‹ Histoire de la littérature espagnole de G. TicknorChapitre 28 sur 65 · LIS · texte numérisé non relu

LIS

i El os guarde, y me defienda De condicion tan extrana !

TEOD.

Yacaistc; iras contenta

De que te dieron la mano.

BEL

Y' tù lo iras de que tengas Con que pudrirme seis dias.

TEOD.

(, A que vuelves la cabeza?

BEL

4 Pues no te parece que es Advertencia muy discreta Mirar adonde cai,

Para que otra vez no vuelva A tropezar en lomismo?

TEOD.

; Ay ! mala pascua te venga, Y como entiendo tus manas.

Otra vez ; 4 y diras que esta No miraste al mancebito?

BEL

Es verdad.

TEOD.

4 Y lo confiesas?

BEL

Si me diô la mano alli,

4 No quieres que lo agradezea?

TEOD.

Anda, que entrants en casa.

BEL

; Oh ! lo que haras de quimeras.

(1 ) TEon. A-t-on jamais vu chose pareille? — bel. Monsieur, je vous remercie;

— Sans vous , je serais tombée. — us. Ce serait un ange , Madame , qui tomberait ; — Ce seraient les étoiles, — A qui le soleil donne plus d’éclat. — teod. Et moi, je tomberais dans le piège! — Allez , monsieur, que Dieu soit avec vous! — us. Et qu’il vous garde et qu'il me défende — D’une si étrange situation ! — teod. Vous voilà tombée; vous voilà contenle — De ce qu’ils vous ont donné la main ! — bel. Et vous, vous le serez d’avoir — De quoi me tourmenter pendant six jours. — teod. Pourquoi retournez-vous la tête? — bel. Comment ! il ne vous semble pas que c’est — Une précaution fort sage — De regarder le lieu où je suis tombée, — Pour qu’une autre fois il ne m’arrive pas — De glisser au même endroit? — teod. Ah! tout cela est bien inutile,

— Je comprends votre stratagème. — Encore; et vous direz que celte fois — Vous n’avez pas regardé ce jeune homme? — bel. C’est vrai. teod. Et vous l'avouez? — bel. Puisqu'il m’a tendu la main, là, — Ne voulez-vous pas que je Yen remercie?

— teod. Allons, rentrez à la maison. — bel. Oh! que de disputes vous allez nie faire I ( Comédies de Lope de Veya, tom. XJ, Barcelone, 1618, fol. 27.)

Il y a d’autres passages également animés et non moins castillans. Au commencement du second acte, la scène entre Octavio, un autre amoureux de Bélisa, et son serviteur se moquant de la passion de son maître, ainsi que la scène suivante avec le feint docteur, sont admirables dans leur genre, et durent produire un grand effet sur le public de Madrid, qui voyait avec quelle vérité étaient retracées les mœurs du temps.

Tous les drames de Lope ne se composèrent pas pour les théâtres publics de la capitale. Il fut, dans son siècle, le poète de la cour non moins que le poète national. Nous avons déjà fait connaître une comédie pleine de la verve de sa jeunesse, empreinte du. caractère du peuple à qui elle s’adressait; nous allons examiner maintenant une composition non moins animée, non moins attrayante, écrite dans sa vieillesse, et expressément préparée pour une fête royale. Cette pièce intitulée: Lamahana de San Juan , prouve que son genre était le même, soit qu'il dût être jugé parla foule turbulente, entassée dans une des basses-cours de lacapitale. soit par un petit nombre de personnes choisies parmi ce qu’il y avait de plus distingué et de plus brillant dans le royaume.

L’occasion pour laquelle la pièce fut préparéfe et les dispositions prises pour sa représentation prouvent la magnificence des théâtres royaux, sous le règne de Philippe IV, et la considération dont jouissait leur poète favori (I). Le drame lui-mémc avait été expressément commandé par le comte-duc d’OIivares, pour un somptueux divertissement qu’il désirait offrir à son souverain dans un de ses jardins, à Madrid, la veille de la St. Jean, au mois de juin l(Jdl . Aucune dépense ne fut épargnée par ce favori dissolu pour plaire à son maître indulgent. Le marquis Juan Bautista Creseencio, le même artiste à qui nous devons le sombre panthéon del’Escurial, dirigeâtes constructions architecturales, composées de magnifiques berceaux pour le roi et pour ses courtisans, d’un splendide

