CHAPITRE XVIII
Continuation de Lope de Vega. — Son caractère comme écrivain dramatique. — Sujets, personnages et dialogues. — Son abandon des règles, de la vérité historique et de la propriété morale. — Ses intrigues comiques. — Son grai-ioso. — Son style et ses tournures poétiques. — Sa finesse pour se concilier la faveur du public. — Ses succès, son sort, le grand nombre de ses œuvres.
L’extraordinaire variété des caractères dans les drames de Lope est aussi remarquable que leur nombre. Elle n’a pas peu contribué à en faire le monarque de la scène durant sa vie, et le grand maître du théâtre national après sa mort. Mais, quoique cette immense variété et cette fécondité inépuisable constituent, pour ainsi dire, les deux grandes assises sur lesquelles s'est bâti son succès, il y a- en outre d'autres circonstances qu’on ne doit pas négliger, dans l’examen non-seulement des résultats eux-mêmes si surprenants, mais encore des moyens par lesquels ils ont été obtenus.
Le premier de ses moyens est le principe qu’on peut considérer comme principe dominant dans l'ensemble de ses œuvres dramatiques, et qui consiste à subordonner tous les autres intérêts à l’intérêt du sujet. Ainsi les caractères ont évidemment pour lui moins d'importance : de sorte que l'idée d'exposer une passion véhémente, imprimant une direction constante à toute l’énergie d'une volonté forte, comme dans le drame de Richard ///ou comme dans Macbeth, en faisant abstraction de tout, avec non moins d'opiniâtreté, cette idée ne se présente jamais dans aucun genre de ses drames. Parfois, c'est vrai, mais rarement, comme dans Sancho Ortiz, Lope peint avec des traits caractéristiques une âme forte et généreuse, mais dans aucun cas cette peinture n’est l’objet principal, dans aucun cas il ne la fait avec l'apparence d'une étude artistique ou d’une intention directe ou marquée. Au contraire, la grande majorité de ses caractères ont constamment l'aspect d'un masque, tels que Pantalon sur la scène vénitienne, ou Scapin sur la scène française. Le premier galant.
ou le héros, est tout amour, tout honneur et jalousie; la dame, ou l’héroïne. n'est pas moins amoureuse, moins jalouse, elle est encore plus violente et plus audacieuse : le frère, ou, s’il n’y a pas de frère, la barbe, qui est le père ou un vieillard, toujours prêt à ensanglanter la scène, si l’amant vient à être seulement aperçu dans la maison de l’héroïne, telles sont les ressources constantes, servant non-seulement dans les pièces profanes, mais encore dans les comédies religieuses, comme des points fixes autour desquels tournent leurs actions différentes et leurs incidents divers.
De la même manière, le dialogue ne servait principalement qu’à expliquer la marche du drame et nullement à retracer les caractères. C’est ce qui ressort de ces longs discours, composés parfois de deux ou trois cents vers, aussi purement narratifs qu'une novella italienne et souvent plus qu'elle. C'est ce que l’on voit aussi dans l'imbroglio des incidents qui constituent l'action, incidents qui pèchent fréquemment, faute d’un espace suffisant pour développer toutes leurs ingénieuses évolutions, et deviennent aisément inintelligibles; difficulté dont Lope avertissait fort bien son auditoire, en lui disant, au début de la pièce, de ne pas perdre une syllabede la première explication, ou qu'il ne pourrait certainement pas comprendre la curieuse intrigue qui allait suivre dans la représenation.
Obéissant au même principe, Lope sacrifie la convenance et la régularité du sujet pourvu qu'il puisse le rendre intéressant. Ses grandes comédies sont cependant régulièrement divisées en trois jornadas ou actes, mais il a beau réclamer cette division comme un mérite, cette disposition n'est pas de son invention, c’est purement une manière arbitraire et conventionnelle de fournir des repos nécessaires à la convenance des acteurs et des spectateurs, pauses qui, dans le théâtre de Lope, n'ont trop souvent aucun rapport avec la structure et les proportions de la pièce elle-même (I). Quant aux six comédies qu'il écrivit, à ce qu'il nous apprend, conformement aux rvg I es c 1 ass i q u es , la critique espagnole les a vainement cherchées (i). Il n’en existe probablement aucune aujourd'hui, si elles ont jamais existé, à moins que La Melindrosa, la Prude, en soit une. Lope lui-méme avoue, avec beaucoup de franchise, qu’il regarde ce
(1) Cette division remonte à une comédie de Francisco de Avendano, imprimée en 1553. (L. F. Moratin. Obras. 1830, tom. I, part i, pag. 182.)
