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(1) Le princo. votre fils, se maria — Avec notre intante, Qui deviendra — La félicité des deux royaumes. — Mon père vint avec elle. — J’allai avec lui à Lisbonne — Où cet hidalgo nie — De si justes obligations. — Il me méprise de telle sorte — Que je vais m’arracher la vie, — Si Votre Altesse ne remédie — A l’infortune d’une femme. — le roi. Le billet existe-t-il? léonora. Ç’eùt été — Une grave erreur de ne pas l’avoir conservé. — le roi. Je reconnaîtrai l’écriture, — Si c’est un serviteur de ma maison. — léonora. Seigneur, ce billet, le voilà. — le roi. Il est signé : D. Juan — De Souza ! Jamais je ne l’aurais cru, — Si je n’avais connu la signature, — De sa vertu, de sa prudence.
Comedias de Lope de Vega, tom. XI, Barcelone, 1618, fol. 143, 144. Ce passage est à la fin de la pièce et il conduit au dénoùment par une de ces narrations élégantes. semblables aux narrations des nouvelles italiennes. Lope employait fréquemment ce ressort, lorsque l’intrigue et la fable de la composition dramatique s’étaient assez étendues pour remplir les trois actes indispensables.
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efforts pour obtenir une protection en Portugal, jusqu'à sa présentation triomphante des dépouilles du Nouveau-Monde à Ferdinand et à Isabelle, dans Barcelone, période qui embrasse environ quatorze années (I).
C’est une des tentatives les plus déréglées et les plus extravagantes de Lope; elle n'en porte pas moins les marques de son talent particulier; elle résume pleinement les sentiments de la nation espagnole par rapport à l'Amérique, comme un monde racheté sur le paganisme. Plusieurs scènes se passent en Portugal : les unes dans la plaine de Grenade, au moment de sa chute ; les autres sur la caravelle deColomb, pendant une révolte de l'équipage; d'autres enfin dans les Indes Occidentales et devant les Rois Catholiques, à son retour en Espagne.
Parmi les personnages de la pièce, outre ceux qu’on peut raisonnablement entrevoir dans le cours du drame, nous trouvons Gonzalve de Cordoue, plusieurs Maures, plusieurs Indiens d'Amérique, plusieurs figures allégoriques, telles que la Providence, le Christianisme et l'Idolàtrie. Cette dernière combat, avec la plus grande véhémence, l'introduction des Espagnols et de leur religion dans le Nouveau -Monde; et, dans des passages tels que le morceau suivant, elle semble courir le risque d'exposer le meilleur des arguments :
No permitas, Providencia,
Hacerme esta sin justicia.
Pues los lleva la codicia A Lacer esta diligencia :
So color de religion.
Van à huscar plata y oro Del oncubierto tesoro. (2)
La plus grande partie de l'action et les meilleurs passages se trouvent dans le Nouveau-Monde. Mais il est difficile d'imaginer rien de plus extravagant que l'ensemble de la fable : la propriété dramatique y est constamment méprisée. Les Indiens, avant l’apparition des Européens parmi eux, chantent des hymnes à Phœbus et à Diane : dès l’abord ils
(1) Comediaa, loin. IV, Madrid, 161 4, et aussi l’Appendice au théâtre choiai de Lope de Vega, publié par Ochoa (Paris, 1838. in-8°). Kernandode Zaratc mit à profit plusieurs passages de cette comédie pour écrire sa Conquiata de Mcjico, Comedia * escogidas, tom. XXX, Madrid 1668, comme on peut le voir par le commencement de ta Jomada U.
(2) Ne permettes pas, Providence, — Que l’on me fasse cette injustice. — C’est l'avarice qui les pousse — A toute cette entreprise. — Sous le prétexte de la religion, — Ils vont chercher de l'or et de l'argent — Dons ce trésor caché. ( El Suera Mundo, Jornada i.)
