque de Garci de Badajoz, continua à jouir d une grande faveur. Dans l’origine, de pareilles questions semblent n'avoir été que des énigmes et des pointes : mais, au seizième siècle, elles tendent graduellement vers un caractère plus grave. Unissent par prendre une direction absolument didactique et constituer un genre qui produisit deux livres remarquables d’une poésie légère et facile. Le premier de ces livres a pour titre : Las cuatrocientas respuestas à otras tantas preguntas que el lllmo. Sr. Don Fadrique Enriquez almirante de Castilla, y otras personnas enriaron à preguntar en diversas reces al autor (I). On l'imprima trois fois en 1345, l'année de sa première apparition et il eut incontestablement un grand succès dans la classe de la société à qui il était adressé, et dont il nous dépeintsi vivement les mœurs et les opinions. Il contient au moins vingt mille vers; il fut suivi, en 1532, d’une autre volume du même genre, partieen prose et promettant un troisième livre qui n’a jamais été publié. Excepté cinq cents proverbes, ainsi appelés par une dénomination assez impropre, à la fin du premier volume, et cinquante gloses de la lin du- second, l’ensemble de l'ouvrage consiste en questions ingénieuses telles qu'un gentilhomme dis-

(1) < Les quatre cents réponses & autant de demandes que l'illnie. Sr. Don Fa- » drique Enriquez, almirante de Castille et d’autres personnes envoyèrent diffé- » rentes fois demander à l’auteur. >

tingué du règne de Charles-Quint et ses amis pouvaient en imaginer, pour trouver dans la solution leur amusement ou leur instruction. Elles roulent sur les sujets les plus variés possibles, la religion, la morale, l'histoire, la magie, en un mol, tout ce qui peut se présenter à des esprits désœuvrés et investigateurs. Toutes ces questions furent envoyées à un frère mineur, doilé d'une grande perspicacité et de beaucoup de bonne humeur, Luisde Eseobarqui, retenu dans son lit, par la goutte et d’autres graves maladies, ne trouva rien de mieux à faire que d'en composer les réponses.

Ses réponses forment le corps de l’ouvrage. Les unes sont ingénieuses, d'autres puériles, celles-ci savantes, celles-là absurdes; mais elles portent toutes le caractère de leur siècle. Une fois nous avons une longue épltre de conseils pour vivre saintement, adressée à l'almirantc, et qui convenait sans doute fort bien dans ce cas. Plus souvent nous entendons les plaintes du vieux moine lui-méme sur ses souffrances, et les récits de ses actions : de sorte que des différentes parties de ces deux volumes, il serait possible de composer une peinture variée et passable des passe-temps, sinon des occupations, de la société à la cour de Charles-Quint, vers l’époque où ils furent écrits. Leur poésie ressemble, sous plusieurs rapports, à celle du poète anglais Tusser contemporain. d'Escobar, à la différence que la versification est meilleure et plus animée (1).

(1) Escobar se plaint de ce que plusieurs des questions qui lui sont adressées sont en mauvais vers, ce qui lui coûte un grand effort de travail pour les rétablir dans leur forme propre : ce qui peut bien faire admettre que demandes et réponses se lisent généralement comme si elles venaient de la même main. Parfois l'on rencontre une longue dissertation morale, spécialement dans la prose du second volume, mais les réponses sont rarement ennuyeuses par leur longueur. Celles du premier volume sont les meilleures ; les numéros 280, 281, 282 sont très-curieux par les détails qu’ils contiennent sur le poète lui-méme, qui dut mourir en 1532. Dans la préface du premier volume, il dit que l'almirante mourut en 1538. Si l’ouvrage s'était terminé selon la pensée de l'auteur, le tout complet aurait contenu mille questioifb et mille réponses. Comme spécimen nous prendrons le n» 10 ( Qiiatrocientas Preguntas, Çaragoça, 1545, in-fol.), c’est un des plus ridicules. L’almirante demande combien de clefs le Christ a données & Saint-Pierre. Le n°190 est une des plus ingénieuses. L’almirante demande s’il est indispensable et obligatoire pour le pénitent de se mettre à genoux devant le prêtre qui reçoit sa confession, alors que le pénitent est réellement malade dans cette posture. Le vieux moine lui fait une réponse très-convenable et charmante :

El penitente que tiene dolor,

Estar de rodillas no a y neceasidad ;

Mas tenga verguença y gran humildad Y amer y obediencia, que es mucho mejor.

64 HISTOIRE DE U UTTÉRATl'RE ESPAGNOLE

Le second livre de demandes et réponses preynnlas y respueslas. auquel nous avons fait allusion, est plus grave que le premier. Il fut imprimé l'année qui suivit le grand succès de l’ouvrage d'Escobar avec ce litre : Trescientas cuestiones iiaturalex. eon sus respueslas, par Alonso Lopez de Corelas. C’était un médecin plus érudit peut-être que le moine qu’il imite, mais moins amusant, et écrivant en vers qui ne’sont ni aussi bien composés, ni aussi agréables (i).

Vinrent encore d’autres auteurs tels que Gonzalojde la Torrequi, en 1590. dédia à l'héritier présomptif du trône d’Espagne un volume d'énigmes religieuses, aussi fastidieux qu’il aurait été un objet d'admiration un siècle plus tôt (4). Mais aucun de ceux qui écrivirent dans ce genre particulier de poésie didactique n'égale Escobar : aussi ont ilsbien vilcêchappé à la connaissance cl à l’appréciation générale (3).

En prose, il devint de mode, vers ce même temps, d'imiter les prosateurs didactiques latins, comme ces derniers écrivains l'avaient été par Castiglione, Bembo, Giovanni dellaCusa et d’autres en Italie. L’impulsion semble avoir été évidemment communiquée à l’Espagne plutôt par les modernes que par les anciens. Et ce fait résulte de ce que les italiens suivirent la voie de l’imitation latine, et non de ce que l’exemple de Cicéron et de Sénèque aurait pu, par lui-même, constituer une école de prosateurs quelconque au delà des Pyrénées (4). La mode n’eut pas toutefois l’importance et l’influence de l’innovation introduite dans la poésie

La cinquième partie du premier volume se compose tout entière d'énigmes dans le style ancien. C'était, ajoute Escobar, véritablement de vieilles énigmes; si vieilles que tout le monde les connaissait généralement. Le second volume fut imprimé en 1552, à Valladolid, in-folio.

(1) Le volume de Corelas, Tretientcs Prcguntas (Valladolid, 1546, in-4“), est accompagné d’un savant commentaire en prose, dans un style didactique remarquable.

(2; Doscientus Preguntas, par Juan Gonzalez de la Torre, Madrid, 1590, in-4“.

(3) J’aurais pu dire, peut-être, que ces Pregunta» furent restreintes aux sociétés élégantes et aux académies de ce temps, telles que nous les voyons finement dépeintes dans la première jornada du Sccreto à Voces de Calderon de la Barca.

(4) La tendance générale et le ton des écrivains en prose didactique du règne de Charles-Quint, prouve ce fait; mais le discours de Morales, l'historien, placé en tête des œuvres de son oncle, Fernan l’erex de Oliva, montre la manière dont s’opéra le changement. Plusieurs Espagnols, c’est évident d'après ce curieux document, étaient honteux d’écrire plus longtemps en latin, comme si leur propre langue n’était pas apte à être mise en pratique dans des matières d’une grave importance, quand ils avaient sous les yeux, en italien, des exemples d’une entière réussite. (Obra s de OU va, Madrid. 1787, in-12, tom. 1, pp. wt-xsvn.

nationale. Néanmoins elle mérite d'ûlre connue tant pour ses résultats, durant le règne de Charles-Quint, que pour l’effet plus ou moins direct qu’elle causa plus tard sur la prose espagnole.

