‹ Histoire de la littérature espagnole de G. TicknorChapitre 26 sur 65 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Continuation de Lope de Vega. — Scs relations avec l’Église. — Ses Paatorea de Belen. — Ses poèmes religieux. — Ses rapports avec les fêtes pour la béatification et la canonisation de saint Isidro. — Tomé de Burguillos. — La Gatomaquia. — Un Auio du fe. — Triomphes divins. — Poème sur Marie, reine d’Écosse. — Le Laurel de Apollo. — La Dorolea. — Sa vieillesse et sa mort.

Au moment même de la publication de la Jérusalem conquistada, Lope de Vega commençait à porter le costume de son Église. En effet, c’est sur le titre de ce poëme qu’il s’annonce pour la première fois comme un Familier du Saint-Office, Familiar dcl Santo Oficio. Les preuves de ce changement d'existence apparaissent bientôt dans ses œuvres. En 1612, il publia ses Pastores de Belen, longue pastorale en prose et en vers, divisée en cinq livres. Elle contient l'histoire sacrée, conformément aux traditions les plus populaires de l’Église de l’auteur, depuis la naissance de Marie, mère du Sauveur, jusqu’à l’arrivée de la sainte Famille en Égypte. Le tout est supposé raconté ou représenté par des bergers, dans les environs de Bethléem, à l’époque où les événements ont eu lieu.

Comme les autres pastorales en prose composées à cette même époque, celle-ci est pleine des mêmes défauts : les poésies sont, en particulier, tout à fait impropres et du plus mauvais goût qu’on puisse concevoir. Comment trois ou quatre joûtes poétiques pour des éloges, etplusicurs jeux vulgaires de l’Espagne y sont-ils introduits? c’est ce qu’il n’est pas aisé d’imaginer, surtout quand de pareilles digressions s’v permettent, avec des conditions d’une théorie poétique impossible pour de pareilles fictions. Toutefois, il faut l’avouer, il règne, d’une autre part, dans toute la composition, un air d’aménité et de douceur tout à fait convenable au sujet et au but du poëme. Plusieurs histoires sont extraites de l’Ancien Testament avec une grâce parfaite : les traductions des Psaumes et d’autres morceaux des Écritures Saintes y produisent un effet des plus heureux. La plus grande partie des vers originaux peuvent être rangés parmi les meilleures des compositions moins importantes de Lope. Tel est le petit cantique suivant, qui est supposé avoir été chanté dans un bois

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de palmiers par la Vierge à son enfant endormi. Il est plein des plus tendres sentiments de dévotion catholique, et ressemble aux peintures de Murillo sur le môme sujet.

Pues andais en las patinas,

Angeles santos,

Que se duerme mi niîio,

Tcned los rames.

Palmas de Belen,

Que mueven airados Los furiosos vientos,

Que auenan tanto,

No le hagais ruido,

Corred mas paso ;

Que se duerme rai niùo,

Tened los ramos.

El niùo divino,

Que esté cansado De llorar en la tierra,

Por su descanso,

Sosegar quiere un poco Del liernollanlo;

Que se duerme mi niùo,

Tcned los ramos.

Kigurosos hielos Le estàn cercando ;

Ya veis que no tengo Con que guardarlo ;

Angeles divinos Que vais volando.

Que se duerme mi niùo,

Tened los ramos. (1)

Toute cette composition est dédiée, avec la plus grande tendresse eten quelques mots bien simples, à son fils Carlos, jeune enfant qui mourut avant d'avoir accompli la septième année, et dont Lope parle toujours

(t) Puisque vous marchez dans les palmiers,— Anges saints, — Pour que mon enfant s’endorme, — Retenez les branches. = Palmiers de Bethléem, — Qu’agitent couiToucés — Les vents furieux — Qui résonnent si fort, — Ne faites point de bruit, — Marchez plus lentement ; — Pour que mon enfant s’endorme, — Retenez les branches. = Le divin enfant, — Qui est fatigué — De pleurer sur la terre, — Pour son repos, — Veut cesser un peu — Ses tendres pleurs; — Pour que mon enfant s'endorme, — Retenez les branches. = Des frimas rigoureux — Partout l'environnent ; — Vous le voyez, déjà je n’ai plus — De quoi le protéger, — Anges divins — Qui volez sur vos ailes, — Pour que mon enfant s’endorme, — Retenez les branches. ( Obras sueltus, tom. XVI, p. 332.)

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avec tant d'ainour. Elle se termine brusquement et ne fut jamais linie. Pourquoi? c’est ce qu'il n’est pas facile dedire; en effet elle fut favorablement accueillie puisqu’elle se réimprima quatre fois dans un égal nombre d’années.