HISTOIRE DE LA LITTERATURE ESPAGNOLE i6»
lie parlent qu'espagnol, ensuite, après l’arrivée des Espagnols, ils prétendent fréquemment être incapables d’entendre un mot de leur langage. La scène où l'Idolâtrie plaide sa cause contre le Christianisme devant la divine Providence, les scènes avec le Démon, celles qui touchent à la conversion des païens pourraient se présenter dans les plus informes et les plus rudes des vieilles moralités. Au contraire, les scènes qui expriment des sentiments naturels, qui [teignent les jalousies de ces indigènes simples et ignorants, celles où apparaît Colomb, sont toujours pleines de noblesse et de dignité, et ne manquent pas de mérite. Il y en a peu, toutefois, qu’on puisse réellement qualilier de bonnes et de poétiques; mais même dans les plus mauvaises, on sent une espèce d’intérêt et de poésie, et l'histoire qu’elles comprennent se suit jusqu’à la fin avec une ardente curiosité.
On répète dans cette comédie la tradition vulgaire que Colomb était nè à Nervi ; qu’il avait reçu, à Madère, d’un pilote mourant, les cartes qui le conduisirent à sa grande découverte. Mais, circonstance singulière, c’est en contradiction "iKec toutes ces donnéesque, dans d'autres parties de la comédie, Lope a hasardé la conjecture que Christophe Colomb avait été mu par une inspiration divine. Le moine le déclare expressément, dans la scène de la révolte; Colomb lui-même, dans son entretien avec son frère Bartholomée, quand il voit leur situation tout à fait désespérée, y fait évidemment allusion, en disant les vers suivants •
Una sécréta deidad A que lo intente me impele,
Diciendome que es verdad.
Que en tin, que duerma à que vele,
Persigue mi voluntad.
j,Que es esto que ha entrado en mi ?
I , Quién me lleva 6 mueve à’mi ?
« Donde voy, donde carnino?
i, Qué derrota, que destino Sigoo me conduceaqui?
Un hombre pobre y aun roto Que aun lo puedo decir,
Y que vive de piloto,
Quiere à este muiido aftadir Otro mundo tan remoto ! (t)
(1) Une divinité secrète, — A l’entreprendre me pousse, — En me disant que c'est une vérité. — Enfin, dans mon sommeil ou dans mes veilles, — Que je poursuive ma volonté. — Qu’est-ce qui est entré dans mon âme? — Qui m'emporte, qui remue tout mon être? — Où vais-je, quel chemin me dirige? — Quelle voie.
La conception du caractère est bonne sous ce point de vue particulier; elle repose, comme nous le savons, sur les convictions personnelles de Colomb, et aurait pu être développée d’une manière plus complète et avec plus d'effet poétique. Mais l’occasion est négligée, et, comme en beaucoup d'autres circonstances favorables au succès, Lope la laisse échapper par incurie ou par précipitation.
Un autre drame de ce genre, El Castigo sin Venganza , est important par la manière dont le sujet est traité, et intéressant par le fait que l’histoire s'y trouve plus exactement tracée que dans aucune autre composition de Lope. Il repose sur le récit d’un événement terrible et cruel, rapporté par les annales de Ferrare, durant le quinzième siècle, événement que lord Byron a trouvé dans les Antiquité* de la Maison de Brunswick par Gibbon, et dont il a fait le texte de sa Parisina(l). Lope a suivi les vieilles chroniques du duché et a présenté l’histoire sous un point de vue un peu différent, en la revêtant, avec une assez grande habileté, de la forme dramatique.
Dans cette tragédie , le duc de Ferrare est un personnage de distinction et d’esprit, commandant les forces papales; un prince ayant l’expérience et les vertus d’un grand homme d'Etat. Il se marie après avoir déjà passé la moitié des années de sa vie, et il envoie son fils naturel, Frédéric, recevoir sa belle et nouvelleépouse, la fille du duc de Mantoue, et la conduire à Ferrare. Avant d’arriver à Mantoue, Frédéric la rencontre par hasard sur la route, etdans sa première entrevue avec sa belle-mère, il la sauve au moment ou elle allait se noyer. Dès ce moment, ils s'attachent peu à peu et de plus en plus l’un à l’autre, jusqu’à ce que leur attachement finisse par le crime, soit sous la violente impulsion de leur propre nature, soit par suite de la froideur et de l’infidélité du duc pour sa femme, si jeune et si passionnée.