(2) « Excepté six, dit Lope à la fin de son Irlr nuem, tontes mes quatre cent « quatre-vingt-trois comédies pèchent contre les règles de l’art. » Voyez Montiano y Luyando, Discursos sobre las tragedias espanolus (Madrid, 1750, in-12, pag. 47), Huerta,dans la préface de son Teslro tipaiuil, pour la difficulté de trouver même ces six pièces.
genre de règles comme un obstacle au succès ; et il dit dans son Arte nuevo de hacer comedias :
Y cuando he de escribir una comedia Encierro los preceptos con sels Hâves ;
Saco A Terencio y l'Iauto de mi estudio,
Para que no me den voces ; que suelc Dar gritos la verdad en libros mudos :
Y escnbo por cl arte que inventaron Los que el vulgar aplauso pretendieron ;
Porque como los paga cl vulgo, es juslo Hablarle en necio para darle gusto. (t)
Le degré d’étendue à laquelle Lope, en suivant ce principe, porta le sacrifice dramatique des probabilités, de la géographie, de l'histoire et de la convenance morale, ne peut proprement se comprendre que par la lecture d’un grand nombre de ses pièces. Mais quelques exemples particuliers prouveront notre assertion. Dans son drame intitulé : El primer liey deCastilla, les évènements remplissent trente-six années du milieu du onzième siècle, el un Gilano estmis en scène, quatre cents ans avant que la race des Gitanos fût connue en Europe (2). Toute l'histoire romantique des sept infants de Lara est introduite dans la comédie de Mudarra (3); dans la Limpieza no manchada , Job, David, Jérémie, saint Jean-Baptiste et l’Université de Salamanque figurent ensemble (4). El Nacimienlo de Cliristo présente les deux extrêmes, la Création du Monde et la Naissance du Sauveur (S). Voilà pour l’histoire. La géographie n’est pas mieux traitée ; lorsque Constantinople est déclarée située à quatre mille lieues de Madrid (6), ou qu’on voit des Espagnols sortir
(1) Et lorsque je dois écrire une comédie, — J’enferme tes préceptes sous six 1 clés ; — Je fais sortir Térence et Plaute de mon étude, — Pour qu’ils n’élèvent pas de clameurs contre moi ; d'ordinaire, — La vérité pousse des cris dans dos livres muets ; — Etj’écris suivant l'art qu’inventèrent — Ceux qui élevèrent des prétentions . aux applaudissements du peuple. — Comme c’est le peuple qui les paie, il est juste % — De lui parler folie pour lui complaire. ( Arte nuevo de hacer comedias. Obras, tom. IV, pag. 406.)
(4) El primer Rcy de Caslilla. Comedias, tom. XVII, Madrid, 1621, folio 114, etc.
(3) El Daslardo Mudarra. Comedias, tom. XXIV, Saragosse, 1641.
(4j La Limpieza no manchada. Comedias, tom. XIX, Madrid, 1623.
(5) El Nacimienlo de Christo. Tom. XXIV, Sarragosse, 1641.
(6) C'est la savante Théodora, personne représentée comme capable de confondre les plus célèbres professeurs, venus pour argumenter contre elle, qui déclare Constantinople, à quatre mille lieues de Madrid. (La üonzella Tiodor, A la fin du second acte.)
d'un vaisseau sur les côtes de la Hongrie (1). Quant à la morale, il n’est pas aisé de dire comment Lopc conciliait ses opinions avec la pratique. Dans la préface du vingtième volume de son théâtre, déclare, en parlant de sa Venganza prudente, que ce litre est absurde parce que toute vengeance est imprudente et illégitime, et cependant il semble que la moitié de ses comédies tende à le justifier. Dans le San hidro, on fait un mérite au saint de ce qu’il vole le grain de son maître pour le donner aux oiseaux mourant de faim (2). Les prières de saint Nicolas de Tolentino sont dites suffisantes pour le salut d’un parent qui, après une vie dissolue, est mort en péché mortel (3), et la conquête cruelle et atroce de la vallée d’Arauco est réclamée comme un honneur pour une noble famille, et comme un ornement pour l’écusson national (&).
Toutes ces infractions à la vérité des faits, aux régies les plus élémentaires de la morale chrétienne, dont personne n’était mieux instruit que celui qui les commettait, étaient négligées par Lope lui-mômeet par son public dans l’intérêt général du drame. Lope se proposa de donner à ses icqjnédies la forme d’une nouvelle dramatique, et il réussit à établir ce prjfcipe comme la basff fondamentale du théfttre espagnol. « Les nou- , « velles, disait-il, ont les mêmes règles que les comédies ; leur but est de l • donner par leur auteur contentement et plaisir au peuple, même, en
(1) Cet extraordinaire débarquement se trouve dans El Animal île llunyria. (Comedias, tom. IX, Barcelone, 1618, feuillets 137-138.) Il nous rappelle naturellement le Conte d'Iiiver, Winter's laie de Shakspeare. Ce qu’il y a de curieux, c'est que le duc de Luynes, ministre d'État et favori de Louis XIII, commet précisément la même erreur, vers la même époque, dans une lettre écrite à lord Herbert de Cherbury, alors ambassadeur en France (1619-21). Lopc connaissait certainement la vérité du fait; je doute que Shakspeare ne le sût pas; reste l’ignorance de l’homme d’État français. (Vie d'Herbert par lui-même. Londres, 1809, in-8°, pag. 217.)