En 1012, l’année même de la publication de cette pastorale, Lope lit imprimer quelques romances religieuses et diverses pensées en prose. pemamienlos en prosa, qu’il prétendait avoir traduites de l'original latin de Gabriel Padecopeo, anagramme imparfait de son propre nom. En 1(514, il édita un volume contenant, premièrement, une collection de ses courtes poésies sacrées, auxquelles il ajouta plus tard quatre solennels et saisissants soliloques poétiques, composés pendant qu’il était à genoux devant la croix, le jour où il fut reçu dans la confrérie des Pénitents; deux discours contemplatifs, écrits sur la demande de ses confrères de la même confrérie : entin un petit romancero spirituel et un chemin de la croix, ViaCrucis ou Meditaciones sobre el Salvador, cuando fué lerado desdeel tribunal de Pilatos al monte Calrario , Méditations sur le Sauveur, lorsqu'il fut conduit du tribunal de Pilate sur la montagne du Calvaire (1 ).

La plupart de ces poésies sont remplies d’une dévotion solennelle et profonde (2); d’autres sont étrangement grossières et libres (3); certaines sont purement capricieuses et frivoles (4). Les plus religieuses de ces romances sont chantées encore, dans les rues de Madrid, par les mendiants aveugles; témoignage irrécusable des sentiments de dévotion qui enllammaient, accidentellement du moins, l ame de l’auteur, et qu’il ne faut pas négliger. Ces poésies et une narration du martyre d’un nombre considérable de chrétiens, au Japon, en 1014, narration imprimée quatre ans après (5), constituent tous les volumes de mélanges publiés par Lope, entre 1612 et 1020; le reste de sou temps, durant cette période, avait été empli, selon toute apparence, par ses brillants succès dans le drame ant sacré que profane.

En 1020 et en 1022, Lope eut l'occasion de se montrer à la masse du peuple et à la cour de Madrid, sous un aspect dramatique et religieux à

(1) Obras, tom. XIII.

(2) Par exemple le sonnet commençant par « Yo dormiré en et polvo • ; je dormirai dans la poussière. Obra» , tom. XIII, pag. 186.

(3) Voyez la composition « Gertrudis siendo Dios tan amoroso *. Obras, lom. XIII, pag. 223.

(4) D’autres sont fastidieuses, telles que le sonnet < Quando en tu alcazar de Sion. » Obras, tom. XIII, pag. 225.

(5) Triumfos delà Ft en los reynos de Japon. Obras, tom. XVII.

la fois, et par conséquent admirablement proportionné à son talent et à son goût. Je veux parler de la double circonstance de la béatification et de la canonisation de saint Isidore, en l’honneur duquel, vingt ans avant, Lope avait composé un de ses plus heureux essais pour se rendre populaire ; long intervalle, c’est vrai, mais durant lequel les droits du saint n’avaient été nullement négligés. Loin de là, le roi, depuis le moment où il avait recouvré la santé, avait constamment sollicité les honneurs de l'Église pour la personne dont la miraculeuse intervention lui avait, croyait-il, procuré ce bienfait. Il les obtint enlin, et le 19 mai 1620 fut le jour désigné pour célébrer la béatification du pieux laboureur de Madrid, labrador de Madrid.

A cette époque les principales cités d'Espagne saisissaient de pareilles occasions, comme des moyens propres à montrer le talent de leurs poètes, à amuser et à intéresser la multitude. L’Église contribuait avec plaisir de son autorité pour substituer, autant que possible, une espèce de tournoi poétique, célébré sous ses propres auspices, aux tournois de la chevalerie qui avaient exercé, pendantdes siècles, dans toute l'Europe, une influence si grande et si irréligieuse. Ces concours littéraires, où s’offraient des honneurs et des prix de diverses espèces, s'appelèrent « joûtes poétiques », justas poeticas , et devinrent bientôt l'amusement favori du peuple. Nous avons déjà fait connaître de pareilles fêtes, au commencement et à la lin du quinzième siècle, outre le prix gagné, nous l’avons vu, par Cervanlès,à Saragosse en mai 1595 (1). Lope en gagna un autre, à Tolède, en juin 1608 (2). En septembre 1614, il était juge d’un concours poétique en l’honneur de la béatilication de sainte Thérèse, à Madrid, où la riche et harmonieuse intonation de sa voix et sa gracieuse manière de lire captivèrent grandement l'admiration (3).

La béatilication du saint qui préside aux destinées de Madrid avait,

(1) Voy. vol. I, pag. 297 et ci-desSus, vol. Il, pag. 164.

(2) Le poème qui remporta le prix est une romance burlesque d’un très-faible mérite [Obras sueltas , tom. XXI, pp. 171-177).

(3) Un trouve un récit des joùtes poétiques de ce temps dans Navarrete, Vie de Cervantes, § 162, et les notes, pag. 486. Une xcellent éclaircissement sur la manière dont on les célébrait peut se lire dans la Justa Poetica , en l’honneur de Notre- Dame du Pilar, à Saragosse, recueillie par Juan Bautista Felices de Gaceres iÇaragoça, 16211, in-4°), dans laquelle figurèrent Joseph de Valdivielso et Yargas Machuca. De pareilles joùtes devinrent si fréquentes qu’elles finirent par être ridi cules. Dans le Caballero desçortes de Salas Barbadillo (Madrid, 1621, in-12, fol. 99, etc.), il y a un certamen pour célébrer un chapeau perdu et retrouvé. C’est la caricature du genre.