(t) Les observations relatives à celte comédie sont tirées de la comédie ellemémc (Comedias, lom. XXI, Madrid, 1635, fol. 086); de Pellicer (Origen de la comedia, Madrid, 1804, in-12, tom. 1, pp. 174-181.) Un divertissement semblable fut donné par la reine à Philippe IV, pour le jour de sa naissance, en 1622, dans le beau site d’Aranjuez. L’infortuné comte de Villamediana composa la poésie, et Fontana, architecte italien distingué, construisit un théâtre de la plus grande magnificence. Le drame, fort ressemblant aux mascarades du théâtre anglais, fut joué par la reine et par ses dames, et se trouve dans les œuvres du comte du Villamediana (Çaragoça, 1629, in-4°, pp. 1-55). La description de la fête nous est donnée par Antonio de Mendoza \Obrus, Lisbonne, 1090, in 4", pp. 426-464). C’était un luxe effréné et une profusion extravagante.

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théâtre en face d’eux, et sur lequel, à la flamme des torches, les deux plus célèbres compagnies d’artistes du temps représentèrent successivement deux comédies; l'une écrite par les talents réunis de Francisco de Quevedo et d'Antonio de Mendoza, et l'autre, le couronnement gracieux de la fête, par Lope de Vega.

Le sujet de la comédie de Lope est heureusement tiré des plaisanteries propres à la nuit où elle était représentée, nuit à laquelle il est fait de fréquentes allusions dans les vieilles histoires et les vieilles romances espagnoles, nuit consacrée, tant par les Maures que par les chrétiens, à des superstitions plus joyeuses, à des aventures plus variées qu’il ne convient à toute autre nuit des vieilles fêtes nationales (1). La pièce jouée par conséquent dans cette circonstance oll’re un intérêt particulier pour sa convenance tant au lieu qu'au temps de sa représentation.

Léonora, l'héroïne, apparaît la première sur la scène et confesse son attachement pour don Juan de llurtado, gentilhomme riche, récemment arrivé des Indes. Elle donne une légère esquisse de la manière dont il recherchait son amour par toutes les formes de l'admiration nationale, à l'Église, pendant le jour, et le soir, devant la grille de son balcon. Don Luis, son frère, ignorant toute celte situation, se lie volontiers avec l'amoureux qu’il intéresse à son propre mariage avec dona Blanca, sœur de Bernardo, ami intime de don Juan. Empressé d'obliger le frère de la dame qu’il aime, don Juan recherche Bernardo, et dans le cours de leur conversation, il lui décrit ingénieusement une visite qu’il vient justement de faire, afin de voir tous les préparatifs pour la fête du soir qui doit se célébrer devant la cour, et il mentionne même la comédie de Lope. Il réclame ainsi bizarrement de l'auditoire la croyance que l’action représentée sous leurs yeux sur la scène, dans le jardin, se passe, au même moment, derrière eux, et se développe par la vie réelle dans les rues de Madrid. Le passage où il adresse des compliments au roi, pu comte-duc, à Qucvedo et à Mendoza, dut être d'un effet des plus brillants qu’on puisse imaginer. Mais quand don Juan vient exposer sa mission relative à dona Blanca, quoiqu’il trouve un parfait consentement de la part de son frère Bernardo, il demeure stupéfait à la pensée que ce frère,

(1) Lope publia lui-même, en 1624, un poème sur le même sujet. Il remplit trente pages du troisième volume de ses œuvres ; mais une description des réjouissances de la Saint-Jean, plus propre A faire comprendre la comédie de Lope et tout ce qu'on a écrit sur les nuits de la Saint-Jean, dans la poésie espagnole, peut se lire dans les Carlos , de Dubludo (1822, p. 309), ouvrage rempli des esquisses les plus exactes sur le caractère et les mœurs des espagnols.

HISTOIRE DK LA l.ITTEHAilKE ESPAGAOLE

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son ami le plus intime, désire conclure une double alliance et épouser lui-même Léonora.

Maintenant commencent, par exemple, les intrigues et les difficultés. Don Juan, sentant ce qu'il doit à son ami, se défend d'élever des droits surLéonora, et déclare qu'il ne lui reste autre chose à faire qu'à prendre la fuite. En même temps, il se découvre que doua Blanca est déjà éprise d'une autre personne, d'un noble caballero. nommé don Pedro : elle ne veut, par conséquent, aucunement épouser don Luis, si elle peut éviter ce mariage. Le cours du véritable amour ne coule pas facilement dans l'un et l'autre cas. Mais les deux dames avouent leur détermination de rester constamment fidèles à leurs amants, quoique Léonora, à la suite de quelques symptômes imaginaires de froideur chez don Juan, symptômes naissant de son excessive sensibilité sur le point d’honneur, se désespère à la seule pensée qu’il peut, après tout, la trahir.