(2) Voyez San hidro labrador. Comeilias escoyülas, tom. XXV11I, Madrid, 1667. fol. 60.
(3) San Nicolas Tolentino. Comédies, tom. XXIV, Saragosse, 1641, fol. 171.
(4) Arauco ilomado. Comedias, tom. XX, Madrid 1629. Après avoir lu de pareilles absurdités, nous sommes moins étonnés que Cervantis, qui en a lui-même commis de semblables en assez grande quantité, fasse dire à maître Pierre : « Ne se repré- « sente-t-il pas d’ordinaire par ici des comédies remplies d'inconvenances et d'ab- • surdités et qui, malgré tout, parcourent fort heureusement leur carrière et sont « écoutées non-seulement avec des applaudissements, mais même avec admira- « tion? • U. Quichotte, Part. II, ch. xxvi.
LITTÉRATURE ESPAGNOLE. Il — 20
étranglant l'art (1). » Dans son Arle nuevo il ajoute, en défendant la môme opinion :
Yo liallo que si alli se lia de dar gusto,
Con lo que se consigne es lo mas justo. (2)
Personne ne l’avait dit avant lui : un trouve bien quelques traces de comédies d’intrigue dès le temps de Tories de Nalmrro, mais personne n’avait pensé à compter sur elles, pour arriver au succès par cette voie, jusqu’à ce que Lope ait donné l’exemple que toute son école a si lidèlement suivi.
Un autre élément qu’il introduisit dans le drame espagnol, ce fut l’intrigue comique. Toutes ses comédies, à l'exception de La Estrella de Serilla et de quelques autres moins remarquables, ont cette intrigue, quelquefois sous la forme pastorale, plus généralement comme un simple mélange de farce. Les caractères, contenus dans ces parties de chacun de ses drames, sont autant de copies des caractères développés dans la partie plus grave. Ils nous sont parfaitement connus sous le nom de graciosos et graciosos , comiques, auxquels on ajouta plus tard le végété, écuyer vimix, et pétulant, qui parle toujours de sa descendance^ et qui s’emploie souvent pour faire enrager le gracioso. Dans le plus grand nombre de cas, ils parodient le dialogue et les aventures du héros et de l’héroïne, comme Sancho est en partie la parodie de Don (juichotte. Dans la plupart, ils sont les serviteurs respectifs du héros ou de l'héroïne. Les hommes sont pleins de bonne humeur, lâches et gloutons : les femmes malicieuses et coquettes; les uns et les autres, remplis d’esprit, de malice, sous un apparente simplicité. Nous trouvons quelques légères traces de pareils caractères, sur la scène espagnole, en remontant aux serviteurs de La Sera/ina de Torres de Naharro : vers le milieu du seizième siècle, dans le bobo ou le fou, qui ligure sans contrainte dans les farces de Lope de Rueda, comme le simple avait paru auparavant dans celles de Juan de l'Encina. Mais la piquante variété du gracioso , la parodie personnifiée
(1) < Tienen las novelas tos mismos preceptos que las eouiedias, cuyo lin es « haber dailo su autor contento y gusto al pueblo, aunque se aliorquc et acte. » ( übras surllas , lom. VIII, |iag. 70.)
(2) « Et je trouve que si c’est là qu’on doit plaire; — Par ce que l’on obtient, c’est le plus juste. * — J rte nui ra. (Ubras, lom. IV, pag. 412.) D'après un manuscrit autographe de Lope, manuscrit encore existant, il résulte qu’il composait parfois ses comédies sous la forme de petits contes, pequenas nveclas. (Semânario pinioraco, 1839, pag. 19.)
des caractères héroïques de la pièce, le picaro dramatique, c'est l'œuvre de Lope de Vega. Le premier il l’a introduit dans sa Francesilla, où le plus vieux de la tribu , sous le nom de Tristan , fut représenté par Rios, célèbre acteur de son temps, et produisit un grand effet (I). Cet événement que Lope nous raconte, dans la dédicace du drame lui-méme, en 1020, à son ami Montalvan, eut lieu avant la naissance de cet ami, et par conséquent avant l'année 1602.