•218 HISTOIHE UE LA LITTÉHATURE ESPAGNOLE

toutefois, une importance plus solennelle qu’aucune de celles qui l'avaient précédée. Les habitants de toute classe de cette « héroïque ville » comme elle s'appelle encore, y prenaient un vif intérêt, parce qu’ils croyaient qu’elle contribuait au bien-être de tous(I). L'Église de Saint- André, où reposait le corps du digne laboureur, s’orna avec une splendeur extraordinaire. Les marchands de la cité couvrirent complètement ses autels de lames d'argent pur ; les orfèvres placèrent le corps du saint que cinq siècles n'avaient point altéré, dans un sarcophage du même métal artistement travaillé. Les autres classes apportèrent d’autres offrandes ; tout se distinguait par ces splendides richesses que les mines du Pérou et du Mexique faisaient couler au milieu des classes privilégiées de la société espagnole. A la façade de l’église on éleva une magnifique estrade du haut de laquelle devaient se lire les poésies envoyées pour le prix, et cette partie de la cérémonie était présidée parLope.

Comme prologue, on produisit d’abord quelques pétitions satiriques, dans le but d'exciter la gaieté, et qui obtinrent, sans aucun doute, un plein succès. Immédiatement après, Lopc ouvrit l’ordre littéraire de la fête en prononçant un discours poétique de sept cents vers environ en l’honneur de saint Isidore. Ce discours fut suivi de la lecture des programmes pour les neuf prix offerts par les neuf Muses, et des règles selon lesquelles les honneurs devaient être accordés; venaient ensuite les poésies elles-mêmes. Au nombre des compétiteurs se trouvaient plusieurs des hommes de lettres les plus distingués de ce temps ; Zarate, Guillcn de Castro, Jauregui, Espinel, Montalvan, Pantaléon, Silvéira, le jeune Caldéron de laBarca, Lope lui-même, son fils, qui portait le même nom et qui était encore un enfant. Tout cela, ou presque tout, se fit avec gravité, et avec les bienséances propres à la gravité de la circonstance. Mais à la fin de la liste des compétiteurs pour chaque prix, apparutune espèce

(1) Les détails de la fête et les poésies composées A cette occasion s’imprimèrent également à Madrid, en 1620, petit in-4°,fol. 140. Elles remplissent environ trois cents pages, dans le tom. XI des Œuvres de Lope. Le nombre despoésies présentées fut grand, mais bien inférieur au nombre de celles que produisaient ordinairement de pareilles luttes. Figueroa dit, dans son Pasagero (Madrid, 1617, in-12, fol. 118), que, dans une fête célébrée peu de temps avant, en l'honneur de saint Antoine de Padoue, on avait présenté cinq mille poèmes de genres différents. Quand les meilleurs eurent été suspendus dans l'église et les cloitres des religieux qui avaient les premiers proposé le prix, le reste se distribua dans les autres monastères de l’Ordre. Cette coutume passa en Amérique. En 1585, Balbuena gagna, à Mexico, un prix sur trois cents compétiteurs. Voyez sa Vie, en tête de l’édition du Siglo de Oro, par l’Académie (Madrid 1821, iu-8°).

de masque qui, sous le nom supposé de Master Burguillos, assaisonna dit-on, la fête, de la manière la plus piquante, sazonô sabrosisimammte la funcion , par ses vers amusants; caricaturant tout, jouant le rôle du gratioso du théâtre populaire, et servant comme d'intermède après chaque division du drame le plus régulier.

Lope prit à peine le soin de cacher que cette piquante partie de la fête lui appartenait entièrement: tant ses instincts dramatiques lui avaient indiqué la gaieté et le relief que son introduction donnerait à la majesté et à la solennité de la cérémonie (4). Toutes les diverses compositions furent lues par lui avec le plus grand efTct; à la lin il donna, dans la mesure des vieilles romances populaires, une légère et plaisante récapitulation de tout ce qui venait de se passer, après quoi les juges prononcèrent les noms des compétiteurs couronnés. Nous ne savons pas quels ils furent. Quant aux ouvrages, tant des heureux que des malheureux, Lope les publia sans le moindre retard.

