LIRA
MORANDRO.
i Que tienes? 4 Que estas pensando, Gloria de mi pensamiento?
Pienso cômo mi contenlo
Y el tuyo se va acabando,
Y no sera su homicida
El cerco de nuestra tierra :
Que primero que la guerra Se me acabarâ la vida.
4 Qué dices, bien de mi aima?
Que me tiene tal la bambre,
Que de me vital estambre Lie va ré presto la palma.
i, Qué tûlamo bas de esperar I)e quien esta en tal extremo.
Que te aseguro que temo Antes de una bora espirar?
Mi hermano ayer espirô De la bambre fntigado.
Y mi madré va ha acabado Que la bambre la acabô.
Y si la bambre y su fuerza No lia rendido mi salud,
Es porquc la juventud Contra su rigor se esfucrza.
Pero como lut tantos dias Que no le hago defensa,
No pueden contra su ofensa Las débités fuerzas mias.
Enjuga, Lira, los ojos;
Déjà que los tristes mios Se vuelvan corrientes rios Nacidos de tus enojos :
Que fais-tu? Que penses-lu, — Gloire de ma pensée? — lira. Je pense comment ma joie — Et la tienne vont finir, — Et que ce qui la tuera ne sera pas — Le siège de notre patrie, — Parce qu’avant la guerre — Ma vie se terminera. — morandjœ. Que dis-tu, bonheur de mon àtne? — lira. Que j’éprouve une telle faim — Que du fil de ma vie — Bientôt elle emportera la palme. — Quelle union peux-tu espérer — De celle qui se trouve dans une extrémité telle — Qu’elle craint, je t’assure, — D’expirer avant une heure? — Mon frère, hier, a succombé — Par la faim tant tourmenté, — Et ma mère vient de finir — Et c’est la faim qui l'a fait périr.— Et si la faim et ses tortures — N’ont pas triomphé de ma santé, — C’est que ma jeunesse — Lutte contre ses ligueurs. — Mais tant de jours se sont écoulés, — Depuis que je ne me défends point contre elle, — Que contre ses attaques — Mes faibles forces ne peuvent rien. — moranüue. Lira, essuie tes larmes; — Laisse mes tristes yeux — Se changer en ruisseaux — Nés de tes ennuis.
Y aunque la hambre ofenciiil.i Te tcnga tan sin compas,
De lmnibre no morirâs Mientras yo tuviero vida.
Yo me ofrezco de saltar Kl foso y el iiniro tuerie,
Y entrar por la misnia muerte Para la tua excusar.
Kl pan que el romauo toca Sin que el temor me destruya,
Lo quitaréde la suya,
Para ponerlo en tu boca.
Con me brazo haré carrera A tu vida y à mi muerte,
Torque mas nie mata el verte,
Scito ra, de esta man era Yo te traerè de corner,
A pesar de los romanos Si ya son estas mis manos Las. mismas que solian ser.
UIU. Hablas como enamorado
Morandro; pero no es justo Que ya tome gusto el gusto Con tu peligro comprado.
Poco podrâ sustenta nue Cualquier robo que haras,
Aunque mas cierto hallaràs Kl perderte que ganarme.
Uoza de tu mocedad En fresea edad y crecida;
Que mas importa tu vida Que la mia à la ciudad.
La faim horrible — Peut t’opprimer sans mesure, — De faim tu ne mourras pas, — Tant que la vie me restera. — Je m’offre pour franchir — Le fossé et la furie muraille. — Pénétrerà travers la mort même — Afin d’éviter la tienne. — Le pain que tient le Homain, — Sans que la crainte me détourne, — Je l’arracherai de sa bouche — Pour le porter à la tienne. — Mon bras s’ouvrira un chemin — Pour ta vie el pour ma mort, — Parce que rien ne me tue plus que de te voir, — Mon âme, dans cette affreuse situation. — Je t’apporterai de la nourriture — Malgré tous les Romains — Si ces mains sont encore — Co qu’elles étaient d’ordinaire. — Lut a Tu parles comme un amoureux, — Morandre ; mais ce n’est pas juste — Qae je prenne goût au goût — Acheté au prix de les dangers. — Peu pourra me soutenir, — Quel que soit le vol que tu commettes; — Mois il y aura plus de certitude— De te perdre que de me conserver. — Jouis de ta jeunesse, — De la fraicheur de l’âge qui se développe, — Ta vie importe plus — Que la mienne à la cité.