Le plus ancien parmi les écrivains éminents que produisit cet état de choses, c'est Francisco de Villalobos, écrivain dont on ne sait presque rien, si ce n'est qu'il appartient à une famille se consacrant depuis plusieurs générations successives, à l’art de la médecine: qu'il avait été médecin lui-méme, et le premier médecin de Ferdinand le Catholique (1); qu'il l’était alors de Charles-Quint : qu'il avait publié, vers 1438, un poème sur sa proprescience, de cinq cents strophes, poème qui se trouve dans les Règles d’ Avicenne (2); qu’il a continué d'être connu comme un auteur, principalement sur des sujets relatifs à sa profession, jusqu’en 1343; qu’avanteette époque il s’était dégoûté de la cour et avait cherché volontairement une retraite, dans laquelle il était mort, à l'âge de soixantedix ans (3). Sa traduction de l'Amphitryon de Plaute appartient pjutût au théâtre ; mais, comme celle d’OIiva que nous mentionnerons bientôt, elle n’exerça aucune influence et ne demande, pas plus que ses traités scientifiques, une analyse spéciale. Le reste de ses œuvres, y compris toutes celles qui appartiennent au genre littéraire proprement dit, est contenu dans un livre d'un volume ordinaire, dédié ix l’Infant Don Luis de Portugal.

L’œuvre principale est intitulée : El libro de los problemas , et divisée en deux traités. Le premier qui est fort court traite du soleil, des planètes, des quatre éléments et du Paradis terrestre : le second qui est plus long roule sur l'homme et sur les mœurs ; il commence par un essai sur Satan et finit par un autre sur la flatterie et les flatteurs; il est spécialement adressé à l'héritier présomptif de lu couronne d'Espagne, celui qui fut plus tard Philippe IL Chacune des subdivisions est précédée, danschaque traité ,de huit vers, selon l’ancienne versification espagnole :

(Il II existe une lettre de Villalobos, datée de Catalayud, 6 octobre 1515, où il dit qu’il a été retenu dans cette cité par une grave maladie du roi (Obras, Çaragoça , 1544, in-folio, fol. 71 , 6). C'est de cette maladie que mourut Ferdinand , quatre mois après.

(2) Mendei, Typographia, p. 249. Nicolas Antonio, Bibliotheca vêtus, édit. Boyer, tom. II, p. 344, note.

(3) Il semble, d’après la lettre que nous venons de citer, qu'il était mécontent de sa position, vers 1515; maisnl dut continuer de vivre à la cour encore plus de vingt ans environ, après lesquels il la quitta, pauvre et affligé ( Obras , fol. 45). Un passage, qu'on peut lire, .deux feuilles plus loin, donneà penser qu'il la quitta, en 1539, après la mort de l’Impératrice.

LITTéRATLHK ESPAGNOLS. 11—5

ils constituent le problème ou texte, tandis que la discussion en prose qui les suit, en est la glose, et constitue la substance du livre. L'ensemble offre un caractère tout à fait varié : la plus grande partie est d’un style grave, comme le Discurso de los caballeros y de loi perlados ; Discours des chevaliers et des prélats ; d'autres passages sont très-amusants, tels que celui du Vieillard qui se marie, El viejo que se casa (1). Les meilleurs morceaux sont ceux où règne une verve satirique, tels que ceux où sont exposés le ridicule des vieux plaideurs et celui des vieux qui emploient le fard (2).

Un d i alogue sur fos/éères interpoladas , les fièvres intermittentes; un autre sur la chaleur naturelle du corps, et calor natural del cuerpo; un autre entre le Docteur et un Duc de Castille, son malade, sur les symptômes et les causes de la lièvre quarte, acerca de los sintomas y causas de la febre cuartana, sont tout à fait écrits dans le style des discussions didactiques contemporaines des italiens, excepté que le dernier contient des passages pleins de gaieté ctd’enjoupment qui le rapprochent presque de la comédie ou plutôt de la farce (3). Le traité qui suit intitulé : De las très grandes (h), à saber : de la gran parleria, de la gran porfiay de la gran risa ; et un autre plusgrave : dissertation acerca del amor, terminent le volume, et sont tout ce qui nous reste de l’auteur et tout ce qui mérite d’être connu. Ces œuvres présentent le même caractère général que ses autres Mélanges, Miscelaneas. Le style de plusieurs morceaux se distingue par une pureté plus rare, par une prétention à la dignité plus grande qu’on ne la trouve dans les premiers traités didactiques en prose; leur caractère spécial consiste surtout en plus de clarté et plus d'exactitude dans l’expression. Parfois aussi nous rencontrons des passages écrits dans un style familier avec une franchise, un naturel plein d’attraits, qui nous récompensent en partie des absurdités sur les doctrines surannées et oubliées en histoire naturelle et en médecine, doctrines que Villalobos cherche ù inculquer, parce que c'étaient les théories reçues de son temps.

(1) Si le badinage de Poggio, intitulé : An Seni ait Uxor ducenda, avait été publié lorsque Villalobos écrivit, je ne douterais pas qu’il ne l’eût vu. Quoi qu'il en soit, la coincidence"peut bien ne pas être accidentelle. Poggio mourut en 1449, et son Dialogue n’a été, je crois, imprimé que dans le siècle actuel.

(2) Les Problèmes constituent la première partie des Obras de Villalobos, 1544, et remplissent les trente-quatge premiers feuillets.

(3) Obras, fol. 35.

(4) Villalobos intitule son livre Les trois grandes...., laissant le titre, comme il dit, inachevé, afin que chacun l'achève à sa volonté savoir : Du grandement parler. Du grandement disputer, Du grandement rire.

L’auteur du même genre qui vient ensuite et, en un mot, celui qui mérite le plus de considération, c’est Fernan Perez de Oliva, de Cordoue où il naquit vers 1492, et qui mourut encore jeune, en 1530. Son père était un ami des lettres; et le fils fut élevé, ainsi qu’il nous l’apprend lui-méme, avec le plus grand soin, dès sa plus tendre enfance. A l’âge de douze ans, il était déjà étudiant à l’Université de Salamanque; de là il vint d'abord à Alcala, au moment où commençait sa gloire ; puis à Paris, dont l’Université attira longtemps des étudiants de toutes les parties de l’Europe ; enfin, à Rome où, sous la protection d’un oncle attaché à la cour de Léon X, il put jouir de tous les avantages que lui offrait la capitale la plus civilisée du monde chrétien.

A la mort de son oncle, on lui proposa de remplir les emplois que cet événement laissait vacants; mais il préféra les lettres aux honneurs de la cour et revint à Paris, où il resta comme élève ou professeur à son Université pendant trois ans. Un autre pape, Adrien VI, occupait maintenant le trône pontifical : il entendit parler des succès d’Oliva et fit de nouveaux efforts pour le ramener à Rome. Mais l’amour de la patrie et des lettres continuant d’être plus fort que l’amour d’une dignité ecclésiastique, Oliva retourna à Salamanque, devint un des premiers membres du riche Collège de l'Archevêque fondé en 1528 : et fut successivement choisi pour professeur de morale et pour recteur de l’Université. Il venait à peine d'étre élevé à celte suprême distinction qu’il mourut subitement, au moment où l’on fondait sur lui les plus belles espérances. Sa mort fut considérée, dans toute l'Espagne, comme une perte irréparable pour la cause des lettres (1).