Une joie plus grande éclata, deux ans après, lorsqu'au commencement du règne de Philippe IV, les négociations de son gracieux prédécesseur furent couronnées d’un succès dont il ne lui fut pas permis d'être témoin. Saint Isidore et trois autres pieux espagnols furent admis par le chef de l'Église, à Rome, dans la pleine gloire du saint navire, par une canonisa* tion formelle. Le peuple de Madrid lit peu d’attention ;ï la bulle du Pape, excepté en ce qui concernait particulièrement son saint et son protecteur, à qui il rendait les honneurs les plus grands (2). La fête instituée à cette occasion dura neuf jours. Huit obélisques, d'environ soixante-dix pieds de haut, s’élevèrent sur différents points de [avilie, ainsi que neuf magnifiques autels, un château, un riche jardin et un théâtre temporaire. Toutes les maisons de la classe la plus distinguée étaient tendues de splendides tapisseries : des processions religieuses, oit la noblesse principale occupait les places les plus humbles, parcouraient les rues ; des combats de taureaux, divertissement toujours éminemment populaire en Espagne, vinrent s’y ajouter, et dans ces combats deux mille de ces

(1) « Que le lecteur veuille bien remarquer, dit Lope, que les vers de mattre Bur- « guillos doivent être supposés, puisqu'il ne se présenta pas lui-même à la joûte, • et que tout ce qu'il écrivit fut plaisant et rendit la fête des plus piquantes. • Or, comme personne ne le vit concourir pour le prix, on pensa généralement que Burguillos était un personnage imaginaire introduit par Lope lui-même { Obras , tom. XI. pag. 401. Voy. aussi pag. 598).

(2) Les cérémonies, les détails et les poésies de cette seconde grande fête s'imprimèrent immédiatement, à Madrid, en un vqjume in-4“, 1622, fol. 156, et ils remplissent le tom. XII des Obra$ sueltas.

fiers animaux furent sacriliés dans les amphithéâtres ou sur d'autres places publiques disposées à cet effet.

Gomme partie de la fête, on célébra un grand concours ou joûte littéraire, le ftl mai, exactement deux ans après celui qui avait eu lieu pour la béatification, Lope apparut encore sur l'estrade élevée devant la façade de l'église -de Saint- André; et, dans des cérémonies semblables, avec un égal mélange de la farce burlesque de Tomé de Burguillos, le plus grand nombre des principaux poètes du temps se réunirent pour rendre un universel hommage. Lope enleva les premiers prix. D'autres furent accordés à Zarate, Galdéron, Montalvan etGuillen de Castro. Deux comédies, l une sur l'enfance et l'autre sur la jeunesse de saint Isidore, expressément commandées à Lope par la ville, furent représentées sur deux scènes mobiles, devant le roi, laconret la multitude. Leur auteur joue le principal rêle en cette fête qui, dans le sens' bien entendu et rigoureux, va jusqu'à expliquer l'esprit du temps et les sentiments religieux dont dépendait toute cette cérémonie. La relation de toute la fête, comprenant les poésies présentées dans cette circonstance et même ses deux comédies, se publia par les soins de Lope avant la fin de l'année.

Ses succès dans ces deux solennités étaient, sans aucun doute, trèsflatteurs pour lui. L’acte avait été des plus publics ; le sujet, un des plus populaires, et la cérémonie contribua, peut-être, à graver encore plus son nom dans les esprits et les cœurs de la grande masse du peuple, à lui donner une part plus active dans les intérêts de l'époque, que ses succès même au théâtre. Les caricatures de Tomé de Burguillos, en particulier, quoique grossières parfois, semblent avoir été reçues avec une faveur extraordinaire. Aussi cette faveur l'engagea-t-il plus tard à écrire un plus grand nombre de vers dans le même style. En D13i, il publia un volume composé presque entièrement de poésies humoristiques et burlesques, sous le même déguisement. La plus grande partie des pièces qu'il contient sont des sonnets et d’autres petits poèmes, la plupart mordants et satiriques, presque tous d'une versification facile et heureuse. L’un deux a une longueur plus considérable et mérite une mention particulière.

C’est un poème héroï-comique, eu vers irréguliers, divisé en six silvas ou chants et intitulé ; la Gatnmaquia ou le combat des chats, parce qu’il dépeint la lutte de deux chats pour l'amour d’une chatte. Comme presque tous les poèmes du genre auquel il appartient, depuis la Batrachomyomnehie , il est trop long. Il se compose d’environ deux mille cinq cents vers de différentes mesures. Mais, s’il n’est pas le premier en langue espagnole, dans l'ordre des temps, il l'est incontestablement pour-le

mérite. Les deux dernières silvas en particulier sont écrites avec une grande légèreté et une grande finesse d’esprit. Tantôt c'est la parodie de l'Ariosteetdes poètes épiques, tantôt c’est celle des vieilles romances, avec un succès des plus enjoués. Aussi dès sa première apparition fut-il accueilli avec la plus grande faveur, en Espagne, et encore aujourd’hui il est probablement lu plus qu’aucun autre des ouvrages particuliers de l’auteur. Une édition imprimée en 1794 prétend, plutôt qu’elle ne cherche à prouver, que Tomé de Burguillos était un personnage réel : mais peu de personnes ont partagé cette opinion. En effet, quoique lors de la première apparition, Lope y ait mis une de ces préfaces concernant son auteur prétendu, préface qui ne trompa personne, il a encore, comme il l’avait déjà fait pour la première fête en l’honneur de saint Isidore, déclaré presque directement que Master Burguillos était un pur déguisement de lui-méme, et un moyen d’ajouter de l’intérêt à la circonstance, fait entièrement reconnu parQuevedo dans l’approbation mise en tête du volume, et par Coronel dans les vers qui suivent immédiatement (1).