Depuis celte époque, le gracioso se trouve dans presque toutes ses comédies, et dans presque chacune des autres comédies qui se produisirent sur la scène espagnole. De cette scène il a passé d'abord en France, puis dans tous les autres théâtres modernes. On peut voir d'excellents modèles du genre dans le sacristain de Los cautiros de Argel, dans les serviteurs de La nochc de San Juan , dans ceux de La hermosa fea. Dans toutes ces pièces, comme dans beaucoup d'autres, le gracioso est présenté avec la plus grande habileté pour ridiculiser en partie les héroïques extravagances et les rodomontades des principaux personnages; en partie, pour excuser l'auteur lui-méme de tout reproche, avec enjouement, en avouant, pour lui, qu'il savait fort bien qu'il les méritait. Nous pouvons dire d'eux tous ce que dit Don Quichotte, lorsqu’il parle de toute cette classe, au Bachelier Sarnson Carrasco, ce sont les rôles les plus spirituels dans leurs comédies respectives. Quant aux autres dont l'esprit malavisé se montre par une boutade inopportune, avec leurs plaisanteries et leurs babioles, au milieu des scènes les plus graves et les plus tragiques.
(1) Voyez la dédicace de Francesilla A Juan Perei de Montalvan. Comedias, tom. XIII, Madrid, 1620, où nous trouvons le passage suivant : < Et remarques « en passant que c est ici la première comédie où l’on a vu le gracioso, qui s'est c depuis si souvent répété. Rios, homme unique dans sa profession, le représente « et il mérite ce souvenir. Je supplie votre Grâce de la lire comme une pièce « nouvelle; en effet, lorsque je l'écrivis, vous n'étiez pas né. » Le gracioso était généralement distingué par son nom propre sur la scène espagnole, comme il le fut plus tard sur la scène française. C'est ainsi que Caldéron appelle souvent son gracioso, Clarin ou Trompette, comme Molière appelle le sien Sganarelle. Le simple, qui, nous l'avons dit, remonte à Juan de l’Encina, et qui était, sans aucun doute, le même que le bobo, est mentionné comme un vrai succès, en 1596, par Lopez Pinciano qui, dans sa Pliilosofia anligua Poclica (1596, pag. 402), s’exprime ainsi ; i Ce sont des caractères qui, d'ordinaire, amusent beaucoup plus qu’aucun des • autres mis en scène dans les comédies. > Le gracioso de Lope de Vega, comme le reste de son théâtre, se basa sur ce qui avait existé avant lui. Toutefois, ce caractère prit un plus grand développement, et reçut un nouveau nom. l/J. Quichotte , Clémencin, Part. II, ch. lit. Note.)
comme dans : El casamiento en la mtierte, il nous faut bien avouer que, s'ils étaient demandés par le goût du siècle, rien ne peut dans aucun temps les justilier.
La dernière des circonstances qu’on ne doit pas négliger dans l’étude des moyens qui ont donné à Lope un si grand succès, c’est celle qui a trail à son style poétique, au mètre qu'il adopta, eten particulierà l’usage qu'il lit de la vieille poésie nationale. Sous tous cespoinLs de vue, il mérite des éloges ; excepté toutefois dans les occasions où, pour obtenir des applaudissements universels, il se permet de faire usage de ce style obscur et affecté, style qui plaisait tant à la partie de son auditoire composée des gens de la cour, et qu’il condamne et ridiculise lui-même ailleurs (1).
Ce n'est pas douteux, la plus grande partie de son inlluence sur la masse du peuple de son temps est due au charme de sa versification, incorrecte parfois, mais presque toujours fraîche, coulante, énergique. Rien n’est aussi plus remarquable que sa variété. Aucun des mètres admis dans la langue ne lui échappa. L’octave italienne remplit fréquemment ses stances, la terza rima, quoique plus sobrement employée, s'y rencontre souvent, et il n’y a presque pas de comédie sans un ou plusieurs sonnets. Toute cette variété n’avait d’autre objet que de plaire à la partie plus élégante et plus cultivée de son auditoire, entièrement éprise alors de tout ce qui était italien. Quoiqu’une bonne partie de ces tentatives fut assez malheureuse, comme les sonnets avec écho, la poésie n’en était pas moins toujours facile et harmonieuse (2).
Quant à ce qui concerne la versification, outre lessi/ros ou quantité de vers irréguliers, les quintillas ou stances de cinq vers et les liras de six,
(1) I.es preuves de son mauvais goût sont trop fréquentes. Voyez El euerdn en ni casa (Comedias, tom. VI, Madrid, 1615, fol. 105, etc.), La A’ina de Plata ( Comedias , tom. IX, Barcelona, 1618, fol. 125, etc.), Los cautivos de Argel (Comedias, tom. XXV, Saragossa, 1647, pag. 241) et beaucoup d’autres. En échange, voyez aussi sa critique contre cet abus, dans ses Ubras niellas , tom. IV, pp. 439- 452; ses plaisanteries, à ce sujet, dans son .1 mistad y Obligation, et dans scs ,1 lelindres de Belisa. ( Comedias , tom. IX, Barcelone, 1618.)