En rentrant chez lui, après une campagne heureuse, le duc découvre l’intrigue. Il s'ensuit une lutte violente entre son affection pour son fils et l’aiguillon piquant de son propre déshonneur. Il se détermine à punir les coupables, mais de manière à couvrir les motifs de l'offense. A cet
quelle destinée vais-je suivre? — Ou me conduit ici? — Un homme pauvre et même brisé, — Car on peut ainsi le dire, — Qui vit de la vie de pilote, — Veut à ce monde ajouter — Un autre monde si éloigné! [El Nuevo Mundo, Jornada (1.)
(1) Cette histoire était très-connue avec tous ses horribles détails, bien qu’elle fût arrivée en 1405, plus de deux siècles avant la date de la comédie. Lope dit dans la préface qu'elle existait écrite en latin, en français, en allemand, en italien et en caatillan.
effet, il confine sa femme dans une pièce obscure où sa personne est tellement cachée et gardée qu'elle ne peut se remuer, ni parler, ni être vue. Alors il envoie son fils coupable, en prétextant que, sous le manteau qui le cache, se trouve un traître qu’il doit mettre à mort pour protéger la vie de son père, et quand le jeune homme désespéré s'élance hors de la chambre en ignorant quelle a été sa victime, il est ù l’instant même assassiné par les gens du duc qui le guettent, sur les cris de son père, affirmant que Frédéric vient de tuer sa belle-mère dont le sang souille, en effet, visiblement ses mains.
Lope termina cette comédie, le 1er août, 1031 à l’âge d’environ soixante-neuf ans. Peu de drames du genre auquel elle appartient sont empreints d’une plus grande force poétique; aucun n’a une versification plus légère et plus variée (1). Les caractères, ceux du père et du fils principalement, sont mieux définis et mieux soutenus que d'ordinaire. L'ensemble de la composition est écrit avec plus de soin : elle porte en effet de longues et fréquentes variantes, des corrections de mots minutieuses, dans l’original manuscrit qui existe encore.
La licence pour la représentation ne fut accordée que le 9 mai 1632, par suite apparemment de la répugnance bien connue de la Cour de voir des personnages du rang du duc de Ferrure mis en scène sous un point de vue si odieux. Quoi qu’il en soit, quand la permission tardive futaccordée, elle était accompagnée d’un certificat constatant que le duc était traité con decoro debido à su persona , avec le respect dû à sa personne. Malgré cette assurance, elle ne fut représentée qu’une fois, quoiqu’elle ait produit une impression profonde à cette époque, et qu’elle ait été jouée par la compagnie de Figÿeroa qliravait le plus de succès dans ce temps» Arius, acteur dont Montaivan faiL’leS'-pltiS grands éloges, remplit le rôle 3u fils. Lope la fit imprimer, en 1631, à Barcelone, avec un soin plus qu’ordinaire, la dédia à son grand protecteur le duc de Sesa. « « cuya servidumbre pertenecia, > au service duquel il était attaché. L'année qui suivit immédiatement sa mort, elle parut de nouveau sans dédicace, dans le vingt-unième volume dé la collection de ses comédies, qu'il avait laimôme préparé nouvellement pour l’impression et qui fut publié par sa fille Feliciana (2).
(1) Cette comédie contient toutes les variétés de mètres ordinairement employés : redondillas, tercets, sonnets, etc. Dans le premier acte se trouve une silva facile et des plus belles.
(2) Je possède le manuscrit original, entièrement de la main de Lope, avec les changements, les corrections et les interlignes adoptés par lui-méme. Elle est pré-
D'autres drames de ce genre sont, comme El Castigo sin Yenganza, empreints de l'esprit tragique le plus élevé. Tel est, par exemple, celui qui a pour titre : Los caballeros comendadores de Cordoba (1). Le sujet va de, pair avec l'histoire d'Égisthc et de Clytemnestre pour l’horreur, excepté que le mari, au lieu de subir la destinée d'Aganiemnon, meta mort, nonseulement sa femme coupable, mais encore tous scs serviteurs et tout ce qui a vie dans cette famille, pour satisfaire un sauvage sentiment d’honneur. Il y ades scènes qui ne manquent pas de poésie, mais les atrocités du reste permettent il peine de la sentir.