En 1621 , dans l’intervalle des deux fêtes dont nous venons de parler, Lope publia un volume contenant la Filoména, poème dont le premier chant nous donne l’histoire mythologique de Têrée et de Philomèle; le second, une défense de Lopelui-mêmesous l’allégorique défense du rossignol contre le lourde envieux, Defenea de! ruisenor contra el tordoenrioso. Dans le même volume on peut lire la Tapada, description, en octaves, d’une maison de campagne du duc de Bragance en Portugal : la Andromeda, histoire mythologique comme la Filoména ; les Fortunas de Diana, pretpier conte en prose qu'il a imprimé : plusieurs épltres poétiques et de petits poèmes ; une correspondance sur ce qu’on appelait \nNuecapoesia, lettres où il attaque avec hardiesse l'école de Gongora, alors au plus haut .

(1) L'édition où, pour ta première fois, on veut donner à Rurguillos une existence réelle el distincte de Lope, sc trouve dans le XVII» volume des Poesias castellanas, collectionnées par I). Ramon Fernandez et d'autres. Mais, outre les passages de Lope lui-même cités dans une note précédente, Quevedo, dans son Approbation au volume dont nous parlons, dit que « le style est celui qu'on dis- > tingue seulement dans les écrits de Lope. » Coronel, dans des Décimas placées en tête de ce même volume, ajoute « que ces vers sont des brouillons de,la plume i du phénix espagnol. • indications que Lope lui-méme n'aurait pas vu publier sans honte, si les poésies ne lui avaient appartenu réellement. Les vers de Burguillos sont préimprimés dans le tome XIX des Obras sue/tas, tels que Lope les publia lui-méme eu 1634. Il existe une traduction allemande de la Gatomaquia pleine de feu et d'animation, dans le Magasin de Littérature espagnole et portugaise de hertuch. Dessau, 1781, in-8», tom. I.

point de sa faveur (1). L’ensemble du volume n'ajouta rien à la réputation déjà établie de son auteur : toutefois certaines parties et spécialement divers fragments des épltres et de la Filoména offrent le plus vif intérêt, par suite des allusions qu'ils renferment à l'histoire personnelle de Lope.

Un autre volume, peu différent de ce dernier, le suivit en 1634. Il se compose de trois poèmes, en octaves, qui sont Circe. amplification peu heureuse de l’épisode bien connu qui se trouve dans l’Odyssée\ la Maiiana de San Juan , la Matinée de la Saint-Jean , peinture de la gracieuse fête populaire, telle qu’on la célébrait au temps de Lope; et un apologue sur l'origine de la Rosa blanca. Ajoutez-v diverses lettres, en prose et en vers, et trois Nouvelles en prose qui, avec le conte que nous avons déjà mentionné, constituent toutes les courtes fictions en prose que Lope a publiées (3).

La meilleure partie de ce volume est, sans aucun doute, dans les trois Nouvelles. Ce qui engagea probablement Lope à les écrire, ce fut le succès de celles de Cervantès, publiées onze ans avant, et déjà connues dans toute l’Europe. Toutefois le talent de Lope ne semble pas avoir été plus propre à cette forme de composition que celui de l'auteur du Don Quichotte ne l'a été à la composition dramatique. C'est ce que Lope ne parait pas avoir ignoré lui-même, puisque, dans la première Nouvelle, il dit qu'il l'a écrite pourcomplaire à une dame, dans un genre littéraire où il n'aurait jamais pensé à s'aventurer; les trois autres sont dédiées à la même personne et semblent avoir été composées sous l'influence des mêmes sentiments (3). Aucune d'elles n’excita une grande attention, au moment de leur apparition; mais, vingt ans après, elles furent réimprimées, avec quatre autres, empruntées en apparenced’uneséried'histoires semblables, et qui n'étaient certainement pas l'œuvre de Lope. La dernière des huit est la meilleure de la collection, quoiqu’elle se termine maladroitement et en donnant à connaître qu'une autre va la suivre.

(1) Ces poésies sont insérées dans le tome II des Obras sueltas. La discussion sur la poésie nouvelle se trouve dans le tom IV, pp. 459-482. On peut y ajouter quelques plaisanteries du même genre répandues dans ses œuvres, et particuliérement le sonnet: Hoscan, tarde llegamos, qu'il réimprima ensuite dans le Laurel de Apolo (1630, Toi. 123); preuve que s’il écrivait parfois dans un style plein d'affectation, alors à la mode, pour plaire au goût du peuple, il n’en continua pas moins de le désapprouver, la Nouvelle se trouve au tome VIII de ses œuvres.