HISTOIRE DK LA LITTÉHATtHK ESPAGNOLE Tû podrâs bien defendella De la enemiga asechanza,
Que no la flaca pujanza De esta tan triste donceila.
Ansi que, mi dulce amur,
Despide ese pensamiento :
Que yo no quiero sustente Ganado con tu sudor.
Que aunque puedes alargar Mi muerte por algun dia,
Esta hambre que porlia En fin nos ha de acabar morandre. En vano trabajas, Lira De impedirme ese carnino.
Do mi voluntad y sino Alla me convida y tira.
Tû rogaras entre tanto A los dioses que me vuelvan Con despojos, y que resuclvan Tu miseria y mi quebranto.
mua. Morandro, mi dulce amigo,
No vayas : que se me antoja Que de lu sangre veo roja l a espada del enemigo.
No hagas esa jornada,
Morandro, bien de ini vida;
Que si es tnala la salida,
Es muy peor la tornada (1).
(Jornada 111, escena n.)
Morandre persiste ; accompagné d’un ami iidèle, il pénétre dans le camp romain et parvient à saisir du pain. Il est blessé dans le combat:
Tu pourras bien la défendre — Contre les attaques ennemies — Mieux que la faible vigueur — D’une si triste jeune tille. — Aussi, mon doux amour, — Bannis celle pensée ; — Je ne veux point d’un aliment — Gagné par tes sueurs. — Tu peux bien retarder — Ma mort de quelques jours, — Mais cette faim qui nous travaille — Doit enfin nous achever. — morandre. En vain tu travailleras, Lira, — A me fermer cette voie, — Où ma volonté et ma destinée — M’invitent et m'entraînent. — Tu prieras en attendant — Les Dieux de me ramener — Avec des dépouilles, et de résoudre — Ta misère et ma douleur. — lira. Morandre, mon doux ami, — Ne pars pas, il me semble — Que je vois rougie de ton sang — L’épée del’enncmi. — N’entreprends pas ce voyage, — Morandre, bonheur de ma vie; — Si le départ est triste, — Plus triste est le retour. (Journée 111, scène î.)
Il règne dans cette scène un ton charmant qui brise le cœur par le dévouement de Lira, réveillant un cruel désespoir chez son amant. Bien n'est plus naturel. Les dernières paroles de Lira sont d’une très-grande beauté dans l'original.
mais il force le passage, rentre dans Nuraance, par la pure énergie du désespoir : il apporte à Lira la nourriture qu’il a obtenue, arrosée de son propre sang, et il tombe mort à ses pieds.
Une autorité hautement placée dans la critique dramatique, parle de la Numancia non-seulement comme d'un des essais les plus remarquables de l’ancien théâtre espagnol, mais encore comme d’une représentation des plus saisissantes de la poésie moderne (1). 11 n’est pas probable que cette opinion puisse prévaloir. Cependant, l’ensemble de la pièce a le mérite de l’originalité, et, dans plusieurs endroits, elle réussit à réveiller de fortes émotions: de sorte que, malgré le défaut de connaissances dramatiques et de convenances scéniques, cette comédie sera toujours citée comme une preuve du talent poétique de son auteur et comme un effort des plus hardis pour relever le théâtre espagnol de la condition où il se trouvait lorsqu’elle a été écrite.
(1) A. \V. Schlegel , Discours sur le genre dramatique et sur la littérature ; Heidelberg, 1811, tom. 11, chap. H, pag. 345.
LirriiltATl IlE ESPAGNOLE.
ii—ll