La Extrella de Sevilla. d’autre part, drame beaucoup plus réellement tragique, n’est pas exposé à la même objection (i). Sous certains rapports.
parée pour la représentation et elle porte la licence donnée par Pedro de Vargas Machura, poète aussi et ami de Lope, fort souvent chargé de la censure des pièces dramatiques. Il figurait aussi dans les Joules poétiques de saint Isidore, publiées par Lope, en 1620 et 1622, dans la Joüte en l’honneur de la Vierge du Pilar, publiée par Caceres-, en 1620. Dans aucune d’elles, ses poésies ne donnent une preuve de son grand talent poétique qui le fit jouir d’une si grande popularité parmi ses contemporains (Baena, Hijos de Madrid, tom. IV, pag. 199). En tète de chaque page du manuscrit de Lope de Vega, il y a une croix avec les noms ou chiffres de Jésus, Maria, Josephus, Chrittus; et à la fin : Laus Deo et Mariœ Virgini, avec la date du jour où elle fut terminée et la signature de l'auteur. 11 n’est pas possible de savoir si Lope chercha ou non à déguiser la profonde immoralité du drame sous ces symboles religieux. Si telle a été sa pensée, il s’est conformé au caractère ou à l'esprit de son temps. On mettait ordinairement une croix en tête des lettres espagnoles, pratique à laquelle Lope fait allusion dans son Perro del hortelano (Jornada II), usage qui a dû fréquemment produire des anomalies semblables à celle dont nous venons de parler.
(1) Comedias, tom. II, Madrid, 1609. C’est dans trois occasions, pour le moins, celle-ci d'abord, puis dans la Fuente ovejuna, et ensuite dans la Peribanez, que Lope représente les commandeurs des ordres militaires de son pays sous les couleurs les plus odieuses, remplis de l'orgueil le plus insupportable et des passions les plus grossières, et rappelant le Front-de-Bœuf d'Ivanhoë.
(2) Les vieux exemplaires de cette comédie sont excessivement rares. Il y a quelques années, nous avons pu obtenir une copie manuscrite qui s'est imprimée deux fois aux États-Unis, par M. F. Sales, dans ses Obras maestros dramaticas {Boston, 1828, 1840); la dernière, avec des corrections dues i l’amabilité de D. A. Durand, de Madrid ; fait curieux dans la bibliographie espagnole, et que nous citons à l'honneur de M. Sales, dont les diverses publications ont si fortement répandu l 'amour de la littérature espagnole dans les États-Unis, et à qui je suis moi-méme redevable d’une grande partie de ce que je sais en cette matière. Cette même comédie est bien connue sur le théâtre espagnol moderne. Elle a été réimprimée tant à Madrid qu’à Londres avec de nombreux changements, sous le titre de Sancho Orliz de las Hoelas. Dans la Vie au Lope pur lord Holland (tom. 1, pp. 155-200),
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il ressemble au Cid de Corneille. Sur l'ordre de son roi et par une sublime fidélité, un chevalier de Séville tue son ami, frère de la femme qu’il est sur le point d’épouser. Le roi s'efforce ensuite de le rendre innocent du crime ; mais les juges royaux refusent d'interrompre en sa faveur le cours des lois, et le brave chevalier n’est sauvé de la mort que par l'aveu complet de son criminel souverain. C'est une pièce de Lope du petit nombre de celles où il ne se trouve aucun incident comique et qui se sépare de l'action. Il y a un assez grand nombre de scènes admirables; en particulier celle où le roi presse le chevalier de tuer son ami ; celle où l’aimante et innocente créature que le chevalier estsur le point d'épouser reçoit, au milieu des sincères et délicieuses expressions de son bonheur, le cadavre de son frère tué par son amant; celle où les alcades refusent solennellement de violenter la loi pour obéir aux ordres du roi. Le dénoûment est meilleur que celui de la tragédie de Corneille : l’héroïne de la Estrella abandonne le monde et se retire dans un couvent.