(2) Les sonnets semblent avoir été une espèce de morceau délicat réservé & la partie élégante et raffinée de l’auditoire. En général, il ne s’en trouve qu’un ou deux dans chaque comédie, quoiqu’il y en ait cinq dans la Discreta l’enganza IComedias, tom. XX, Madrid, 16291. Dans Los palacios de Oaliana ( Comedias , tom. XXIII, Madrid, 1638, fol. 256), il y en a un fort mauvais avec écho, et un autre dans son Hisloria de Tobias (Comedias, tom. XV, Madrid, 1621, fol. 244). Le sonnet ridiculisant les sonnets peut se lire dans la Mina de Plata. ( Comedias , tom. XI, Barcelone, 1618, fol. 124); il est ingénieux et il a été imité en français et en anglais.
Lope se fixa par-dessus tout sur la vieille mesure des romances nationales, romances propres, avec assonnances, redondillas où riment le premier et le quatrième vers, le second et le troisième. 11 y avait en cela un droit incontestable. Les premiers essais de représentation dramatique, en Espagne, avaient eu quelque chose de lyrique dans leur ton, et les formes de vers plus artistiques par conséquent, les formes surtout où de petits vers s'interposent à des intervalles réguliers, avaient été employées par Juan de l'Encina, par Torres de Naharro et par d'autres. En cette matière, comme en beaucoup d'autres, il régnait cependant une assez grande confusion dans la poésie dramatique espagnole. Mais Lope, composant son drame dans un genre plus narratif qu’il ne l'était avant, le lixa tout d'abord et définitivement sur la base du véritable mètre national. Il alla même plus loin. Il y introduisit un grand nombre de vieilles romances et plusieurs romances particulières de sa propre composition. Ainsi, dans El sol parado , le maître de Santiago égaré dans sa route, s'arrête et chante une romance (1). Dans La pobreza no es villeza , il en insère une autre commençant par les vers suivants :
Seùor espanol, j No vais à la guerra?
La trompeta os llama,
La vitoria os lleva. (2)
Il est probable que Lope produisait encore plus d'effet lorsqu'il insérait des passages des vieilles romances, des romances bien connues plutôt que des siennes, ou qu’il leur faisait allusion. Ses comédies sont pleines de ces réminiscences. Par exemple El Sol parado et la Envidia de la Nobleza respirent un parfum des romances morisques, si admirées de son temps : la première donne celles qui se rapportent aux amours de Gazul et de Zayda (3) ; la seconde, celles qui ont trait aux Guerras civiles de Granada, et peignent les sanglantes querelles des Zegris et des
(t) El sol fiarado. Le soleil arreté, Comedias, tom. XVII, Madrid, 1621, pp. 218, 219. Cette comédie nous rappelle une des plus gracieuses serranillas du marquis de Santillane commençant par ces mots : Moza tan formosa. (Voyez vol. I, pag. 338.)
(2) Seigneur espagnol, — Vous n’allez pas à la guerre? — La trompette vous appelle, — La victoire vous enlève. — Pobreza no es vileza, Comedias , tom. XX. Madrid. 1629, fol. 61.
(3) Il eut même la hardiesse de prendre la romance si célèbre et si belle : Sale la eslrella de Venus, qui est dans le Romancero général : et celle : En las Guerras civiles de Granada, et d’autres endroits pour les mettre en dialogue. — El sol parado. Comedias, tom. XVII, Madrid, 1621, fol. 223, 924.
Abencerrages (1). On ne voit pas d'une manière moins évidente l'usage qu'il fit des vieilles romances sur le roi Don Rodrigue, dans El ultimo godo (2); de celles qui concernent les infants de Lara, dans plusieurs de ses comédies relatives à leur tragique histoire (3) ; de celles sur Bernard del Garpio, dans El casamiento en la muerte (4). A certains moments, l'effet produit par l’introduction de ces souvenirs dut être très-grand. C'est ainsi que dans son drame de Santa f¥, rempli des exploits de Heman Perez del Pulgar, de Garcilaso de la Vega, et de tout ce qui s’était passé de plus glorieux et de plus pittoresque au siège de Grenade, un des personnages débite avec une légère variante cette romance si connue et si sublime, commençant par ces vers :
Cercada esté Santa-Fe Con raucho lienzo encerrado;
Al rededor muchas tiendas De seda , oro y brocardo. (5)
paroles qui durent émouvoir son auditoire, comme le son d'une trompette.
(1) Il s’empara de la même manière de la vieille romance Reduan, bien se te aeuerda , et la plaça dans Envidia de la NobUia. Comedias, tom. WHI, Madrid, 1(538, fol. 192.
(2) Par exemple, la romance qui, dans le Romancero de 1555, commence par Bespues que et rey Rodrigo, se trouve à la fin de l’acte II dans El Ultimo godo. Comedias, tom. XXV, Saragosse, 1647.