Les études d'Oliva, à Rome, lui avaient appris comment les écrivains latins avaient été successivement imités par les Italiens, et lui inspirèrent le désir ardent de les voir aussi l’objet des imitations non moins successives des Espagnols. Il regarda comme un affront pour sa langue maternelle d’écrire, en Espagne, toutes les discussions sérieuses plutôt en prose latine qu’en langue espagnole (2) . Prenant alors exemple sur le Cortesano

(1) La plus longue biographie d'Oliva se trouve dans Rezabal y Ugarte, Biblioteca de los escritores que han sido individuos de los sets colegios Mayores, Madrid, 1805, in-4», pp. 239, etc.). Mais tout ce que nous savons de lui, offrant un intérêt réel, se trouve dans l’exposé qu’il fit de ses mérites et de ses services dans le concours public pour la cbaire de philosophie morale à Salamanque ( Obrae , 1787, tom. Il, pp. 26-51 ) . Il nous dit qu’il avait fait plus de trois mille lieues, en Espagne et au dehors, à la recherche de la science.

(2) Obras, tom. I, pag. xxni.

de Castiglione, et. contenant le courant de l’opinion parmi les hommes érudits avec qui il avait vécu et agi, il se mit à composer un dialogue didactique sur la Dignidad del hombre, et le défendit formellement comme une œuvre écrite en langue espagnole par un espagnol. En outre il écrivit plusieurs autres dissertations didactiques traitant l'une des facultés de l ime et de leur usage. De las potencias del aima y del buen uso de ellas ; et une autre pressant Cordoue, sa ville natale, d’améliorer la navigation du Guadalquivir et d’obtenir ainsi une partie du riche commerce des Indes, dont Séville avait alors le monopole ; une troisième enfin prononcée à Salamanque, lors de sa candidature à la chaire de philosophie morale. Dans toutes, dit son neveu, l’historien Ambrosio de Morales, « empleô « la lengua castellana con proposito de enriquecerla con lo mas excelente • que en todo género de doctrina se halla (I). »

La pensée de donner plus de dignité à sa langue maternelle, en l’employant au lieu du latin dans tous les principaux objets de l’investigation humaine, fut certainement une des pensées les plus heureuses d’OIiva, et il trouva bientôt des imitateurs .Juan de Sedeno, publia, en 1536. deux dialogues en prose, l’un sur l’Amour, deAmores; l’autre sur le Bonheur, de Bienaventuransa ; le premier, sur un ton de galanterie des plus gracieux; le second, dans un esprit plus philosophique et avec plus d’élégance de manières qu’il ne convient à cette époque (2). Francisco Cervantès de

(1) « J'emploie la langue castillane dans le dessein de l'enrichir de ce qu’il y a de plus excellent dans toute espèce de doctrine, s Les œuvres d’OIiva ont été publiées au moins deux fois; la première par son neveu Ambrosio de Morales, in-4», à Cordoue, en 1585; la seconde à Madrid, en 1787, 2 vol. in8°. Dans V Index expurgatoirc de 1667 (p. 424), il est fait défense de les lire jusqu’après correction, phrase qui semble avoir laissé chaque copie é la discrétion du directeur spirituel de leur possesseur. Dans l’édition de 1787, une feuille a été supprimée pour faire disparaître une note de Morales. Voyex l’/ndex de 1790.

Dans le même volume, avec les œuvres de second ordre d’OIiva, Morales a publié quinxe de ses discours moraux et un de Pedro Vallès, de Cordoue. Aucun n’a une grande valeur littéraire ; quelques-uns pourtant, tels que celui qui traite des avantages d’enseigner avec douceur et celui sur la Différence entre le génie et la raison, sont marqués au coin d'un excellent bon sens. Le discours de Pedro Vallès roule sur la Crainte de la mort, l'amour et le désir de la vie.

(2) Siguense dos coloquiodde amores y otro de Bienaventuranza, etc., par Juan de Sedeno, Vezino de Arevalo, 1536, in-4°, sans indication d’éditeur, ni de lieu, et de seize pages. C’est le même Sedeno qui traduisit en vers la Célestine, en 1540, et qui écrivit la Suma de Varones ilustres (Arevalo, 1551 et Tolède 1590, in-folio), dictionnaire biographique d’un faible mérite, contenant les vies de deux cents personnes illustres environ, disposées par ordre alphabétique et commençant par Adam. Sedefio avait été soldat; il avait servi en Italie.

Salazar, écrivain d’une vaste érudition, terminale Dialogue sur la Dignité de l’homme, qu’Oliva avait laissé incomplet, le dédia à Fernand Cortès et le publia en 1546 (1), avec une longue fable en prose de Luis Mexia sur l’oisiveté et le travail, Delà ociosidady el trabajo, écrite dans un style pur et élevé, quoique trop redevable à la Visio» deleitable du bachelier Alfonso de la Torre (2). En 1567, Pedro de Navarra publia quarante dialogues moraux, résultant en partie d’entretiens tenus dans une Académie par des personnes distinguées, qui se réunissaient de teinpsen temps dans la maison de Fernand Cortès (3). Pedro Mexia, le chroniqueur, écrivit une Silva de Varia leccion , 6 miscelanea erudita, divisée, dans les dernièreséditions, en six livres, subdivisés eux-mêmes en une multitude de petits essais distincts sur des points d’histoire ou de morale. Il déclare que c’est le premier livre de ce genre écrit en espagnol, langue qu’ilconsidère, dit-il, aussi propre que l’italien pourde semblables discussions (4).

(1) Le dialogue entier, tant la partie composée par Oliva que la partie écrite par Francisco Cervantès, fut publié à Madrid, in-4“, 4772, dans une nouvelle édition, par Cerdà y Rico, avec ses préfaces et annotations ordinaires et abondantes, mais indigestes.

(2) Elle fut réimprimée dans le volume mentionné par la note ci-dessus; mais nous ne savons rien de son auteur.

(3) Dialogos mut/ sutiles y notables , etc., par D. Pedro de Navarra, évéque de Comenge, Saragosse, 1567, in-8», 118 feuillets. Les cinq premiers dialogues roulent surle caractère d'un chroniqueur royal ; les quatre suivants, sur les différences de la vie champêtre et la vie de la cour, et les trente-un restants, sur la préparation à la mort. Tous sont écrits dans un castillan simple et pur, mais avec peu de nouveauté ou de force dans la pensée. Leur auteur rapporte qu’un des statuts de l'académie voulait que la personne qui arriverait la dernière à la réunion fournit le sujet de la discussion et indiquât un autre membre obligé d’écrire les remarques qu’on avait faites sur lui. Le cardinal Poggio, Juan de Estuûiga, grand commandeur de Castille et d’autres personnes de distinction faisaient partie de cette société. Navarra ajoute qu’il avait écrit deux cents dialogues, traitant de presque toutes les matières qui avaient été soumises à la discussion de cette académie ; il remarque spécialement que le sujet de la Préparation à la mort avait été discuté après le décès de Cobos, le ministre confident de Charles-Quint, et qu’à celte occasion, il avait rempli lui-même les fonctions de secrétaire. Il y a cependant rarement des traces de quelque événement contemporain dans les quarante dialogues qu’il a imprimés; excepté le fait important que j’ai noté relativement à Charles V, et à sa retraite â Saint-Just, retraite que le bon évéque considère comme un abandon sincère et de toute pensée et de toute passion mondaine. Je n’y ai rien trouvé non plus qui jetât du jour sur le caractère de Cortès, excepté le fait que ces réunions se tenaient dans sa maison.

(4) Silva de varia leccion, par Pedro Mejia. La première édition (Séville, 1543, in-fol., lettre gothique, de 144 feuillets) se compose seulement de trois parties.