(2) Les trois poèmes remplissent le tome 111; les épltres se trouvent dans le tome 1, pp. 279 et suivantes ; les trois contes dans le tome VIII.

(3) Obras sueltas, tom. VIII, pag. 2, et tom. III, préface.

HISTOIRE DE LA LIT rfiKATbRE ESPAGNOLE iiU

Elles sont comprises toutes ensemble dans l'édition complète des œuvres détachées de Lope, quoiqu’elles ne puissent avoir la prétention de lui être attribuées, à l’exception des quatre premières (I).

Dans l’année qui précéda l’apparition des contes, Lope se montre à nous sous un caractère entièrement nouveau. Un pauvre malheureux, un moine franciscain, originaire de la Catalogne, fut soupçonné d'hérésie et le soupçon retomba d’autant plus fortement sur lui que sa mère appartenait à la religion juive. En conséquence, il fut successivement expulsé de deux communautés dont il était membre, sa tête se troubla et il devint si furieux qu'un jour il entra dans une église ouverte où l'on célébrait la messe, saisit l’hostie consacrée dans les mains du prêtre qui officiait, et la mit en morceaux avec violence. Arrêté immédiatement, il fut livré à l’Inquisition; l'Inquisition le trouvant obstiné le déclara luthérien et calviniste, et, ajoutant à ce crime le crime de descendre de juifs, elle le relaxa au bras séculier pour le châtiment. Il fut, comme dans presque tous les cas ordinaires, condamné à être brûlé vif: lasentcncc s’exécuta littéralement au mois de janvier 1633, en dehors de la porte d’Alcala, à Madrid. L'enthousiasme fut grand, comme toujours, dans de pareilles circonstances. Un immense concours de peuple se réunit pour être témoin d'un spectacle si édiliant : la cour était présente, les théAtres et les représentations publiques se suspendirent pendant quinze jours, et Lope de Vega qui, dans certains passages de sa Dragontea, témoigne d’un esprit peu indigne d’un pareil office, fut, nous raconte-t-on, un de ceux qui présidèrent à cet horrible sacrifice et dirigèrent tout le cérémonial (2).

Son fanatisme ne diminuait cependant en rien son zèle pour la poésie. En 1625, il publia les Triunfos dirinos , poëme en cinq chants, à la manière de Pétrarque et dansle même mètre, commençant par les triomphes du dii'ino Pan , et finissant par ceux de la Religion et de la Crux (3).

il) Il existe des éditions complètes des huit nouvelles, de Saragosse 1648, de Barcelone 1650, etc. Il règne une certaine contusion relativement aux poésies primitivement publiées avec ces contes et qu’on retrouve parmi les œuvres de Francisco Lopez de Zarate i Alcali, 1651, in-4u; Voy. Lope, Obras , tom. III, p. iij). Mais de pareils faits ne sont pas rares dans la littérature espagnole; nous les reverrons quand nous parlerons de Zarate.

(2) Le récit se trouve dans une Histoire de Madrid par Léon Pinelo, manuscrit de la Bibliothèque nationale. Dans cette histoire, est insérée aussi une notice sur Lope de Vega lui-méme, de l'année où il mourut. Don Casiano Pellicer la cita et en fit un extrait dans son ouvrage intitulé : Origen de las Comedias (Madrid, 1804, in-12, tom. I, pp. 104-105).

(3) Obras suel las, tom. XIII.

L'œuvre n'eut point de succès, et la cause principale, c’est que le titre la met en opposition directe avec les Trionfi du grand maître italien. Ce poëme se trouvait accompagné, dans le même volume, d'une petite collection de poésies sacrées qui s'augmenta dans les éditions postérieures, de manière è former un tout assez long. Plusieurs de ces poésies sont vraiment pleines de tendresse et de magnificence, telles que le chant sur la mort de son fils, Carlos Félix (l),le sonnet sur sa propre mort, commençant ainsi : * Yo dormiré en cl polvo •* Je dormirai dans la poussière i, tandis que d'autres, comme les YiUancicos pour le saint Sacrement, sont écrites avec une légèreté inconcevable et sont même parfois grossières et sensuelles (2). Toutes sont néanmoins des preuves de ce que les espagnols respectables et éclairés appelaient religion dans ce siècle.