(3) Comparez El Bastardo de Mudarra ( Comedias , tom. XXIV, Saragosse, 1641, fol. 75,76), avec les romances Buy Valasquez el de Lara, et Llegados son los infantes. et dans la même pièce, le dialogue entre Mudarra et sa mère (fol. 83) et ld romance Senladns à un ajedrez.
(4) Le Mariage dans la Mort, Comedias, tom. I, Valladolid, 1604, fol. 198, etc., où les romances suivantes, si célèbres, sont citées avec une entière liberté : 0 Beterma, o Belerma; No tiene heredero alguno; Al pié de un lumulo negro; Banando està las prisiones, et d’autres.
|5) « Santa Fé est entourée ; — Elle est dans de nombreuses courtines enfermée. — Tout autour, de nombreuses tentes — De soie, d’or et de brocart. » — La romance se trouve dans le dernier chapitre des Guerres civiles de Grenade. Mais Lope y a introduit un léger changement, en disant au dernier vers, de velours et de damas, de terciopelo y damasca. — Cette romance se trouve dans toutes les collections, et elle est basée sur ce fait. Une espèce de village, composé de riches tentes, s’élevg près de Grenade. Un incendie les dévora accidentellement et alors on transforma le camp en une ville de Santa Fé, qui existe encore. C’est dans l’enceinte de ses retranchements que se signèrent et la commission de Colomb pour la découverte du Nouveau-Monde et la capitulation de Grenade. L’imitation de cette romance par Lope se trouve dans son Cereode Santa b'e. Comedias, tom. I, Valladolid, 1604, fol. 99.
Sous tous les rapporLs, Lope comprit parfaitement comment on se concilie la faveur générale, comment il pouvait établir et consolider sa magnifique position de premier poète dramatique de son temps. Les anciens fondements du théâtre, tel qu'il existait quand il apparut, il les dérangea fort peu; il poussa, dit-il, en avant, le drame, tel qu'il l'avait trouvé, sans s'aventurer à observer les régies de l'art, parce que s'il l'avait fait, le public ne l'aurait jamais écouté (I). Des élémenLs qui flottaient autour de lui, informes et désunis, il en usa en toute liberté, mais seulement en tant qu'ils se rapportaient à son plan général. La division en trois actes, si peu connue qu'il l’attribue lui-méme à Yiruès. bien qu’elle soit de beaucoup antérieure; le mètre des romances, timidement employé par Tarraga et deux ou trois autres, mais auquel personne ne se fiait; l'intrigue principale et l’amusante intrigue secondaire, dont les légères traces existant dans les drames de Torrcs de Naharro, s’étaient depuis longtemps perdues ; tous ces éléments, Lope les saisit avec l'instinct de son génie; avec eux, avec les riches et abondantes inventions de son imagination fertile, il constitua un drame. Dans son ensemble ce drame ne ressemble à rien de tout ce qui l'a précédé; il est, d’un autre côté, si vraiment national, si véritablemenl appuyé sur la tradition espagnole que rien n'a jamais pu depuis le troubler dans sa possession, à moins de faire disparaître avec lui toute la littérature dont il forme une partie si brillante.
Les rapides succès de Lope de Vega furent, comme nous l'avons vu, proportionnés à ses rares talents et aux circonstances favorables où il parut. Pendant longtemps on ne voulut entendre personne autre sur la scène, et durant un espace de quarante ou cinquante années où il écrivit pour le théâtre, personne n'approcha même de sa popularité. Ses comédies et ses farces sans nombre, dans toutes les /ormes que demandait le goût de l'époque ou que l'autorité religieuse permettait, remplissaient les théâtres de la capitale et des provinces. L'impulsion qu’il donna aux représentations dramatiques fut si extraordinaire qu’il n'y avait, lorqu’il commença à écrire, que deux compagnies ambulantes fi Madrid, et qu'à l'époque de sa mort, on n’en comptait pas moins de, quarante, composées d’environ mille personnes fi).
(t) Il tient ce langage apparemment comme une espèce d'apologie, auprès des étrangers, dans la préface de. son Pereyrino en su juitria , 1603, où il donne une liste des comédies qu’il avait écrites à cette date.
(2) Voyez les faits curieux recueillis sur ce sujet, dans les notes do Pellicer. P. Quichotte , édit. 1798, Part. II, tom. I, pp. 109-111.
Au dehors, sa renommée n’était pas moins remarquable. A Rome, â Naples, à Milan, ses drames se représentèrent dans leur langue maternelle. En France, en Italie, on annonçait son nom pour remplir les théâtres, lors même que ce n'était pas une de ses comédies qu’on représentait (1). Une fois même et probablement plus souvent, un de ses drames se joua dans le sérail, à Constantinople (3). Mais ni toute cette popularité; ni la foule qui le suivait dans les rues et qui se pressait aux balcons pour le contempler lorsqu'il passait (3); ni le nom de Lope donné à tout ce qui était estimé singulièrement bon dans son espèce (4), ne sont peut-être une preuve aussi frappante de ses succès’’ dramatiques que le fait dont il se plaint si souvent lui et ses amis. Une multitude de ses comédies s'écrivaient subrepticement pendant qu’on les représentait, et s'imprimaient ensuite sans prolit, dans toute l’Espagne. Une multitude d'autres pièces paraissaient sous son nom, se jouaient dans les provinces. et il n’en avait jamais même entendu parler, avant leur publication et leur représentation (5).