A ce livre qu'on peut regarder comme une imitation de Macrobe ou d’Athénêe, et qui s'imprima en 1543, Mexia ajouta, en 1547, six dialogues didactiques, curieux, mais de peu de valeur. Dans le premier, les avantages ou les inconvénients d’avoir un médecin spécialement attaché et régulier sont agréablement discutés avec une élégance et une pureté de style auxquelles on devait difficilement s’attendre (1). Enfin, pour compléter la courte liste d’écrivains de ce genre, Pedro de Urrea, un des officiers les plus aimés de l'Empereur, et pendant quelque temps, son vicerôi dans la Pouille, la même personne qui fit la pauvre traduction de l’Arioste mentionné dans le Quichotte, Pedro de Urrea publia, en 1566, un Dialago de la r erdadera honra militar. Ce dialogue est écrit dans un style enjoué et facile; il contient, mêlées aux idées d’un personnage qui prétend s’être formé lui-même à la gloire par la lecture des romans de chevalerie, une assez grande quantité d’anecdotes amusantes, de récits de duels et d’aventures militaires (2).

Les deux livres de Pedro Mexia et principalement sa Silva de varia

Une autre édition, que je possède aussi, est de Madrid, 1669, en six livres, remplissant sept cents pages grossièrement imprimées. Ce fut un livre très-longtemps populaire; on, en fît plusieurs éditions, outre des traductions en italien, en allemand, en français, en flamand, en anglais. Thomas Fortescue en fit paraître une version anglaise, en 1571 (Warton’s Engl, poetry. Londres, 1824, tom. IV, p. 312). Une autre édition qui est anonyme porte pour titre : Le Trésor du temps ancien et moderne, etc., traduit de ce digne gentilhomme espagnol, Pedro Mejia et Mr. Francisco Sansovino, l’italien, etc. (Londres, 1613, in-fol.). C’est un curieux mélange de discussions semblables par différents auteurs espagnols, italiens et français. La partie de Mejia commence au livre I, chap. vin.

(1) La première édition des Dialogues est, je crois, celle de Séville, 1547, in-8». L’édition dont je me suis serviestin-12, imprimée aussii Séville, en 1562, caractères gothiques, 167 feuillets. Le second dialogue, sur l’invitation & dîner, est très-amusant ; mais le dernier, roulant sur des questions de physique telles que la cause des nuapes, des pluies, des neiges, de la grêle, du brouillard, de la glace, de la rosie, du tonnerre, des éclairs, de la foudre, etc., est aujourd'hui curieux ou ridicule. A la fin de ces Dialogues et quelquefois à la fin des vieilles éditions de la Silva, se trouve une traduction libre de la Parsncsis ou exhortation à la vertu d’Isocrate, faite sur la version latine d’Agricola, parce que Mejia ne connaissait pas le grec. Elle n’a pas de valeur.

(2) Dialogo de la verdadera Honra militar, par Jcromino Ximenes de Urrea. Il existe des éditions de 1566, 1575, 1661, etc. (Latassa, Bibl. arag. Nueva, tom. I, pag. 264). La mienne est un petit volume in-4° de Zaragosse, 1642. Un des passages les plus amusants du Dialogue d’ Urrea est celui de la première partie où il décrit avec beaucoup de détails toutes les conditions du duel proposé par François I« à Charles -Quint, et accepté par ce dernier.

leecion, jouirent d’une assez grande popularité, durant le seizième et le dix-septième siècles; et, quant au style, ils ne sont certainement pas sans mérite. Mais aucune production d’un des auteurs que nous venons de mentionner n’a ni la vigueur, ni le caractère de la première partie du Dialogue sur la dignité de l'homme. Oliva cependant n’était pas un homme d’un génie supérieur. Son imagination ne s’élèva jamais jusqu’à la poésie; son esprit d’invention n’a jamais cette force créatrice qui donne aux sujets des aspects nouveaux et saisissants; son système pour l'imitation des classiques latins et italiens tend plutôt à affaiblir qu’à fortifier son raisonnement. Mais il règne dans tout ce qu’il dit un tel sentiment de raison etde sagesse, que souvent il nous touche et nous satisfait. Joignez à ces qualités un style parfois déclamatoire, mais en général pur et solide; l’heureuse idée de défendre et d’employer le castillan qui réclamait alors ses droits comme langue vivante, et vous aurez la véritable cause qui lui a donné une réputation plus durable que celle d’aucun autre prosateur espagnol de son temps (1).

La même tendance générale vers un style de discussion plus sérieux et plus élégant se remarque dans d'autres écrivains de morale et de religion, appartenant au règne de Charles V et qu’on peut encore citer. Ce sont Palacios Rubios qui composa un discours del esfuerso bélico héroico pour l’instruction de son fils (2) ; Alejo Vanegas qui, sous le titre de : Agonia del transito de la muer te. écrivit une dissertation ressemblant plutôt à un traité ascétique sur la manière de vivre saintement (3) : Juan de Avila, surnommé parfois l’apôtre de l’Andalousie,

(1) Jusqu'en 1592, année où la Conversion de la Madeleine, par Pedro Malon de Chaide, fut publiée, l’opposition à l’emploi du castillan, pour des sujets graves, fut maintenue. Pedro dit, dans son prologue, que le peuple le taxait de sacrilège pour discuter de pareilles matières autrement qu'en latin (folio 15). Mais il réplique, comme un véritable Espagnol, que pour de tels sujets le castillan est meilleur que le latin ou le grec, et qu’il espère le voir, avant longtemps, aussi généralisé et répandu que les armes et la gloire de sa patrie (folio 17).

(2) Une notice très-étendue sur Juan Lopez de Vivero Palacios Rubios, homme jouissant d’une grande considération en son temps, et qui travailla à la fameuse compilation des lois espagnoles intitulée : Leyes de Toro, se trouve dans Rezabal y Ugarte ( Bibliot . pp. J 66-271 ). Ses œuvres en latin sont nombreuses; en espagnol, il ne publia que son traité Del esfuerzo belico heroico, imprimé pour la première fois, à Salamanque, en 1524, in-folio, mais dont il existe aussi une très-belle édition publiée à Madrid, en 1793, in-folio, avec des notes par Francisco Morales.

(1) Antonio, Bibl. Nov. tom.*I, p. 8. Il florissait entre 1531 et 1545. Son Agonia del Transito de la Muerte, avec un glosaire par son auteur, porte la date de 1543, mais ne fut imprimée, pour la première fois, sur son manuscrit corrigé que plu-

dont les lettres sont de ferventes exhortations à la vertu et à la religion, écrites avec soin et souvent même avec éloquence, si elles ne le sont pas toujours avec une entière .pureté de style (I).

L'auteur qui a exercé dans ce genre et durant sa vie la plus grande influence, c’est Antonio de Guevara. un des chroniqueurs officiels de Charles V. Biscaïen de naissance, il avait passé ses premières années à la cour de la reine Isabelle. En 1528, il se lit moine de Saint-François ; mais, jouissant de la faveur de l’Empereur, il semble s’être transformé en un courtisan parfait. 11 accompagna son maître dans ses voyages, dans ses séjours en Italie et dans d'autres contrées de l'Europe. Avec ce royal patronage, il s'éleva successivement aux fonctions de prédicateur de la cour, d’historiographe impérial, d’évêque de Guadix, d’évêque de Mondonedo. Il mourut en 1545 (2).