Ainsi finit le premier acte. Le second commence par la description que nous donne dona Blanca de son amant, de son état, de la manière dont elle l’a connu dans un jardin public, traits entièrement conformes aux mœurs nationales. Mais au moment même où elle est sur le point de prendre la fuite et de se marier secrètement avec lui, son frère, don Bernardo, arrive et lui propose de faire une première visite à Léonora pour lui faire agréer scs propres hommages. Pendant ce temps la pauvre Léonora, au désespoir, sort dans la rue avec sa suivante : elle rencontre le domestique de son amant, le gracioso ou le scapin de la pièce, qui lui raconte que son maître, incapable d’endurerplus longtemps ses souffrances, est sur le point de quitter Madrid. Don Juan, son maître, entre effectivement avec chaleur et précipitation et tout botté pour son voyage. Léonora s’évanouit. Quand elle revient à elle, ils se livrent à des explications, et se déterminent à se marier immédiatement; de sorte que nous avons maintenant, à la fois sur le tapis, deux mariages particuliers, environnés de difficultés. Mais les rues sont remplies d'une multitude folâtre, s’adonnant à une espèce de liberté de carnaval, duranteette fête populaire. L’étourdi serviteurde don Juan se prend de querelle avec quelques jeunes gens assez gais, trop impertinents pour son maître et pour la tremblante Léonora. On tire les épées : don Juan est arrêté et emmené par les ;igents de la justice : Léonora, dans sa frayeur, se réfugie dans une maison qui se trouve être par hasard la maison de don Pedro. Don Pedro est absent et à la recherche de son amante dona Blanca. Quand il rentre, il se fraye avec difficulté un chemin à travers la populace en révolte, et promet, dans les limites de l'honneur castillan, de protéger Léonora délaissée et inconnue, Léonora qu'il trouve sur son balcon,

LlTTÉRATCaE ESPAGNOLE. Il — 17

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observant avec timidité les mouvements de la multitude dans la rue,

dans l’espérance d'entrevoir son amant.

Dans le trpisième acte, nous apprenons que don Juan s’est aisément dégagé par des présents des mains des officiers de justice, et qu'il est encore, dans les rues gaies et bruyantes, à la recherche de Léonora. Il rencontre don Pedro qu’il n'avait encore jamais vu. Mais don Pedro le prend, d’après ses questions, pour le frère aux yeux duquel Léonora est si inquiète de se cacher, et il évite avec soin de la lui découvrir. Par malheur, arrive en ce moment doua Itlanca que la confusion qui régnait dans les rues avait empêchée de venir plus tôt. Don Pedro se hâte de la conduire dans sa maison pour la cacher jusqu’à ce que la cérémonie du mariage puisse être célébrée. Dona Blanca en sort aussi avec non moins de précipitation, en y trouvant une autre femme déjà cachée : circonstance qu’elle prend pour une preuve directe de la fausseté de son amant. Léonora la suit, et une explication pommencc : au milieu d'elles arrivent soudainement les deux frères, à la recherche, eux aussi, de leurs deux sœurs égarées. Il en résulte une scène de la plus grande, confusion et de récriminations réciproques. Alors toutes les erreurs sont reconnues, tous les attachements sont approuvés; le bonheur des deux dames et de leurs deux amants est complet, et la toile tombe. A la lin, le poète, en son propre nom, déclare que l'art lui permettait bien d'étendre son action au-delà de vingt-quatre heures, mais que dans le cas présent il s'est renfermé dans les règles, puisqu’il l'a ramenée à moins de dix.

Comme spécimen des comédies fondées sur les mœurs espagnoles, il y en a peu de plus heureuses que la Noche de San Juan. Les scènes d’amour sont toutes pleines de délicatesse et de passion : les scènes entre les caballcros et le peuple respirent la rudesse et la gaieté : les scènes où apparaît le domestique, au langage libre et [nHulant, qui joue le rôle du gracioso, sont toutes excellentes et entièrement conformes au caractère national. Cette pièce fut reçue avec les plus grands applaudissements et constitua le couronnement de la fête magnifique du comte duc, fête qui, par sa musique, ses danses, ses intermèdes et ses rafraîchissements, dura toute la nuit, de neuf heures du soir jusqu'à l'aurore du lendemain.