Nous pouvons faire une remarque semblable sur sa Corona tragica, la Couronne tragique, poëme que Lope publia en 1027. Il roule sur l'histoire et la destinée de l’infortunée Marie Stuart, reine d’Kcosse, qui avait péri exactement quarante ans auparavant (3). Dans son but la composition devait être un poëme épique religieux, mais les cinq livres qu’il remplit pardes stances de huit vers, ne sont en fait qu’un spécimen d'une controverse intolérante. Marie Stuart y est représentée comme une. pure et glorieuse martyre de la religion catholique, pendant qu'Élisabeth y est alternativement appelée, une Jézabel, une Athalie que Philippe II a le contestable mérite d’avoir épargné, lorsqu’il avait sa vie en son pouvoir comme roi consort d’Angleterre (i). Sous d’autres points de vue le poëme est fastidieux : il commence par le récit préalable de l’histoire de Marie Stuart telle quelle est racontée par elle-même il ses dames dans sa prison, et finit par sa mort. Tout l’ouvrage respire la sympathie de l’auteur pour les sentiments religieux de son siècle et de son pays, sentiments qui firent, il faut bien se le rappeler. l'Inquisition ce qu’elle devint ii cette époque.

La Corona tragica fut peut-être par ce motif jugée digne d’être dédiée au pape Urbain VIII, qui avait composé lui-même une épitaphe sur l'infortunée Marie d’Ecosse, ce que Lope déclare courtoisement : la béatifier en

(1) «A lamuertede Carlos Félix, » Obras, tom. XIII, pag. 365,

(2) Voyei particulièrement les deux premières, pages 413, 423.

(3) Obras suellas, tom. IV.

(4) Cet atroce passage est à la page 5. Dans une épîtrc à Ovando, envoyé de Malte, et publiée à la fin de son Laurel de Apolo (Madrid, 1(530, in-4", fol. 1 18), il nous parle de ce poème et nous dit qu'il a été composé è la campagne « où l'Ame « travaille dans la solitude avec plus de facilité et de douceur. »

prophétie, beatifiearla en profecia. La flatterie fut très-bien accueillie. Urbain VU! envoya en retour au poète une lettre d'affcctuenx compliments, lui conféra le grade de docteur en théologie, lui donna la croix de l'ordre de Saint-Jean, et des appointements pour les places honoraires de Fiscal à la chambre apostolique et au notariat de la chancellerie romaine. La mesure des honneurs ecclésiastiques était à son comble.

Lope publia, en 1630, le Laurel de Apolo, le Laurier d'Apollon, poëme assez semblable au Viatje al Pamaso de Cervantès. mais plus long, plus travaillé et moins satisfaisant. Il y dépeint une fête donnée, à ce qu'il suppose, par le Dieu do la Poésie sur le mont Hélicon, en avril 1638, et il rappelle les honneurs alors accordés à prés de trois cents (mêles espagnols. Ce nombre est si grand qu’il rend l'ensemble de la description monotone et presque sans valeur, partie par l'impossibilité de peindre avec exactitude ou vérité, tant de caractères si peu saillants, partie par l'excès d'éloges qu'il accorde à presque tous. Le poème se divise en dix silvas, et se compose d'environ sept mille vers de mètres différents. A la lin, outre quelques petites poésies et quelques mélanges, Lope ajoute une églogue, en sept scènes, qui avait été précédemment représentée devant le roi et la cour avec une magniticence somptueuse sur un théâtre, et avec une splendeur de décorations montrant du moins combien était grande la faveur dont jouissait le poète, puisqu'on autorisait de pareilles dépenses, avec un tel luxe royal, pour une œuvre aussi légère (1).

Le dernier travail considérable publié par Lope de Vega, c’est sa Dorotea , long roman en prose dialoguée (3). Il avait été écrit dans sa jeunesse, ce qui a suggéré la pensée qu'il y entrait un plus ou moins grand nombre de ses aventures et des sentiments de son jeune temps. (Ju'il en soit ainsi ou non, Dorotea n'en était pas moins son œuvre de prédilection : il l'appelle la plus chère de ses œuvres, la mas qîierida de sa* obras. Il la revit avec soin et y lit plusieurs additions dans sa vieillesse (3), et l'imprima, pour la première fois, en 1633. Une quantité de

(1) Il n’est pas aisé de dire pourquoi ces dernières productions de Lope ont été insérées dans le tome l«r de scs Obras suel tas (“1770-70) ; mais la chose est ainsi, llette collection est l’œuvre de Cerdà y Rico, homme érudit mais sans bon goût, sans jugement profond.

(2) 11 remplit tout le VII' volume de ses Obras sueltas.

(3) Postuma de mis obras. Dorotea. Posthume daus mes œuvres. Dorothée,

• Y por dicha. de mi la mus querida. Et par bonheur celle que j’aime le plus;

Ijltima de ini vida, lut dernière de ma vie.

Pùhlica luz desea. Elle désire la lumière publique.

(Èglog. ù Claudio, tom. X. p. 3 01.)

*3t> HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE ESPAGNOLE

vers assez modérés s'y trouvent répandus, et il régne, dans plusieurs passages, une fraîcheur et une vérité qui nous rappellent constamment la vie de l'auteur, avant son service, comme soldat, sur l'invincible Armada.