Ses ouvrages ne sont pas nombreux, mais ils sentent l’atmosphère où ils se sont produits : ils jouirent bientôt d’une grande popularité. Son Relo.r de principes ou Marco Aurelio. publié pour la première fois en 1520, et fruit de onze années de travail (3), d’après ce qu’il nous raconte, fut non-seulement reimprimé souvent en espagnol, mais encore traduit en latin, en italien, en français et en anglais. Dans chacune de ces dernières langues, il fut édité plusieurs fois, avant la tin du seizième

sieurs années plus tard. Mon exemplaire qui semble appartenir i la première édition est daté d’Alcala, 1574. et in-8». Le traité intitulé Diferencias de libres que ay en el Univers» , par le même auteur, quoiqu’il écrive ici son nom Venegas, fut terminé en 1539 el imprimé à Tolède en 1540, in-4". Le style en est bon, quoiqu’on y trouve des pensées alambiquées et des phrases amphigouriques. Ce n’est pas, comme semble l’indiquer le titre, une critique des livres des auteurs, mais l’opinion de Vanegas lui-même, sur la manière dont il faut étudier les grands livres de Dieu : la nature, l'homme, le christianisme. Son but est de détourner de la lecture des livres alors à la mode qu’il estime mauvais.

fl) Il mourut en 1569. En 1534 il fut jeté dans les prisons de l’Inquisition, et, en 1559, un de ses livres fut compris dans l'Index expurgatoire. Néanmoins il fut regardé comme une espèce de saint (Llorente, Histoire de l’Inquisition, loin. II, pp. 7 et 423). Ses Carias spirituales ne s’imprimèrent pas, je crois, avant l'année de sa mort (Nicol. Antonio, Bibl. Nova, tom. I, pp. 639-642). Ses traités sur la Connaissance de soi-mime, sur la Prière et sur d’autres sujets religieux sont également bien écrits, dans le même style et avec la même éloquence. Une longue biographie ou plutôt un éloge a été mis en tête du premier volume de ses œuvres par Juan Diaz (Madrid, 1595, in-4»).

(2) La biographie de Guevara précède l'édition de ses lettres (Madrid, 1673, in-4°). Nous avons aussi une excellente notice sur lui, faite par lui-méme, dans la préface de son Metiosprecio de la corte.

(3) Voyez l’argument à la Décoda de los Césares.

siècle (I). C'est une espèce de roman fondé sur la vie et le caractère de Marc-Aurèle et ressemblant par plusieurs points à la Ctjropedie de Xénophon. Son objet est de placer sous les yeux de l'Empereur Charles V le modèle d'un prince plus parfait qu'aucun autre de l'antiquité par sa sagesse et sa vertu. L’évêque de Mondoncdo s'aventura au-delà de toute permission. Il prétendit que sa Vida de Marco Anrélio était une histoire véritable, se rapporta à un mauuscritde Florence qui n'a jamais existé, comme s'il n’en avait fait qu’une traduction. En conséquence de ces assertions. Pedro de Rua, professeur d'humanités au collège de Soria lui adressa, en 1540, une lettre où il dénonçait la fraude. Cette lettre fut suivie de deux autres écrites avec une facilité et une pureté de style qu’on ne trouve dans aucun des autres ouvrages de l'évêque lui-même, et qui ne lui laissaient pas une raison plausible à laquelle il pût s’arrêter (2). Guevara se défendit, toutefois, le mieux qu’il pût; d’abord avec prudence, mais plus tard, quand il se vit assailli de plus près, il se renferma dans une position tout à fait insoutenable, en prétendant que toute l’histoire de l’antiquité profane n’était pas plus vraie que son roman de Marc-Aurèle et qu’il avait autant de droit à inventer, dans ses propres conceptions, qu’en avait eu Hérodote ou Tite-Live. Dès ce moment les attaques devinrent plus rudes, plus qu’elles ne l'auraient été, peut-être, si les grossières impostures d’Amiens de Viterbe n’avaient alors été aussi récentes. Quoi qu’il en soit, les critiques tombèrent avec une telle acrimonie qu’elles forment un singulier contraste avec les applaudissements accordés, en France, vers le dix-huitième siècle, à un livre semblable composé par Thomas sur le même sujet (3).

(1) Watt dans sa Bibliotheca britannica, Brunet dans son Manuel du libraire donnent une liste extrêmement curieuse des différentes éditions et des traductions des couvres de Guevara et prouvant son immense popularité dans toute l'Europe. En France, le nombre de ses traductions pendant le seizième siècle est extraordinaire. Voyez l.a Croix du Maine et du Verdier, Bibliothèques (Paris, 1772, in-4», tom. 111, p. 123) et les articles cités.

(2) Les éditions des lettres du bachelier Rua sont de Burgos, 1549, in-4", et de Madrid , 1736, in-4". Sa vie a été écrite par Bayle ( Dictionnaire historique, Amsterdam, 1740, in-folio, tom. IV, p. 95). Les lettres de Rua ou Rhua, comme ce nom est souvent écrit, sont remarquables par leur style, quoique leur esprit critique ne soit autre que celui de l'époque et du pays où elles étaient écrites La courte réplique de Guevara, qui suit la seconde des lettres de Rua, ne lui fait pas honneur.

(3) Nicol. Antonio, dans son article sur Guevara ( Bibl . Nova., tom. I, p. 125) est très-sévère ; mais son ton est très-doux, comparé à celui de Bayle [Dict. Hist.,

HISTOIRE DE LA LTTÉRATURE ESPAGNOLE Après tout, le Relox de principes est peo digne du mouvement qu’il a occasionné : il est rempli de lettres, de discours mal conçus, inopportuns et écrits dans un style maniéré et ampoulé. Peut-être lui sommes-nous aujourd’hui seulement redevables du bel apologue du Paysan du Danube, évidemment inspiré à La Fontaine par une de ces harangues à l’aide desquelles Guevara s’efforce de donner de la vie et de la réalité à ses fictions (2).

C’est dans le même esprit, mais avec moins d’audace, que Guevara écrivit sa Décoda de losCesares, ouvrage qu’il dédia, comme son Relox de principes , à l'empereur Charles V. En général il y suit les autorités sur lesquelles il prétend appuyer sa narration, telles que Dion Cassius et les petits historiens latins, tout en manifestant en même temps un désir marqué d’imiter Plutarque et Suétone, qu’il annonce comme ses modèles. Il n’a pas été cependant capable de résister entièrement à la tentation d'insérer des lettres futiles et même des récits fabuleux, donnant ainsi des vues fausses, sinon des faits historiques, du moi ns des caractères qu’il retrace. Son style, tout en manquant encore de pureté et de pro-

tom. n, p. 631), qui se plait A montrer les défauts qu'il peut trouver dans le caractère des prêtres et des moines. 11 y a des éditions du Relox de Principes de 1529, 1532, 1637, etc.

(2) La Fontaine, Fables, liv. XI, fable 7 et Guevara, Relox, liv. III, chap. ni. Le discours que l’évêque espagnol, le véritable inventeur de cette heureuse fiction met dans la bouche de son Rustico de Germania, est certainement trop long, mais il fut très-populaire. Tirso de Molina décrit plus tard un paysan qui approche de Xerxès, de la même manière :

Y despues que quanto pudo Mostro a Xerges cada quai Su Auiroo liberal,

Llegà un pastor losco y rudo,

Velloeo et cuerpo y desnudo,

Cigarrales de Toledo, Madrid, 1624, in-4®.

Lo que ta piel no ocultaba De una onza que llevaba Por ropa : en fin, al villano Que hablô al senado romano, Al vivo representaha,

Loa du Yergonsoso en Palacio.

La Fontaine s'inquiéta peu de l’original espagnol et de sa popularité. 11 prit le beau sujet de sa fable d'une vieille traduction française, faite par un gentilhomme venu à Madrid, en 1526, avec le cardinal de Grammont, au sujet de l’emprisonnement de François I®r. Cette version est écrite dans le riche vieux français de cette période, et La Fontaine adopta souvent, avec son habileté ordinaire, sa phraséologie pittoresque. Celte traduction est, je le suppose, une de celles que Brunet cite comme appartenant à René Bertaut, et dont il y a plusieurs éditions. La mienne est de Gaillot du Pré, Paris, 1540, in-fol., et porte pour titre Lorloge des Princes, traduit Despaignol en langaige françois ; mais elle ne dçnne pas le nom du traducteur.

priété, est cependant meilleur et plus simple que celui de son roman de Marc-Aurèle (1).