11 nous faut mentionner quelques-uns du grand nombre des drames héroïques de Lope, roulant sur des sujets nationaux, pour montrer la direction qu'il donna à cette subdivision de son théâtre. L’un n’est, par exemple, que la Historia de Wamba , tiré de la charrue pour être fait roi d'Espagne (1) ; un autre, El ultimo Godo, se fonde sur la tradition populaire de la perte de l'Espagne par Rodrigue (2). La première pièce est comprise dans les premières comédies que Lope a publiées (3), et la seconde ne s'imprima que douze ans après sa mort; l’une et l'autre sont écrites dans le même esprit et dans le même système. Lope composa plusieurs drames sur l'attrayant sujet de Bernard dcl Carpio. L’un est intitulé : las Mocedades de Uernardo ; il y raconte ses exploits jusqu’au moment où il découvre le secret de sa naissance. Un autre porte pour titre : Uernardo en Franàa, et nous décrit l’histoire de cette partie de sa vie sur laquelle les
il y en a un excellent extrait et des morceaux bien traduits. C’est de ce travail et non de l’original espagnol que le baron de Zedlitz composa son Étoile de Séville, comédie qui n’est pas sans mérite, imprimée, à Stutlgard, en <830, et souvent représentée sur divers points de l'Allemagne.
(1) l'omedias, loin. 1, Valladolid, 1604, fol. 91, etc., où Lope a suivi avec beaucoup de génie la tradition monastique, abandonnant entièrement la l'ronica ijimeral (Part. II, chap. li) et la narration plus modérée et plus sobre de Mariana ( Historia , liv. V, chap. xtt).
(2) Comedias, tom. XXV, Saragosse, 1647, fol. 369 et suivants. Elle est intitulée : Tragi-comédie.
(3) La première édition du premier volume des comédies de Lope est de 1604, Valladolid. Voy. Brunet, Manuel du libraire.
romances et les chroniques ne donnent que de légères esquisses. Un troisième : El casamiento en la muerte , dépeint la triste conduite du roi Alphonse, et la scène déchirante où le cadavre du père de Bernard est livré au héros, qui atout sacrifié à la piété liliale, et qui se trouve maintenant lui-mérae opprimé et ruiné par elle (1). Los siete infantes de Lara ne sont pas non plus passés sous silence, comme nous le voyons dans le drame qui porte leur nom, et dans un autre, encore plus saisissant, sur l'histoire de Mudarra, intitulé: El baslardo Mudarra (2). Il ne semble pas, en effet, y avoir un fait pittoresque dans les annales nationales qui ait été négligé par Lopc (3). Après avoir mis sur la scène les grands événements de l'histoire et de la tradition espagnoles, depuis les origines jusqu’à son temps, il regarde de tous côtés autour de lui pour choisir des sujets, en Espagne ou dehors. Il en tire un de l'usurpation de Boris Godunow, à Moscou, en 1606 (4): un autre, de la conquête d’Arauco, en 1360(5): un troisième, de la grande ligue qui se termina par la bataille de ! Lépante, en 1571. Dans cette dernière pièce, pour éviter la difficulté d’un combat naval sur la scène, il se rendit coupable d'une maladresse plus i grande, en introduisant sur le théâtre le personnage allégorique de l'Espagne décrivant la bataille aux spectateurs, à Madrid, au moment môme où elle est supposée se livrer sur les côtes de la Grèce (6).
(1) La première de ces deux comédies ne se trouve pas dans la collection, mais elle a été souvent imprimée séparément, i -a seconde ne se trouve que dans le tome premier des Comédies (Valladolid, t GO A), et dans les réimpressions qui en ont été faites. Lope en la composant usa librement des vieilles romances de Belerma et de Durandarte.
(2) Los siete infatUes de Lara est dans la collection des Comedias, tom. V, Madrid, 1615, et £7 bastardo Mudarra dans le tom. XXIV, Saragosse, 1641 .
(3) Ainsi, le sujet si attrayant : El mejor alcalde el Jtey est, comme le dit Lope lui-méme A la fin, emprunté de la Crunica general, part. IV.
(4) El gran Duque de iloscovia, Comedias, tom. VIL Madrid, 1617.