Le héros, Fernando, est un poète comme Lope, qui, après avoir été plus d'une fois amoureux et marié, refuse Dorothée, l'objet de son premier attachement et se fait religieux. C’est un plan faible, sans consistance, sans but final dans la plus grande partie des nombreuses scènes qui se déroulent pendant cinq longs actes. Aujourd'hui, on ne le lit que pour la richesse et la limpidité de sa prose, pour le jour qu'il semble jeter sur la vie de l’auteur, pour un petit nombre de poésies, dont la plupart furent probablement écrites dans des occasions peu différentes de celles auxquelles ces vers s'appliquent.

Le dernier ouvrage qu'il imprima fut une églogue en l'honneur d'une dame portugaise; et les dernières compositions qu’il écrivit, quelques jours seulement avant d'étre saisi par sa maladie mortelle, sont un petit poème sur le Siècle d'or, el Siglo de oro , remarquable par sa vigueur et son harmonie, et un sonnet sur la mort d’un ami (I). Elles ont été insérées toutes dans une collection formée principalementde quelques drames, et publiée par son gendre Louis de Usategui, deux ans après la mort de Lope.

Amesurcque la vie marchaitvers sa fin, ses sentiments religieux, mêlés à un fanatisme mélancolique, prédominaient de plus en plus. Un grand nombre de ses poésies composées à cette époque en sont l'expression; et ces sentiments finirent par s’élever à un tel degré d'exaltation que Lope était presque constamment dans un état d'excitation mélancolique, ou, comme on commençait à l'appeler alors, dans un état hypocondriaque (2). Au commencement du mois d'août, il se sentit extrêmement faible et il souffrit plus que jamais de ce sentiment de découragement qui brisait ses moyens et ses forces. Ses pensées, toutefois, étaient si exclusivement occupées de sa condition spirituelle que, même dans l'état où il était réduit, il continuait le jeûne, et que, dans une circonstance, il se donna en particulier une discipline si cruelle que les murailles de la

(1) Ces trois compositions curieuses, parce qu’elles sont ses trois derniers travaux littéraires, se trouvent dans te tom. X, pug 193, et dans le tom. IX, pp. 2 et 10.

(2) • Una pasion continua y melancolica que empiezan ahora à llamar hypocondria, > dit Montalvan, lorsqu’il décrit son mal. Ensuite, il raconte ses derniers moments. ( Ol/ra », tom. XX, pp. 37, etc. — Baena, Hijos de Mailrid, tom. III, pp. 360-303.)

chambre où le fait se passa, furent trouvées plus tard aspergées de son sang. Dès ce moment il ne recouvra jamais la santé. Il tomba malade la même nuit, et, après avoir rempli les devoirs prescrits par l’Église, avec la plus humble dévotion, déplorant le temps qu'il avait passé dans des occupations qui n’étaient pas exclusivement religieuses, il mourut le 25 août, 1635, à l’âge d’environ soixante-treize ans.

La sensation produite par sa mort fut telle qu’on en a vu rarement une de pareille, même dans le cas où l’on perd un de ces personnages de qui dépend la destinée des nations. Le duc de Sesa, son protecteur spécial, et à qui Lope avait laissé ses manuscrits, pourvut à ses funérailles d’ude manière convenable à ses richesses et â son rang. Elles durèrent neuf jours. Trois évêques officièrent, et les premiers nobles dé l’Espagne y assistèrent pour former le deuil. De tous côtés on vit pleuvoir éloges et poèmes en nombre incroyable. Ceux qui se composèrent, en Espagne, forment un volume considérable et se terminent par une comédie où l’apothéose de Lope est représentée sur la scène. Ceux qui s’écrivirent en Italie ne sont pas moins nombreux et remplissent un autre volume (1). Mais ce qu’il y eut de plus touchantque tous ces vers, ce fut la prière de sa fille chérie, séparée du monde depuis quatorze ans. demandant que le long cortège funèbre passât devant son couvent et lui permit de voir pour la dernière fois le visage si tendrement vénéré de son père : ce qu'il y eut encore de plus solennel, ce furent les pleurs de la multitude dont la masse condensée fit éclater ses sanglots lorsqu’elle vit descendre lentement sous ses yeux les restes de Lope dans la demeure réservée à toute créature vivante (2).

(1) Voyez Obras niellas, lom. XIX, XXI, où elles ont été réimprimées. Il y a des compositions en espagnol, en latin, en français, en italien et en portugais. Les espagnoles, réunies par Montalvan, et précédées de la Fama pàsluma de Lope de Vegu, peuvent être regardées comme une espèce de joùte poétique en l’honneur du grand poète, et à laquelle prirent part environ cent cinquante poètes contemporains.

(2) Obras sueltas, tom. XX, pag. 4‘2. Voyez le Quarlerly Hcvew de Londres, n° 35, 1818. Il s'y trouve une excellente et intéressante dissertation sur les œuvres mêlées de Lope, et à laquelle j'ai dù beaucoup pour la composition de ce chapitre. L'article est de Soulhcy.

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