Les mêmes défauts caractérisent une longue collection de lettres qu’il fit imprimer vers 1539. Plusieurs d'entre elles sont adressées à des personnes jouissant d'une grande considération à son époque : le marquis de Pescara, le duc d'Albe, D. Inigo de Velasco, grand connétable de Castille et le grand almirante D. Fadrique Enriquez. D'autres ne parv inrent évidemment jamais à l’adressé des personnes, telles que la lettre pleine de loyauté à Jean de Padilla, le chef des Comuneros, et les deux lettres remplies d’impertinence au gouverneur Luis Bravo, devenu follement amoureux, malgré son grand ûge. Les unes sont de pures fictions. Dans ce nombre il faut ranger une correspondance entre l’empereur Trajan, Plutarque et le sénat romain, que Guevara protesta vainement avoir traduite du grec, sans dire où il avait trouvé l’original (2) : une longue lettre sur Laïs et d’autres courtisanes de l’antiquité, où il donne les détails de leurs conversations, comme s’il les avait lui-même entendues. La plus grande partie de ces lettres, sous la dénomination de Epistolas familiares, sont purement des essais ou des dissertations; quelques-unes sont de vrais sermons en forme, avec l’annonce de l’occasion et du temps où ils furent préchés. Aucune n’a cet air aisé et naturel d’une véritable correspondance. Elles furent en effet, c’est hors de doute, expressément préparées, toutes, pour la publication et pour l'effet : et malgré leur affectation et leur recherche, elles furent l’objet d’une grande admiration . Souvent imprimées en Espagne, elles ont été traduites dans toutes les principales langues d'Europe. Pour exprimer le prix qu’on y attachait, elles furent généralement désignées par le titre de Las epistolas de oro. Toutefois, malgré leur succès primitif, elles ont ôté longtemps dédaignées et aujourd’hui on n’en peut lire avec intérêt ou plaisir que quelques passages relatifs aux événements du temps ou à la vie de l'Empereur (3).

(1) La Decada de los Cesares, avec les autres traités de Guevara dont il a été parlé, les lettres exceptées, se trouve dans une collection de ses œuvres imprimées pour la première fois à Valladolid, en 1539. Mon exemplaire est de la seconde édition, Valladolid, 1545, in-fol., caractère gothique, 214 feuillets.

(2) Ces mêmes lettres ont été jugées dignes d’être traduites en Anglais par sir Geoffroy Fenton, et font partie d'une curieuse collection (ff. 66, 67) prise de divers auteurs et publiée é Londrçs, en 1575, in-4", caractère gothique, sous le titre de Golden epistles ou Lettres d’or. Edward Hellowcs avait déjà traduit toutes les épitres de Guevara, en 1574. Elles le furent encore, mais dans une version qui n’est pas excellente, par Savage, en 1657.

(3) Epistolas familiares de D. Antonio de Guevara, Madrid, 1673, in-4°, p. 12

Outre ces ouvrages, Guevara a écrit divers traités spéciaux. Deux sont strictement théologiques (1). Un troisième roule sur La aguja de mnrear y de sus inrentores, sujet qu'on devrait penser étranger à un êvéque, mais avec lequel il s’était rendu familier, nous raconte-t-il, parce qu’il avait été longtemps sur mer et qu’il avait visité plusieurs ports de la Méditerranée (2). Des deux autres traités constituent tout ce qu’il en reste à connaître ; l'un est intitulé : Menosprecio de Corte y atabonza de Aldea, Mépris de la ville et éloge de la campagne; l’autre Aviso de privados y doctrina de courlisanos, Avis aux favoris et doctrine des courtisans. Tous deux sont des discours moraux inspirés par le Courtisan deCastiglione, livre qui était alors au plus haut point de sa popularité. Us sont écrits avec une grande correction, dans un stvle maniéré et affecté, et ont avec la vérité et la sagesse, les mêmes rapports que les pastorales d’Arcadie avec la nature (3).

Toutes les oeuvres de Guevara portent l’empreinte de leur époque et révèlent la position de leur auteur à la cour de Charles V. Elles sont toutes surchargées d'érudition, prouvant que l’auteur ne manquait pas d'expérience des choses du monde. Souvent elles-manifestenl un grand bon sens: mais elles sont monotones par la dignité solennelle que Guevara a cru nécessaire d’apporter dans ses narrations, et par les ornements de rhétorique par lesquels il espère les recommander à l’attention de ses lecteurs. Telles qu’elles sont, cependant, elles confirment par leur exemple, plus réellement peut-être qu’aucun autre ouvrage de leur temps , le style des écrits le plus en faveur à la cour de Charles V, principalement durant la dernière partie du règne de ce monarque.

Mais l’ouvrage en prose didactique qui est de beaucoup le meilleur

et ailleurs. Cervantès, en passant, attaque la Lettre de Guevara sur Lais, dans la préface de la première partie de son D. Quichotte.

(t) Un de ses traités religieux est intitulé Monte calvario, 1542, et a été traduit en anglais en 1505; l'autre : Oratorio de Religiosos , 1543, contient une série de petites exhortations ou homélies avec un texte en tète de chacune. Le premier est soumis à l’expurgation de YIndex de 1667 (pag. 67) ; tous les deux sont censurés dans celui de 1790.

(2) Hellowes les a aussi traduits et fait imprimer en 1578 (Sir E. Brydges, Censura literaria, tom. 111, 1807, pag. 200). C’est un sujet qui n’offre rien de bon dans aucune langue; dans l’original cependant, Guevara a su montrer une certaine plaisanterie et un style plus aisé qu’à son ordinaire.

(3) Ces deux traités ont été traduits en anglais; le premier par sir Francis Hriant, en 1548 (Ame, Typog. Antiquités, édit. Dibdin, Londres, 1810, in-4”, tom. 111, pag. 460).

dans cette période, livre resté inconnu et sans publication, pendant près de deux siècles, c’est celui qui est ordinairement cité sous le simple titre de Uialogo de las lenguas, livre fort remarquable, en tout temps, par la simplicité naturelle et la pureté de son style, mais particulièrement à une époque d’éloquence maniérée et travaillée. • Escribo, dit l’auteur, como « hablo; solaraente tengo cuydado de usar vocables que signiliquen bien < loque quiero dezir; y digolo quanto mas llanamente me et possible; « porque à mi parecer, en ninguna lenguaesta bien la afectacion (1). • Quel est celui qui exprimait ainsi une opinion si vraie, mais si peu commune dans son temps, c’est ce qu’on ne sait pas avec certitude. C’est probablement Juan Valdès, personnage qui se distingua pour avoir le premier embrassé les opinions de la Réforme et pour avoir le premier fait des efforts afin de les propager. Il avait été élevé à l’Université d’Alcala et, durant une partie de sa vie, il jouit d'une assez grande importance politique, puisqu'il se trouva souvent auprès de la personne de l’Empereur et qu’il fut envoyé par lui, pour lui servir de guide, en tant que secrétaire et conseiller, à Dom Garcia de Tolède, le grand vice-roi de Naples. On ne sait pas ce qu'il devint ensuite : il mourut, en 1540, six ans avant que Charles V eût tenté d’établir l’Inquisition à Naples ; il n'est pas vraisemblable qu’il ait été sérieusement tourmenté par elle, tant qu'il occupa son emploi (2).