Une fortune considérable dut être la conséquence naturelle d'une telle popularité; les comédies de Lope lui étaient largement payées par les acteurs (6). Il avait aussi des protecteurs d’une munilicence inconnue de
(1) C’est ce qu'affirme le célèbre poète italien, Marini, dans son Éloge de Lope. ( Ubras suellas, tom. XXI, pag. 10.)
(2) Obras suellas, tom. VIII , pp. 94, 96, et Pellicer, note sur Dt Quichotte, Partie I, tom. lit, pag. 93.
(3) C’est dit dans un discours prononcé en son honneur sur ses restes mortels, dans la paroisse de San Sébastian. Obras suettas, tom. XIX, pag. 329.
(4) < F ray Lope Félix de Vega, dont le nom est devenu synonyme de tout ce « qui est bon > dit Quevedo dans son approbation du 7'onte de llnrguillos ( Ubras suettas de Lope, tom. XIX, pag. xix.) C’était une phrase commune pour faire l’éloge d’une chose, de dire c’est un Lope, de sorte que bijoux, diamants, peintures augmentaient en estime par l’addition de ce nom. (Montalvan, Ubras suettas, tom. XX, pag, 53). Cervantès assure le même fait dans son entremes : La üuarda cuidadosa.
(5) Les plaintes â ce sujet commencèrent, dès 1003, avant qu’il eût commencé de publier lui-même aucune comédie. ( Obras suellas, tom. V, pag. xvu.) Il les renouvelle dans VËglogue à Claudio Unit. , tom. IX, pag. 369), imprimée après sa mort. 11 en parle encore dans les préfaces de scs Comédies (tom. IX, XI, XV, XX. et ailleurs). C’est un sujet qui semble avoir toujours jeté du trouble dans son esprit.
iO) Montalvan fixe le prix de chaque comédie à cinq cents réaux, et calcule que Lope de Vega reçut par là, durant sa vie, quatre-vingt mille ducats (Obras, tom. XX, pag. 47).
nos jours, et toujours peu désirable (f ). Mais notre poète était généreux et dépensier : charitable à l'excès et prodigue dans l'hospitalité pour ses amis, aussi se trouva-t-il presque toujours dans l’embarras. A la fin de sa Jérusalem, imprimée vers 1609, il se plaint de la mauvaise situation de ses affaires domestiques (2). Dans sa vieillesse, il adresse des vers, sous forme de pétition, h un dissipateur encore plus grand, à Philippe IV, lui demandant des moyens d'existence pour lui et ponrsa fille (3). Après sa mort, son exécuteur testamentaire reconnut pleinement sa pauvreté, et cependant, si l’on considère la valeur relative de l'argent, jamais poète n'a peut-être reçu une rémunération aussi large de ses œuvres.
Il faut toutefois se rappeler qu'aucun autre poète n'a jamais écrit autant, avec un succès si populaire. En effet, à commencer par ses compositions dramatiques, les meilleurs de ses travaux, et descendant jusqu'aux poésies épiques, en général les plus pauvres (4), nous trouverons que la somme totale de ses écrits favorablement accueillis, à mesure qu'ils sortaient de la presse, est, sans contredit, incomparable. El si, à cette quantité d'ouvrages imprimés, nous sommes obligés d'ajouter, ce dont il nous assure lui-même immédiatement après sa mort, que la plus grande partie de ses œuvres est restée manuscrite (5), nous serons frappés d'étonnement. Avant de croire un fait pareil, nous demanderons une explication qui nous le rende croyable; une explication, la chose la plus importante, parce qu’elle nous donne la clef de beaucoup de traits de son caractère personnel et même de scs succès poétiques. Cette explication, la voici : Aucun poète d’une réputation considérable n'a jamais eu un génie aussi
(1) Le duc de Sesa seul lui donna, entre autres nombreux bienfaits, en des circonstances diverses, vingt-quatre mille dncats, et une sinécure de plus de trois cents ducats par an ( Obras , tom. XX, pag. 47).
(2) Jérusalem, liv. XX, les trois dernières stances.
(3) < J’ai une fille, dit-il, et je suis vieux ; les muses me donnent de l'honneur, « mais non des rentes, • etc. {Obras, tom. XVII, pag. 40). Le Semanario pintoresco de 1839, pag. 19, donne nn extrait de son testament. Il en résulte que Philippe IV avait promis un emploi à la personne qui épouserait sa tille. Cette dernière se maria, mais le roi négligea de remplir sa promesse.