Une autre comédie de Lope, appartenant à cette division des comédies décapé et d’épée, et qui se rapproche du drame héroïquc.c'est La bobapara los otros y sabia para si misma (1). Elle est d’un caractère plus léger et

(1) Folle pour Us autres et sage pour elle-même. Comedias, tom. XXI, Madrid, 1636, fol. 46, etc.

plus agréable que la plus grande partie des pièces du même genre. Diane, élevée dans la condition simple de bergère, ignorant entièrement qu’elle est la tille et l’héritière de duc d’Urbino, est tout à coup appelée, par la mort de son père, à remplir sa place. Elle est entourée d'ennemis intrigants, mais elle en triomphe en affectant une simplicité rustique dans tout ce qu’elle dit et tout ce qu'elle fait. En même temps, elle administre tout autour d'elle; elle noue une intrigue amoureuse avec le duc Alexandre Farnèse, avec qui elle finit par se marier.

Le piquant de la pièce repose sur l’habileté que l'héroïne est capable de déguiser sous une apparente rusticité. Dès le début, par exemple, elle s’informe secrètement du véritable état des affaires et détermine la voie qu’elle veut suivre : les ambassadeurs d'Urbino arrivent clf lui disent avec toute la solennité appropriée à la circonstance :

camilo. Seàora, el Duque es maerto.

Diane leur répond :

(.Pues que se me da à mit Pero si es cierto,

Enterralde, seiïores,

Que vo no soy el cura. (1)

Ce ton se conserve jusqu’à la lin de la pièce, toutes les fois que l'héroïne apparaît : et ce caractère fournit à Lope l’occasion de produire de nombreux exemples de cette grâce harmonieuse et légère que son esprit possédait en si grande abondance.

Peu semblable à toutes les pièces que nous avons déjà fait connaître, mais appartenant encore à la même classe est El premio de bien hablar (2) , comédie charmante où les détails sur la naissance et la condition primitive du héros sont une description si absolue de l’auteur qu’il est presque hors de doute que Lope n'ait eu la pensée de calquer son caractère sur le sien propre. Don Juan, le héros, se tient avec quelques galants oisifs à la porte d’une église de Séville, pour voir sortir les dames. Il défend, sans la connaître, l’une d’elles dont on parle très-légèrement. Une querelle s'ensuit. 11 blesse son adversaire; on le poursuit, et il a la chance de se réfugier dans la maison de la dame dont il soutenait si galamment

(1) Camille. Madame, le Duc est mort. — Diane. Qu'est-ce que cela peut me faire? Si sa mort est certaine, — Enterrez-Ie, Messieurs, — Pour moi, je ne suis pas le curé ( Comedias , tom. XXI, Madrid, 1635, fol. 47, elc.)

(2) La Récompense du bien parler. \ Comedias , tom. XXI, Madrid, 1635, fol. 158, etc.)

l'honneur quelques instants avant. Par reconnaissance, la dame le cache, et la comédie linit par un mariage, mais non sans qu'il y ait régné une parfaite confusion d'intrigues et de contre-intrigues, d'imhroglios, de . cachettes qui remplissent si souvent les trois actes des drames de Lope.

On pourrait ajouter à ces comédies un grand nombre d'autres pièces, manifestant, par la diversité de leur ton et de leur caractère, la diversité de talents de l'homme extraordinaire qui les a inventées et qui les a remplies d'une versification si variée, si facile. Parmi elles nous citerons : Par la puente Jiuina (1) ; El Anzuelo de Fa usa (2); El Ruysenor de Sévi lia (3), et Porfiar hasla morir (4). Cette dernière est basée sur l’histoire de. Marias el erutmorado , sujet favori des vieux poètes espagnols et des poètes provençaux. Mais il n’y a ni nécessité, ni possibilité d’aller plus loin. Nous en avons dit assez pour montrer le caractère général de ce genre, et nous devons maintenant passer it un autre.

(1) Parle pont Jeanne. Comedias, tom. XXI, Madrid, 1035, fol. 243, etc. Elle a été souvent imprimée séparément, et une fois à Londres.

(2) L’Hameçon deFenise. Comedias, tom. VIII, Madrid, 1617, Elle a été souvent aussi imprimée séparément. Elle est remarquable par sa gaieté et sa vivacité.

(3) Le Hossignol de Séville. Comedias, tom. XVII, Madrid, 1621, fol. 167, etc.

(4) Lutter jusqu’à la mort. Comedias, tom. XXIII, Madrid, 1633, fol. 96, etc.

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