(5) Araueo Domado, Comedias, tom. XX. Madrid, 1629. L’action se passe vers 1560 ; mais la comédie est une espèce d'éloge pour le fils encore vivant du conquérant. Dans la dédicace, Lope affirme que tout est historique ; or, il y a beaucoup d'invention, spécialement dans les parties en honneur des Espagnols. Parmi les personnages apparaît l’auteur de 1 ’Aruucana, Alonso de Ercilla, qui arrive sur la scène, en battant le tambour. On peut comparer avec V Araueo plusieurs autres des premières pièces de Lope, telles que los Guanches de Tenerife ( Comedias , tom, X. Madrid, 1620, fol. 128), c'est un sujet analogue sur la conquête des iles Canaries, au temps de Eerdinand et d’Isabelle, et où, comme dans V Araueo Domado. les indigènes jouent un grand rôle.
(6) Lu Santa Liga ( Comedias , tom. XV. Madrid, 1621).
Toute cette classe de drames héroïques et historiques ne réclame pas, il faut bien se le rappeler, la scrupuleuse exactitude de l'histoire. Une intrigue amoureuse, composée, selon la coutume, de méprises légères, de querelles de jalousie, de questions d’honneur, fait presque toujours la base de chacun d’eux. Si, dans certains cas, nous pouvons ajouter foi à la vérité des faits placés sous nos veux, comme dans El valiente Cespedes\ où le poète déclare gravement qu’à l’exception des aventures amoureuses, tout est strictement vrai, dans aucun on ne peut prétendre qu'on ait respecté les mœurs des temps primitifs ou des nations étrangères, ni qu'on doive regarder comme lidèle le coloris général de la représentation (I,). C’est ainsi que, dans une pièce, nous voyons Néron parcourant les rues de Home, comme un galant Espagnol, une guitare à tft main, et faisant l’amour à sa maltresse, aux barreaux de sa fenêtre (ï). Dans une autre, Bélisaire, aux jours de sa gloire, est choisi pour jouer le rôle de Pyrame, dans une fête célébrée devant l’empereur Justinien, comme s’il appartenait à une compagnie ambulante, et, après qu’il a les yeux crevés, on le charge de faire l’amoureux auprès de l’Impératrice (3). Dans une troisième comédie, Cyrus le Grand, après s'être assis sur son trône, épouse une bergère (4). Là ne se terminent pas les absurdités pareilles dans les compositions de Lope, mais leur explication est simple : on n’y trouvait rien d’absurde dans son temps. La vérité, la sincérité, sous le rapport des actions, des mœurs et des costumes, on ne les supposait pas plus importantes pour le drame, à l'époque de Lope, que l'observation des unités. On ne les pensait pas plus importantes qu’on ne les supposait, un siècle plus tard en France, dans les interminables romans de la Cal-
(1 ) El valiente Ceepedes ( Comalias , tom. XX. Madrid, 1629). Lope prend soin d'avertir ainsi le lecteur, par respect pour la réputation de dofia Maria de Cespedes, qui n'apparait pas dans la comédie avec toute la dignité que les descendants de cette femme étaient en droit d’exiger dans ce temps.
(2) Dans Roma abrasada, act. n, fol. 89, dont nous avons déji parlé. -
(3) Jornada II de YEjemplo mayorde la deedicha ycapitan Bclisurio, qui ne se trouve pas dans la collection, mais qui a été souvent imprimée séparément comme appartenant à Lope ; cette pièce figure dans le catalogue de Lord Holland et a été comprise dans la curieuse collection intitulée : Comedias de diferento autore» (in-4», tom. XXV, Saragosse, 1633), comme oeuvre de Montalvan, pendant que ce dernier et Lope vivaient encore.
(4) Contra valor no liay desdicha ; comme la précédente, elle s’est réimprimée plusieurs fois. Elle commence par la relation fabuleuse de Cyrus exposé à la mort, par suite du songe qu’avait eu son père, et se termine par la grande bataille et la victoire qu’il remporta sur Astyage et sur tous ses ennemis.
prenède et de Scudéry ; pas plus importantes qu'on ne les juge encore aujourd'hui dans un opéra italien. Tant est profonde la pensée du plus grand de tous les maîtres du drame historique : « les meilleurs dans ce « genre ne sont que des ombres ; les plus mauvais n'ont rien de pire, si • l’imagination les corrige. »