(4) Comme beaucoup d’autres auteurs distingués, Lope était porté à diminuer la valeur de ses compositions les meilleures, et à leur en préférer d'autres moins dignes de cette préférence. Ainsi, dans la préface de ses Comédies, tom. XV, Madrid, 1621, il assure qu’il préférait ses poésies à ses comédies, comédies qui ne sont, dit-il, que des fleurs agrestes du champ de son génie, naissant et croissant sans soin, ni culture, porcs silvestrrs *1*1 campo de su yenio, que nacen y creeen sin esmero ni culturv.
(5) Ceci se déduit de la Fama posluma que publia Montalvan. Toutefois, Lope
fortement doué des qualités de l’improvisateur, ou n'a jamais abandonné son génie aussi librement k l'esprit d'improvisation. Ce talent a toujours existé dans lescontrées méridionales de l’Europe; en Espagne, il a tout d’abord produit, dans des voies différentes, les résultats les plus extraordinaires. C’est à lui que nous devons l’invention et la perfection des vieilles romances, primitivement improvisées et conservées depuis par la tradition : c’est à lui que devons les seguidillas, les boléros et toutes les autres formes de poésie populaire existant encore en Espagne, poésies que multiplie tous les jours l’ardente imagination des classes peu cultivées du peuple qui les chante sur la musique nationale, poésies qui semblent remplir l’air, la nuit, comme les rayons du soleil l’éclairent, pendant le jour.
Au tempsdcLopede Vega. la passion pour de pareilles improvisations s’était élevée à un degré quelle n’avait jamais atteint auparavant, si elle ne s’était pas étendue plus loin. Les acteurs durent parfois s'attendre à improviser sur des thèmes fournis par le public (.1). Des drames sans préparation, composés avec toutes les variétés de vers que demandait le goût du théâtre, n'étaientpas une production rare. Philippe IV, le protecteur de Lope, en avait fait jouer de pareils en sa présence, et y avait pris part lui-même (2). Le fameux comte de Lernos, le vice-roi de Naples, à la bienveillance duquel Cervantes fut si redevable, avait, comme un apanage de sa vice-royauté, une cour de poètes dont les deux Argensola formaient le principal ornement, et où des comédies improvisées se jouèrent avec un brillant succès (3).
lui-même le déclare dans son Églogue A Claudio. ( Obras sueltas, tom. K, p. 369). où il dit :
Pero puedo siu propria Aiabanza decirte
Que no es minima parte, aunque es excesso.
De lo que esta por imprirair, lo impreso.
Mais je peux, sans personnelle — Flatterie, te dire — Que ce qui esti mpriraé, quelque excessif que ce soit — Ne présente pas la minime partie de ce qui reste à imprimer.
En effet, nous possédons à peine le quart de ses comédies; de ses quatre cents autoSy il no nous en reste que douze, et nous n'avons que vingt ou trente des entremeses c tel numéro infinito, intermèdes sans nombre qu'on lui attribue.
(1) Bisbe y Vidal, Tratado de comedias (1618, pag. 102), parle des gloees que les acteurs improvisaient au théâtre sur les vers qu'on leur donnait.
(2) Viardot, Études sur la Littérature rn Espagne , Paris, 1838, in-8°, pag. 339.
(3) Pellicer, Biblioteea de traductorrs espanoles (Madrid, 1778, in-4°, tom. I, pp. 89-91), oû se trouve une relation curieuse donnée par Diego, duc d'F.strada,
Le talent de Lope de Vega fut incontestablement d'une nature analogue au génie de l’improvisation : par un procédé semblable et avec un même esprit, il produisit des résultats extraordinaires. Ce poète dictait, à ce qu'on nous raconte, les vers avec facilité, et plus rapidement que ne pouvait les écrire le secrétaire (I). En deux jours, il composa une comédie entière, et le copiste ne put que difficilement la transcrire pendant le môme laps de temps. Ce n'était pas un improvisateur, dans le sens absolu du mot; son éducation, sa position le firent naturellement se consacrer à la composition écrite, mais il se tenait continuellement sur les bords de tout ce qui appartient au domaine particulier de l'improvisateur. Il démontrait continuellement que qualités et défauts, facilité, grâce, ressources imprévues, bizarrerie et extravagances, versification heureuse, abondance prodigue d'images, jointes chez lui à un peu plus de liberté, à un peu plus d’indulgence pour son imagination et ses sentiments, auraient fait, à la fois et entièrement, non pas seulememt un improvisateur, mais encore l’improvisateur le plus remarquable de tous ceux qui ont existé.
racontant un de ces divertissements dans lequel une comédie burlesque, sur le sujet d’Orphée et d'Eurydide, avait été représentée devant le vice-roi et sa cour.
(1) Obras sueltas, tom. XX, pp. 50-52.