Le Dialogue des langues est supposé avoir lieu entre deux Espagnols et deux Italiens, dans une maison de campagne, sur les bords de la mer, près de Naples. C’est une dissertation remplie de finesse sur l’origine et le caractère de l'idiome castillan. Il y a des passages très-savants, mais où l’auteur tombe parfois dans l’erreur (3) ; il y en a d’autres qui sont pleins de vie et de charme; d'autres enfin qui respirent un grand bon

(1) < J'écris comme je parle; seulement j'ai bien soin de n'employer que des

• mots signifiant bien ce que je veux dire , et je dis le plus simplement possible,

• parce qu'à mon avis, l'affectation ne sied bien dans aucune langue. »

(2) Llorente Hist. de l'InquisitiO)i, tom. 11, pp. 281 et 478) commet plusieurs erreurs sur Valdés ; les meilleurs détails se trouvent dans McCrie, Histoire des progrès de la Déforme en Italie (Edimbourg. 1827, in-8», pp. 106 et 121) et dans ses Progrès de la Réforme en Espagne (Edimbourg, 1829, in-8°, pp. 140-146). Valdés est supposé avoir été anti-trinitaire, mais McCrie n’adinet pas cette hypothèse.

(3) Son erreur principale consiste en ce qu’il croit que la langue grecque domina généralement en Espagne et constitua la base de l’ancienne langue espagnole, langue qui s’est répandue, pense-t-il, sur toute la surface de la Péninsule, avant l'arrivée des Romains dans ce pays.

HISITORE DE LA-LITTÉRATURE ESPLGNOLE sens et une raison critique profonde. Le principal personnage, le seul qui donne des instructions et des explications, s'appelle Valdés. Cette circonstance, autant que certains indices tirés du Dialogue lui-même, a fait induire que le réformiste espagnol en était l’auteur et qu’il l'avait écrit avant l'année 1536 fl). Si ce point pouvait ainsi s’établir, il expliquerait la suppression du manuscrit, comme œuvre d’un adhérent aux doctrines de Luther. Quoi qu’il en soit, le Dialogo de las lenguas ne s’imprima qu’en 1737 : par conséquent, comme spécimen d'un style pur et facile, il fut perdu pour l’époque qui Lavait produit (2).

Pour nous c'est une œuvre importante, parce qu’elle nous montre plus distinctement que tout autre monument littéraire de son temps, quel était l'état de la langue espagnole sous le régne de l’empereur Charles- Quint : circonstance d’une grande conséquence pour l'état de la littérature et sur laquelle nous revenons avec le plus vif intérêt.

Comme nous devons nous y attendre, en reportant nos regards en arriére, nous trouvons que la langue de la littérature avait fait en Espagne des progrès réels, depuis que nous en avons parlé sous le règne de Juan II. L’exemple de Jean de Mena avait été suivi et le Vocabulaire national avait été enrichi par une série de poètes, durant l'espace d'un siècle, des mots tirés des langues de l'antiquité classique. D'autres sources y avaient aussi conduit par d’autres canaux d'importantes contributions. L’Amérique et son commerce y avaient introduit les noms des

(1) Les indices qui le font croire sont que le Yaldésdu Dialogue avait vécu à Rome; que c’était un personnage d'une certaine autorité; qu’il avait longtemps vécu à Naples et dans d'autres parties de l’Italie. Il parle de Garcilaso de la Vega, comme s’il vivait encore ; or Garcilaso mourut en 153Ü. Llorente, dans le passage que nous avons cité ci-dessus, appelle Valdés l'auteur du Dialoguedes langues. Clémcncin, autorité compétente, dit la même chose dans les notes de son édition de D. Quichotte (tom. IV, pag. 285), quoiqu’il parle, dans d'autres notes, comme si l’auteur était inconnu.

(2) Le Dialogue des langues ne s’imprima pas avant que Mayans y Siscar eût fait paraître ses Origines de la langue espagnole (Madrid, 1737, deux volumes in-8°). Il remplit la première moitié du second volume et forme la partie la meilleure de la collection. Le manuscrit resta probablement caché, comme l’œuvre d’un hérétique bien connu. Mayans affirme qu'il appartenait & l’historien Zurita ; qu’en 1736 il fut acheté par la Bibliothèque Royale dont Mayans, lui-même, était le bibliothécaire. Il manque un feuillet qui a peut-être été remplacé. 11 croit bien que Valdés est l'auteur du Dialogue, mais il évite de le dire, dans l’intention, peutêtre, de ne pas attirer l’attention de l’Inquisition sur l’ouvrage (Origines, tom. 1, pp. 173-180). Iriarte, dans l 'approbation de la collection, traite le Dialogue comme s’il appartenait i un auteur tout-i-fait inconnu.

productions qu’un demi-siècle de communications avaient importées en Espagne, et avaient rendu familiers des termes, en nombre restreint, mais d'un usage quotidien (1). L’Allemagne et les Pays-Bas en importèrent encore un plus grand nombre, résultats de i’avénement de Charles-Quint au trône d'Espagne (2). Charles-Quint en effet, au grand déplaisir de ses sujets espagnols, arriva dans la Péninsule, entouré de courtisans étrangers et parlant, avec un accent étrange, la langue du pays qu’il était appelé à gouverner (3). Un petit nombre de mots arrivèrent aussi accidentellement de France : plus tard, sous le règne de Philippe II, le vocabulaire en admet une multitude, infusion la plus considérable que la langue ait reçue, depuis le temps des Arabes, par suite des rapports intimes entre l’Italie et l'Espagne et de l’influence toujours croissante de la littérature et de la civilisation italiennes (4).

Nous devons donc considérer que la langue espagnole est non-seulement formée à cette époque, mais qu’elle a encore réellement atteint la plénitude de ses proportions et qu’elle a reçu tous les caractères essentiels qui la distinguent. En effet, depuis près d'un demi-siècle, elle était régulièrement travaillée et cultivée. Alonso de Palencia, qui avait été longtemps au service de son pays, comme ambassadeur, et qui avait été ensuite le chroniqueur de Henri IV, publia, en 1490, un Dictionnaire latin-espagnol , le plus ancien que l'on connaisse, avec un vocabulaire castillan (5). Ce dictionnaire fut suivi deux ans après, en 1492, de la première grammaire castillane, œuvre d’Antonio de Lebrija, qui avait

(1) Mayans y Siscar ( Origines , tom.I. p. 97.)

(2) Ibid. p. 98.

(3) Sandoval affirme que Charles-Quint baissa grandement dans l’opinion des Espagnols, lors de sa première venue en Espagne, parce que ne sachant pas parler espagnol , on avait très-peu de communication directe avec lui. < C’était, ajoutet-il, comme si on ne pouvait parler avec lui. » ( Historia , Anvers, 1681, in-fol., tom. I, p. 141.)

(4) Mayans y Siscar (Origines, tom. II, pp. 127-133). L’auteur du Dialogue cite l’introduction d'un nombre considérable de mots tirés de l’italien tels que discurso, facilitar, fantasia , novela, etc., qui ont été longtemps après adoptés et sanctionnés par l 'Académie. Diego de Mendoza, qnoique partisan de l’école italienne, s’opposa au mot centinella comme un italianisme peu nécessaire, et cependant il fut pleinement admis dans la langue (Guerra de Granada, édit. 1776, liv. tu, chap. vu, pag. 176). Peu de temps après, Luis Velez de Guevara, dans son Diablo cojuelo , tranco 10, refuse le droit de cité à fulgor, purpurear, pompa, et à beaucoup d’autres mots, aujourd’hui bien usités.

(5) Mendez, Typographia, pag. 175. Nicolas Antonio, Bibl. Vêtus, édit. Bayer, tom. II, pag. 333.

auparavant publié une grammaire latine en latin, et qu’il avait traduite ensuite, suivant ce qu'il nous raconte, à l'usage des dames de la Cour (1). Il se lit une autre tentative du même genre et avec un égal succès. Antonio de Lebrija fit paraître, en 1492. son Dictionnaire purement espagnol, publication que suivit, en 1499, le Vocabulaire ecclésiastique, en latin et en espagnol, par Santaella : ouvrages souvent réimprimés tous deux et longtemps considérés comme autorités classiques (2). Tousces travaux, si importants pour la consolidation de la langue castillane et tellement bien construits qu'on n'en trouve pas de pareils plus tard pendant un siècle (3), s’exécutèrent, il faut bien l’observer, sous le patronage direct et personnel de la reine Isabelle. Cette reine donna ainsi sur sur ce point, comme dans beaucoup d'autres branches du gouvernement. des preuves de sa sagacité pour les alîaires de l'État, en même temps que de son bon goût et de ses préférences pour tout ce qui touchait au développement intellectuel de ses sujets (4).

La langue ainsi formée se répandit maintenant d'une manière rapide dans tout le royaume et déplaça des dialectes dont plusieurs, aussi anciens qu’elle, avaient semblé destinés, un moment, à la surpasser en culture et par leur emploi général. Le vieux galicien , idiome maternel d'Alphonse le Sageel dans lequel il avaitcomposé quelques écrits, n’était maintenant connu, comme une langue polie, qu'en Portugal. Il s'y était élevé à un tel degré d'indépendance du tronc d’où il était sorti qu’il désavouait presque son origine. Le Valencien et le Catalan, ces deux dialectes nés de la race provençale dont l'influence s’était fait sentir dans toute la Péninsule, durant le treizième siècle, ne réclamaient, à l'époque dont nous parlons, quelque chose de leur dignité primitive qu'aux pieds des derniers rangs des montagnes sur les côtes de la Méditerranée. Seul le basque, immuable comme les monts qui le protègent, conservait encore le même caractère distinct qu’il avait reçu dès les premières lueurs de la tradition, caractère qui s’est maintenu essentiellement le même jusqu'à nos jours.

(1) Mendex, 7’ypo<7.,pp.237-24ti. Pour connaître lesimmenses servicesrendus par Antonio de Lebija à la langue espagnole, il faut lire le Specimen Bibliothecœ Hispano-Mayansianœ ex Museo 1). démentis, ilannovericæ, 1753, in-4", pp. 4-39.

(2) Mendez, pp. 212 et 2'i3 ; Nicolas Antonio, Bibl. Xova, tom. 11, pag. 206.

(3) La grammaire de Juan de Navidad, 1567, ne constitue pas une exception à cette remarque, puisqu’elle a été écrite dans l'intention d'enseigner l'espagnol aux Italiens et non pas aux Espagnols eux-mêmes.

^4/Lleinencin, Mémoires de l'Académie Boyaled’ Histoire, tom. VI, pag. 472, notes.

Mais quoique le castillan s'avançât avec toute l'autorité du gouvernement qui ne parlait pas, à cette époque, d’autre langue au peuple de toute l'Espagne; qu'il fût entendu et reconnu, dans toute la Péninsule, comme la langue officielle de l'État et de tout pouvoir politique; les coutumes populaire?, les habitudes locales de quatre siècles ne pouvaient être ainsi, d'un seul coup, entièrement effacées. Le galicien, le talencien, le catalan continuèrent de se parler durant le règne de Charles V: ils sont parlés encore aujourd'hui, par la masse du peuple, dans leurs provinces respectives, et. jusqu’à un certain point, par la société polie de chacune d’elles. L'Andalousie et Y Aragon ne se sont pas encore complètement émancipés de leurs idiomes primitifs : et il en est de même de chacune des autres grandes divisions de la Péninsule, dont plusieurs formèrent, en d'autres temps, des royaumes indépendants, et qui se distinguent encore, comme Y Estramadoure et la Manche, par certaines particularités de phraséologie et de prononciation (1).

Seule la Castille, et spécialement la Vieille-Castille, réclame comme un droit héréditaire, depuis le commencement du quinzième siècle, la prérogative de parler absolument le purespagnol. Villalobos, qui a toujours été un flatteur de l’autorité royale, insiste, c'est vrai, et affirme que celte prérogathe fut toujours attachée à la résidence du souverain et de la cour (2) ; mais l'opinion la meilleure est celle qui prétend qu’.on doit rechercher la forme la plus pure du castillan dans Tolède, dans l'impériale Tolède, comme on l’appelait, la cité particulièrement favorisée, lorsqu’elle était la capitale politique de l’ancienne monarchie, du temps des Gotbs. Tolède de nouveau consacrée, comme la capitale ecclésiastique de toute l’Espagne chrétienne, au moment où elle fut rachetée des mains des Maures (3). On a même dit que la suprématie de cette vénérable cité, pour la pureté de son dialecte, était si pleinement établie, depuis la première apparition du castillan comme langue officielle, au treizième

(1) Une observation curieuse c’est que l’auteur du Dialogue des langues {Origines, tom.II.pag. 31) qui écrivait vers 1535; que Mayans (Origines, lom. I,p. 8), qui écrivait en 1737; et Sarmiento (Memwias, p. 94), en 1760, s’expriment tous dans les mêmes termes sur le caractère du castillan et sur sa supériorité sur les autres dialectes.

(2) De las fiebres interpoladas, Métro 1, Obras, 1543, fol. 27.

(3) Voyez Mariana dans son chapitre sur les gloires de Tolède, Histoire, livre xvi, chap. XV et ailleurs. Le savant jésuite était natif du royaume de Tolède, et il parle souvent de ses illustrations. Cervantès, dans son V. Quichotte, partie II, ch. IX, donne à entendre que le castillan de Tolède était le plus pur espagnol de son temps. Il en est encore de même aujourd'hui.

LITTÉBAIIRK ESPAGNOLE. 1 1 — fi

HISTOIRE DE I V I.ITTERATURE ESI‘.k;.\OI.K

siècle, qu’Alphonse le Sage, dans des Cortès qu’on y tint, ordonna que le sens de tout mot, mis en discussion, serait lixé par son usage àTolède (1). Mais quoi qu’il en soit, un point qui ne fait plus question, c'est que depuis les temps de Charles-Quint jusqu'à nos jours, le castillan de Tolède a été généralement considéré comme la forme normale de la langue nationale; et que, depuis la même époque, le dialecte castillan s'est arrogé pour lui-même une suprématie absolue sur tous les autres dialectesde la monarchie, et a été le seul reconnu eomme la langue de la poésie classique et de la prose dans toute la Péninsule.

(1) a Assi mesmo ordenô en las mismas cortés el mismo Rey Don Alonso de- » cimo que si de alli adelante en alguna parte de su regno buviesse diferencia en el « entendimiento de algun vocablo castellano antiguo, que recurriessen con él à esta « ciudad , como à métro de la lengua castcllana; y que passassen por el entendi- « miento y déclaration que al tal vocablo aqui se le diesse, por tener en ella

• nuestra lengua mas perfeccion que en otra porte. » — '• Dans ces mêmes Cortès, » le même roi , D. Alphonse X , ordonna aussi que, si dorénavant, il s’élevait, dans

• quelque partie du royaume, une différence sur le sens d’un mot ancien de la a langue castillane, on accourût avec lui à cette cité, comme à la règle de la « langue castillane; qu’on en passât par te sens et par l'explication qu’on y donne -

• rait à ce mot, parce que notre langue y avait là plus de perfection que partout « ailleurs. > { Pisa. Description de la cité impériale de Tolède, édit. Thomas Tamaio de Vargas, Tolède, 1617, in-folio, liv. i, chap. xxxvi, fol, 56. Les Cortès où D. Alphonse le Sage prescrivit cette ordonnance, se tinrent à Tolède, en 1253, année que la Chronique d’Alphonse X (Valladolid, 1554, in-fol., chap. h) signale comme celle du séjour de ce Roi dans ladite cité.

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